CHAPITRE II
DE QUELQUES LÉSIONS DU PAREMCHTME DU POUMON DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA PNEUMONIE CHRONIQUE.
A. Caniification. Etat fœtal simp/e, congestionnel {Legenàre et Bailly) ; atelectasis (Jorg) ; affaissement pulmonaire; — Collapsus of the Lung (auleurs anglais). — La partie carnifiée paraît à Textérieur déprimée; elle est molle et flasque; elle présente une couleur violacée ou rouge p≤ elle est marquée de lignes blanches circonscrivant des surfaces anguleuses qui dessinent les lobules du poumon; elle ne crépite pas, et elle est plus lourde que Teau. Sa coupe présente un tissu d'un rouge plus ou moins foncé, lisse, résistant sous le doigl qui le presse et se laissant pénétrer avec peine; son aspect est celui d'un muscle à fibres serrées et peu distinctes. Quand on le presse, il s'en écoule un liquide séreux, peu abondant. Un grattage modéré n'enlève ni ne détruit le parenchyme. EnGn, Tinsufflation distend avec assez de facilité la partie malade et lui rend plus ou moins complètement l'aspect du tissu normal. Les bronches qui parcourent les parties ainsi carniûées contiennent une quantité plus ou moins considérable d'un mucus épais et verdâlre \
On sait les diverses opinions qui ont été émises concernant
• BarLhez et Hilliet. — Maladies des enfarits, t. I, p. 433.
CARNIFICATIOPi ; ÉTAT FCETAL !()7
la nature de celle lésion, qui n'a, comme on le voit, rien de commun, analomiquement parlant, avec les diverses formes de rinduralion pulmonaire que nous avons décrites. Les uns l'expliquent par un simple affaissement des vésicules pulmonaires consécutif à Toblitéralion des tuyaux bronchiques par le mucus qu'ils renferment (Gairdner) '; et les expériences entreprises sur les animaux démontrent que cette théorie toute mécanique peut rendre compte d'un certain nombre de faits. D'autres admettent qu'une stase du sang dans le tissu intervésiculaire, suivie ou non d'un travail phlegmasique lent et sourd, est la cause de l'affaissement des vésicules du poumon. D'autres, enfin, professent une opinion mixte. Quoi qu'il en soit de ces opinions, qui sont probablement toutes acceptables dans de certaines limites, on tombe aujourd'hui généralement d'accord sur un point: c'est que celte forme d'altération pulmonaire doit être nettement distinguée des diverses variétés à'hépatisaiion granuleuse qui caractérisent analomiquement la péripneumonie vraie. Résultat d'une phlegmasie intervcsiculaire ou produit d'un affaissement tout mécanique des canalicules aériens^ elle est un accompagnement habituel de ces formes variées d'affections pulmonaires que les anciens appelaient fausses pneumonies^ et qu'on a réunies aujourd'hui sous le nom de pneumonies catarrhales. Bien distincte de Thépatisation aiguô ou chronique par ses caractères anatomiques, la camificalion en diffère donc encore par la nature des affections auxquelles elle se rattache et d'où elle dérive. D'ailleurs, avec les caractères que nous lui avons assignés, elle appartient exclusivement à l'état aigu. Ce serait donc par un double abus du terme qu'on appellerait camificalion l'une quelconque des lésions de la péripneumonie chronique*.
i On the paihological analomy of bronchait. Edinburgh, 1850.
' Pendant un séjour d'un &n à Thospice de la Salpélrière, nous avons pu nous convaincre maintes fois que la camificalion est commune chez les vieillards comme chez l'enfant. L'insufflation, chez ceux-ci comme chez ceux-
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B. CarnisaUon. — Sous ce nom, Legendre * a décrit un état particulier du poumon qu*il a rencontré deux fois chez des enfants qui avaient succombé à la suite de pneumonies calarrbales à évolution lente. C'est pour ainsi dire la carniGcation à Tétat chronique. Voici avec quels caractères la carnisalion se présentait dans un de ces cas : tissu dur, pesant, d'une couleur rouge&tre uniforme; dans quelques points la disposi- ^on lobulée était conservée^ toute apparence de structure vésiculaire avait disparu; à la coupe, tissu lisse, dense, rouge&lre, ressemblant assez bien au tissu charnu du cœur. Ce lobe était parcouru de bronches notablement dilatées. Le sujet de cette observation était un enfant de trois ans qui avait succombé quatre mois après le début d'une pneumonie catarrhale.
