‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 5)Chapitre 42 sur 121 · SIÈ6B DB LA MATIÈRE NOIRE PULMONAIRE · texte numérisé non relu

SIÈ6B DB LA MATIÈRE NOIRE PULMONAIRE

b) On rencontre ces nidmes amas de matière noire sur la plèvre costale au niveau du bord des côtes. Or, lorsqu'on examine ces taches noires de la plèvre costale par les moyens appropriés, on reconnaît qu'elles consistent en de petites houppes reliées à la plèvre par un mince pédicule et possédant une extrémité renflée flottant librement dans le liquide quand on les examine sous Teau. Ces petites houppes sont remplies de matière charbonneuse, identique à celle du poumon, comme Ta démontré M. Pitres ^ Ces petits organes, décrits par Luschka, chezrhomme, existent également chezie chien, d'aprèaKnauCT*, et d'après Klein ' chez un certain nombre d*autres animaux. Les plus volumineux d'entre eux contiennent un glomérule vasculaire, et on tend aujourd'hui à les considérer comme de petite appareils lymphatiques. Toujours est-il que, dans les expérience de KnauiT relatives à la pneumonokoniose artificielle, ils ont été trouvés infiltrés de matière charbonneuse aussi bien que la substance propre du poumon.

Pearson n'avait examiné le poumon qu'à l'œil nu ; aujourd'hui, Texamen microscopique a permis de déterminer d'une façon plus précise le mode de distribution de la matière charbonneuse dans la profondeur du parenchyme pulmonaire. On a vu de cette façon qu'elle se rencontre : l"" dans l'intérieur des cellules épithéliales ; 2® dans la substance de la paroi alvéolaire elle-même, et là elle est encore contenue dans des éléments cellulaires ; 3"* autour des vaisseaux sanguins et des canaux bronchiques, où elle se distribue de façon à rappeler le mode de disposition des gaines lymphatiques qui entourent normalement ces organes (KoschlakofT et Greenhow) * ; i'' à la

* Pitres. — Bulletin de la Société anntomique, 1876.

* Knauir, loco cit,

* Klein. — The Anatomy ofthe Lymphatic system (The Lung, 1875).

* Greenhow. — Black Lungs fi'om a case of Collier' s phlhisis, Flax dressera Longs: Pathol, Society^ t. XX, 1869, p. 41; môme recueil, t. XYII, pi. IV, flg. 3 et 4.

CiARGOT. Œuvres complètes, t. \, Poumons 11

âlO iUSTOLOGIB DE LA MATIÈRE NOIRE POUIDNAIRE

périphérie des troncs lymphatiques sous-pleuraux et tnterlobulaires, rarement dans leur intérieur; 5' dans le tissu souspleural et dans la plèvre elle-mâme, oùelleoccupe lesinlerstices des faisceaux Bbreux qui constituent ces membranes; 6" enfin, on l'a rencontrée — le fait peut d'ailleurs être facilement vériBé — jusque dans l'intérieur des capsules du cartilage bronchique (KoschlakoO)'.

Au point de vue morphologique, cette substance noire se montre au microscope sous les aspects suivants: 1° Lanidt ce «ont de fines granulations qu'il serait impossible de distinguer des granulations pigmenlaires ; 2° (antAt, au contrure, elle est consliluée par des corpuscules plus ou moins volumineux, angulenx et de couleur noire ; quelques-unes de ces particules sont même pnrfois percées de trous analogues h ceux qu'on rencontre sur les charbons provenant de la combustion de certaines planles (Traube). Il peut arriver que ces parcelles charbonneuses présentent une coloration rougeAtre sur les bords; mais jamais on n'observe la série des couleurs rouge, jaune, orangée, comme cela arrive d'habitude quand il s'agit de pigment

rBOTENANCË DO CIIAIIBO^ PULMONAIKF. 21!

pas sans ititërôl louLefùis d'examiner rapidement les objections qui ont été élevées par les différents auteurs contre cette doctrine, Bl ea premier lieu les arguments Tavorables h celte idée que ie charbon pulmonaire est de provenance intestinale.

Il est bien certain, tout d'abord, que les particules charbonneuses introduites dans les voies digestivcs peuvent perforer les parois intestinales et de là se répandre dans certaines parties de l'organisme. On les a retrouvées, en semblable circori!) lance, dans les ganglions môsentériques, les veines mèsaraïques, la veine porte, le foie, le cœur droit, et dans le [■oumou lui-même. Les expériences qui ont mis ce fait en lumière ont eu autrefois un grand retentissement, et il suffira de citer les observations d'ISsterlen {1815), Mensonides et Donders, Orfila, Ch. îlobïn. Ces expériences montrent, en effet, que le charbon peut suivre celle voie détournée pour pénétrer dans le poumon ; mais elles ne montrent nullement que ce soit là sa voie habituelle, le chemin qu'il doit en quelque sorte nécessairement parcourir pour y arriver.

