‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 4)Chapitre 62 sur 156 · Leçon recueillie par M. Gilles dk la Touretie · texte numérisé non relu

Leçon recueillie par M. Gilles dk la Touretie

2. ProcéS'Verùal fait pour éUUvre^ une fille possédée par le mutin esp rit à LottvîfTf (1591). Bureaux du Progrés médical', Bibliothèque diaholiqua. (V.oWec,tion Bourneville), 1883.

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l'imagination avait été mise en tension constante, avant la possession, par le malin esprit qui revenait chaque nuit dans la maison qu'elle habilait ; et, tout récemment, cette épidémie d'hystérie qui sévit sur six enfants de la même famille bretonne, qu'on avait bourrés à satiété de contes fantastiques dans lesquels les sorciers^ et les revenants jouaient les principaux rôles *.

Il nous a été donné d'observer une de ces petites épidémies dont je vais vous présenter les principaux acteurs et qui mérite une description particulière, tant au point de vue de sou mode de développement que pour les documents qu'elle apporte à l'étude de Thystérie chez les enfants et particulièrement chez les jeunes garçons. C'est dans un pénitencier militaire que se sont déroulés les faits qui vont suivre.

Le séjour dans un pénitencier ne doit pas être très agréable : de plus, par suite de l'aménagement que nécessite un tel établissement, les logements mêmes des ofGciers-directeurs se ressentent forcément de la tristesse et de la sévérité du lieu. Celui qu'habite M, X..., lieutenant-adjoint, est situé au troisième ; on y accède par un escalier sombre, l'appartement luimême est peu éclairé, car toutes les fenêtres, qui donnent sur une cour intérieure, vaste, il est vrai, sont situées très haut, au-dessus du niveau du sol, étroites, et ne permettent qu*uu faible accès à la lumière. M. X... qui habite le pénitencier, depuis 3 ans i/2, est actuellement âgé de 43 ans; il paraît assez intelligent, bien qu'il ait parcouru la carrière militaire avec une grande lenteur ; jUnsisterai du reste bientôt sur son état nnenlal. Il possède une bonne santé physique habituelle et présente peu d'antécédents pathologiques : néanmoins, à l'âge de 13 ans, il souffrit d'une affection fébrile au début, et & la suite de laquelle il eut le délire pendant 6 mois.

1 . Les possédés de Plédran^ par le D' Baratoux. in Progrès Médical^ n» 28, 1881, p. 550.

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Madame X..., âgée de 3G ans et mariée depuis i879, est une nerveuse; elle est impalienle, vive, très émotive : jamais cependant elle n*a eu d'attaques convulsives. 11 n'en était pas ainsi de sa mère, morle au mois de mars 4884, à Tàge de 72 ans, d'une affection cérébro-spinale, et qui, tous les ans, avait à deux ou trois reprises des attaques d'hystérie netlement caractérisées. Notons encore que son père était un rhumatisant avéré.

M. et MmeX... ont eu quatre enfants : trois sont encore vivants; le quatrième est mort, probablement d'alhrepsie, à T&ge de 2 ans {/2.

Voici laînée des trois survivants, Julie, âgée de 13 ans 1/2. Elle est née avant terme, à 7 mois 1/2, et demeura assez longtemps chétive, ayant élé élevée au biberon. Depuis trois ans, elle est en pension, comme interne, dans les environs du pénitencier. Dès son bas âge, elle a toujours été fort nerveuse : au couvent, comme chez elle, elle était désobéissante, difficile â vivre, riant et pleurant pour un rien. En 1883, elle a été réglée pour la première fois : ces premières menstrues, qui étaient accompagnées de violentes coliques n'ont pas reparu. Tous les ans, elle vient passer ses vacances au pénitencier, chez ses parents : ajoutons qu'elle n'a jamais été témoin d'une crise convulsive.

Je vous présente également le plus jeune des garçons, François, âgé de 11 ans, qui est pâle et anémique comme sa sœur: à Tâge de 14 mois il eut des convulsions, et, dès l'âge de 2 ans, il souffrit de douleurs rhumatismales dans les articulations des membres inférieurs, genoux et pieds. Ces douleurs qui, depuis cette époque, sont revenues à différentes reprises, sont assez vives pour le tenir au lit« Il est externe dans une pension voisine du pénitencier et revient tous les soirs coucher chez ses parents.

