DE LA PNEUMONIE CHRONIQUE
sistance est faible, soUicilés dans tous les sens par le tissu fibreux qui les enveloppe, et, ne pouvant se déplacer dans toutes les directions à la fois, cèdent en se dilatant. La pression atmosphérique qui s'exerce à Tintérieur de ces tubes, favorise leur dilatation ^ Cette théorie fait, en définitive, provenir la dilatation bronchique d'une sorte de pneumonie chronique interlobulaire. Il est possible qu'elle soit applicable à un certain nombre défaits; mais certainement elle ne saurait être admise pour les cas très nombreux dont nous avons parlé plus haut et dans lesquels le tissu aréolaire est devenu plus saillant, plus apparent par suite de raflaissement des parties intermédiaires, mais n*a cependant éprouvé dans sa texture, aucune altération appréciable. Quoiqull en soit, et bien que Texistence de cette forme de pneumonie chronique décrite parCorrigan, sous le nom de cirrhose du poumon, nous paraisse un peu hypothétique, nous en avons tracé les principaux caractères, dans le but de leur opposer ceux qui distinguent l'induration grise, de la pneumonie chronique proprement dite. En cas d'induration grise, le tissu conjonctif interlobulaire a subi une hypertrophie notable; le poumon n'a éprouvé cependant qu'une diminution de volume relativement peu notable, les bronches ne sont nullement dilatées. Tels sont les caractères distinctifs qu'il nous a paru important de faire ressortir.
Dans des cas sans doute exceptionnels, le tissu du poumon intermédiaire aux ampoules bronchiques, présente dans une étendue plus ou moins limitée, les caractères non équivoques de rinduralion grise. L'observation VP du travail de M. Barth offre un exemple de ce genre : il nous paraît probable que dans ces cas, le travail phlegmasique s'est propagé des bronches au parenchyme du poumon *.
* Gubler. — De la cirrhose^ Paris, 1853.
« Mon ami, M. A. Verneuil, a donné une bonne analyse anatomique de ce poumon induré, dans les Bulletins rie la Société anatomiquej 29* a.nnée y 1854, p. 7.
IsniJHAIlOX MELAKIOL'E 171
\ B. Im/uralion mèlanique. — Dans cerlaines circonstances, iiidiiration griâe, ardoisée, de la pneumonie chronique simple, e des marbrures d'une teinte noirâtre p]us proiioocée que de coulume, et prend souvent même le caractère de ce qu'on aippelê rinduration mélauique; doit-on pour cela rattachera la pneumonie chronique tous les modes d'altération si varié?, dans lesquels le parenchymedu poumon présente un eerlaiu dfgré d'ioduralion, joint à une coloralion noire? Non sans doute, au moins dans un bon nombre de cas : ainsi, pour ne citer qu'un exemple, dans celte forme de la mélanose que M. le professeur Natalis Guillol a fait connaître ', et qu'on observe fréquemment chez les vieillards, du charbon formé de toutes pièces dans l'organisme, se dépose sous forme de poussière dans l'interstice des divers éléments du parenchyme pulmonaire. Il en résulte, lor.-^que l'altération e^t portée à un ceriain degré, une atrophie plus ou moins prononcée de ces éléments, et l'augmentation de consistance des tissus qui eïiite en pareil cas, parait reconnaître principalement pour cause raccumulalion même de la matière charbonneuse.
La mitladie des aiguiseurs nous oITre une aulre forme de i'iaduraliun mèlanique du [joumon. Dans ce cas, suivant les recherches de MM. Hall {deSliefûeld).Deale el Bennel(d'Edinburgh)', les lésions du parenchyme pulmonaire paraissent être le résultat d'un travail d'exsudation et elles ne dilTèrenl en rien d'essentiel de celles qui caractérisent la pneumoiiie chronique. La coloration noire que présentent la plupart des points affectés, résulte de l'adjonction d'une certaine quantité de granules de pigment à la matière exsudée. Un fait tien digne d'être noté, c'est qu'on retrouve çà et là des parti-
Arthin. f/inée. dt mid,, t, VU, \t livraison. 1 Voir l'Boaljse que nous avons donnée de ce •lomorfaïre, IHe, p. «DU.