Il est vrai qu'à une certaine époque on crut avoir démontré directement, par des expériences instituées sur les animaux que les poussières en suspension dans l'atmosphère ne pouvaient pénétrer, pendant la respiration, dans la profondeur des voies aériennes, et on plaçait dans les cils vibratiles appartenant à l'épithélium respiratoire l'obstacle qui s'opposait à cette pénétration. Il est bien évident que, s'il en était ainsi réellement, la question seraitjugée, etil faudrait de toute nécessité admettre une autre voie pour l'introduction des poussières dans le poumon. L'action des cils vibratiles est réelle en effet, comme le démontre une expérience de Itindfleisch. )1 sufOt de déposer sur le pharynx d'une grenouille du charbon en poudre Gue pour voir, sous l'influence des mouvements des cils, les particules charbonneuses cheminer et être en définitive rejelées

21S PROVBHAIfCK DU CHASBON FDLXONAIHE

au dehors. Hais, pour être très réelle, celte aciioa des cils est-elle toujours suffîsaDle ? l'obstacle qu'ils opposent au passage des poussières est*il toujours efficace ? C'est ce que celle expérience ne dit pas, et on verra tout à l'heure qu'en fait cet obstacle est souvent franchi.

Quoi qu'il eu soit, le point de départ de la théorie qui fait jouer aux cils vibratils ce rOte prépondérant se trouve dans une expérience de M. Cl. Bernard dont les détails sont consignés dans ses Leçons sur Us substances toxiques (1857, p. 6i), expérience qui est peul-fitre restée unique et & laquelle l'éminent physiologiste ne tient sans doute pas beaucoup aujourd'hui. Un lapin fut enfermé plusieurs jours de suite dans un sac contenant de la poussière de charbon, et, lorsqu'on sacri&a l'animal, on trouva du charbon dans les fosses nasales, mais on n'en rencontra ni dans le larynx, ni dans les poumons.

C'est sur cette expérience et sur quelques autres qu'il a luimême iasLituées que s'est appuyé M . Villaret ', dans le travail où il a cherché à établir la provenance intestinale du charbon pulmonaire. Tout d'abord, les expériences de cet auteur sont lûÎD d'être irréprochables. Et, par exemple, le séjour des

PROVEIfAICCE DU CUARBON PULMONAIRE 213

Ainsi donCy on peut trouver, môme dans les travaux des adversaires de la doctrine de Pearson, des faits qui plaident en sa faveur. Yoici maintenant une série imposante de faits analogues empruntés à ses partisans. Pour la partie expérimentale, il convient de signaler de nouveau les expériences de Knauff(1867)« qui ont été citées plus haut. Ce sont, de toutes, les plus connues. Elles ont consisté à faire respirer des chiens dans une atmosphère confinée enfumée à Taide d'une lampe. Or, dans ce cas, les seules parties qui aient été atteintes et colorées par le charbon sont les poumons, les ganglions bronchiques et les plèvres ^

Il en a été de même dans les expériences que M. Charcot a instituées sur le cochon d'Inde. Les animaux étaient enfermés dans des sacs contenant soit de la poussière de charbon, soit de Toxyde rouge de fer. Or, dans les cas où il s'est agi du charbon, on a pu retrouver le corps du délit tantôt sous forme de granulations fines, souvent aussi sous forme de fragments volumineux à bords anguleux, soit libres, soit enclavés dans des cellules de Tépilhélium pulmonaire desquamé *. Ces expériences ont porté sur six animaux : quatre d'entre eux ont respiré de la poudre d'oxyde de fer ; les deux autres, de la poudre de charbon. Ils étaient enfermés dans les sacs environ deux heures par jour, et laissés libres le reste du temps. Deux furent sacrifiés au douzième jour : les poussières avaient pénétré dans la cavité des alvéoles, où elles étaient contenues dans des cellules épithéliales desquamées. Des particules d'oxyde de fer avaient pénétré jusque dans l'épaisseur de la paroi alvéolaire, et on put en retrouver môme une assez grande quantité dans Tintérieur des glanglions bronchiques. Les poumons présentaient à l'œil nu l'aspect décrit par Zenker

* Voir aussi Slaviansky : Virchow's Archiv, Bd, 35, p. 326.

' M. Ruppert, dans un récent travail, est arrivé à des conclusions analogues. [Eirperimenteile Untersuchungen ueber Kohlenstauù-inhalalion, Virckaw'g Arch.y 1878.)

214 yROVKtlANCB DU CflARBOH POUOHAIBE

pour la-sldérose de l'homme. Chez un autre animal sacrifié au bout d'un mois, on renconlrait, outre les parUeularités qui viennent d'6tre signalées, les lésioDsd'nne véritable pneumonie inlerstitiella : épaiesissement des parois alvéolaires, rétrécissement de leur cavité, transformation cubique de leur épithélium de revêtement. Chex les trois autres, tués au bout de 2 mois et demi 3 mois, 3 mois et demi, le développement des lésions propres & la tuberculose du cochon d'Inde est venu modifier les résultats de l'expérienoe \ Quoi qu'il en soit, chez tous ces animaux, c'est dans le poumon et dans le poumon seul que se sont accumulées les poussières (Pl. II, j\g. 3, 4 et S).

Des faits analogues ont pu être observés chez l'homme. Telle est l'observation deTraube', publiée en 1860. U s'agit d'un porteur de charbon gui pendant douze ans avait vécu dans une atmosphère chargée de particules charbonneuses. Bien qu'il eût cessé son travùl depuis trois mois, il rendit encore des crachats noirs lors de son entrée et pendant son séjour à l'hApital. L'examen microscopique démontra dans ces crachats la présence de particules charbonneuses. En effet, on trouvait.

