HUITIÈME LEÇON
Deux cas de contracture hystérique d'origine trauma-
tique (suite).
SoiiiiAiRE. — Ilecherche de la simulalion de la catalepsie et de la contracture. — Hystérie chez rhomme, fréquence, hérédité, âge adulte. — Formes frustes. — Contracture d'origine traumatique.
Messieurs,
Vous n'avez pas oublié que, dans la dernière leçon, je m'étais proposé de mettre en parallèle deux cas qui se sont présentés en même temps à notre observation, et dans lesquels il s'agit de contracture de nature hystérique, survenue à la suite d'une action traumatique, une blessure par un éclat de verre dans un cas, une brûlure superPicielle dans l'autre. Ces deux fuits, vousdisais-je, se rapprochent parles analogies les plus frappantes, bien que dans le premier il s'agisse d'une jeune fille i\gce de 16 ans, tandis que dans le second, c*est un homme vigoureux, un forgeron âgé de 33 ans, marié et père de plusieurs enfants.
La jeune fille a été déjà Tobjet dune élude attentive. Quant m 5u]rt raàle que nous n'avions pas pu vous présenter l'autre ioor^a nous a été confié par M. Debove, dans le service du- ^\\\m ïï êlùU à Bicêtre. Je saisis avec empressement lorcasion •ïui « pmente de soumettre cet homme, devant vous, à un
SIMULAHON 109
examen approfondi. Je le ferai d^aulant plus volontiers qu'il s'agit là inconlestablement d'un cas rare entre tous, instructif au premier chef, et bien digne, par conséquent, de fixer un instant votre attention.
Mais avant d'en venir là, il conviendra, je pense, de compléter par quelques détails l'histoire de la jeune malade qui nous a occupés dans la dernière leçon.
Vous n'ignorez pas. Messieurs, que lorsqu'il s'agit d'hystérie, le clinicien doit toujours avoir présente à l'esprit la possibilité de la simulation dans laquelle les sujets tantôt exagèrent des symptômes réels, tantôt même créent de toutes pièces une symptomatologie imaginaire. Chacun sait, en effet, que le besoin de mentir, de tromper, parfois sans intérêt, par une sorte de culte de l'art pour l'art, tantôt en vue de faire sensation, d'exciter la pitié, etc., est chose vulgaire chez les hystériques. C'est là un élément que nous rencontrons à chaque pas dans l'histoire de cette névrose, et qui jette un certain jour de défaveur sur les études qui s'y rattachent.
Mais, aujourd'hui, Messieurs, alors que l'histoire de Thyslérie a été tant de fois remaniée, fouillée dans tous les sens, est-il vraiment aussi difficile que quelques-uns voudraient le laisser croire, de discerner la symptomatologie réelle, de la symptomatologie fausse, imaginaire, simulée? Non, Messieurs, il n*en est rien ; et pour ne pas rester à ce propos, dans la généralité vague, permettez-moi de vous rappeler un exemple concret, choisi entre bien d'autres, et dont je vous ai entretenus déjà, Tan passé.
Il s'agit de la catalepsie provoquée des hystériques. La question est celle-ci : cet état peut«>il être simulé, au point de pouvoir tromper le clinicien expérimenté en ces matières?
On croit généralement que si un sujet cataleptique est placé
le bras étendu horizotilalement, celle atlitude se conservera assez longtemps pour que cette durée seule suffise à écarter tout soupçon de simulation. D'après nos observations, cela n'est pas exact. Au bout de 10 à 45 minutes^ le bras de la cataleptique commence à descendre, et au bout de 20 à 25 minutes, il reprendlapositionvcrlicalesuivantles lois delà pesanteur. Or, un homme vigoureux essayant de garder la même position peut atteindre la même limite. C'est donc ailleurs qu'il faut chercher un caractère distinctif.
Sur le simulateur et sur la cataleptique, on applique : 1*" un tambour à réaction sur le bras étendu, pour permettre d'enregistrer les moindres oscillations des membres ; 2° un pneumographe sur la poitrine pour obtenir la courbe des mouvements respiratoires. Voici les résultats que Ton obtiendra : «. Sur la cataleptique, la plume qui correspond au tambour à réaction appliqué sur le bras, trace sur le cylindre enregistreur une ligne droite parfaitement régulière ; chez le simulateur au contraire, la ligne droite d'abord, puis brisée, finît par présenter de grandes oscillations disposées en séries, b. Les tracés fournis par le pneumographe sont encore plus significatifs ; chez la cataleptique la respiralîon reste rare, superficielle, régulière, jusqu'à la fin ; tandis que chez le simulateur, le tracé présente deux parties distinctes; au début, la respiration est régulière, normale ; puis, correspondant aux oscillations des membres qui indiquent une fatigue musculaire, on observe une irrégularité dans le rhythme et l'étendue des mouvements respiratoires, les rapides et profondes dépressions respiratoires qui accompagnent le phénomène deTeffort *.
