‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 5)Chapitre 97 sur 121 · S58 MALADIES DE 1. AORTE · texte numérisé non relu

S58 MALADIES DE 1. AORTE

avec claudicalioii intermilleule dans le menibre inférieur du mAme câté ; le malade était sujet à des accès de paralysie douloureuse, provonnés par la marelie, et dissipés par le repos. Cette uMitéralion avait élé occasionnée par un anévrisme de la portion lermînale de l'aorte, situé auprès d'une balle logée au voisinage du sacrum. {Voir plus loin, p. 572.)

Cei fuiis qui correspondent aux données di; l'expérimeiiliilion physiologique chez les animauJi, et aux effets bien connus de la ligature de l'aorte z l'homme, otTrenl une importance capitale, au point de < ju diagnostic. Si la paraplégie n'a pas été toujours observée hez les malades atteints d'une lésion de ce genre, ils ont ouvé néanmoins de ralT»iblissement, de l'atrophie musculaire, et des fourmillements dans les jambes. Ces sympidmes o été jusqu'à la paraplégie complète ctiez uu homme dont l'histoire est rapportée par GuH et qui présentait une dilatation tellement prononcée des artères périphériques, qu'on ne pouvait mettre en doute l'eùslence d'une oblitération de l'aorte.

Au reste, le cours du sang se rétablit plus facilement chez lessujtîts atteints d'une obsliuclion accidentelle que cheiceu\ qui présenLcnt un rélrécisseiuent congénital ; car, dans le premier ca", le siège de l'obstacle étant presque toujours siliic plus bas que dans le second, les voies ouvertes à la circulii^io" suppiémcntiiire soiil, à la fois, plus nombreuses el plus viriées, cl les vais?oau\ peMens peuvent entrer en jeu. C'esl peut-être ce qui explique pourquoi, dans quelques ca* de cette c^pùce, il n'existait pas une dilatation sensible deà artères cullalérales ylîarth). L'atrophie des membres iiifBrieur>dans Je telles conditions, n'a presque jamais lieu.

l'hONosnc. — Le proitonîc dépend essentiellement ici de 1" Ciuisi- (|!ii ;i |i]'uvoi]iié i'occlu-ion de l'aorte. Dans les casuùn s'iigit d'une coinjiression exercée par une masse solide, il''^^

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évident que la gène de la circulation n'est qu'un épiphénomène de la maladie, dont la marche dépend essentiellement de la nature et du progrès de la tumeur. Lorsque, au contraire, une altération intérieure du vaisseau est le point de départ des accidents observés, la gravité de raffection dépendra du siège et de Télendue du rétrécissement, ainsi que du degré de coarctation qu*il présente. Ce n*est guère que dans les cas d'oblilération absolue qu'on observe la paralysie et le sphacèledes extrémités. Les ruptures de Taorte ne surviennent guère ici qu'à la suite d^efTorls violents; et la vie peut se prolonger assez longtemps, dans les cas d'obstruction accidenlelle, comme nous l'avons déjà vu pour les rétrécissements congénitaux.

BiHi.iOGRAPHiE. — Velpeau. Exposition (Viin cas remarquable de maladie canteieu^e avec oblitération de l'aorte. Paris 1825. — Barth. Presse médicale, 1837, et thèse pour le doctorat, même année. — Tiedemann^ Von der Veren^ geru'it/ nnd Schliessung der Pulsadern, Heildelberg, 18ii. — Andral. A?ial. pathol,, t. II, p. 373. — Bouillaud. Dict, de Méd, et deChir, prat.j Art. Aorte. — Dalmas. lJi*:t. de Méd. en 30 rot. — Goubaux. Mémoire sur les pa*alysiex du cheval causées par C oblitération de f aorte postérieure, etc., etc. In liecueil de Méd. vélér. prat. 1846. — Charcot. Sur la claudication intermittente observée dans toi cas d'oblitération complète a'une des artèr^es iliaques primitives. In Gaz. méd. de Paris, 1859. (Voir plus loin, p. 000.) — Gull. Case of Paraplerjia from obstructed Aorta. In Gui/s Hosp. Reports. 3«i séries, vol. II K p. '311; 1835.