PIGMENT d'origine UÉMATIQUë 215

trouvées dans les crachats aussi bien que sur d'autres prises dans le magasin où avait travaillé le malade, on pouvait reconnaître la présence de ces séries de dépressions et de trous. Il s^agissait de charbon provenant du pin sylvestre. La couleur rousse que présentaient quelques-unes des particules devait être attribuée à leur combustion incomplète.

Il restait à démontrer que ces particules charbonneuses avaient pénétré jusque dans Tintérieur des vésicules pulmonaires. Le malade ayant succombé à une péricardile, Tautopsie vint rendre possible la constatation du fait. Les deux poumons présentaient une coloration uniformément noire, sans noyaux d'induration. A la coupe, il s'en écoulait un liquide colorant les doigts en noir, à la manière de Tencre de Chine.

Examiné au microscope, ce liquide se montrait rempli des mômes particules que Ton avait trouvées dans les crachats. Sur des coupes du poumon enfin, on put constater que la poussière charbonneuse avait pénétré dans la cavité des alvéoles, où elle était contenue dans Tintérieur des cellules épithéliales, tandis que la paroi alvéolaire elle-même en était exemple. Ce dernier fait, on le comprend facilement, est difficile à expliquer, si Ton admet la provenance intestinale de la poussière charbonneuse.

Le moment est venu d'envisager l'autre face de la question et de montrer en quoi la matière noire pulmonaire diffère des pigments de provenances diverses et en particulier du pigment d'origine hématique. On sait par qu'elle série de modifications le sang épanché dans les tissus finit par donner naissance & ce pigment. Ces modifications ont été, en particulier, expérinif:ii talement bien étudiées par M. Langhans ^ .

D'après cet observateur, en laissant de côté tout ce qui n Irait à la résorption de la partie séreuse du caillot ainfci qu'ému

« Langhans. — Virchovfs Arch,, 1870. t. XLIX, p. 66.

âl6 l-IGKEin D'OUGtMB HÉKAnQUE

modifications subies par la fibrine et les leucocytes, on voit se produire du cdté des globules rouges les modiScatinns suivantes : une Fois devenus libres, par suite de la disparition de h fibrine, ces globules seraient bientôt enclavés dans l'intérieur de grandes cellules qui sont très probablement des cellules du tissu conjonclif. Toutefois le fait de cette incorporation n'a pu être constaté directement que chez le pigeon. Les globules ainsi enclavés conservent d'abord leurs propriétés normales, mais bientdt leurs caractères physiques et chimiques se modifient. Ils perdent leur forme discoïde, deviennent globuleux et réfractent plus fortement la lumière. En même temps, ils perdent leur coloration normale, pour devenir jaunes, orangés, bruns, presque noirs. En mftme temps, ils acquièrent plus de résistance aux acides concentrés, môme & l'acide sulfurique. Ce dernier, cependant, contrurement à ce qui a lieu pour les particules charbonneuses, finit toujours par les dissoudre, au bout de quelques minutes, après avoir modifié lenr couleur, qui devient rouge et bleue. Le dernier terme des changements successifs que subissent les globules ronges consiste dans la production d'une série de granulations de

asthuacose et peghent eièsatique 217

• dans rinLérieur des alvéoles pulmonaires : 1° un cer- ! globules rouges du sang sont libres dans la Polaire ; 2° d'autres globules rouges onl péniitré dans l'intérieur des cellules de l'épilhiiliurn du poumon ; 3" ailleurs, cel épithélîum contient non plus des globules rouges, mais des granulations pigmenlaires de diverses couleurs ; 4° enfin ces mêmes granulations pîgmenlaires se rencontrent libres dans la cavité de l'alvéole.

B'De toute cette discussion, il résulte que les caractères du 'figmatt d'origine hématiqne et ceux du chnr6on pulmonaire sont différents, et cette différence peut ôtre résumée de la façon suivante : i° Dans Vantliracose, les particules charbonoetises ont souvent une forme anguleuse spéciale ; elles pré- ^enlent toutes la môme coloration noire; elles résistent ibsolument à l'action de tous les réactifs chimiques. 2° Lorsqu'il s'agit d'un pigment d'origine héaiatique, au contraire, tes granulations ont toutes une forme plus ou moins arrondie, quelquefois môme une apparence cristalline, qui cependant s'observe rarement dans le poumon ; elles offrent des coloralions variées et sont rarement noires; enfin leur résistance à Taclion des divers réactifs est bien loin d'être aussi absolue que celle du charbon.

Il existe cependant, dans l'hisloire générale des pigments d'origine hémalique, une dérogation à la règle qui vient d'être formulée. En pareille circonstance, le pigment, bien que dérivant de la matière colorante du sang, se présente au dernier terme de ses transformations, sous la forme de corpuscules noirs qui, par leur couleur et aussi par leur résistance aux réactifs chimiques, se rapprochent beaucoup des particules charbonneuses. Telle est, par exemple, la méhnémie, altération pigmenlaire du sang consécutive à l'intoxication palustre. Dans ce cas, la substance pigmenlaire noire qui infiltre les

âlS AHTUBACOSK l-UYSIOLOOIOUZ

cellules se forme vraisemblablemeat dans la rate, aux dépens de la matière colorante du sang^ car, à cdtd des corpuscules noirs, qui sont les plus nombreux, on peut eu rencontrer de bruns, de jaunes, plus rarement de rouges (Planer). Ces particules jiigmenlaires en cîrcuialion dans le sang peuvent s'arrôter dans les organes et y former des amas plus nu moins volumineux qui peuvent, comme Frerichs l'a vu, résister pendant plusieurs jours à l'action des alcalis caustiques, Od comprend que, dans ces condilions, la pigmentation niélatiîque puisse arriver à simuler un infarctus charbonneux. Mais c'est là, en réalité, une difficulté secondaire, lorsqu'il s'agit du poumon et qui pourra être souvent résolue par des considérations d'un autre ordre. Ainsi, en pareil cas, le poumon n'est jamais te seul organe pigmenté, et d'autre part les circonstances éUologiques sont de nature toute différente.

