‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 5)Chapitre 41 sur 121 · DOUZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LEÇON

Des pneumonokonioses '

SomiAiBi. — Le iermt pnenmonokoniase a été proposé par Zenker (1867). — DiTASion des pneumonokonioses: i« Pneumonokonioses anlhracosiques; 2« PneumoDokonioses siliceuses: 3^ Pneumonokoniose sidérotique.

Amhraeose pulmonaire physiologique, — La matière noire pulmonaire est pour la plus grande partie constituée par du charbon, elle pénètre dans le poumon avec l'air inspiré. — Travail de Pearson (18(3;. — Mode de distribution de la matière noire: a) dans le poumon; b) sur la plèvre diaphragmatique ; c) sur la plèvre costale. — Ses caractères chimiques, elle n'est soluble que dans le réactif de Millon. — Théorie de la provenance intestinale du chart>on pulmonaire Villarct (1862 .— Celte théorie s*appuie: l* Sur le fait que le charbon introduit dans le tube digestif peut passer de 1& dans le poumon (Œslerlcn (1843). — Meusonides et Donders.Orflla. Ch. Robin); — 2® Sur le rôle de répithélium bronchique dont les cils vibratiles empêcheraient les poussières de pénétrer dans le poumon. Expériences de Rindfleirsh, de Ch. Bernard, de Villaret. Il est démontré aujourd'hui que l'obstacle opposé par les cils vibratiles n'est pas absolu. Expériences de KnaulT (1867). Expériences de M. Charcot. — Faits analogues observés chez l'homme, observation de Traube (1860). — La matière noire pulmonaire diffère du pigment hématique par ses caract^'res morphologiques et ses réactions chimiques. — Mode de formation et caractères micro-chimiques du pigment d'origine sanguine.

On sait que M. Zenker ' a proposé cle réunir sous le nom collectif de pneumonokonioses toutes les altérations pulmonaires qui reconnaissent pour cause l'action des particules solides répandues dans Tatmosphëre et pénétrant dans les voies respiratoires pendant l'acte de Tinspiration. L'étude de ces

* Leçons résumées par M. le D' Coubault. ' Zenker^ DeuUeheâ Archio. t. Il, p. 116, 1867.

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altérations mérite, à bien des égards, de flxer l'attenlion des pathologïsles.

Tout d'abord, elles cooslitueot un des genres les plus împortants de la grande classe des maladies professionaelles, et, à ce litre, elles intéressent aussi bien l'hygiène que la clinique usuelle.

Au point de vue spédal de l'anatomie pathologique, elles offrent un ÎDlérét d'un autre genre ; en premier lieu, la cause matérielle, provocatrice de tous les désordres, le corps du délit, en d'autres termes, peut être aisément recherchée et reconnue, en raison de ses caractères morphologiques et chimiques. En second lieu, les lésions produites en pareil cas, reconnaissant comme cause une sorte de traumatisme, doivent s'offrir, en conséquence, dans des conditions d'amilyse relativement simples. Enfin ces mêmes lésions peuvent être expérimentalement reproduites chez les animaux, circonstance qui doit, on le comprend, faciliter, daus une certaine mesure, l'étude pathogénique des accidents.

Depuis longtemps, l'attention des médecins avait été attirée sur la possibilité du fait. On avait pensé que certaines maladies

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slationnaire, et on peut dire que c'est dans le cours des dernières années seulement que la science s'est enrichie à cet égard de données vraiment précises.

A l'exemple de Zenker, il y a lieu de diviser les pneumonokonioses en tenant compte du corps étranger qui est enjeu. 11 y aura donc lieu de décrire séparément les formes suivaotes :

l' Pneitmonokonioses (inthracosiqices. — La lésion parait ici surtout produite par l'introduction de particules charbonneuses (maladie des mineurs, miners limgs, maladie des Fondeurs en bronze, en cuivre, etc.).

2° Pneiimonokonioses siliceuses. — On les appelle encore d'un seul mot, chalicoses, de kalix, silex. L'aclion des particules siliceuses se combine ici souvent h celle des particules (l'un métal, l'acier par exemple, et qui constitue une forme mute .

3° EiiSn il existe encore une piieumonokoniose sidérotique, 011 sidérose pulmonaire. Ici, l'agent est l'oxyde de fer.

UCOSE PtLMONAIIIE :

Celte forme est la plus commune, et c'est elle qui la première a été sérieusement étudiée. Mais, avant d'en aborder l'étude, il convient d'examiner brièvement l'état du poumon iju'on peut désigner sous le nom d'anihracose physiologique, parce que cette étude jette une certaine lumière sur les faits d'ordre pathologique qu'il s'agira d'envisager par la suite.

On sait en effet que la plupart des poumons humains sont normalement marbrés do noir. Cette apparence est due à la présence d'une substance infiltrée dans le parenchyme même de l'organe, suivant un mode de distribution régulière dont Hiverra (oui àl'heure la description, substance qui, pour ri*n préjuger, a reçu le nom de matière noire pulmonaire.