L'alné des garçons, Jacques, âgé de 12 ans, également anô-

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mîque, partage Texislence de son frère; depuis plusieurs années, il a des tics variés qui occupent surtout la bouche, ainsi que vous pouvez en juger vous-mêmes.

Au mois d'août dernier, la famille tout entière se trouva réunie à l'occasion des vacances : le père et la mère vaquant à leurs occupations habituelles, les enfants jouant entre eux, dans la cour du pénitencier, presque toujours seuls, car les autres ménages d'officiers n'ont qu un enfant âgé de 4 ans seulement. La vie dans l'intérieur d'une maison de détention doit être, avons-nous dit, fort monotone : en dehors des occupations ordinaires, il n'y a guère de distractions. Aussi, pour faire diversité à cette monotonie, les femmes des officiers principalement, suivaient-elles déjà depuis plus d'une année, et avec grand intérêt, les séances de spiritisme que l'amie de l'une d'elles venait présider tous les deux jours. Cette distraction était même très goûtée et le spiritisme comptait là de très fervents adeptes : en particulier, M. et Mme X... Cette dernière s'adonnait en outre, en dehors des séances, avec passion, à la lecture des livres traitant des sciences occultes, livres qu'elle nliésitait pas à confiera sa fille. Quant à M. X..., que le spiritisme avait laissé d'abord fort indifférent, depuis le mois de mars 1883, il ne manquait jamais, tous les vendredis ^ de faire tourner la table, celle-ci lui ayant un beau jour et pour un vendredi, promis une médiumité à laide de laquelle il pourrait évoquer l'âme de sa mère. C'est ainsi que Julie avait pu déjà assister à une séance de spiritisme pendant les congés de Pâques : elle n'en avait du reste nullement été troublée. Venue en vacances le 19 août, elle avait déjà pris part à plusieurs réunions dans lesquelles elle s'était bornée à appuyer les mains sur la table, lorsque, le vendredi 29, son père essaya à nouveau de savoir si son tour d'être médium n'était pas venu. Il interrogea la table et celle-ci, au lieu de le désigner comme il l'espérait, répondit : Julie sera médium. Toute la journée du

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vendredi fui consacrée à une séance presque ininlerrompue. Le lendemain, h 9 heures du matin, on se réunit h nouveau, on évoqua diverses personnes, et vers 3 heures de Taprèsmidi, la table ayant ordonné à Julie d*écrire, celle-ci saisit un crayon, mais, au même moment, ses bras se raidirent et sod regard devint fixe. Le père effrayé lui jeta un verre d'eau à la face : elle revint à elle, et sa mère, pressentant le danger, lui défendit de faire tourner de nouveau la table. Mais ceci ne faisait pas le compte de la voisine, dont Tamie était spirile et qui assistait à la séance en sa compagnie. Désireuse d*interroger r&me d*un certain personnage laquelle, parall-il, était

sœur de la sienne, elle emmena Julie chez elle et la séance recommença. Vers 7 heures, la table frappa, Tesprit se présenta et Julie lui dit : Veuillez sigtier votre nom. kussiiôl^ elle-même, en sa qualité de médium, et sous inspiration de Tesprit, saisit un crayon en tremblant et signa convulsivement : Paul Denis, avec un paraphe. L^écriture était celle d*un homme; le P et le D présentaient, en outre, des caractères si bizarres que la fillette ne put jamais depuis celte époque en tracer de semblables. La signature n'était pas plutôt terminée, que la main qui avait signé se convulsa : puis, Julie poussant un rire strident, se leva droite, et comme folle, délirante, se mit à courir par toute la maison en poussant des cris inarticulés : bientôt après, elle se roulait par terre, présentant une série d'attaques hystériques caractérisées surtout par du clownisme. Le lende-* main et les jours suivants, les attaques reparurent très nombreuses, au nombre de 2U à 30 par jour. Les choses durèrent ainsi jusqu'au 15 novembre, Julie continuait à avoir ses crises et n'étant guère améliorée pur l'application de divers moyens et en particulier de l'hydrothérapie.

Quelques jours auparavant, François, le plus jeune de» garçons, qui, de même que son frère, s'était toujours fort désintéressé des pratiques de spiritisme, avait été pris de dou-

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