‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 5)Chapitre 5 sur 121 · NÉCESSITÉ DES ÉTUDES D ANATOMIB NORMALE · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DES ÉTUDES D ANATOMIB NORMALE

réserves, il est vrai, Tennemi de ce qu'on appelle les spécialités. Je sais, par expérience, jusqu'à quel point les investigations anatomo-pathologiques, principalement dans la direction histologique, réclament des études spéciales ; et, à ce propos, je saisis avec empressement Toccasion qui m'est offerte de rendre hommage à l'un des maîtres en histologie, M. Ranvier, dont le concours bienveillant ne m*a jamais fait défaut. Mais je ne crois pas que, dans l'espèce, nos efforts doivent aboutira Timitation servile de ce qui se fait à l'étranger ; j'ose espérer, en particulier, que mes futurs collègues, conformément à ce qu'on pourrait appeler la tradition française, seront mis h même de rester, par un côté, « des cliniciens. »

Il est temps d'en venir à l'objet particulier de nos éludes. Il va s'agir d'abord, suivant la méthode que je viens de vous exposer, de nous assurer des connaissances solides relativement à l'anatomie normale. Car, comment pourrions-nous, en procédant d'une autre façon, é(re mis à même de reconnaître avec certitude les caractères de l'état pathologique dans les diverses parties de cet organe complexe?

Je suppose connues de vous toutes les particularités d'anatomie descriptive qui le concernent ; je pourrais aussi vous supposer munis, dès à présent, des notions approfondies sur l'anatomie de structure et vous renvoyer d'ailleurs aux ouvrages spéciaux où vous trouverez à cet égard les renseignements les plus minutieux. Mais il y a lieu de remarquer, toutefois, que les descriptions des anatomisles n'ont pas été faites, d'habitude, en vue d'une application immédiate à l'étude des lésions. Or, tel détail de structure, de configuration, qui n'a, pour l'anatomie pure, qu'un intérêt de second ordre, peut avoir.

10 AKATOHie XÉDIULE DE STRICTUBB

BU contraire, une imporlaoce considérable au point de vue dt l'anatomie pathologique. J'ajouterai que, pour ce qui a Irait I l'organe pulmonaire, nous ne possédons pas encore une élude régulière du genre de celle qu'on doit à Kiernan pour le foi'*, étude où les détails de topographie microscopique si oécessaires à celui qui doit apprendre à s'orienter dans la recherebe des lésions délicates, sont considérées d'une façon spéciale. Nous devrons donc nous etTorcer de combler autant que posuble cette lacune.

Ces considérations qui vous feront comprendre. Messieurs, que, k calé de l'anatomie normale de structure, il y a lieu de donner une place k une anatomie correspondante, faite en vue de l'application t la pathologie et qu'il serait bon peut-être d'appeler anatomie médicale déstructure, justiûeront, je l'espère, les développements dans lesquels je vais entrer.

En premier lieu, nous devons nous appliquer à envisager la structure lobulaire du potiman. l'ar nos éludes passées, rn-

STHUCTUBE LUBL'LAIHE DU rOUHON 1|

titre ne sonl autres que les lobuies. Ils ont une indépendance analomique réelle : il est, en eflet, facile de les injficler, de les insuffler séparémenl. On peut les isoler les uns des autres, sans altérer d'une manière notable la structure propre, à l'uide de riiydrotouiie el de la dissection. Après ces opéralions, ils sont comparables aux Teuilles d'un arbre supportées parleur pétiole, celui-ci étant simplement figuré par un ramuscule bronchique.

Mais, tandis que dons d'autres organes, je citerai le foie, les dimensions du lobule élémentaire sont assez minimes (1 ■^), elles se montrent dans le poumon, vous le savez, comparativement colossales. Dans le poumon, les grands lobules alleignent quelquefois jusqu'à un centimètre cube. Il y a, du reste, sous ce rapport, de très grandes variations et il est possible de rencontrer dans la profondeur de l'organe, remplissant l'angle des divisions bronchiques, de très petits lobules qui, eui, ont à peine les dimensions d'un pois.

La forme des lobules est aussi très variable. Les lobules, qu'on qualifie de superficiels, parce qu'ils sont placés sous la plèvre, ont généralement l'aspect de pyramides dont la base penlagonale ou hexagonale ' est marquée h. la surface de l'organe par des sillons reclilignes s'unissant à angle droit ou obtus, et, en outre, chez l'adulte et surtout cheï le vieillard, par une ligne noire plus ou moins foncée, tandis que le som-

lel, qui reçoit une bronchiole, est dirigé vers les parties cen- ,lrales. — Quant aux lobules qui constituent les bords tranchants du poumon, ils offrent habituellement la forme d'un coin dont la base est tournée vers le centre. — Enfin, les lobules profonds revotent des configurations si multipliées qu'on ne saurait guère les rattachera un type commun.