YI. CONCKÉTIONS FIBRINEUSËS DE l'aORTK.

Les auteurs du XYir siècle, qui avaient étudié avec intérêt la question des polypes du cœur^ savaient aussi que des obstructions de ce genre pouvaient exister dans les gros vaisseaux. Un des monuments les plus curieux que possède la science à cet égard, est Topuscule de Knips Macoppe, qui rapporte une observation de ce genre, dans laquelle le diagnostic fut porté pendant la vie (!).

Un professeur célèbre de l'Université de Padoue, Carlo Patini, souffrait depuis longtemps d'une affection étrange

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dont les plus habiles médeeias n'avaient pu reconnallre la nature. Consulté à cet égard, par te malade, Knips Hacoppelui adressa une lettre dans laquelle, après avoir discuté les diverses hypothèses qui pouvaient rendre compte des sjmplûmes qu'il éprouvait, il s'arrêta & l'idée d'un polype sïtaâ à l'orifice aorlique du cœur et venant obstruer le canal de l'aorte: il considère une affection pareille comme incurable et prédit en conséquence une mort prochaine à son illustre correspondant.

Nous apprenons par un appendice ajouté à cet opuscule par le premier éditeur, que ce lugubre pronostic s*élaot promptement vérifié, l'autopsie eut lieu, à la grande gloire de ïoîps, et il la confusion de ses contradicteurs. On trouva un poln>^ d'une forme très régulière, au point qu'il avait indiqué ; et, conformément auK idées du temps, on crut qu'il s'agissait d'une sorte d'entozoaire du cœur, dont le développement est comparé, par l'auteur, à celui d'une plante. Telle est peut-être l'origine du mot végétation, appliqué aux concrétions fibriiieuses du cœur et des grosses artères.

Cet opu'^cule ayaut élé souvent cité d'une manière inexacte,

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de dépôts alhéromateux ; cependant des concrétions fibrineuses peuvent se former sur des points oîi les parois artérielles sont parfaitement saines ; elles semblent alors adhérer, par simple juxtaposition, à la membrane mterne. On les voit quelquefois acquérir un volume énorme, sans gêner manifestement la circulation. Chez une femme âgée, M. Vulpian a trouvé une concrétion fibrineuse de 3 centimètres de long sur 2 de large : elle siégeait à 5 centimètres au-dessous de Torigine delà sous-clavière gauche, et occupait le côté postérieur de Tartère, qui était saine à ce niveau.

Ces dépôts fibrineux, quel que soit d'ailleurs leur volume, subissent, tôt ou tard, la métamorphose régressive, et se transforment en une sorte de bouillie composée de granulations moléculaires et de globules graisseux, nageant dans un liquide séreux. Chez une femme qui mourut à la Salpètrière, des suites d'un ramollissement cérébral, nous avons trouvé, immédiatement au-dessous de Torigine de la sous-clavière gauche, deux kystes puriformes de cette espèce, offrant une forme ellipsoïde, et un volume à peu près égal à celui d'un œuf de pigeon. La coque fibrineuse, blanche et résistante, qui en formait Tenveloppe, était d'une minceur extrême : toute la cavité du kyste était remplie d'un liquide offrant la plus grande analogie avec du rauco-pus verdâtre, et présentant, au microscope, les éléments de la fibrine dégénérée. Il existait une multitude de petits coagulums semblables sur le trajet de l'aorte, dont les parois étaient parsemées de plaques athéromateuses ; et le sang de l'artère fémorale renfermait des gouttelettes graisseuses en assez grande abondance.

Bien que le siège de ces concrétions, placées au dehors de l'origine des artères carotides, ne permtt point de leur attribuer les accidents encéphaliques, on comprend que de telles collections sont de véritables nids à embolies, et peuvent aisé-

GuARCOT. Œuvres complètes, t. v. Poumons et Cœur, 35

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ment fournir les malériaui d'oblilérations capillaires sur udb mul[ilti<]e de points k la Fois.