â06 lUnÈRE NOIBB PULHOHAIfiR

On sait, à l'heure actuelle, que celle malière noire n'est autre chose que du charbon, et, en second lieu, que ce charbon est apjtorté dans le poumon avec l'air de la respiration. Voici par quel mécanisme.

Dans l'exercice de la vie civilisée, chacuo de nous, à des degrés divers, respire du charbon provenant de la combustion des matières qui servent soit au chaulTage, soit h. l'éclairage. 11 en est de môme, du reste, pour un certain nombre d'autres poussières, les poussières siliceuses par exemple, qui se mâlangent en proportions diverses aux particules du charbon en suspension dans l'atmosphère ; mais il est préférable, pour la clarté du sujet, de n'envisager pour le moment que les seules particules charbonneuses. Ces parlicules, introduites ainsi dans l'appareil respiratoire, sont à la vérité rejetées à chaque instant par l'expectoration, mais elles ne le sont que partiellement. Une certaine quantité pénètre dans la profondeur du paretictiymo el s'y ûxe définilîvement sous forme d'amas plus ou moins volumineux. Celle pénélralion s'opère lentement; il faut des années pour que rinTarctus charbonneux devienne visible è l'oeil nu. C'est pourquoi, nulle chez le nouveau-né, à

MATlèRE NOIRE PULMONAIRE : PEARSON 207

pas sans intérêt de faire connattre un peu plus en détail les principaux documents qui ont servi de base à la théorie qui vient d'être émise. Cette fagon si simple d'envisager les choses a en eflety rencontré plus d'un adversaire autorisé. M. Yirchow par exemple, suivant en cela l'exemple d'Andral et de Breschet, a, longtemps soutenu que la matière noire pulmonaire n'est autre chose qu'un pigment hémalique^ et dans un traité récent, 11. Henle se montre encore partisan de la même manière de voir.

Il s*agit donc tout d'abord de démontrer que la matière noire pulmonaire est en réalité constituée par des particules charbonneuses. Cela fait, la question sera encore loin d'être épuisée, car, après s'être entendu sur la nature du pigment pulmoiiaire, on s'est ensuite divisé à propos de son mode d'introduction dans l'économie, et on discute encore à l'heure actuelle pour savoir si ce charbon pénètre directement dans le poumon avec l'air inspiré, ou s'il n'est pas, au contraire, introduit avec les aliments dans le tube digestif, pour passer de là dans les autres organes et en particulier dans le parenchyme pulmonaire.

Le premier travail méthodique qui ait été consacré à l'étude de la matière noire pulmonaire est dû à un auteur anglais^ Pearson, et fut publié en 1813 ^ Or, cet auteur a parfaitement reconnu toutes les données du problème et les a résolues dans un sens conforme aux enseignements les plus récents. On Terra tout à l'heure sous l'influence de quelles préoccupations les vues si justes que cet auteur a émises se sont par la suite obscurcies. Le mémoire de Pearson a une réelle importance et il convient d'en mentionner ici les parties principales. Après avoir signalé la coloration noire des glandes bronchiques et du poumon, il fait remarquer que cette coloration augmente avec l'ftge, pour atteindre son maximum

* Pearaon. — Philosophical Transactions. London, t. II, p. 2, 1813, p. 16j.

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d'intensilé chez les vieillards. Il reconnatl que celte matière noire résiste au\ réactifs chimiques les plus Ëuergiques, et il déclare eo conséquence qu'il s'agit là de charbon. Il pense enfin que ce charbon vient du dehors et que. apporlées par l'air pendant l'inspiration, les particules charbonneuses pénètrent jusque dans l'intérieur des vésicules pulmonaires. Comme complément de sa théorie, Pearson fait remarquer que les animaux domestiques n'ont pas les poumons noirs, ce qui lient à deux causes : ils meurent jeunes, et ils vivent en plein air, A plus forte raison doit-il en être de même chez les animaux sauvages, renards, lièvres, chevreuils; et en réalité le fait a été relevé récemment et vériCw par M, Knaulî '.

On voit que la description de Pearson est exacte et que sa théorie sur la nature et le mode de pénétration de la matière noire, se rapproche autant que possible de celle qui est généralement admise aujourd'hui.

A propos de la disposition qu'affecle la matière noire dans le poumon, il y a lieu loulefois de relever certains détails qui n'ont peut-être pas attiré l'attention d'une façon suffisante. Il faut d'abord rappeler que la coloration noire est en général beaucoup plus prononcée au niveau du sommet et des bords postérieurs qu'à la base, et qu'au sommet cette matière forme souvent des plaques au niveau desquelles il existe une dépression avec épaississement et froncement de la plèvre. Mais les points sur lesquels il convient plus parUculiërement d'insister sont les suivants :

a. On rencontre presque constamment sur la plèvre diaphragmalique, au pourtour du centre phrénique, des taches et des lignes noires analogues à celles du poumon.

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