‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 4)Chapitre 25 sur 156 · SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEPTIÈME LEÇON

Deux cas de contracture h3r8térique d'origine

traumatique

SoMMAiBE. — Hystérie larvée banb crises cuuvuisives. — Conlraclure spasmodique permaneote d'origine traumatique. — Deux observations rela' tives Tune à une femme, l'autre à un homme. — Hcrédilé. — Gride cubitale : étude expérimentale de celte grilTe, par réicctrisation et par la mise en jeu de Thyperexcitabilité neuro-musculaire.

Messieurs,

Dans la leçon d'aujourd'hui qui inaugure le cours de la nouvelle année scolaire, j'appellerai votre attention sur deux cas pathologiques qui se sont offerts récemment à notre observation et que plusieurs d'entre vous ont eu déjà l'occasion d'examiner. Ces deux cas m'ont paru dignes de vous occuper un instant; ils ont entre eux d'ailleurs les analogies les plus frappantes ; tellement qu'ils semblent en quelque sorte coulés dans le môme moule, et méritent à tous égards d'être rapprochés.

L'un et Tautre offrent, en effet, un exemple de l'hystérie anormale par l'absçnce de crises convulsives. lis ont de plus, en commun, un autre trait particulier, à savoir, l'existence d'une contracture spasmodique limitée à Tune des mains, et développée, suivant toute apparence, sous l'influence d'une excitation extérieure.

Gharcot. Œavreâ complètes, t. m. Système nerveux. t

•..? L iiii liât relalif au <iiz i^rrii- ;:uLe. au contraire, iiiicrse . ... .u'i?iauoe qui. incoiite^iâllriifi:.

?.,,:•. ii^t-e et jirîvéc de h n:ar::r. r::

..,..»., -ie [':uUj:iue convulsivt : 2' l:i :i:-

...laiitriue développée à la ^uitr i\.i.?

. . .1? -ont les deux points que jr ^:--

-liri à prùpos de l'élude de ce? ô-ux

l'tt».. lire lesquels j'essaierai de:-:.!:

0!:L.«r imniédiatemenl en maiière .. ; .e .t^s cas.

»«... dune jeune flile de 16 ans er-vi- . .iLMoaio. Sajihysiononiieest as^ez caiUiO. ■ len particulier. Nous ne ia l.-ouvun- X v>.i:ues comme la plupart des sujets ..' :i'a:^parlieîU pas, dans Tespèce. à li I .\à:iio: mais, soilditen riassaiit,oe-h\s- ,:»ii Ms louj'Urs les plus faciles à mener. . ,«u.< ;\ 1.1 muladie actuelle méritent ., ii.i::».:onant orpheline: elle a été re- ,. :v- Joîa mort de sa mère, survenue .jiï.xo pulmonaire, dans une maison ,..*v V Mais. circ(jnsta!ice plus inléres- ...v- a iaMle d'aliénés d'Orléans, où il .,. . ...0 jui a molivi* son admission dans » MraUsie iiéiiérale progressive, si .... *»'i 4 '^.iln plusieurs atUiques convul- '''■^^^^^' .^ ^.*».i.^ osl resté paralysé. J'ajouterai

^ ' - ., ,1 5> ans. recueilli dans une maison

UÉRÉDITÉ 91)

Ces faits mérilaient d'élre mis en relief, parce que l'hérédité névropaihique figure, vous le savez, au premier rang dans Téliologie de Thystérie. Celte cause peut être invoquée 30 fois pour 100, d'après Briquet : tantôt il s'agit, suivant la nomenclature proposée par M. Prosper Lucas, Aq Y hérédité homonyme ou de swiilitude, une hystérique donnant naissance à une hystérique ; tantôt de Vhérédilé de transformation , les parents étant affectés d'une autre affection du système nerveux, de folie, d'épilepsie, etc.

Parmi les antécédents personnels de la malade, nous ne

Fig. 17. — Contructui'e hystérique de la main yaucha. l)t'»&iii lie M. I'. liicbur

trouvons guère ù relever qu'une bronchite assez grave, d'une durée de trois mois. Absence bien constatée, soit dans le passé, soit dans le présent, des phénomènes de Thystérie convulsive. Notre malade paraît ignorer absolument la boule hystérique, les spasmes, les convulsions.

