‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890Chapitre 9 sur 68 · LIGATURE DES CONDUITS BIUAIBBS · texte numérisé non relu

LIGATURE DES CONDUITS BIUAIBBS

laboratoire de la Faculté, nous avons observé le même phénomène chez le cochon d'Inde, qui paraît très propre à ce genre d'expérience et supporte admirablement cette grande lésion.

De ces expériences, il ressort que, immédiatement au-dessus de Tendroit où la ligature a été pratiquée, tout le long du cours des canaux biliaires, jusque dans les dernières ramifications interlobulaires, on voit : 1* une dilatation remarquable de ces conduits qui, cependant, conservent leur revêtement épithélial, indice d'une végétation considérable des cellules épithéliales ; — 2" une hyperplasie de la capsule de Glisson. Cette hyperplasie qui s'effectue en conséquence d'une prolifération exubérante de tous les éléments conjonctifs (1), très accusée au-dessus de la ligature du canal cholédoque, peut être suivie en remontant dans le foie jusque dans les espaces interlobulaires.

Dans un cas où le cochon d'Inde avait survécu douze jours, ces espaces, dans le foie tout entier, étaient considérablement agrandis et réunis par des fissures élargies, de telle sorte que le lobule hépatique était absolument enveloppé par une zone conjonctive, en même temps que la substance même du lobule tendait à se rétrécir de plus en plus. Il semble donc que, en pareille circonstance, l'irritation s'était propagée le long de la paroi propre du revêtement des canaux et de la capsule de Glisson, du point lésé par la ligature jusque dans les espaces interlobulaires. Voilà, Messieurs, un fait susceptible d'être utilisé en temps opportun pour écladrer la pathogénie, si obscure encore de la cirrhose du foie.v(Voyez Planche I, fig. i, 2, 3, 4, et Pl. Il, fig, 3.)

B. L'exposé de ces faits me conduit encore à relever l'intérêt particulier qui s'attache à une connaissance exacte du mode de distribution des vaisseaux sanguins ou biliaires dans les espaces interlobulaires. Mais, pour réaliser ce but, il faut prendre les choses de loin et montrer comment les vaisseaux, après avoir pénétré dans le bile, se répandent dans la sub-

(1) Les cellules plates et les faisceaux flbrillaires composent la capsule de Glisson dans les conditions normales.

BAMIFICATIONS DE LA YBINE PORTB. 55

stance du foie. Je serai très bref sur ces détails qui^ presque tous, vous sont présents à Fesprit.

i^ Considérons d'abord la veineporte. Dans son trajet intrahépatique, elle se ramifie suivant le mode dichotomique et arrive, en fin de compte, à fournir, suivant ce mode, des petits vaisseaux qui s'enfoncent dans les espaces interlobalaires.

Les ramifications qui se produisent ainsi portent le nom de hwfiekes principales. Mais il est d'autres branches, et c'est là une particularité digne d'être relevée, qui, chemin faisant» même sur les gros troncs, se détachent perpendiculairement, se répandent dans la capsule de Glisson et fournissent des rameaux qui s'insinuent entre les lobules, formant de la sorte, selon un deuxième mode, des veines interlobulaires. On appelle branches vaginales (Kiernan) les veinules qui partent ainsi à angle droit des ramifications principales de la veine porte.

Pour bien vous faire comprendre cette distribution des branches vaginales, je dois vous dire un mot de la conformation des grands espaces intra-hépatiques qui logent les vaisseaux portes principaux et leurs satellites (artères hépatiques, canaux biliaires). On désigne ces grands espaces sous le nom de Portai- Canals, canaux-portes (Kiernan), les distinguant de cette manière des espaces interlobulaires qui n'en sont d'ailleurs que l'aboutissant.

Les canaux portes sont nécessairement limités de toutes parts par les lobules hépatiques qui en forment la paroi. Mais les lobules se présentent là toujours par une des faces latérales ou par le sommet, jamais par la base. Celle-ci compose seule, au contraire, la paroi des canaux veineux sub-lobulaires. Le vaisseau est constamment séparé du lobule par une épaisseur plus ou moins grande de tissu conjonctif (capsule de Glisson) qui pénètre entre les lobules, portant avec lui des ror mifications vaginales qui, une fois disséminées, dans les espaces, prennent la dénomination de veines interlobulaires. Afin de bien saisir ces dispositions, il convient de considérer : i^ des

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coupes lonçiiudinales ; 2* des coupes transversales (i). Que leur origine soit la division dichotomique ou le système des veines vaginales, les vaisseaux portes interlobnlaires se comportent tous dans les espaces absolument de la même façon. Il y a quatre ou cinq rameaux autour de chaque lobule. Ces rameaux envoient des branches qui se distribuent aux lobules voisins. Ces divers rameaux ne s'anastomosent pas entre eux, de telle sorte que les branches de la veine porte doivent être considérées, par rapport aux lobules hépatiques, comme des artères terminales en ce sens que, si la circulation était interceptée dans Tune de ces branches, elle ne pourrait se rétablir que par la voie des capillaires, puisqu'il n*y a pas de voies collatérales. Cette disposition est remarquable quand on se souvient que dans les autres organes à artères terminales, — je compare ici la veine porte à une artère dont elle remplit pour ainsi dire les fonctions, — les infractus par oblitération artérielle sont chose vulgaire (cerveau, rate, reins), tandis qu'ils sont rares dans le foie. Quoi qu*il en soit, les rameaux qui viennent d'être décrits donnent naissance aux capillaires que nous avons appris à connaître sous le nom de vaisseaux radiés.