En résumé : f'La cataleptique ne connaît pas la fatigue, le muscle cède sans effort, sans intervention volontaire; 2'' le simulateur, soumis à Tépreuve, est à la fois trahi par le tracé du membre qui indique la fatigue musculaire, et par le tracé de
l.Voirp.3S.
la respiration qui traduit l'elTorl destiné à marquer les eUTel^ de la fatigue.
Nous avons, ces jours-ci, mis en œuvre un disposilif analogue pour soumettre à l'épreuve la contracture de notre jeune
malade. L'avant-bras estappliqué sur une lable contre laquelle le dos de la main est solidement fixé à l'nide d'un bandage. Une petite écharpe embrasse le pouce. Celle-ci est fixée par une corde qui passe sur deux poulies et soutient un plateau de balance dans lequel est placé un poids de un kilogramme (Jig. 19). L'expérience dure environ une demi-heure ; pendant ce temps, le pouce est progressivement soulevé,.el se dcLacbe de plus en plus du doigt indicateur. Après l'expérience, le pouce est revenu immcdialemenl dans sa position première, sans apparence de fatigue, aussi fortement appliqué qu'auparavant.
Pendant lout ce temps, le pneumographe, appliqué sur le devant de la poitrine, a enregistré chaque mouvement respiratoire. Or voici ce que le tracé nous montre ; la respiration est régulière, peu profonde, normale^ égale depuis le commencement jusqu'à la fin ; il n'y a rien, par conséquent, absolument rien qui rappelle le trouble respiratoire, qui caractérise le le phénomène de Teffort {Jig. 20, A, B).
En manière de contrôle, un jeune homme vigoureuXi un externe du service, est placé exactement dans les mômes conditions, il donne volontairement à sa main gauche Tattitude particulière que présente la main contracturée de notre jeune malade. Le pouce qui a été maintenu appliqué contre Tindicateur au début de rexpériciice, a élc soumis à la môme traction continue, pendant le même espace de temps, c*est-à-dire une demi-heure; il a cédé peu à peu, et s'est écarté progressivement de rindicateur, malgré la volonté de rexpérimentaleur qui résistait. Rien jusqirici qui distingue nettement le cas du simulateur de celui de Ja malade ; mais c'est dans le tracé respiratoire que va se maiiifesler le contraste. A l'origine, c'esla-dire durant les premières minutes, la respiration est égale et régulière ; mais bientôt le désordre se produit, les inspiralions sont prolongées, marquées par de fortes dépressions, et Séparées par de larges plateaux. Le phénomène de Teffort devient évident (/îy. 20, C, D).
Aussi vous le voyez, grâce à une épreuve de ce genre, la fraude, si elle venait à se produire, serait facilement reconnue, puisque nous avons,dans l'étude du tracé respiratoire, le moyen de la démasquer.