Pour ce qui est de l'état moral, les renseignements fournis par la supérieure de la communauté oîi elle vivait sont peu explicites : « Elle a un amour extrême de la liberté ; ses con. versations et son esprit ne sont pas bons. » Qu'y a-t-il derrière ces réticences toutes monacales ? Nous n'en savons encore rien; mais nous le reconnaîtrons peut-être bientôt*

J'am%e nuûiiteDaDt au bài cqnLal, la dâtamiaiioii àe k cuaifi f^auebet qui représeole. voitt k voyez, uue vt^ii&ii!« tfuifi'bot, que je qualifierai dliTsiérigue (/f// . ^7 .. it vjib dirai tuui i Tbeure dans quelles cârDooiBlaiiaK s*«si dévéli*p|fée cette débrmalioD ; aeluellemeot jt* ne relèverai gunn {icénl: ii y a un an que cela dure. Depni» œ leiD|»ë ia âèfunuaikn a été permaoeole, sans cesse ni trêve, eiLcepié peudani une période' de deux mois, où elle a été atténuée, «dus J'influence d'un traiieiuenl.

h*, poignel esl libre ; ii en est de même à&t autres «ltùcoIition» du membre supérieur. La déformaliou est dour limitée i la main. Les premières phalanges sont fléchiei^ sur ie meucarpi), lenttulros phalanges ne présenleul qu*uzi 3é^er âi-çrêde flexion. Les doigis, aimii fléchis dans leur eiihemipie. sont surréHies unn conire le» uulres, forment uue sorte de o6ue. dont In mimninl n'^pond Ix rexlrémilé des deruières phalazifes. Le pour.o, danr* raddurlion, esl lui-même fortement appliqué contre Tindicalrur.

Il ^^t facilo de se ronvaincro que la rigidité mus<cuJaire est la seule cause de celte di^rornialiun, et que les articuiaUoDs el les iigamenl«^ ne .^onl pas an*eclés. Les tentatives de réduction U, ftiiUiCKUi niiffi^aniineiil. La ohloroformisation aurait pu nom ^... rf.'.r.r.i*.* iKKfî preuves p(!»ren)ptoire; mais nous avous craint ■VA ;:,«»?•. .:'^ir.r>ri qui aurait pu vous empêcher d'étudier de ti<u

v.vivi ♦»'i*vvi'>fjs d'ailleurs ici les caractères de la coutrac- >v<.t *y\^^wy,./^,fii: si, en en*et, les fléchisseurs sont surtoul 4«..ô^-.. M WArm'iuciiilQ sens de la déviation, les extenseurs .-.i .ivrtiMi. ér,^ aussi; car il est aussi difficile d'exagérer la <--..-, ,,,.% U; ;/r'/duire Textension. Cette action simultanée * •.*H•,,^>*wl4 * tii un des caractères de la coulracture spas^

'''-i.-^ nv>4 .wpjifU je reviendrai.

CONTRACTURE TRAUMATIQUB 101

Chemin faisant, relevons quelques autres particularités: La main déformée est plus froide que Taulre, et elle offre une teinte bleuâtre assez marquée, dénotant un trouble manifeste des vaso-moteurs. Il existe une atrophie, ou plutôt uneémaciation légère, non seulement de la main, mais encore des autres segments du membre. L'avant-bras et le bras ont environ un centimètre de moins en circonférence que du côté opposé ; il ne s'agit pas là d'une atrophie musculaire véritable, mais d'un amaigrissement dû au repos prolongé. Nous trouvons, en outre, une diminution de la sensibilité générale et spéciale sur toute la moitié du corps, du côté de la déformation.

Il s'agit ici, remarquez-le bien, d'une contracture permanente, dans l'acception rigoureuse du mot : nous la retrouvons matin et soir ; elle persiste pendant le sommeil, ce dont on peut se convaincre facilement, grftce à cette circonstance, que la malade étant insensible de ce côté, l'exploration peut être faite sans l'éveiller. On est donc en droit d'écarter tout soupçon de supercherie.

Peut-être, avant d'aller plus loin, n'est-il pas sans intérêt d'entrer dans quelques détails relatifs à la physiologie de cette contracture.