Il est k peine utile de mentionner l'infiltration tout à Eiût hypothétique du poumon par un pigment analogue k celui de la choroïde ou de la peau, pigment constitué par des granulations de mélanine. Mais ici encore la question pourrait être résolue à l'aide des réactions chimiques, car cette substance se dissout dans les acides concentrés, ainsi que dans la potasse, et elle se décolore par l'action du chlore.

Ainsi donc, en résumé, i'anlhracose physiologique se distingue asseï nettement de toutes les altérations qui pourraient la simuler. La matière noire pulmonaire est bien constituée par du charbon venu du dehors et introduit par la voie des conduits respiratoires.

SomiAisE. — L'accumulation progressive, dans tes poumons, de poussif^res charbonneuses, silicîeuscs ou autres, est compatible avec le Tonclionnement normal, tant qu'elle reste contenue dans certaines limitée, elle constitue la pneu mono k on 1 ose physiologique. — Au-delà de cette limite elle produit des lésions et des troubles fonctionnels, la pneumonohoniose devient pathologique.

SidirtM' piitmonaire ilBnkBT, 1861).

inUratnte pulmonaire pathologique. — Synonymie. — Plitbitie des mineurs, abservalion de Greenbow. — Anthracoae des mouleurs en cuirre, en broHe et en tonte. — État du poumon: 1» coloration noire généralisée; V noyaux d'induration-, 'i' cavernes pulmonaires.

Pneamonokonioaes silicieuses ou alumineuses ou chalicose {Meinel, 1869). — De mCme que pour l'anlhracoee il existe une chalicose physiologique M développant avec l'âge. (Kussuiaul, 1S66; Riegel, 1376). — Chalicoso patbologique. — Maladies des tailleurs de meules (Paacoch, 1860). — Phlbifie des aiguiseura (lloiland. Hall, Desayrrc). — Anatomle pathologique nojaui d'induration, hypertrophie librolde de la ganKue conjonctive; pig- ■aenlation du tissu induré ; formation de cavernes. ~ CaractËres ehimi' qoes; emploi de l'acide (luorhydrique. — Maladie des potiers el descènnciers ou peigneurs de lin (Greenliow).

L'accumulalion progressive, dans les poumons, de poussières charbonneuses apporlées par l'air de la respiration, est donc compatible avec le fonctionnement normal de ces organes tant qu'elle reste contenue dans de certaines limites ; mais il n'en est plus de môme lorsque, par le fait de la constitution spéciale du milieu dans lequel s'efTeclue la respiration Il quantité des poussières introduites à chaque inspiration est

220 SIDÉROSE PULMONAIRE

trop considérable. Il se produit alors des troubles respiratoires correspondant à des lésions organiques provoquées par la présence du corps étranger en excès. Or, il n^est pas nécessaire que ce corps étranger soit du charbon ; toutes les poudres inertes peuvent conduire au même résultat.

SIDÉROSE PULMONAIRE.

Aussi, dans une étude qui est surtout anatomo-pathologique, y aura-t-il avantage à envisager tout d*abord la sidérose pulmonaire, affection beaucoup moins commune que Tanthracose, assurément, mais qui a été Tobjet de la part de M. Zenker * d'une étude anatomique très soignée.

Voici dans quelles circonstances M. Zenker a fait ses observations. Il reçut un jour (1864) les deux poumons d'une femme de 31 ans, ayant succombé à Nuremberg dans le service de M. Geist. L'aspect de ces poumons était des plus remarquables; jamais M. Zenker, anatomo-pathologiste de profession, et on ne peut plus compétent dans la matière, n'avait rien vu de semblable. La surface était d'une coloration rouge brique intense à peu près uniforme, sillonnée de lignes déprimées plus noires répondant aux espaces interlobulaires. La plèvre pulmonaire était, elle aussi, recouverte de larges plaques rouges. Les surfaces de section présentaient la môme couleur. Il en était de même aussi pour les ganglions lymphatiques du hile. Oïl eût dit que toutes les parties étaient enduites d'une couleur rouge. Plusieurs cavernes plus ou moins volumineuses étaient dispersées dans les deux poumons, surtout dans les lobes inférieurs. Il n'existait aucune trace de tubercules miliaires ni d'infarctus caséeux.

11 était évident à première vue qu'il ne s'agissait pas là d'un

' Zenker. — Deutsch. Arch.j 1867.

SIDÉROSE PULMONAIRE 22 1

pigment pathologique, mais d'une substance étrangère venue du dehors. On pensa d*abord au minium et au cinabre. Mais Tanalyse ehimique, faite par M. Gorup Bésanez, démontra bientôt qu'il s'agissait d'oxyde de fer ; les deux poumons, pesant ensemble 1500 grammes, en contenaient environ 21 à 22 grammes.

