‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 103 sur 723 · Tome la nuit tn cours , tu te démènes · texte numérisé non relu

Tome la nuit tn cours , tu te démènes

Et vas contant mOle chimères vaines

Que tu te mets dans Tesprit en dormant.

Reviens au lit. Pinuce , au même instant ,

Fait le dormeur, poursuit le stratagème ,

Que le mari prit pour argent comptant. .

Il ne ftit pas jusqu'à Thôtesse même

Qui n'y voolAt aussi contribuer.

Près de sa fille elle alla se placer ;

Et dans ce poste die se sentit forte.

Pur qod moyen , comment , de qndle sorte ,

S'éeria4-die ,«urait-il pu coucher

Avec Colette , et la déshonorer?

ic n'ai bougé toute nuit d'auprès d'elle :

qui

que

le kMip par les ordllcs est tine exprossion proverbiale le M|1e Talgalre. s'emplote lonqne, sqrprls dans t{urlbcheiise . on enrisage du pérO de tons oôt<^, et «rit quel parti prendre.

Elle n'a fait ni pis ni mieux que moi. Pinucio nous Tallait donner belle !

L'hôte reprit : C'est assez ; je vous croi.

On se leva , ce ne fut pas sans rire : Car chacun d'eux en avait sa raison.

Tout fût secret; et quiconque eut du bon Par devers soi le garda sans rien dire.

ly. LE MULETIER.

NOUVELLE TIRéB DE DOCCAGB.

Un roi lombard ( les rois de ce pays Viennent souvent s'offrir à ma mémoire ) : Ce dernier-ci , dont parle en ses écrits Maitre Boccace , auteur de cette histoire , Portait le nom d'Âgiluf en son temps.

Il épousa Teudelingue la belle , Veuve du roi dernier mort sans enfants, Lequel laissa l'État sons la tutelle De celui-ci , prince sage et prudent.

Nulle beauté n'était alors égale A Teudelingue ; et la couche royale De part et d'autre était assurément Aussi complète , autant bien assortie < Qu'elle fut onc", quand messer Cupidon En badinant fit choir de son brandon Chez Agiluf , droit dessus l'écurie , Sans prendre garde , et sans se soucier En quel endroit; dont avecque furie Le feu se prit au cœur d'un muletier.

Ce muletier était homme de mine , Et démentait en tout son origine , Bien fait et beau , même ayant du bon sens. Bien le montra ; car, s'étant de la reine Amouraché, quand il eu^ quelque temps Fait ses efforts et mis toute sa peine Pour se guérir sans pouvoir rien gagner, Le compagnon fit un tour d'homqie habile.

Maître ne sais meilleur pour enseigner Que Cupidon ^ l'âme lar moins subtile Sous sa férule apprend plus en un jour, Qu'im maître es arts en dix ans aux écoles. Aux plus grossiers , par un chemin bien court , Il sait montrer les tours et les paroles. Le présent conte eaest un bon témoin.

Notre amoureux ne songeait , près ni loin. Dedans l'abord à jouir de sa mie \

* Jamais. ^

> Amie, maîtresse chérie.

CONTES ET NOUVELLES

Se déclarer de bouche oa par écrit N'était pas sûr . Si ' se mit dans re^t , Mourût ou non y d'en passer son envie , Puisqu'aussi bien plus vivre ne pouvait ; Et mort |iour mort , toujours mieux lui valait, Aupa^vant que sortir de la vie, Éprouver tout , et tenter le hasard.

L'usage était, chez le peuple lombard, Que quand le roi , qui foisait Ut à part ( Comme tous font ) , voulait avec sa femme Aller coucher, seul il se présentait Presque en chemise, et sur son dos n'avait Qu'une simarre : à la porte il frappait Tout doucement ; aussitôt une dame Ouvrait sans bruit; et le roi lui mettait Entre les mains la clarté qu'il portait , Clarté n'ayant grandlneùr ni grand'Oanune. D'abord la dame éteignait en sortant Cette clarté : c'était le plus souvent Une lanterne , ou de simples bougies.

Chaque royaume a ses cérémonies.

Le muletier remarqua oelle-d , Vie manqua pas de s'ajuster ainsi ; Se (présenta comme c'était l'usage , S'étant caché qnelqne peu le visage.

La dame ouvrit, dormant plus d'à demi.

Nul cas n'était à craindre en Tavênture , Fors ' que le roi ne vint pareillement. Mais ce jour-là , s'étant heureusement Mis à chasser, force était que nature Pendant la nuit dierchàt quelque repos.

Le muletier, frais , gsûllard , et dispos , Et parfumé ,se coucha sans rien dire.

Un autre point , outré ce qu'avons dit, C'est qu'Agiluf , s'il avait en l'esprit Quelque chagrin, soit touchant son empire , Ou sa famille , on pour quelque autre cas , Ne sonnait mot en prenant ses ébats.

A tout cela Teudelingue était foite.

Notre amoureux fournit plus d'une traite ( Un muletier à ce jeu vaut trois rois ) , Dont Teudelingne entra par plusieurs fois En pensement ', et crut que la colère Rendait le prince , outre son ordinaire , Plein de transport , et qu'il n'y songeait pas. En ses présents le ciel est toujours juste ; D ne départ à gens de tons états Mêmes talents. Un empereur auguste A les vertus propres pour commander;

' Ponrianl.

'ilormii.

t En pmséc.

Un magistrat sait les points décider :

Au jeu d'amour le muletier fiût rage, Chacun son fait ; nul n'a tout en partage.

Notre galant , s^étant diligente, Se retira sans bruit et sans clarté , Devant l'aurore II en. sortait à peine , Lorsqu'Agiluf alla trouver la reine , Voulut s*ébattre , et l'étonna bien fort. Certes , monsieur, je sais bien , lui dit-elle, Que vous avez pour moi beaucoup de zèle; Mais de ce lieu vous ne faites encor Que de sortir : même outre l'ordinaire En avez pris, et beaucoup plus qu'assez. Pour Dieu , monsieur, je vous prie , avisez Que ne soit trop; votre santé m'est chère.

Le roi fut sage , et se douta du tour. Ne sonna mot j descendit dans la cour, Puis de la cour entra dans l'écurie , Jugeant en lui que le cas provenait D'un muletier, comme l'on lui parlait Toute la troupe était lors endormie, Fors * le galant, qui tremblait pour sa vie. Le roi n'avait lanterne ni bougie.

En tâtonnant il s'approcha de tous , Crut que l'auteur de cette tromperie Se connaîtrait au battement du pouls.

Point ne foillit dedans sa conjecture; Et le second qu'il tâta d'aventure ÉtaK son homme , à qui d'émotion, Soit pour la peur, ou soit pour l'action , Le cœqr battait , et le pouls tout ensemble. Ne sachant pas où devait aboutir Tout ce mystère , il feignait de dormir. Mais quel sommeil ! Le roi, pendai^ qo'9 tremble, En certain coin va prendre des ctsisaux Dont on coupait le crin à ses dievaux. Faisons , dit-il , au galant une marque , Pour le pouvoir demain connaître mieux.

Incontinent de la main du monarque Il se sent tondre. Un toupet de cheveux Lui ftit coupé , droit vers le front du sire; Et cela fait , le prince se retire.

Il oublia de serrer le toupet;

Dont le galant s'avisa d'un secret

Qui d'Agiluf gâta le stratagème.

Le moletier alla sur l'heure même

En pareil lieu tondre ses compagnons.

Le jour venu , le roi vit ces garçons

Sans poil au front. Lors le prince en son âme:

* Excepté.

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