Quels sont les muscles qui entrent surtout en jeu pour déterminer celte altitude vicieuse ? Ce sont les interosseux qui sont intéressés au premier chef ; car, comme l'a montré Duchenne (de Boulogne), ces muscles ont pour rôle de fléchir la première phalange, et en outre, les interosseux palmaires ont pour action de rapprocher les doigts d'une ligne fictive passant par Taxe longitudinal du médius, et par conséquent de les serrer les uns contre les autres. Mais les interosseux ne sont pas seuls affectés, car les deux dernières phalanges sont aussi fléchies, et celte attitude est due à l'action des fléchisseurs profond et superficiel.

i02 GRIFFE CUBITALE

11 faut donc reconnaître l'action, non seulement du cubital qui innerve les interosseux, mais encore du médian, sous Tinfluence duquel agissent les fléchisseurs. D'ailleurs, la participation du médian est encore mise en lumière par l'attitude du pouce. Remarquez, en effet, que le pouce n'est pas seulement dans l'adduction, mais encore en même temps en opposition ; il est porté en dedans, mais l'ongle est dirigé en avant et non directement en dehors, comme dans l'adduction simple. L'adduction du pouce est déterminée par l'adducteur, véritable interosseux du premier espace, qui est animé par le cubital ; mais l'autre mouvement est produit par l'opposant, qui est innervé par le médian.

D*ailleurs, nous n'allons pas nous borner à de simples assertions, relativement à ce mécanisme de la déformation de la main. Nous sommes en mesure de reproduire avec l'électrisation localisée, parla méthode de Duchenne (de Boulogne), les faits que nous venons d'énoncer. Ce genre d'expérimentation est assez difficile sur les sujets normaux, à cause des douleurs déterminées j)ar la faradisation ; celte difficulté n'existe plus chez les hystériques anesthésiques, qui peuvent se prêter à l'étude, puisqu'elles n'éprouvent aucune douleur.

Je vous présente la nommée Bl..., hystéro-épileptique hémianesthésique gauche. Nous avons marqué un point noir en dedans du tendon du cubital antérieur ; c'est le point d'élection pour la faradisation du nerf cubilal au niveau du poignet. Vous voyez que la faradisation produit une griffe cubitale partielle (\mvdii^\it\\B celle de notre malade, et dans laquelle les inlerosseux et l'adducteur du pouce entrent seuls en jeu. Si, au contraire, nous excitons le cubital au niveau de sa gouttière au coude, nous déterminons une griffe cubitale totale avec flexion des deux derniers doigts : ce dernier mouvement étant dû h l'action de la partie cubitale du fléchisseur profond.

GHIKPE INThROSSEUSE 10;)

Ces mêmes faits sont plus facilement étudiés encore chez les sujets que Ton veut plonger dans la léthargie hypnotique. Nous pouvons, en effet, profiter de Vhyperexcitabilité neuromusculaire dont sont doués ces sujets, pour provoquer les mêmes mouvements, en irritant le nerf avec un corps dur quelconque, avec un simple bâton, sans faradisation. L'avantage dans ce mode d'expérimentation, c'est que ces mêmes attitudes sont permanentes, comme vous le voyez, sur cette malade, chezlaquelle vous nous voyez produire par simple attouchement du cubital au niveau du poignet, la griffe interosseuse ; ou si nous voulons agir au niveau do la gouttière du coude, la griffe cubitale totale. Après a\oir ramené la griffe inlerosseuse, vous nous voyez rei-rodhire exactement la déformation de notre première malade, en excitant le muscle opposant dans !a paume de la main. Je \ous ferai remarqu^T que sur ce sujet byj^rexcitable. ]a main coLlractun-'; ^n flexion, présente lou^ le- caractère^ de la c^irJracture ^\t^^ modique : Tatiilu^e e?! fi\*r- les fl^cni^teur- *:: :fr* niUtuy^'MTt entrent donc eu jeu. il y a dor.r uie fc'.li'.r: ^vd*rr,««r d*; ^a moelle. Mais c>fl ià uu p.'iiî f'jr Ir^-;-" lv-p* r^v'irr.':''.rj*.

Après cette difressî.T m: :k-- .iiît-w^. . *•*: ^v-v* c *-• revenir à notre m&.aâe.

Nous venoiif d fihiiiir r*. .. t ti:.. t -.•.^ vy. *\.* .'.•* >yfcv modique; mais I laul ni'ju.rtr ii;il' ♦^i: : *:\ ^. .* •:.*•■ % ;^.«n le nom dTiyflfcrigu*-. *•: ni. •:•! ;»»".. : îv.ivu*'* * ;»• '.vi-»*, relatiTemeLt iavondii*: â»-* a'.-iij**:..' i** •>^' '•t*^ v: -t ;**"J espérer, en c "au;ret i^-nif * u'^* Tî^ti" t .i>*:** :•./»> ♦-