On devait en conclure que la malade avait dû travailler pendant longtemps dans une atmosphère chargée d'oxyde rouge de fer, dont les particules avaient pénétré dans les voies aériennes, de là dans le parenchyme pulmonaire et enfin dans les voies lymphatiques.

Les renseignements pris & ce sujet firent connaître que cette malade avait été employée pendant plusieurs années dans une fabrique de Nuremberg & la préparation du papier qui sert à couvrir l'or fin. Son travail consistait & appliquer sur une feuille de papier transparent une poudre rouge, sèche, très fine, jusqu'à imprégnation complète de la feuille. Du reste, ce travail s'effectuait dans un local étroit, ventilé d'une façon insufiGsante, où l'air était obscurci par une poussière intense se déposant sur les meubles et imprégnant les vêtements des ouvrières, dont la salive était rouge.

L'examen de cette poussière fit connaître qu'elle était due à une variété d'oxyde de fer que Ton appelle le rouge anglais.

Un examen attentif du poumon mit en lumière les particularités suivantes : Des surfaces de sections s'écoulait un liquide rouge dans lequel Texamen microscopique montrait : 1*" des cellules épithéliales et des noyaux remplis de particules fines, noires par transparence, rouges à la lumière réfléchie ; traitées par l'acide chlorhydrique, puis par le ferrocyanate de potasse, ces particules prenaient une coloration d'un bleu intense, réaction qui établit d'une façon bien nette leur nature.

Sur les coupes du poumon pratiquées apr^s durcissement, on put constater que les particules d'oxyde de fer étaient non seulement conten ues dans l'intérieur des cellules de l'épilhélium alvéolaire, mais encore qu'elles étaient infiltrées dans la profondeur du parenchyme, où elles occupaient toutes les régions qui ont è lé indiquées plus haut à propos de l'anthracose physioio^que. Seulement, ici, tout ne se bornai! pas à la présence du corps étranger; le tissu lui-môme était altéré dans sa structure : sur certains points, où l'oxyde de fer s'était accumulé en amas plus volumineux, on constatait l'épaîssissement des travées conjonctives et des parois des alvéoles, avec effacement plus ou moins prononcé de leurs cavités, en un mot, les lésions caractéristiques de la pneumonie interstitielie lobulaire. Cette observation, si concluante au point de Tue anatomique, ne contenait, pour la partie clinique, que des renseignements fort incomplets. On savait seulement que la malade avait succombé & des symptômes rapportés à la phtisie pulmonaire. Toutefois il y a lieu de relever que pendant la vie de la malade on avait constaté l'existence de crachats rouges qui du reste n'avaient pas été analysés. Celte lacune, M. Zenker eut l'occasion de la combler en examinant des polisseurs de glaces d'une Fabrique voisine d'Erlangen. Ceshommes, qu'il rencontrait souvent sortant de leur alelier, les vêlements tout couverts de poudre rouge, présentaient une expectoration rouge très analogue à celle de la précédente malade. Or, les crachats qu'ils rendaient renfermaient des cellules épilhéliales farcies de granulations métalliques. Il était donc probable que, bien que ne présentant eux-mêmes aucun phénomène thoracique, ces hommes devaient avoir des infarctus sidérotiques du poumon. L'occasion se présenta de vérifier le fait chez un polisseur de glaces, mort d'une maladie étrangère & la sidérose, et le poumon présentait les mômes lésions, mais k un degré moins avancé.

AnTGRACOSE PUUtONAIRB PATnOLOGIQL'C 223

En résumé, il résulte de ces faits qu'il existe une alléralion du poumon déterminée par l'inlroduclion dans les voies aérien- Des de poussière d'oxyde de fer. A un faible degré, la lésion passe inaperçue ; à un degré plus prononcé, il se produit des altérations plus ou moins graves du poumon avec formalion de cavernes, allérations pouvant déterminer la mort au milieu de symptômes assez mal connus, mais voisins de ceux de la phtisie vulgair^. La substance étrangère pénètre par les voies respiratoires et non en suivant le trajet détourné indiqué par H. Yillaret, car il n'existait de poussière ni dans l'intestin, ni dans les glandes mésentériques.

Le domaine de la sidérose pulmonaire n'est pas très étendu encore dans la pratique, car îi en existe à peine une quinzaine de cas rassemblés par M. Merkel ', et dans deux de ces cas seulement la maladie a déterminé la mort. Mais elle offre un intérêt théorique incontestable. Elle montre de la façon la plus nclte que la présence des poussières peut déterminer dans le poumon une phtisie ulcéreuse sans intervention aucune de inberculose miliaire ou de produits caséeux.

ANTHRACOSE PULUOnAUIS pathologiqde.

Les mêmes faits se retrouvent dans l'histoire de l'antliracose pathologique, qui, à part la nature différente du corps étranger, reproduit fidèlement celle de la sidérose.

Celle alTection est connue et étudiée depuis longtemps, en Angleterre, sous le nom de phtisie anthracosiqiie, phtisie des mineurs, ou encore sous les dénominations de coal miners hmg,collier's lung.qm ont trait à l'étude anatomique, ou de hkkspil, qui rappelle une des particularités cliniques de l'altecUoo.