Dans l'autre cas, les premiers accidents thoraciques avaient paru quatre ans avant la mort. Il s'agit d'un enfant de sept ans. Le lobe inférieur du poumon gauche lourd et dur au toucher, Sans la moindre apparence de structure vésiculaire, était converti en un tissu ressemblant beaucoup, pour la couleur et la consistance, au tissu de tutérus après la grossesse. Coupé en travers, ce lobe présentait une surface criblée d'aréoles, pouvant loger depuis un petit pois, jusqu'à une grosse amande de noisette, et remplie d'un liquide muco-purulent opaque, d'un jaune verdâtre; ces aréoles étaient constituées par les bronches dilatées. L'origine particulière de cette lésion, aussi bien que ses caractères purement analomiques, la distinguent comme on voit très nettement des diverses formes de r induration pulmonaire,
C. Affaissement pulmonaire^ atrophie du poumon au voisinage des bronches dilatées. — Cirrhose du poumon : Corri-
là, rend aux tissus oarnifiés, en grande partie du moins, les caractères do l'état normal. Ilien de semblable n'a lieu dans les cas de pneumonie granuleuse ou vésiculaire.
' Maladies de l'enfance^ 184G, p. 223.
CAILNISATIO.N 1G9
gan *. — Lorsque la dilalalion bronchique est très cleiulue, qu elle occupe par exemple, loul un lobe, « le lissu pulmonaire intermédiaire, dit Laënnec, esl flasque, privé d*air, évidemment comprimé, et tout à fait dans le même élal que celui (luD poumon refoulé vers la colonne vertébrale par un épanchement séreux ou purulent dans la plèvre. » C*est en effet sous cet aspect que Talléralion se présente dans la majorité des cas '. Uanatomie intime démontre en pareille circonstance, une atrophie de tous les éléments du poumon; le tissu aréolaire est devenu plus apparent par suite de TafTaissement des parties intermédiaires, mais il n'a subi d^ailleurs aucune modification notable. On ignore si, lorsqu'il en esl ainsi, lallératioQ du poumon a précédé ou suivi la dilatation bronchique, mais il est certain que celle-ci n'est point la conséquence directe, nécessaire, de celle-là, car dans maintes circonstances où les bronches de tout un lobe avaient subi, comme dans les cas précédents, une dilalalion très prononcée, on a pu trouver le parenchyme intermédiaire doué de tous les caractères de Tétai normal'.
Cependant, le docteur Corrigan a pensé que les Iractus fibrocelluleux qui sillonnent le tissu d'un poumon affaissé au pourtour des ampoules bronchiques, joue un rôle très important dans la production de la dilatation de ces conduits; il suppose que ces iractus sont le siège d'un travail d'inflammation lente qui y occasionne un dépôt de lymphe plastique ; celle-ci s'organiserait bientôt en un tissu fibreux nouveau, doué d'une force permanente de rétraction, qui tendrait à diminuer sans cesse le volume du poumon. Les tubes aérifères, dont la ré-
I Archiv. génér, de méd.y l. Il, 2' série, 1838.
> Barth (27 fois sur 30). — Hecherches sur la dilatation des bronches, 185(). !>. 36. Voyez aussi Gruveilhier, Anatom, pathol, génér,, t. II, p. 877, et Bamberger, Bemerkungen uebtr die bronchiectasis sacciformis (JlEsterreich . Zeitschn/t, 1859, n* 2).
* Bamberger, loc. cil.