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104 DIATHÈSB DR COMTRAGTURR

la moelle; 2'' sut ]dL permanence absolue dnx même degré, niût et jour. Chez les hémiplégiques, la contracture se relflche ordinairement en partie sous l'influence du sommeil ; S"" en6n, les circonstances au milieu desquelles Tattitude vicieuse s*esl produite, ont une grande importance. Il y a plus d*un an, le 2 novembre 1881, la malade, en cassant un carreau» s*est fait sur le dos de la main, au niveau du deuxième métacarpien, une plaie insigniGanle qui fut cicatrisée au bout de 4 ou 5 jours. C'est ce traumatisme léger qui a déterminé la contracture ; c'est là un caractère d'une grande valeur. De plus, le début a été soudain et sans douleur^ Enfin, la déformation persiste longtemps après que la plaie est guérie. Sans doute aussi, chez des sujets à lésions organiques (sclérose descendante cérébrale ou spinale), on peut voir le même accident se produire à la suite d un traumatisme ; mais dans ce dernier cas, en général, le début de la contracture n*est pas brusque, il n'y a pas la même disproportion entre la légèreté du traumatisme etrintensité de la contracUire, qui n*a pas non plus la même persistance, après la guérison de l'irritation périphérique.

dette disposition à la contraclure chez les hystériques, cette sorte de diathvso de ctnitmctvre, qui peut être mise en jeu par un traumalisme banal, osl remarquable chez certains sujets, .l'avais observé depuis longtemps que certaines hystériques, il la suite d'un mouvement brusque, en jetant une pierre, par exemple, restaient avec le bras en contracture. Nous pouvons reproduire le môme phénomène sur la nommée M..., que je vous présente : vous me voyez, en redressant brusquement le pied, déterminer un pied-bol équin qui ne cédera qu'à un massage prolongé. Remarquez que celle contracture se produit à l'état de veille, et qu'elle se présente avec la même intensité que celle que nous avons provoquée tout à l'heure.

CONTRACTURK THAUHATIQUK 105

grftce à l'hypprr-Tcitnbilité neuro-musculaire, dans le somnieil hypnolique.

Pour en revenir h rnlrn ras, vous voyej; que cette suile de considérations permnl d(''ji^ de présumer que l'afTeclion est de nalure bjstérique. Mnis cette présomption déjà ni forte se

106 HÉMIANESTHÉSIE nYST^RIQUE

changera en certitude, lorsqu'une étude plus attentive nous permettra de relever les 'caractères qui établissent de plus en plus nettement la nature du substralum.

Si les attaques font défaut chez notre malade, elle présenle cependant nombre de (roubles nerveux qui constituent autant de stigmates caractéristiques de l'hystérie. Il existe en effet une ovarie gauche, une hémianalgésie gauche, occupant non seulement la main, mais les deux membres, le tronc, la tête ; la malade n'est pas affectée parla faradisation de la peau. Il y a, en outre, une hémianesthésie semorielle. Les organes des sens sont afTectés d*une manière correspondante aux téguments qui les protègent, c'est un point que Ton a déjà eu occasion d'étudier d'une manière générale dans le service *, et qui, dans ce cas particulier, a été mis en lumière, en ce qui concerne Taudilion, par un médecin qui suit actuellement nos visites, M. Wallon '. L'odorat, le goût, sont également affectés, 11 en est de même de la vision : il existe un rétrécissement du champ visuel (/?y. 18) pour la perception lumineuse, et pour la perception des couleurs, avec transposition du cercle rouge, à l'extérieur ; il y a en outre une diminution de Tacuité visuelle, qui est représentée par un sixième de la normale.

Nous retrouvons donc chez cette malade tous les caractères de riiémianesthésie hystérique avec ovarie. Ces troubles sensitifs ne pourraient être déterminés que par une lésion cérébrale en foyer, siégeant an niveau du carrefour sensitif, par Talcoolisme ou Tintoxication saturnine ; mais comme nous ne retrouvons aucun signe de ces affections chez notre malade,

l. «^h» Férv. — Sur qudquex plu^nomvw s ofxenés du côté de Vœii chez lex n'>«T»»-?v*i^»9M«» -wiV en dehors de t* attaque s àt pendant l'attaque (Sor. k .iuirn/ùf» 14SI, el Aich. de Neurd^tfjie, 18^2, t. lîî, p. 281). ^'u-û. IKiJtoo. — Deafnens in hifflrrical tif^mian'sthtrsia (Rrain, part. XX,

force est bien de conclure que, chez elle, tous les phénomènes pathologiques sont de nature hystérique et purement hystérique. Et vous voyez qu'en somme ce qui, au premier abord, paraissait irrégulier, bizarre, rentre par cette voie dans la catégorie classique.

Messieurs, Theure étant déjà avancée, nous remettrons la suite de cette étude à notre prochaine leçon.

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