‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 5)Chapitre 4 sur 121 · LÉSIONS AIGUËS ET CIIRONIQUES DES BHONCQES ET DES POUMONS · texte numérisé non relu

LÉSIONS AIGUËS ET CIIRONIQUES DES BHONCQES ET DES POUMONS

nique, prolestent contre la scission et tendent à nous ramener aux vues du grand Laennec. Ce qui vient d*étre dit de latuber* culose, en général, s'applique nécessairement de tous points à la tuberculose pulmonaire en particulier.

Quel parti prendre dans un tel débat, en présence d'observations ou d'expériences contradictoires, émanant souvent d'auteurs compétents, et tellement nombreuses que pour vous en présenter le seul exposé, je serai obligé de vous conduire au milieu d'un dédale presque inextricable de documents. Je n'ai cité qu'un exemple, j'aurais pu en citer bien d'autres; mais je m'arrête, car je ne voudrais pas, assombrissant nos horizons, semer parmi vous l'inquiétude, le découragement dès nos premiers pas et j'ai hâle, en manière de correctif, d'afBrmer la conviction que, j'espère, vous parlagerex bientôt : c'est qu'à l'aide d'une méthode déjà plusieurs fois éprouvée, à l'aide aussi d'une certaine dose de patience et de bonne volonté, nous parviendrons, sans trop de faligue, à Taccomplissement de la tâche que nous allons entreprendre.

Puisque je viens de prononcer le mot de méthode, il ne sera peut-être pas inutile, avant d'entrer dans l'objet spécial du cours, d'indiquer en quelques mots, ainsi que je me trouve d'ailleurs entraîné à le faire chaque année en pareille circonstance, les errements que j'ai l'habitude de suivre dans la pratique de mon enseignement, et dont je ne crois pas devoir me départir.

Je trouverai là l'occasion d'éclairer les nouveau- venus sur ma manière de faire et aussi de répondre peut-être à quelquesunes des critiques qui pourraient m'étre adressées. On pourrait me reprocher par exemple, entre aulres choses, de m'écarter trop souvent des limites et des attribuls de celle chaire; d'accorder du développement à des questions étrangères à ma compé* tence et qu'il ne m'appartient pas de toucher parce qu'elles

SuHATOLOGIB MORBIDE

É<>ii<, asture-1-oii, exclusivement du ressort soit de la clinique, soit de la plivsiologie, soit même de l'anatumie pure. Je serais sensible à ces observations s'il m'était démontré que le domaine qui m'est confié est aussi étroitement limité qu'on Je prétend. Mais je me vois contraint de déclarer qu'au contraire, dans moD opioion, aucune limite fixe, précise, philosophiquement établie, ne sépare ce domaine des autres parties de la science biologique, que l'étude de la lésion organique en elle-mënie n'a pas de vitalité qui lui soit essentiellement propre et que, réduit & n'envisager que ce seul point de vue, notre enseignement tomberait bienldt dans le formalisme et dans le marasme.

On a quelquefois parlé, je ne l'ignore pas, d'une anatomie pathologique idéale, constituant une science à part, qui doit « trouver en elle-même une méthode qui lui soit propre, une classification fondée sur la nature des objets dont elle s'occupe, c'est-à-dire sur celle des lésions considérées indépendamnaent des symptômes qui les accompagnent et des lieux oii elles siègent '. » Miiis on ne saurait s'incliner ici sans discussion devant l'aulorilé df,'s noms, quelqu'imposante qu'elle soit.

UELATIONS ENTnE L'AMATÔMtE NÛIIMALE ET l'ATIIOLCIGlOl 1^ -ï

qui lui serait ainsi Faile, ou bien elle serait absorbée dans l'anatomie normale donl elle devieiidrail un appendice, ou bien l'accumulalion des matériaux, des faits partiels laissés à son autonomie précaire, serviraient tout au plus à constituer une sorte de musée plus ou moins encombré de pièces cataloguées suivant un arrangement nécessairement arbitraire.

C'est qu'en réalité, les attaches de l'anatomie pathologique avec les départements limitrophes de la biologie sont indissolubles. Placée, en quelque sorte, dans une situation intermédiaire, entre l'anatomie normale d'un calé et la patliologie de Tautre, elle les relie étroitement l'une à l'autre en même temps qu'elle se confond avec elles par une Iransîlion insensible.

\ l'anatomie normale, elle emprunte ses méthodes, sa tGcImiqiie aujourd'hui si perfectionnée, sans y changer rien d'essentiel ; car, dans l'examen méthodique de la lésion, elle n'a pas de procédés qui lui apparlîennenl en propre. Elle lui emprunte môme ses matériaux d'étude, ou si l'on veut son substratttm, car la lésion considérée dans l'organe, dans le tissu, dans l'élément, n'étant jamais, à tout prendre, qu'une modiiîcation plus ou moins accentuée de l'élément, du tissu,

I de l'organe préexistants, l'état pathologique, sur ces divers

, points, ne saurait être dégagé de l'état normal que par le rapprochement minutieux des deux termes de compHraii-on, et ici le départ peut ôlre tellement difficile à faire, que ion hésite

l plus d'une fois à décider si telle particularité de forme ou de

i structure appartient ù l'une ou à l'autre.