Un ne saurait évidemineiit, dans les études cliniques relatives à rhystérie, s'entourer de trop de garanties. Mais veuillez re-
marquer, Messieurs, que cette épreuve ù laquelle nous avons soumis notre jeune malade est, en quelque sorte, une éi'reuve de luxe; déjii nous avions réuni des preuves nombreuses et
ri§. te,— U*hti
sufBsammeDt probantes de la légitimité de l'affection. Je pense que j'ai sufllsamment iodsté, et aa'il est établi dans voire esprit que les phénomfeoes qv éUidiés ensemble,
dans la précédente leçon, SOP' )6> patbologi<|ues
parfaitement légitimes- ontédu maladi'
ClARCOT. ŒuVTM COU s ,
11 i nÉnÉDiTÉ
n^enlre pour rien, absolument pour rien. Je vais vous mettre à même de reconnaître, dans un instant, que ce qui vient d'être dit à propos de la contracture de notre jeune malade, nous pensons l'appliquer point pour point, au cas du sujet mâle que nous allons maintenant considérer particulièrement ^
Au préalable, il ne sera pas hors de propos de vous dire quelques mois de la névrose hystérique en tant qu'elle se présente dans le sexe masculin. L'hyslérie peut donc se développer chez l'homme I Oui, incontestablement, et elle s'y voit plus fréquemment qu'on ne serait porté à le supposer au premier abord. Ce sujet de l'hystérie mâle est un de ceux auxquels les médecins se sont atlachés dans ces dernières années : ainsi on ne compte pas moins de cinq dissertations inaugurales relatives à ce sujet spécial présentées à la Faculté de Paris de 1875 à 1880. Déjà Briquet dans son beau livre avait avancé que pour 20 femmes hystériques on rencontre, à Paris du moins, un homme atteint de la même affection. Ce chiflTre. je Tavoue, me paraît un peu fort ; toujours est-il que M. Klein, Fauteur d'une des thèses dont je parlais tout à l'heure, et faite sous rinspiralion de M. Ollivier, a pu recueillir dans les auteurs 77 observations d'hystérie mâle, auxquelles il a ajouté 3 faits personnels, ce qui donne le chiffre respectable de 80; d'oîi il faut conclure, tout au moins, que, chez l'homme, l'hystérie n'est pas vraiment une afTection très rare.
Un fait mis en lumière par le même travail ; c'est que lorsqu'elle se développe chez l'homme, l'hystérie est le plus souvent héréditaire ; cette circonstance s'est présentée 23 fois sur 30, et il s'agit là d'hérédité maternelle et d'hérédité similaire,
1. La malade a élé soumise à Tapplication répétée de Taimant et la contracture a fini par disparaître; dans sa leçon du 12 janvier 1S83, M. Charcoi a pu montrer la malade complètement guérie de sa déformation, mais conservant encore les stigmates permanents de l'hystérie décrits plus haut.
Ch. F.
UYSTÉRIE CUEZ l'hOMUG 115
ce qui revient à dire que Tliystérie chez la mère engendre souvent l'hystérie chez le fils.
Une autre notion qui résulte de la comparaison de ces observations, c'est que les accidents hystériques, chez Thomme, apparaissent le plus souvent, conformément à Topinion de M. Reynolds, qui les a observés à Londres, à Tàge adulte, après 14 ans, de 20 à 30 ans, quelquefois plus tard. Sans doute, rhystérie du mâle peut se rencontrer chez l'enfant avant la puberté, de 5 à 14 ans ; mais l'hyslérie de l'adulte est plus commune. Et, autre point à relever, ces hommes adultes en proie à la névrose hystérique ne présentent pas toujours, tant s'en faut, les caractères du féminisme ; ce sont, au moins dans un bon nombre de cas, des hommes robustes, présentant tous^les attributs du sexe mâle, des militaires, des artisans mariés et pères de famille, des hommes, en un mol, chez lesquels on pourrait s'étonner, si on n'était point prévenu, de rencontrer une affection considérée par beaucoup comme exclusivement propre à la femme.
Enfin, j'ajouterai que, chez l'homme comme chez la femme, la névrose se manifeste sous la forme fruste, à la manière d'un type effacé; et il est parfaitement établi, d'autre part, qu'elle peut se présenter chez lui douée de tous les attributs qui répondent au tableau de Thystéro-épilepsie, hysteria major, grande hystérie. L'an passé, je vous citais plusieurs observations parfaitement propres à mettre en lumière la réalité de ces faits. Je me bornerai, pour ne rien dire, en ce moment, des modifications psychiques analogues dans les deux sexes, à relever les points suivants :
l"" L'bémianesthésie sensorielle et sensitive, ce stigmate qui caractérise à peu près sûrement l'état hystérique, lorsqu'on a soin de faire le départ de quelques affections qui
116 UYSTÉRIE CHEZ L*nOHHB
quelquefois la produisent (lésions capsulaires en foyer, saturnisme, alcoolisme), Thëmianesthésie hystérique, en un mot, peut se rencontrer chez Thomme comme chez la femme. 11 n'est pas jusqu'au rétrécissement du champ visuel pour les perceptions lumineuses, et à la transposition des limites du champ visuel pour les couleurs qui ne puissent se rencontrer en pareil cas. Je vous en ai déjà montré un exemple.
2** L'ovarie, un des symptômes fréquents de l'hystérie féminine manque chez l'homme; mais chez lui, dans quelques cas au moins, l'irritation du testicule, retenu dans l'anneau, la pression du testicule provoque ou arrête l'attaque.