Tout à l'heure, je vous parlais de l'indépendance relative dont jouissent les lobules el de la possibilité de les isoler les

' VoïM Sftppty. — Traité ifanalomie do-:, iplivf. t. l\, p. tSO, Jltf.UO.

18 ESPACES INTËlt HT Ht

uns des autres par la dissection ; cel isolement, cependant, ne peut s'opérer sans que la trame conjonctive qui les relie ent» eux soil détruite. Et s'il en est ainsi, cela lienl à ce que lom les lobules sont comme enclavés dans une Irame coDJoncli<e qui les enveloppe de toutes parts d'une sorte de capsule. Celleci se confond, d'un côté, avec le tissu cellulaire sous-pleural et, de l'autre, avec les tractus cellulaires qui, k parlîr du hile, accompagnent les tuyaux bronchiques dans leurs divisions (l subdivisions.

La connaissance de celle région de la trame conjonctive du poumon n'est pas, tant s'en fuul, à dédaigner. F.lle offre méraf, vous le verrez, un intérêt majeur au point de vue pathologique. Ou'il me suffise de vous faire remarquer pour le moment: i° qu'elle sert de suppori fi de nombreux vaisseaux ou lacunes lymphatiques, h des ramificutions de la veine pulmonaire ; 2" que ces vaisseaux aussi bien que la gangue conjonctive elle-même pouvenl être primitivement le siège de lésions importantes. E!ie forme ce qu'on pourrait appeler dans le poumon, les espaces interUibiilaires, se rapprochant des espaces du même nom dont nous avons parlé dans notre description

EâI'ACKS LNTIIA-LOBULAIRliS 13

une espèce de galoe conjonctive que je vous proposais, il y a quelques instanls, de désigner sous le nom d'espaces inlraloàulaires, dénomination jusIiQée par les apparences qu'elle présente sur tes sections propres aux études anatomo-palhologiques et empruntée d'ailleurs h la nomenclature proposée pour le foie par Kiernan. La relation constaate qui unit dans ■ ces espaces l'artère pulmonaire et la bronchiole est un fait qui ' mérite d'être relevé. Elle nous servira plus d'une fois de guide pour nous orienter dans nos études.

'J'ai fait placer sous vos yeux une planche qui met assez bien

en relief quelques-unes des particularités sur lesquelles je viens d'insister (J^ij. 1). Elle est empruntée à un intéressant travail de M. Heale sur la structure du poumon '. Elle montre, entre autres, l'accollemenl constant de l'artériole et de la bronchiole qui s'enfoncent dans le lobule ; elle montre aussi le trajet isolé des veines pulmonaires dans les espaces in ter-lobulatrcs. Elle fait voir, enfin, que ces derniers vaisseaux ne se réunissent aux bronches et aux artères pulmonaires

' Meale. — Plii/iiolog. An-il. oftht luiig, I.ondon, 1862, p. 79.

( f ANAUKillS SKTnE LE rOIE ET US POL'HOtfS

que lorsque ceux-ci représentent déjà des branches de alibre.

Chemin faisant, dans cet aperçu sommaire, vous avez pu noter les analogies et aussi les différences qu'offre l'arangement n^ciproque des diverses parties qui forment d'un côlé 1( foie, de l'autre le poumon.

Dans le foie, le centre du lobule est marqué par la préseoM de la veine intra-lohulaïre, appartenant au système des veines sus-hépatiques. Celte veine est là en contact immédiat am les cellules dti parenchyme du foie, sans interposition de tissu conjoncLif, — Dans le putimon, au contraire, le centre du lobule est occupé par une l)ronchiole accompagnée de son artère alellite, branche de l'artère pulmonaire, et ces deux canau\ sont enveloppés par une gaine conjonctive qui supporte, en outre, des artérioles bronL'hiqties et des lymphatiques.

Dans le/bi>, les cspacrs conjonclifs inlerlohulaires donnenl passage aun canalicules biliaires, aux ramifications de la veiii( porte, à des vaisseaux lymphatiques et à des branches l'iiitére hépatique. — Dans le poumon, ce sont surtout dei

Page 1