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cules de grès au sein des parties aiïeclées. Il semblerail d'après cela que chez les aiguiseurs, l'iuspiralion el l'inlroduclion, dans les voies aériennes profondes, des particules de grès projetées par les meules pendant l'aiguisage, peut déterminer une sorte de pneumonie lobulaire chronique avec induration mélanique des parties affectées. Des lésions pulmonaires fort 'analogues aux précédentes ont été rencontrées par U. Tardieu, chez les mouleurs en cuivre ' ; ici, ce sont, comme on sait, des molécules de charbon* venues du dehors, qui jouent te rôle de corps étrangers, et se fixent dans le parenchyme du poumon oîi l'analysa chimique les découvre. Mais le résultat semble être le même au fond et il est assez probable qu'une iiiflammation chronique se développe dans les parties irritées par la présence des parcelles charbonneuse. Suivant quelques recherches faites par Vircbovr, les poumons des lutuilleurs {S/iuriotis mêlants, tniners lung) présentent, en outrL', de rinfraclus charbonneux, les (races évidentes d'une inflammation parenchymateuse chronique '. Chez les bouilleurs, chez les aiguiseurs, les parties indurées du poumon peuvent d'ailleurs, comme on sait, se ramollir et se creuser
INDURATIONS PULMONAIKES DlVEltSFS 173
E. Indurations pulmonaires autour des foyers tuberculeux, gangreneux ; au voisinage des kystes hydatiques, etc., etc. — Nous en dirons aulanl des indurations pulmonaires qui se développent autour des foyers tuberculeux, gangreneux, des kystes hydaliques, etc., etc. ; elles ne jouenl d'uillcurs, dans rhistoire de la maladie qu'elles compliquent, qu'un rôle accessoire, ne s'y révèlent môme point, en général, par des symptômes particuliers. Nous en parlerons donc très Imëvement.
La plupart des Formes d'altération pulmonaire que nous avons décrites, à propos de la pneumonie chronique lobaire, peuvent se rencontrer chez les individus qui succombent h la phtisie pulmonaire autour des cavernes et <Ies tubercules ramollis. Ainsi, chez un enfîmt de dix ans, M. Leberla trouvé, autour d'une excavation qui occupait le sommet d*un poumon, tous les caraclères de Thépalisalion jaune'. Le plus communément toutefois c'est Tinduration grise urJuisée, granulée, mais surtout l'induration plane', qu'on rencontre en [pareil cas. Les cloisons celluleuses interlobulaires sont quelquefois très apparentes '. Cette induration est en général peu élendue, et, le plus communément, disposée sous forme d'une couche qui n'a guère que quelques lignes d'épaisseur. M. (Irisolle Ta cependant vue quelquefois épaisse de plusieurs centimètres *.
Le cercle induré, qui avoîsîne les foyers gangreneux pulmonaires, présente souvent aussi, ainsi que Ta fait remarquer Laënnec', la texture granulée la plus évidenle. Suivant Bayle®,
1 Pht/sioiof/. pathol., t. I, p. 420.
' RiUiet et BarUiez, t. HF. — (irisolle. — Traité de la imcumonie, p. H7.
s Chomel. — Dictinnn. de méd.y t. XXI, p. 224.
* Voici un chiffre qui pourra donner une idée de la fréquence de In pneumonie chronique consé-tutive «hez les tuberculeux : sur 26 . ras de luborcnlisation pulmonaire, MBl. Rillet et Harthez ont rencontre 19 fois les lésions de la pneumonie chronique {Maladies des en/auls, t. Uf, p. 711).
» Lacnnec — Traité de l'a uscuUation^ t. I, p. 583, 1837,
• Bayle.— Recherches sur la phUtisie, p. 31, 1810.
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ce cercle peut s'élendre dans une largeur de 6 à 18 lignes au delà de l'endroit ulcéré ; ce qui établit alors autour de l'ulcération une sorte de noyau dur, tandis que dans toutes les parties qui en sont un peu éloignées, le poumon reste mou, crépitant et sain. Si la gangrène n'était plus, comme clansle cas dont il s'agit, le fait primiliret capital ; si, en d'autres termes, elle avait succédée la pneumonie chronique, l'induration, loin d'être circonscrite au pourtour du foyer, occuperait la presque totalité ou même la totalité du lobe (obs. i).
