‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 4)Chapitre 29 sur 156 · CONTUSION DU SCIATIQUE · texte numérisé non relu

CONTUSION DU SCIATIQUE

dent que les jours qui ont suivi il ne s'est produit sur la région fessîère ni ecchymose, ni tuméfaction.

Si vous voulez bien jeter les yeux sur la figure d'analomie que je vous montre, vous reconnaîtrez immédiatement que le lieu où le choc a porté répond exactement au trajet des nerfs grand et petit sciatique, un peu après leur sortie de l'échancrure. Les deux troncs nerveux ont donc pu, et ils ont dû être simultanément soumis au choc.

Bien que les Iraumatismes de la région fessiëre ne soient pas rares, tant s'en faut*, il importe de relever cependant que la contusion du nerf sciatique n'est pas chose fréquente; il faut en effet, pour que cette contusion ait lieu, des conditions vraiment spéciales. Elles se réalisent lorsque le choc est déterminé par l'extrémité d'une poutre, d'un brancard, d'une crosse de fusil, l'angle d'un meuble; alors le nerf peut être pris en quelque sorte entre la violence extérieure et le plan osseux, dont il n'est séparé que par les jumeaux et le carré fémoral. Par contre, le plus souvent, dans une chute sur la fesse, ^lors que celle-ci porte sur un plan uni, le tronc nerveux reste protégé. Vous voyez que les conditions d'une contusion limitée au sciatique se sont réalisées chez notre malade, et rien ne pourra faire supposer que jamais l'articulation coxofémorale ait été intéressée d'une façon quelconque.

Il importe de bien établir maintenant en quoi consistent les premiers phénomènes produits. Il s'est agi là d'une affection limitée, exclusivement limitée au nerf sciatique. Les symptômes n'ont pas différé, à part le commencement, qui a été marqué par un début brusque, de ceux qui appartiennent

1. Voir à ce sujet un intéressant article de M. le D*" Bouilly. In Arch. yen. de médecine, 1880, T. U, p. 655.

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à la sciatique vulgaire, Vischias nervosay maladie de Colugno. — Cela ressorlira de Texposé qui va suivre.

Le choc avait été assez violent pour que le malade fût jeté à terre ; mais aussitôt il put se relever, et déjà, & ce moment, la douleur occupant le trajet du tronc du nerf sciatique et de ses branches s'était développée. La douleur que, depuis ce moment, et pendant une période de trois mois environ, il n*d pas cessé d'éprouver, se composait de deux éléments : a) douleur permanente^ localisée sur le trajet du tronc nerveux, particulièrement en certains points où la pression Texaspère. Nous relevons surtout chez notre malade, Texistence: 1"* d'un point fémoral supérieur siégeant au bord inférieur du muscle fessier, entre l'ischion et le grand trochanter ; 2** d'un point péronierj répondant au lieu où le nerf péronier contourne la lôte du péroné; 3** d'un point malléolaire externe; 4° d'un point dorsal du pied* Sur |ieux de ces points ont été appliqués des vésicatoires, dont on reconnaît encore la trace. Ces douleurs permanentes étaient accompagnées d*un sentiment également permanent, très pénible d'ailleurs, de fourmillement dans le pied et dans la jambe.

b) En outre de la douleur permanente, il existait des douleurs intermittentes^ procédant par élancements brusques^ soudains, fulgurants, réunissant pour ainsi dire les uns aux autres les points douloureux fixes. Les fusées douloureuses s*accoropagnaient très nettement de secousses cloniquespar suite desquelles la jambe était vivement fléchie sur la cuisse. Ajoutons que, chez notre malade, les douleurs fixes ou intermittentes, les engourdissements et les secousses étaient surtout vifs la nuit, exaspérés par la chaleur du lit, au point que le patient avait pris Thabitude de passer ses nuits assis sur une chaise, et nous aurons complété un tableau clinique qui pourrait s'appliquer parfaitement à un cas de sciatique spontanée, rhumatismale ou de toute autre nature.