'ïtrkeL — Zlemuen'i llandliiicli; GewerLehi-aftktitft, p. 4t0-

324 l'HTISIB DES UINBURS

En France, on a éludi6 surtout l'anthracose des mouleurs en bronze ou en cuivre, etc. Ciiez ces derniers, du reste, la lésion ne diOère en rien d'essentiel de celle qui se produit chez les mineurs de charbon'. Les conditions de sa production sont du reste au fond les mêmes, dans les deux cas. Il s'agit toujours (le poussière charbonneuse répandue ù profusion dans une atmosphère confinée. Celte poussière est fournie : i" pour les mineurs, par le charbon fossile, par la fumée des lampes, par la combusUon de la poudre employée h séparer les blocs de charbon ; 2° pour les mouleurs en cuivre, en fonte, en bronze, elle est fournie par la poussière de charbon répandue à la su> face des moules en sable (Pl. II. /îj. 192).

Les ouvriers placés dans ces conditions rendent presque tons des crachats noirs. Quant à leurs poumons, ils contienDent en abondance de la matière charbonneuse. Le plus souvent cet étal du poumon est compatible avec une intégrité fonctionnelle à peu près complète de l'organe et ne diffère alors que par le degré de l'anthracose physiologique. Mais, dans quelques circonstances, le parenchyme est plus profondément atteint ; il se produit des destructions partielles de l'organe, et par suite des troubles fonctionnels graves, pouvant entraîner la mort. On voit alors se produire la phtisie anthracosique (coa/mmers phthisis).

PHTISIE DES UINEURS.

Celle-ci présente, dans la plupart des cas, les mêmes caractères essentiels, et on peut choisir pour exemple l'observation suivante, empruntée au travail de M Greenhow'. Il s'agit d'un homme de 6î» ans, mineur depuis son enfance, employé à

' Cons. les traï, de: Tlionison, lf21; ~ Gregorj-, 1831; — Simpson; — Marshall; — t^lraolun; — Mackellar; — Bi-ockmann ; — Sdtmsnn, Drutsc/i. .<reA.. 1866; — Lrocq; — Kubtirn ;— Maiiry; — TardJeu; — Proust, 1876,

' Greenliow. — Pa<h. Sorte/y, l. S.\, avncune bonne planche.

AlITHRACOSE DES MOULEURS EN CUIVRE 325

Tipion {Staff ordshiré). Depuis deux ans, cet homme avait été obligé de cesser tout travail. Il toussait et était oppressé. Le seul (ait clinique qui mérite d'être relevé dans son histoire est le suivant: il avait rendu quelques jours avant sa mort une quantité considérable de crachats noirs comme de Tencre de Chine, et il avait continué à en rendre 4 ou 5 onces par jour.

Ce fait est du reste signalé dans plusieurs observations. Le blak spit est un phénomène habituel, et les crachats ainsi rendus contiennent des cellules d'épithélium pulmonaire remplies de charbon. A Fautopsie de ce malade, on trouva des poumons présentant une teinte générale noire à la surface aussi bien qu*à la coupe. De la surface de section s*écoulait un liquide noir tachant les doigts. Celte substance noire ne s'éclaircissait pas par Faction de Tacide nitrique bouillant.

Dans le poumon droit une coque pleurale épaisse entourait une masse solidifiée, dense, ayant la consistance du caoutchouc ou une structure alvéolaire ; au centre existe une caverne à parois déchiquetées, formées par une pulpe noire et contenant dans son intérieur un fragment détaché de substance pulmonaire noire, du volume d'une noisette. Le reste du poumon est noir, mais spongieux. Il n'existait nulle part de tubercules ou de matière caséeuse. A part la nature du corps étranger, l'analyse histologique ne fournit pas d'autres renseignements que ceux qui ont été consignés plus haut, à l'occasion de la sidérose pulmonaire. Un seul détail mérite d'être relevé : c'est que des fragments de ce poumon traités par l'eau régule laissaient un résidu soluble dans Tacide fluorhydrique, etc., réaction caractéristique de la silice.

A!«TURACOSB DES MOULbUUS EN CUIVRE, EN DRONZË ET EN FONTE.

Voici quelles sont les principales opérations du moulage des pièces de bronze, etc. Le moule est fait avec un sable très Cn,

Chabcot. Œuvres complètes, t. v, Poumons, 13

2ili ANTIIRACOSE DES MOULEURS E.N BnO^ZE

(lit 5^able de Versailles, qu'on a préalablemenl humeclé pour hii conserver la forme des empreinles. Lorsque ce moule est terminé, avant de procéder à l'opération du séchage, qui précède le coulage, on le saupoudre à l'aide de Gne poussière de charbon. Celle-ci est renfermée dans un sac qu'on agite par mouvements saccadés, aSn de tamiser la poussière & travers la Iramedu tissu. On comprend qu'une telle opération ait pour effet de charger l'atmosphère de poussière de charbon. Depuis quelques années, l'emploi du charbon chez les mouleurs en bronze et en cuivre s été remplacé par la fécule, mais on est oliligé d'y ajouter du talc, nécessaire pour boucher les petites cavités que peut présenter le moule; saDs cette précaution, le bronze serait piqué.

Les lésions sont ici en tout semblables à celles qui viennent d'être signalées, à propos de l'anthracose des mineurs. Klles vont èlre ici résumées rapidement :

i" Coloration noire, générale, plus ou moins foncée, des deux poumons; coloration également noire des ganglions bronchiques.