2*» Ces notions, relativement à la veine porte, me paraissent sufTisantes, je vais donc maintenant vous dire un mot de la distribution de Tartère hépatique. C'est le plus petit des trois vaisseaux principaux qu'on voit dans les canaux portes et dans les espaces. Il y a souvent deux troncs artériels pour un seul tronc veineux. On distingue trois ordres de rameaux artériels: a) Les capsulaires que j'omettrai pour le moment. — b) Les vasculaires destinés aux parois de la veine porte et surtout à celles des canaux biliaires ; la distribution artérielle sur ces dernières est tellement riche que, quand une injection des artères, faite avec une substance rouge, a bien réussi, les parois (les oanalicules biliaires hépatiques se montrent aussi rouges (|un celles des vaisseaux artériels. — c) Le troisième ordre est

(i) Vuir Io8 planches du mémoire de Kicrnan, PI. xxi, fig. 5 et Pl. xxn, iltr. 'i.

DSS CANAUX BILIAIRES. 57

constitué par des artères interlobulaires très petites qui arri- Tent dans les espaces en manière de satellites des veines portes interlobulaires et qui se distribuent en se capillarisant dans la substance du lobule. Ce fait, contesté pendant longtemps, est aujourd'hui indubitable ainsi que j*aurai Toccaision de le prouver dans une autre circonstance.

3* Pour finir, je n*ai plus qu'à vous parler un instant des canattx biliaires. Vous connaissez suffisamment, par nos entretiens antérieurs, les particularités de structure qui les concernent et les modifications que celles-ci présentent à mesure que le canal devient plus étroit. Actuellement, je ne veux appeler votre attention que sur le mode de distribution générale de ces canaux. De même que pour la veine porte, il convient de distinguer : a) les branches principales qui se forment suivant le mode dichotomique ; b) les branches vaginales qoiseséparentà angledroit des branches principales, même les pins volumineuses ; mais, contrairement à ce qui a lieu pour la veine porte, les rameaux secondaires comme les principaux ^ fournissent un réseau anastomotique que Ton retrouve jusque dans les espaces et dans les fissures interlobulaires. Ainsi, les dernières branches interlobulaires envoient à la surface du lobule un réseau d'où partent les capillaires biliaires (KôUiker). Il importe de ne pas oublier cette disposition, afin de bien apprécier certaines apparences de l'état pathologique.

Je m'arrête ici en ce qui a trait aux notions anatomiques. Ce serait pourtant l'occasion de vous parler des vaisseaux lyvaphatiques et des nerfs du foie, mais c'est là une étude que nous pourrons faire dans d'autres circonstances, et j'ai h&te d'en venir à la physiologie et à la bile.

La plupart des auteurs qui, de nos jours, traitent de la physiologie pathologique du foie, ont l'habitude d'évoquer

à «K pmfoft. •91. iuiiusff«5^«i»

Âiênit j» ^ifie : t" r-imme > 5iyi>7 ie îft diakegr animale ; 2* m fiti^ ô^ j& ^arornidractfa. Le» TvÎBes mésaraiqnes diariKe!» *ii» -motiiiire ie 'wyiiè»^ ■■tritxf Tesant de rinaa fijif^ p^ir j& ^-nne p«]rt«?. ^^^ apfeilait tout sîin|^ la /arïe. Et -: «^tsc ûoi» Je Jâie ^se Tca 3«|i|io6ail que se yiffliiff : c k pr«j«is;»{is ée ?iftaçsLftca£ÎQ« : à le processus de  iià dLiii^iEr iafafciip'. Cm arooaq^« le sang reneç^imsTé. je rféiil aa cnr ^wl parles reines hè-

près ée seôe ^àècieiv cette pli>sioiofie de Galien^ pas la pà]r9oleçîe Boderae« an moins dans SCS grands tratew a régné sai co nir^c eC an xm* siècle, Har» TCT radBCttaît encore. Mais la déconcerte, ren le milieu da xn^ siècle* des vaêseanx lactC9> montrant qne le cbyle passe en dehors dn foie, est venae tont bonkrerser nn instant. On en conclut alL>rs trop lite qne le foie ne sert pas à la sangoîfication. Il descendît de «on ranr : on le crat frappé à mort et Ton fit même $on épitaphe. C'est on célèbre médecin danois, Th. Bartholin. qui se chargea de ce $oin. dans une lettre à Riolan, médecin français très érudit. mais.... partisan déclaré de la résistance. Le foie, dit-il, ou à peu près, vit encore pour sécréter la bile : mais, comme organe sanguificateur, il est mort. Allons à ses obsèques ; il ne reviendra jamais.

Faciiis descensus A verni

Sed revocare gradum, etc.... (2).

Aujourd'hui, par un retour fréquent dans les choses hu-

(1) Voir entre autres : Beau : L'appareil spléno-hépatiq. {Arch. demid.^ 1851 , t. XXV.) — Murchison . Functionnal derat-g. of the Liver, LondoD,

(2) Defensio Vasorum iacteorum etLymphaticorumadversus.J.Riolanitm.

Haftûœ, 1655, p. 8.

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