Les dilaliilions^éniles de l'aorlesoDl souvent occupées psr des coagiilums de ce genre ; M. Vulpian en a récemmenl trouvé dans une ampoule qui occupait la partie inférieure ds l'aorle abdominale. Chez quelques malades, il existe une véritable dîullièse de concrétions ûbrineuses; on en rencontre sur des points 1res divers du système artériel.

Dans l'aorte, ces sortes de végétations ont souvent une tendance h. devenir pêdiculées, ce qui en favorise le détachemenL L'un de nous (M. Charcot) a vu chez une femme, morte de phlhisie pulmonaire, une concrétion Gbrineuse de la grosseuf d'une noisette dans l'aorle, immédiatement au-dessous de l'origine des vaisseaux du cou. Elle adhérait auic parois artérielles par un pédicule 1res étroit ; elle était très mobile, et avait dfl 6tre ballottée par le torrent circulatoire. II existait, cbez I( sujet de cette observation, des dépâts ûbrineux multiplei dans les deux reins.

Il nous serait facile de multiplier les cas de cette espèce; mais il est aisé de comprendre que de telles végéta'ions, qui peuvent subsister longtemps dans l'aorte sans occasionner de troubles appréciables dans la circulation, sont destinées à s'en détacher tôt ou lard, en totalité ou en partie: il en résulte tantôt des altérations viscérales, tantôt des oblitérations d'artères d'un gros calibre, qui e^ipliqueraient les gangrènes subites dont les exiréinilés sont parfois atteintes chez les veillards. Nous avons quelqui-fois observé des cas de ce genre,

Lorsque les détritus lîbrjneux qui ont subi la régressinn graisseuse sont transportés dans le torrent circulatoire, des ne* cidenls infeciieux peuvent en ôlre la conséquence. M, Vulpian a présenté, l'année dernière, à )a Société médicale i/« Mpilaux, un cas de ce genre. Un kyste fibrineux de l'oreillelte gauche avait éprouvé la fonte puriforrae ; sa rupture fut suiùe

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d'accidents apoplectiques et d*un état typhoïde^ qui se termina par la mort.

Nous savons déjà que les végétations fibrineuses implantées sur l'aorte peuvent, elles aussi, subir ce travail régressif. Chez une femme âgée qui mourut à la Salpôtrière avec des symptômes typhoïdes très prononcés^ M. Charcot trouva, pour toute lésion, des ulcérations athéromateuses et des kystes fibrineux de Taorle qui, après avoir éprouvé la régression graisseuse, avaient versé leur contenu àTintérieur de ce vaisseau: aussi le sang artériel, examiné sur plusieurs points, ofTrait-il des corpuscules granuleux et des gouttelettes huileuses en grande abondance. Il paraît donc démontré, d'après ces faits, que la bouillie athéromateuse ou la fibrine altérée peuvent déterminer, une fois transportées dans le sang, des accidents analogues à ceux des infections générales les plus graves. — On peut rapprocher ces phénomènes des conséquences, aujourd'hui si bien connues, de l'endocardite ulcéreuse.

Bibliographie. — Knips-Macoppe (Alex.). De aortœ polypo episiola medica^ édita ab Alex. Knips-Macoppe, philosopho et medico. Lugduni, 1693. — Sumptibus tadorini; et Brixiœ, 1731, sump'ibus Caroli Gromi. ~ Cet auteur est cité par Virchow, sous le nom de Knisma Kopp. — Bail. Kystes fiOrineux de Caorte, In Mémoires de la Société de Biologie, 1862. — Moreaud. Conlribulion à l'étude des kystes fihvineut de Vaorte. Thèses de Paris, 1864, no 156. — Lancereaux. Mémoii-es d^anatomie pathologique. Paris, 1863, p. ICI. — Vulpian. Bulletins de la Société médicale des hôpitaux de Paris, 1865, p. 10.

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