F. Infiltration grise tuberculeuse. — Infiltration gélati' tieuse. — Nous avons donné ailleurs des caractères histologiques, à l'aide desquels on pourrait, d'après M. Robin, distinguer l'ioSItration grise tuberculeuse de ) 'infiltra lion par la matière amorphe finement granuleuse propre à l'induration phlegmasique. « Ou a aussi décrit V infiltration gélatineuse comme une forme sous laquelle pouvait apparaître la matière tuberculeuse dans les poumons. Déj& signalée par Laènnec, cette substance a été ensuite retrouvée par tous les bons auteurs, et à peu près exclusivement dans les poumons des phtjndant M. Louis dit n'y avoir.jamaij rencontré de
CARMFiCATIO.X CONGESTlVE 175
emphysème, toutes les fois qu*uue gêne considérable est sur- Tenue dans la circolalion pulmonaire et a pu déterminer des bémorragies interstitielles. Son caractère principal est une indnralion du poumon et une augmentation de Télaslicité et delà ténacité du parenchyme, qui lui donne la consistance de la chair musculaire. Le tissu induré est sec, plus dense que Teau, et laisse échapper quelquefois une sérosité sanglante et spumeuse. La lésion est caractérisée essentiellement : l"" par rinlerposition, entre les éléments normaux du tissu pulrooiî^ire, d*ane matière amorphe de nouvelle formation ; 2* par la présence de granulations d*hématoîdine provenant d'hémorragies interstitielles antérieures, granulations qui peuvent présenter deux dispositions principales, à savoir : x. une infiltration générale ; 6. une disposition en amas ou mamelons séparés par des interstices presque à Tétat normal. — Les premières phases de cette lésion ont été bien décrites par Virchow , sous \t nom de pigment'induralioîiK L*existence d*une substance amorphe finement granulée et mêlée quelquefois à des éléments fibro-plas tiques, la rapproche de Vinduration grise de U pneumonie chronique. Le travail d'inflammation chronique est peut-être, en pareil cas, déterminé par la présence des granulations pigmentaires qui joueraient ici le rôle de corps étrangers.
I FircAoïc'f ilrfAïc, I Bd., p. &6J.
CAS DE PflEUUOME CnROMQt'B DLCËBEDSE
J'ai recueilli le fail suivanl & rh6pi(al de la Charité, en tS5i.
Ofls. — pneumonie chi onique ulcéreuse. — Excavation énorme noniforigine tuberculeuse, occupant toute Vétenduedu lobeinférieur du poumon gauche. — AnLoinelle Auvoilée, trente-cinq ans, salii Sainle-Rose, aervJct; de M. Giraldèâ, — Cette femme entre à l"hô nital, po"'" ^^''^ BOiibgée de douleurs de reins extrêmement vive dii'eile pnisente depuis !im(j;(i;m[ïs. Le toucher vaginal donne toiii I ^îsnes d'une aniéversion complète de l'utérus. Pendant son il !-hi:.piln1. file loui^^i;. d^-pmt rt bionliM
PiNEUMONlB CHRONIQUE ULCÉREUSE 177
Ceâ excavalioQs soat tapissées par une fausse membrane et ne con* tiennent que du mucus. Pas de trace de tubercule dans leur intérieur ou à leur pourtour. Le lobe supérieur est creusé par une vaste caverne qui a plus que le volume du poing d^un adulte. Celte caverne est remplie par une sérosité trouble, légèrement purulente et contenant des flocons albumineux. Elle est tapissée par un dépôt tomenteux, gris verdâtre, qui s enlève aisément en raclant avec le scalpel. Les parois sont constituées par le tissu du poumon induré et présentent une coloration gris-noiràtre en même temps qu'une induration très prononcée. Ce qui reste du tissu du poumon est si peu épais, que. dans quelques points, Tépaisseur de la paroi n'atteint pas un demi-centimètre et n'est presque constituée uniquement que par la fausse membrane fibreuse pleurale. Dans ce tissu induré à la coupe, il n'y a rien qui ressemble à du tubercule. Le poumon droit, au sommet, présente des enfoncements correspondant à quelques tubercules casée ux peu abondants. Le reste du tissu est sain. — Suit la description de Tutérus. — Les autres organes sont sains. — Le poumon gauche avait perdu un tiers de son volume. Le poumon droit était volumineux, emphysémateux.
Gharcot. Œuvres complètes, t. v, Poumons, 12