3° A défaut d'ovarie, nous retrouvons chez l'homme los points hyslérogènes^, avec leurs mêmes caractères que chez la femme ; mais chez lui les points d'élection sont surtout la région bregmatique, l'un des côtés de la poitrine ou de l'abdomen et surtout le flanc gauche.
4° Enfin la série des phases de la grande attaque hystéroépileplique se retrouve également chez l'homme (voir entre autres les cas de MM. Bourneville et d'Olier, de M. Fabre (de Marseille), sans compter les quatre ou cinq faits du même genre que j'ai personnellement observés).
5** La paralysie paraplégique ou hémiplégique, avec exaltalion, ou, au contraire, avec disparition des réflexes tendineux, est un phénomène qui s'observe quelquefois, beaucoup plus fréquemment, on peut dire, que la contracture, qui paraît avoir été rarement rencontrée.
Mais vous ne devez pas vous attendre à trouver réunis, chez un sujet mâle, ce grand concours de phénomènes. La névrose hystérique peut se présenter et se présente sans doute fort souvent chez lui dépouillée de ces grands attributs classiques, c'est-à-dire sons la forme fruste ; et c'est justement ce qui se présente chez le malade qui va nous occuper. J'espère pour-
tant parvenir à vous persuader que, malgré Tabsence de ces grands caractères, c*estbien do rhystéric qu'il s'agit, el rien que de l'hystérie.
Notre malade est un homme de 3i ans, forgeron, père de quatre enfants, assez robuste, sans aucun attribut du féminisme. Je dirai actuellement que, chez lui, nous n'avons trouvé aucun antécédent héréditaire ou personnel d'ordre névropatbique, aucune émotion morale qui puisse être invoquée comme cause de la maladie actuelle, rien, si ce n'est une influence traumatique, une brûlure. Le 26 juin dernier, une barre de fer rougie à blanc avait louché son avant-bras et sa main gauche. La brûlure, quoique peu profonde, mit six semaines à guérir, et aujourd'hui, il reste une plaque rouge violacée de 3 à 4 cent, de large sur iO à 42 de hauteur, occupant la partie inférieure de l'avant-bras et le dos de la main. L*accident n'a pas causé trop d'émotion, paraît-il. D'autre part, la contracture n'a pas suivi immédiatement l'action traumatique ; elle ne s'est développée, chose remarquable, que d'une manière graduelle; et dans Thistoire de la contracture hystérique de cause traumatique, c'est là une circonstance exceptionnelle. Quelques jours après Taccidenl, dit-il, son bras était lourd, ses doigts difficiles à remuer, comme engourdis ; mais, pour ce qui est de la contracture, c'est sans intervention d'une cause nouvelle qu'elle s'est produite seulement sept semaines après.
Cestle 15 août qu'il sentit des douleurs dans le bras, il ne dormit pas ; et, le lendemain, sa main présentait l'attitude caractéristique de la griffe interosseuse, le pouce était libre. Puis, le lendemain, la flexion des doigts existait; enQn, le pouce s'applique à son tour contre les autres doigts. Et, dans ces divers temps, on voit se produire successivement la flexio du poignet et la pronation de l'avant-bras.
lis CONTRACTURE TRAUMATIQUE
Eludions de plus près celte remarquable déformalioa de U main, résullant d'une conlraclure permanente de certains muscles, conlraclure lellemenl prononcée qu*elle résisle à toute tentative de réduclion, et qui, depuis trois mois, n*a pas cessé d'exister, non seulement le jour; mais encore, sur ce |K>inl j'insiste loul particulièrement, même pendant la nuit. LVpaule et le bras sont libres, Tavanl-bras est plutôt dans lu pronation. La main est Ûéchie sur Tavanl-bras ; les quatre doigts sont fléchis de telle façon que les ongles s'impriment dAUA In paume de la main. Les doigts sont énergiquemenl serrt&« les uns contre les autres, et le pouce lui-même est forle-
t*iy ft, •- Contracture de îa main gauche. (Dessin de M. P. Ricber.)
\\m\\ «impliqué contre la face externe de la deuxième phalange aoTimlox (%. 21).
loi, Tunalytie physiologique la plus simple montre que, pour détoiuiiuor oello attitude, c'est le nerf médian qui est surtout ou jou. il anime en effet les fléchisseurs du poignet et les fléohiHHOuris hupoilloiol et profond. Mais le cubital est aussi en uoliou : rudiluoliou dos doigls montre l'intervention des inlero.H!i0u\. Ajoutons que les extenseurs sont aussi en jeu, oommo iUusi toute contracture spasmodique.
