‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890Chapitre 31 sur 68 · MIGRATION RÉGULIÈRE DES CALCULS · texte numérisé non relu

MIGRATION RÉGULIÈRE DES CALCULS

les garde-robes. Telle est, en quelque sorte, lamarche ordinaire des choses. C'est elle que nous devrons étudier tout d'abord. Mais dans cette migration des calculs biliaires, divers accidents, diverses anomalies peuvent survenir et en modifier le cours régulier ; ainsi, il est possible que le calcul biliaire engagé s'arrête en chemin, soit dans le canal cystique lui-même, soit plus bas dans le cholédoque et s'y enclave, s'y établisse d'une façon définitive. De là, des lésions de canalisation permanentes, dont les conséquences peuvent être plus ou moins graves. Comme exemple, je vous citerai la rétention biliaire absolue, suivie d'ictère chronique, s'il s'agissait de l'enclavement dans le canal cholédoque. En outre, des lésions inflammatoires se produisent quelquefois dans les parois des conduits biliaires au contact des corps étrangers. Et ces lésions déterminent soit des ulcérations, soit môme des perforations, des ruptures qui, ayant pour efi'et de faire pénétrer la bile dans la cavité péritonéale, aboutissent rapidement à une issue funeste. Ces anomalies dans la migration des calculs par les voies naturelles, dont je me borne pour le moment à vous indiquer les traits les plus accentués, seront l'objet d'un second chapitre.

L'histoire de la migration des calculs biliaires par les voie:^

naturelles, forme un ensemble très étendu et très complexe.

le temps ne me permettrait pas, quel que soit l'intérêt du

sujet, de vous la présenter dans tous ses détails. Je de\Tai

me limiter à une esquisse dans laquelle je m'efforcerai

de faire ressortir ce qu'il nous importe le plus de connaître.

Celle histoire, d'ailleurs, a été faite soigneusement, avec tous

les développements qu'elle comporte dans un grand nombre

de mémoires et de traités. La lecture de ces écrits vous per-

roeltra de compléter les notions sommaires qui vont vous être

présentées. En plus des mémoires fondamentaux de MM. Fau-

conneau-Dufresne, Durand-Pardel, Willemin, Sénac, je vous

^«commande particulièrement sur cette question l'excellent

exposé que MM. Barth et Besnier ont rédigé pour le Diction-

^^Tt encyclopédique des sciences médicales (1).

(1) Art Voies àiliaires.

millimètres, le canal cystigue offre trois centimètres de loftgueur et trois millimclrcs seulement de diamètre. Le canal cholédoque est de tous le plus long et le moins étroit. Il mesure en longueur sept ou huit centimètres, et en largenr six millimètres environ (Henle). Au niveau de son aboucbemenl avec le duod<3num, ce dernier canal offre, il ne Taut pas l'onblier, une disposition particulière. D'ordinaire, après avoir pénétré dans l'épaisseur de la paroi du duodénum, ce canal se réunit à angle aigu avec le conduit pancréatique. Il résulte de cette fusion un conduit unique, très court, dilaté sons forme d'ampoule et qu'on désigne communément sous le nom d'ampoule de Vater (Diverliculum VateriJ. Un orifice, en général très étroit, place au sommet d'une espèce de renflement papillaire, fait communiquer la cavité de l'ampoule de Vater avec celle de l'intestin.

CANAL CYSTIQUE. 139

a) C'est par le canal cyslique, le plus étroit de tous, que les calculs cystiques doivent tout d'abord s'engager. Il semble, (faprès ce que nous savons du diamètre de ce conduit que la ^ravelle biliaire ou tout au plus de très petits calculs pourront seuls y pénétrer. L'observation journalière démontre qu'il n'en est pas ainsi : le canal cystique, comme tous les conduits de l'appareil biliaire excréteur, peut subir des dilatations relativement considérables et recevoir des concrétions volumineuses. Toutefois, à cet égard, il y a des limites. On admet assez généralement que les calculs atteignant le volume d'une olive sont incapables de jamais franchir les voies biliaires. Cela n'est pas tout à fait exact. Sans parler dos concrétions biliaires du volume d'une olive ou plus, qu'on rencontre parfois dans les selles à la suite des accidents d'une colique hépatique régulière, il existe un grand nombre d'observations qui montrent des calculs de cette dimension, évidemment de provenance cystique, enclavés soit dans le canal cystique, soit dans divers points du canal cholédoque. M. Barth, entre autres, rapporte le cas d'une femme de 80 ans, morte d'apoplexie, €hez laquelle il trouva engagé dans l'orifice duodénal etfaisant dans l'intestin une saillie de 7 à8 millimètres, un calcul de la grosseur d'une olive.

Voici, Messieurs, un calcul volumineux qui m'a été confié par M. Ollivier, agrégé de la Faculté. Il offre, vous le voyez, à pctt près le volume d'une noix de moyennes dimensions. Ce calcul était enclavé dans la partie supérieure du canal cholédoque, au point de réunion des conduits cystique et hépatique. Les faits de ce genre sont loin d'être rares. Mais, il faut reconnaître que, d'habitude, les calculs biliaires qui sortent (varies voies naturelles ne dépassent guère le volume d'une noisette, d'un haricot, ainsi que le font remarquer Pujol (t) et M. Willemin. Les 45 observations de colique hépatique avec

i8we des calculs par les garde-robes, rassemblées par le D"^ ^olff,8ont intéressantes à ce point de vue. Le plus souvent, les concrétions que ce médecin a recueillies avaient environ

(^) Mémoire sur ia colique hépatique , etc., p. 565.

des concrétions d'uR certain calibre. Cette dilatation est souvent considérable. Le canal cholédoque peut acquérir 3 ou 3 centimètres de largeur. Cette dilatation est souvent durable, permanente, bien que le calcul ait été éliminé ; il est facile de s'assurer de la vérité de ce fait à l'autopsie des sujets ayant souffert autrefois de coliques hépatiques. On a pu quelquefois la constater au moment même de sa formation, ainsi qu'en fait foi un cas relaté par H. Habershon (1) : le malade avait succombé peu de temps après un accès de coliques hépatiques. A l'autopsie, on vit que le canal cysUque admettait, dans son tiers supérieur, le petit doigt. Le calcul était retombé dans la vésicule.

[I) Diseaief of Ihe Liitr. Letleon. Lecl-, p. 10.

Page 1