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Déjà, dans les premières semaines qui ont suivi Taccidenl, il s'était manifesté dans le membre inférieur gauche un certain degré d'impuissance molrice, gênant considérablement la marche et la station et qui ne pouvait pas être rapportée entièrement à la crainte éprouvée par le malade d'exaspérer la douleur; car cette impotence fonctionnelle persistait dans le temps même où il se produisait un amendement de la douleur. Ajoutons que, lorsque trois mois environ après l'accident la douleur eut cessé à peu près complètement, l'impuissance motrice se montra à un haut degré ; car, pendant un autre mois, il a été impossible au malade de se tenir debout en équilibre sans s*appuyer sur les objets environnants. A peine au bout d'un nouveau mois, le cinquième après Taccident, pouvait-il faire quelques pas dans la chambre, en poussant une chaise devant lui ; et ce n'est qu'au bout de six mois qu'il lui a été permis de marcher à Taide d'une canne ou sans appui pendant un quart d'heure, une demi-heure, non toutefois sans fatigue, ainsi qu'il le fait aujourd'hui.

Celle impuissance motrice d'un membre à la suite d*une scialique n'est point chose rare, vous le savez, alors que Taffection névralgique a été intense. Elle s'accompagne, en pareil cas, ainsi que l'ont fait remarquer MM. Donnefin et Lanilouzy, d'une atrophie plus ou moins prononcée des masses musculaires du membre. Une atrophie de ce genre existait très certainement, h cette époque, chez notre malade, bien qu'il ne l'ail pas remarquée. Vous verrez dans un instant sur quoi noire assertion est fondée.

L impuissance fonctionnelle cl ratropliie musculaire concomitante, dans la sciatique vulgaire, ne peut pas, vous le savez, être mise sur le compte du repos prolongé. En effet, d'après les observations de M. Landouzy, elle se manifeste de

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bonne heure (au boulde 14 jour^r, dans un cas) après le début des premières douleurs et dans les cas même où le membre n'a jamais été immobilisé. La théoiie généralement acceptée pour expliquer cette dystrophie musculaire, dans la scialique vulgaire, est, vous ne Tignorez pas, la suivante : on admet que rirritalion dont les tubes nerveux centripètes affectés sont le siège, remonte en quelque sorte vers le centre spinal, par la voie des racines postérieures, et s'étend jiisqu^aux cellulesdes cornes antérieures correspondantes, qui consécutivement sont affectées. La lésion, légère ou grave, dynamique ou organique dont elles sont le siège, ont pour effet de supprimer soit momentanément, soit pour toujours, leur action Irophique. En conséquence, les muscles auxquels se rendent les tubes nerveux centrifuges qui naissent de ces éléments ganglionnaires deviennent, à leur tour, le siùgc d'une lésion dystrophique plus ou moins passagère, ou, au contraire, déGnitive. Une des preuves que Ton invoque, et ce n'est pas la moins puissante, en faveur de Tintervention du centre spinal dans ce mécanisme, est que souvent Tatrophie frappe les muscles qui n'appartiennent pas au domaine du nerf où a siégé la névralgie ; ainsi, par exemple, dans des cas où la douleur a occupé exclusivement le tronc du grand sciatique, l'atrophie se produit non seulement dans les muscles innervés par ce nerf, mais aussi dans les muscles petit et moyen fessier, innervés par le fessier supérieur qui vient directement des premières paires sacrées.

Quoi qu'il en soit, l'observation courante montre que, dans la sciatique spontanée vulgaire, rim[)uissance fonctionnelle et l'atrophie musculaire qui l'accompagnent ne survivent pas longtemps à la douleur. Il n'en est pas tout à fait ainsi dans la sciatique d'origine traumalique, si Ton en juge du moins par un fait que M. Seeligmtiller a publié et où il s*agit d'une scia-

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