PNEUMONOEONIOSKS 227

PKEUXONOKONIOSKS SILICEUSKS OU ALUMINËUSKS. /

Elles ont été désignées par M. MeineP, sous le nom de chalicose {kalix^ silex).

fie toutes les pneumonokonioses, ce sont les premières qui aient été signalées par les auteurs; mais c'est depuis quelques années seulement qu'elles onlélé Tobjet d'études anatomiques régulières.

A priori, on est porté & penser que, de même qu'il existe, chez l'homme, une anthracose physiologique, de même aus<i il doit exister une chaiicose physiologique, produite par l'introduction, dans les voies respiratoires, des poussières siliceuses qui existent normalement dans Tatmosphère. Le fait, du reste, a été mis hors de doute par les recherches de M. Kussmaul '. Démontrant que, de même que l'anthracosc, la chaiicose physiologique se développe avec l'àge, il a fait voir en effet que, tandis qu'il n'existait pas de silice dans le poumon du nouveau-né, il en existait déjà des traces chez un enTant de sept mois, et enfin chez l'adulte, en dehors de toute infltiencc professionnelle, on en rencontrait en moyenne de 1 à 2 grammes pour les deux poumons.

Ces recherches ont été du reste reprises et complétées par M. Riegel (1875)*, et cet auteur est arrivé à des résultats concordants, ainsi que le prouve le tableau suivant :

Enfant de 4 semaines... silice. 0

— de 4 mois. 2,44 0/0 du poids des cendres.

Adulte de 47 ans 13,39 0/0

^ de 69 ans 16,09 0/0

Ainsi donc, la proportion de silice dans le poumon augmente avec r&ge. Du reste, jamais on n'a trouvé, chez des sujets

* Meinel. — Dissertât. Erlangen, 1869.

* Kussmaul. — Deutsch, Arch., Bd, II, 1866.

* Riegel. — Deutsch. Arch., t. XV, p. 215.

22S CllAUCOSE l'IlVSIOLOGlOUE

placés disns des condîlions normales, quel que fùl leur ûge, des cliilTres comparaijles à ceux qui se produisent sous l'influence de cerlaincs professions.

II importe, de plus, de faire remarquer avec M. Kussmaulque nulle part, dans l'orgaiiisme de l'homme, si ce n'est dans les cheveux, la silice n'est aussi abondante que dans les poumons. Dans le sang, ii n'en existe que des traces'. Dans le foie, la raie, les muscles, le cerveau, elle est en quantité très minime. Ces résultats conduisent à admettre que la silice qu'on rencontre dans les poumons en proportion si forte y a élé Solreduite du dehors.

Une autre observation intéressante est encore due à M. Kussmaul. Môme chez les individus confinés pendant longtemps à la chambre, et par conséquent soustraits depuis longtemps h l'action des poussières siliceuses, le taux normal de la silice, pour un âge donné, ne s'abaisse pas. De celle remarque, il semble li^gitime de conclure que la silice n'est pas superficiellement déposée dans le poumon, mais qu'elle occupe la profondeur môme du parenchyme. D'ailleurs, h l'appui de celle manière de voir, il suffirniL de faire remarquer que, dans la chalicose pliy.^iologique, les ganglions lymphatiques du poumon contiennent de la silice, et cela en quantité beaucoup plus considérable que tous les autres tissus, à l'exception toutefois du poumon. On e:^l ainsi conduit h. admetire que h silice, après s'être accumulée dans le poumon, pénètre de Ii dans les ganglions lymphatiques, suivant ainsi le môme trajet que la matière noire pulmonaire.

Il est impossible de décider si les dépôts siliceux normiiui sont appréciables à l'aide de l'examen microscopique et s'ils peuvent être distingués des particules charbonneuses contenues dans l'organe, h l'état physiologique.

'RoliinelVvrdci

tlphy^wl.,.

. ctpathol., cK.

rifEUMOIfOKOMOSES SIUCEUSES 220

CHALICOSK PATHOLOGIQUE.

Les professions qui provoquent le plus habiluellement la chalicose pathologique peuvent être divisés en deux groupes :

1** Le groupe des tailleurs de pierre et de grès.

L'affection thoracique particulière dont ces ouvriers sont atteints a été depuis longtemps remarquée, comme Tindique le nom populaire de maladie Saint-Roch qui servait à la désigner. Parmi ceux-ci, la maladie des tailleurs de meules mérite une mention spéciale [French Millstone ma/cers PhUsis)f parce que M. Peacock ^ en a fait une étude spéciale, à Taide de quelques cas observés à Thôpital Saint-Georges. Les ouvriers en question sont occupés & tailler h coups de ciseau une pierre très dure, dite pierre meulière ou silex molaire, abondanle dans le bassin de Paris et importée en Angleterre par la voie du Havre. Chaque coup de ciseau produit des étincelles et un nuage de poussière siliceuse. Les parcelles de pierre et de fer sont projetées avec force, si bien qu'elles s*incrustcnt dans la peau des mains et de la face des ouvriers.

2* Un autre groupe très considérable et très important, dans l'espèce, est celui des aiguiseurs. On désigne sous ce nom les ouvriers qui façonnent sur la meule le tranchant de la lame, la surface ou la pointe de divers instruments métalliques. Il paraît que la profession n*est devenue insalubre que depuis n86, époque à laquelle l'adaptation de la vapeur a amené une révolution complète dans cette industrie. Avant celte époque, en effet, les usines étaient installées à la campagne ; ^ans chacune d'elles, les ouvriers étaient peu nombreux; le

* Peacock. — British and foreigrCs Review, 186", p. 215.

