LIVRE IL
ISS
Dît à la TMiTe : Un pauvre souffreteux Se plaiot là-bas; le froid est rigoumix ; D peot mourir : vous plalt-il pas , madame , Qa*en quelque ooin Von le mette à couvert? Oui , je le veux , répondit cette femme. Ce galetas qui de rien ne nous sert Loi viendra bien : dessus quelque couchette Vous loi mettrez on peu de paiUe nette ; Et là dedans il fiindra renfermer :
De nos reliefe vous le ferez souper Auparavant , puis renverrez coucher.
Sans œt arrêt , c'étmt fiitt de la vie
Du bon Renaud. On ouvre; il remercie,
Dît qn^on Tavait retiré du tombeau ,
Coote son cas , reprend force et courage :
fl était grand , bien fait , beau personnage ,
Ne semblait même homme en amour nouveau ,
Quoiqoll (ut jeune. An reste , il avait honte
De sa misère et de sa nudité :
L'unoor est nu , mais il n^est pas crotté.
Renaud dedans , la chambrière monte ,
Et Ta conter le tout de point en point.
La dame dit : Regardez si j*ai point
Qudqae habit dliomme encor dans mon armoire :
Car feu monâeur en doit avoir laissé.
Voos en avez , j*en ai bonne mémoire ,
Dit la servante. Elle,ent bientôt trouvé
Le vni ballot. Pour pins d*honnéteté ,
La dame ayant appris la qualité
De Renaud d'Âst , car il s'était nommé ,
DK qn*on le mit au bain chauffe pour elle.
Gela fat fiait; il ne se fit prier.
On le parftime avant que rhabiller.
Il nHmte en haut , et fait à la donzelle
Son compliment , comme homme bien appris.
On sert enfin le souper du marquis.
Renaud mangea tout ainsi qn^nn autre homme;
Même un peu mieux , la chronique le dit :
On peut à moins gagner de Tappétit.
Quant à la veuve , elle ne fit en somme
Qoe regarder , témoignant son désir ;
Soit que déjà Tattente du plaisir
L'edt disposée, on soit par sympathie^
Ou que la mine ou bien le procédé
De Renaud d'Âst eussent son cœur touché.
De tous côtés se trouvant assaillie ,
Elle se rend aux semonces d*amoiir.
Quand je ferai , disait-elle , ce tour , ,
Qui Tira dire? il n'y va rien du nôtre :
Si le marquis est quelque peu trompée ,
n le mérite , et doit Tavoir gagné ,
On gagnera ; car c'est un bon apôtre.
Homme pour homme , et péché pour péché , Autant me vaut celui-ci que cet autre.
Renaud n'était si neuf qu'il ne vit bien
Que Toraison de monsieur saint Julien
Ferait effet, et qu'il aurait bon gite.
Lui hora de table , on dessert au plus vite.
Les voilà seuls , et , pour le faire court ,
En beau début. La dame s'était mise
En un habit à donner de Tamour.
La négligence , à mon gré si requise ,
Pour cette fois ftit sa dame d'atour.
Point de cfinquant , jupe simple et modeste ,
Ajustement moins superbe que leste ;
Un mouchoir noir de deux grands doigts trop court,
Sous ce mouchoir ne sais quoi ftdt au tour :
Par là Renaud s'imagina le reste.
Mot n'en durai ; mais je n'omettrai point
Qu'elle était jeune , agréable , et touchante ,
Blanche surtout , et de taille avenante ,
Trop ni trop peu de chair et d'embonpoint.
A cet objet qui n'cAt eu l'âme émue?
Qui n'eât aimé? qui n'eôt eu des désirs?
Un philosophe, un marbre, une statue.
Auraient senti comme nous ces plaisirs.
Elle commence à parler la première , Et fait si bien qne Renaud s^enhardit.
n ne savait comme entrer en matière ; Mais pour l'aider la marcliande lui dit : Vous rappelez en moi la souvenance D'un qui s'est vu mon unique soud ; Plus je vous vois , plus je crois voir aussi L'air et le port , les yeux , la remembrance^ De mon époux : que Dieu lui fasse paix I Voilà sa bouche , et voilà tous ses traits. Renaud reprit : Ce m'est beaucoup de gloire. Mais vous , madame , à qui ressemblez-vous? A nul objet ; et je n'ai point mémoire D'en avoir vu qui m'ait semblé si doux. Nulle beauté n'approche de la vôtre.
Or me voici d'un mal chu dans un autre ; Je transissais , je brAle maintenant.