Les rapports qui relient l'anatomie pathologique à la clini- I que ue sont pas moins étroit?. S'il est vrai que le médecin \ ne doit pas connaître seulement l'orgnne altéré mort, mais rencore l'organe altéré vivant, agissant, exerçant les fonctions kqui lui sont propres, il est clair que, dans ses investigations

4 LAXATOWe l'ATII0LOCIVl''Ë ET LA CLIMOLE

«--« .'.:;.i^u«i. il ne peut se di^pen^er de l'élude préalable des

'^i^:.::!.»:!.*:* àhitlii reclierctic la raison organique, la condition ZAU:r.t,.'s, ï". rriécanittmc. L'aDatomo-patliologiste ne doil pas '.■.Ai..h: 'lui; derrière loute pertuibation fonclionnelie révélée jAt A '■.liuUiiii;, il y a pour lui un problème résolu ou à résou- CÎ4. (ifieiéiifio délicate ou grossière, passagère ou durable à iMrirH ou k tf^uver Or, comment pourra-l-il apprécier la i/,rié*: ki MTinattre len conditions même du problème sïl n'en * yL\ :«K fMiaHul» coniitammcnt placés sous les yeux. Et, pour ut KiihT qu'un esemple propre h faire sentir les nécessités de kk \iUth''vtn, t\»i [N'>urrait mécoiinattre que les progrès rapidemenl hfj-jiiu{An de nos jours, après tant de rechercbes et de \n\htti Montent resté» stériles, duiis le champ de la patholo- «xH drj fcyjitime nerveux, sont surtout le fruit de la doctrine qui réclame )a confrontation incessante des données anatomopalhoifigiques avec celles de la clinique, fuite à la lumière de l'esprit phyMoIof^ique ?

Vous voyez par Ift, que, suivant notre idéal, si l'analomopatlioiogiate doit concentrer une bonne partie de ses eCTorls dan* les travaux du laboratoire et de l'uinpliilhcdlrc d'autopsif, il ne ài-Wi janiaib ilÉfiérler oeiieiidanl U (ilMliqUo ilssidiic

SYSTÈME ALIEUAND 7

des sujets qui lui sont confiés. Ainsi se trouvent constituées côte à côte, deux spécialités bien tranchées, séparées, quoi qu'on en dise, par une barrière quelquefois infranchissable, car, ainsi qu'on pouvait le pressentir, YAnatom et le Klinikerj cela est dans la nature des choses, ne sont pas nécessairement toujours en bonne intelligence. Et cependant, Messieurs, personne ne songe à contester que dans le pays où règne cette discipline, Tanatomie pathologique brille actuellement d*un vif éclat.

Mais il ne faut pas se laisser prendre aux apparences, et il y aurait lieu de rechercher si les progrès accomplis en anatoraîe pathologique sous le régime en question, sont bien réellement, comme on le soutient volontiers, TefTet de l'application de ce régime ou s'ils ne relèvent pas plutôt de causes extrinsèques.

L'influence toute-puissante de quelques chefs d'école, personnalités de premier ordre, exceptionnelles, et qu'il ne sera peut-être pas facile de remplacer un jour, pourrait certainement être invoquée tout d*abord, pour une part, dans le succès obtenu. On doit tenir compte aussi du nombre relativement considérable des Universités qui existent dans le pays dont il s'agit et auxquelles répondent autant de foyers d'études autonomes : conditions particulièrement favorables à multiplier les travailleurs et à stimuler l'émulation. Il convient de tenir compte enfin du génie spécial à la race, de ses aptitudes vraiment particulières aux recherches patientes d'anatomie délicate.

Il ne faudrait pas croire, d'ailleurs, que les inconvénients du système n'aient pas été plusieurs fois déjà ressentis et signalés par nos voisins et que « tout soit pour le mieux duni» le meilleur des mondes possibles », même en AllemaK.''^- L'un des rédacteurs d'une des feuilles médicales les plu« it^iïmées de l'autre côté des Vosges, s'écriait tout réceuuwnt :

8 INSTITUTS rATUOLOfilQUeS

L'universalilé de noire science s'en va, hélas! se dissolvanl chaque jour; elle se résout en un nombre de plus en plus grand de spécialités étroites'.... Qui pourrait cependant tracer la limile qui sépare l'anatomie potliologique de la clinique ".. Je croîs savoir, de source certaine, que l'un des professeurs éminents auxquels je faisais allusion tout II l'heure, ne voulant pas se soumelire à l'obligation si dure pour un pathologiste habitué aux vues d'ensemble de n'avoir k contempler jamais les phénomènes que par un seul cblé, a réclamé et obtenu qu'un service de médecine interne Tut annexé h sa chaire. J'ignore si son exemple a été suivi.

Eniin, il ne sérail peul-ôlre pas fort difficile de reconnaître, en y regardant d'un peu près, que bon nombre de nos collègues de l'étranger, privés du stimulant de l'observation clinique, en arrivent peu & peu h se désintéresser du point de vue pathologique, et sont entraînés, par une pente naturelle, à s'attacher surlout aux études d'analomie pure, lesquelles, dans la silualion qui leur est faite, leur offre nécessairement plus d'attrait scieniifique.

Je n'insisterai p:is (luiiulnu'

Il rfigle de ces

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