230 GUALICOSE PATHOLOGIQUIS

travail s'effecluait au voisinage des cours d'eau ; il était souvent interrompu pandant Thiver. Aujourd'hui, au contraire, les ouvriers sont enfermés en grand nombre dans des locaux étroits, peu aérés, où ils restent enfermés en hiver pendant dix ou douze heures. C'est surtout dans certains grands centres manufacturiers que la profession des aiguiseurs a été étudiée, au point de vue pathologique ; à ShefGeld, pour l'Angleterre, par MM. HoUand et Hall ^ à la fabrique d'armes de ChâtellerauU, pour la France, panDesayrre.

Les cinq mille ouvriers qui sont occupés dans les fabriques de ShefGeld peuvent être divisés, au point de vue de l'hygiène professionnelle, en deux catégories distinctes, suivant qu'ils travaillent sur la meule humide ou sur la meule sèche. Ces derniers sont de beaucoup les plus exposés, les particules qui se répandent dans Tatmosphère, étant, on le comprend, beaucoup plus abondantes lorsqu'elles ne sont pas retenues par l'humidité de la meule. Les conditions sont fort analogues dans les fabriques d'armes, où l'aiguisage porte sur les cuirasses, les canons de fusil, les baïonnettes, etc.

On sait depuis longtemps que les ouvriers qui travaillent dans ces conditions rendent des crachats formés de mucus, de leucocytes, de particules siliceuses facilement reconnaissables à leurs caractères micro-chimiques et morphologiques, et enfin de particules charbonneuses.

Alors môme qu'il ne s'est pas développé chez eux, dans ces condilions, de pneumonie spéciale, leurs poumons contiennent un taux élevé de silice ; ainsi, chez les (ailleurs de pierre, M. Kussniaul a trouvé trois fois plus de silice que chez des individus de môme Age placés en dehors de la profession.

Dans un travail plus récent portant sur 19 autopsies, dont 4 suivies d'analyse chimique, iM. Meinel a trouvé comme minimum de silice, dans les poumons des (ailleurs de pierre.

• Anal, dans la Caz. hebdomnd., 18oC, p. 400.

CIIALIGOSB PATQOLOGIQUE 231

24,3 0/0, comme maximum 45 0/0, alors que chez les vieillards placés en dehors de cette profession le chiffre de la silice ne dépasse pas 16,69 0/0. M. Riegel, de son côté, est arrivé k des résultats très analogues.

Quelle que soit la profession ayant déterminé la chalicose, les lésions anaiomiqiies ne présentent pas, bien entendu, de différences, let elles peuvent êlre résumées de la façon suivante, d'après les observations de MM. Peacock, Desayrre, Hall, Meinel, etc.

Les poumons sont farcis de nodules généralement petits, quelquefois volumineux (Hall), durs, arrêtant le scalpel. Ces petits nodules présentent, en général, une coloration noire plus ou moins foncée.

V analyse microscopique y fait découvrir : i* une hypertrophie fibroîde de la gangue conjonctive, entraînant le rétrécissement ou l'oblitération dans les parties correspondantes ; 2° des particules de silice, reconnaissables à leurs caractères microchimiques et morphologiques, sur lesquels il y aura lieu de revenir dans un instant, et enfin des particules noires ayant Tapparence de la matières charbonneuse. Les auteurs ne s'expliquent pas nettement h, ce sujet: s'agit-il dans ce cas d'un pigment hématique ou bien de matière charbonneuse? Cette dernière opinion est la plus vraisemblable, si l'on en juge par les faits de pneumonie chronique indépendante de la chalicose et dans lesquels on constate une augmentation manifeste dans la quantité de la matière charbonneuse. A propos de ce fait, se présente une question théorique intéressante. N'est-il pas permis de penser que les particules charbonneuses pénètrent plus facilement dans les poumons malades que dans les poumons normaux, et n'est-ce pas à cette circonstance que doit être attriouée, en grande partie tout au moins, la coloration ardoisée que présente le poumon dans la plupart des

233 CHAUCOSE l'ATllOLOGlOUE

pneumonies chroniques? 3° Dans un certain nombre d'observations, on trouve signalée l'existence de cavernes, indépenilantes, bien entendu, de toute lésion tuberculeuse.

Il existe quelques caractères morphologiques et chimiques pormellantde reconnaître les particules siliceuses au sein des foyers d'induration.

r Ainsi, dans plusieurs observations, on signale de petites {liirticules crislalloldes réfractant fortement la lumière, faciles, par conséquent, à distinguer des particules de charbon.

2" Quant aux caractères chimiques, ils sont faciles à rechercher. On soumet les nodules à la dessiccation lente, puis on les brûle, à l'aide d'un jet de gaz. Le résidu est traité par l'eau rétjule, qui dissout tout ce qui n'est pas de la silice. Celle-ci Fst (ilors recueillie sur une lame de platine et exposée aut vn]i(.'urs d'acide fluorhydrique, qui en déterminent la dissolulion.

On peut rattacher à la chalicose la maladie des potiers, (Mudiéc par M. Greenhow', et dans laquelle l'alléralion du pnurnon est déterminée par l'action de particules siliceuses et tiluinineuses.

y rattacher aussi les lésions pulmonaires observée'

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