Uouiarquci celle allilude du poing fermé et très énergique-
COITTRACTURE TRAUMATIOUC 119
quemeni fermé, j*y insiste, compliquée d*une flexion de la main, elle est aussi très énergique. C'est là, vous le voyez, une attitude forcée au premier chef, une attitude difficile à maintenir, môme pendant un temps peu prolongé [Fig. 21).
C'est ici le lieu de rappeler une ingénieuse remarque de Duchenne. Vous savez qu'à la main les extenseurs des doigts et ceux de la main tout entière sont, pour ainsi dire, dans une sorte d'antagonisme : si on étend la main autant que possible, et si on essaie alors d'étendre les doigts, ceux-ci se fléchissent légèrement; c'est que l'extension de la main a pour effet de raccourcir les extenseurs des doigts et par conséquent de les placer dans une situation peu favorable à leur action, tandis qu au contraire les flécliissours des doigs distendus sont mis à même d agir. Au contraire, et pour une raison analogue, si vous fléchissez la main, les doigls peuvent être facilement amenés à une complète extension.
Considérons maintenant l'action combinée des fléchisseurs de la main et de ceux des doigts, il y a là aussi une sorte d'antagonisme. Ainsi, pour fléchir fortement les doigts et fermer le poing, comme dans la menace, la main est étendue, l'action des extenseurs favorise celle des fléchisseurs. Si, au contraire, le poing étant fortement fermé, vous fléchissez énergiquement le poignet, alors vous remarquez que la flexion des doigts se rel&che et que ceux-ci ont une tendance très marquée à s'étendre ; vous ne pouvez les maintenir fléchis dans cette altitude de la main qu'au prix des plus grands efforts. Et ceci. Messieurs, est un fait bien de nature à écarter l'idée d'une simulation ; je doute qu'une personne résolue puisse, pendant plusieurs heures, et, à plus forte raison, pendant plusieurs jours, maintenir sans hésitation et sans défaillance l'attitude vraiment pathologique de notre malade. Il est certain,
lui nÊau!iKsniÊi»ie
en tout cas, qu*on ne saurait imaginer on homme capable de la maintenir pendant le sommeil profond. Or, chez notre sujet, celte attitude est conservée pendant le sommeil ; M. Debove s*en était assuré, et on s'en est assuré ici encore, à plusieurs reprises. Nous nous proposons du reste de soumettre notre malade à Tépreuve pneumographiqne, et je ne doute pas qu'elle ne nous donne le même résultat que chez la jeune fille que je vous ai déjà présentée '.
Vous acceptez déj^, je pense, qu'il s'agit là d*une attitude pathologique parfaitement légitime, et non d*une attitude si< mulée, d*un symptôme vrai, et non d*im symptôme imaginaire, ariiGciellement provoqué par Tintervention volontaire du malade. Il me reste à établir que, de même que chez notre jeune fille, c'est bien riiyslérie qui est en jeu. J ai dit déjà qu'il s'agit d'une forme fruste de la névrose ; il n'y a pas eu (ratlaqucs, il nVa ni antécédent, ni aucune modification psy» chique à signaler. Mais, si nous nous reportons à Tobservation qui a clé faite par M. Debove, le 1*' octobre, et à celle qui a été faite par nous une semaine plus tard, nous trouvons ce qui suit : i"* Une hémianalgésie gauche, la piqûre ne provoque pas de douleur, mais une simple sensation de contact ; le froid est moins bien perçu dans toute la moitié gauche du corps ; 2'' I ne obnubilation très marquée du goût, de Touîe, de Todorai, également du côté gauche. Nous avons procédé à une mensuration régulière du champ visuel : des deux côtés il est rétréci, mais surtout à gauche ; le champ visuel pour les couleurs est rétréci en proportion, mais les cercles concentriques qui représenlcnt le champ pour chaque couleur ont conservé leurs relations et leurs proportions réciproques, il n'y a pas
i. L'expérience a dé faite dans les mcincs condi lions cl avec le môme résultai que chez la jeune fille. Ajoutons que, dans le sommeil chloroforuiiquc, on n'a oblenu qu'une résolution incomplète de la contracture ; ceUe résolution, toutefois, avait été obtenue autrefois, à Bicétre, par M. Detwfe.
IIËKUKtSTIIËSIE
de Iransposition ; pas d'achronaatopsie, pas de dyschromatopeic {Fi(f. 32) ; 3' Toute trace de zone hystérogène fait déraut.
Quoi qu'il en soit, en l'absence de toute circonstance capable d'être rattachée à l'existence d'une lésion capsuloire en
i22 CONTRACTURE TRAUMATIQUE
foyer, du salurnisme, de l'alcoolisme, et en raison de la présence d'une conlraclure, d'une déformation de la main, qui, considérée en elle-même, porte déjà la marque sufQsanle de Torigine hystérique, il y a lieu de conclure que, chez notre malade, tous les phénomènes soumis à notre observation appartiennent, comme nous Tavons annoncé, à l'hystérie, rien qu'à l'hystérie ; ils présentent une analogie vraiment frappante avec ceux que nous rencontrons chez la jeune fille que nous venons d'étudier.
Tel élait Tétat du malade, le 7 octobre. Depuis lors, sous rinfluence d'une intervention, elles se sont légèrement modifiées. Un aimant a élé appliqué du côté de la contracture, la sensibilité est revenue sans transfert au membre supérieur droit, au tronc, à la tôle, au bras, mais non à la main et au poignet. Sur ces entrefaites, le malade est sorti, craignant, pour des raisons spéciales, d'être guéri trop vite. Il est rentré ces jours-ci ; on a fait une nouvelle application de l'aimant qui a amené cette fois la disparition de l'insensibilité de la main, et a provoqué un engourdissement et un commencement de rigidité de la main du côté opposé. M. Debove n'a pas élé plus loin, dans la crainte de modifier trop profondément une situation dont il savait que je désirais vous rendre témoins.
Aujourd'hui, la contracture persiste seule chez notre homme, rhémianeslhésie a complètement disparu ; il existe seulement^ dans la partie contracturée un sentiment de crampe pénible qui trouble quelquefois son sommeil. Il s'agit donc maintenant d'un cas fruste par excellence, mais d'un cas dont la nature hystérique, si j'ai réussi dans mon espoir, ne saurait plus pour vous actuellement faire l'ombre d'un doute *.
1. L'applicalion répétée de l'aimant n'a eu d'autre résultat que de rame-
lier la sensibilité dans le membre contracture. Le malade fut dès lors en proie à des soufTrances extrêmement vives, siêf;eant dans Tavant-bras et dans la main, dues en partie à la pénétration des ongles dans les chairs, mais aussi dans une certaine mesure à la contracture elle-même ; car les muscles fléchisseurs surtout étaient très sensibles (ces douleurs spontanées avaient déjà été notées, quoique moins intenses, quand le malade était ânesthésique). Comme il réclamait avec insistance une intervention chirurgicale, préférant subir Tamputation que de supporter plus longtemps ses douleurs, M.Charcot résolut d'avoir recours à rélon^ation du nerf qui était en cause dans la production de la déformation, du médian. Celte opération qui, antérieurement déjà, quand le malade était encore dans le service de M. Debove, avait été proposée par M. Gillette, chirurgien do Bicétre, fut pratiquée, le 26 décembre 1882, par M. Terrillon, chirurgien de la Salpôtrière. L'opération a été faite à la partie supérieure du bras : ce nerf médian, soulevé sur une sonde cannelée, a été, à deux reprises, éloigné de 8 centimètres environ de sa position naturelle. En sortant du sommeil chloroformique, la malade éprouve dans Tavant-bras et la main des fourmillements accompagnés de douleurs, la contracture semble persister. Après un sommeil de trois ou quatre heures, il se réveille sans douleurs dans l'avant-bras et la main ; la contracture a à peu près complètement disparu, cependant les doigts ne peuvent pas être étendus tout à fait. La situation s'est un peu améliorée depuis, mais, cependant, l'extension des premières phalanges est encore incomplète, ce qui semble dû à une rétraction des parties fibreuses ; d'ailleurs, la contracture est remplacée par une parésie des muscles primitivement atteints. En montrant le malade guéri, dans la leçon du 12 janvier i882, M. Charcot a fait remarquer que, outre cette rétraction des parties fibreuses qu'on observe quelquefois, à la suite des contractures hystériques de longue durée, il existe un état lisse particulier «le la peau de l'extrémité des doigts et en particulier de l'index, qui semble «ffilé en fuseau. Cu. F.