Lequel vaut mieux? La belle l'arrêtant, S'humilia pour être contredite :
C'est une adresse , à mon sens , non petite. Renaud poursuit , louant par le menu Tout ce qu'il voit , tout ce qu'il n'a point vu , Et qu'il verrait volontiers , si la belle Plus que de droit ne se montrait cruelle.
Pour vous louer comme vous méritex, Ajouta-t^il , et marquer les beautés
* U rcsBcmblance, le Bouvenir.
im
Dont j'ai la vue avec le oœor toppée
( Car près de vous Tun et l'autre s'ensuit ) ,
n font un siècle, et je n'ai qu'une nuit,
Qui pourrait être encor mieux occupée.
Elle-sourit ; il n'en follut pas plus.
Renaud laissa les discours superflus :
Le temps est cher en amour comme en guerre.
Homme mortel ne s'est vu sur la terre
Dé plus heureux ; car nul point n'y manquait.
On ré^isU tout autant qu'il Mait ,
Ni plus ni moins, ainsi que chaque belle
Sait pratiquer, pncelle, ou non pucelle.
Au demeurant , je n'ai pas entrepris
De raconter tout ce qu'il obtint d'elle :
Menu détail , baisers donnés et pris;
La petite oie ' ; enfm ce qu'on appelle
En bon français les préludes d'amour ;
Car l'un et l'autre y savait pRis d'im tour.
Au souvenir de l'état misérable
Où s'était vu le pauvre voyageur ,
On lui faisait toujours quelque faveur.
Voilà , disait la veuve charitable ,
Pour le chemin ; voici pour les brigands ,
Puis pour la peur , puis pour le mauvais temps ;
Tant que le tout pièce à pièce s'efface.
Qui ne voudrait se racquitter ainsi ?
Conclusion , que Renaud sur la place
Obtint le don d'amoureuse merci '.
Les doux propos recommencent ensuite , Puis les baisers , et puis la noix confite. On se coucha. La dame , ne voulant Qu'il s'allât mettre au lit de sa servante , Le mit au sien ; ce fut feit prudemment , En femme sage , en personne galante.
Je n'ai pas su ce qn'éUnt dans le lit Ils avaient bit ; mais , comme avec l'habit On met à part ceruin reste de honte ■ , Apparemment le meilleur de ce conte Entre deux draps pour Renaud se passa, •Là plus à plein il se récompensa Du mal souffert , de la perte arrivée.
De quoi s'étant la veuve bien trouvée, Il fut prié de la venir revoir ; Mais en secret , car il fallait pourvoir Au gouverneur. La belle , non contente De ses fiiveurs , étala son argent.
JJfJ^*^*"*;^'*"^'''"'""^*' le «08 de cette locution dans 1 argot des libertins. C'est une métaphore tirée du lancaee
^„rS?lî^- ^^**'""* ^"' nomment;«/*te aie le coO» Î^SSle ' "" ^'*"' "^ "^"^ iVacceasoire. dune * Grâce. fiiTiîar, mbériooide.
•Dms Hérodote ( I. S): . oubUd-voua qu'une femme dépose •a pudeur avec ses Yétemento? . (Note de M. Bofasonade.)
Renaud n'en prit qu'une somme bastante Pour regagner son logis promptement.
n s'en va droit à cette hôtellerie On son valet était encore an lit.
Renaud le rosse , et puis change d'habit, Ayant trouvé sa valise garnie.
Pour le combler , son bon destin voulut Qu'on attrapât les quidams ce jour même. Incontinent chez le juge il courut, n fout user de diligence e](tr6pie^ En pareil cas; car le greffe tient bon, Quand une fois il est saisi des choses : C'est proprement la caverne au lion * ; Rien n'en revient : là les mains ne sont closes Pour recevoir ; mais pour rendre , trop bien : Fin celui-là qui n'y laisse du sien.
Le procès fait , une belle potence A trois côtés fut mise en plein marché : L'un des quidams harangua l'assistanoe Au nom de tous ; et le trio branché Mourut contrit , et fort bien confessé.
Après cela doutez de la puissance Des oraisons. Ces gens gais et joyeuj; Sont sur le point de partir leur chevance' , Lorsqu'on les vient prier d'une autre danse. En contf 'échange un pauvre malheureux S'en va périr selon toute apparence, Quand sous la main lui tombe une beauté Dont un prélat se serait contenté.
U recouvra son argent , son bagage.
Et son cheval , et tout son c^qnipage ; Et, grâce à Dieu et monsieur saint Jolien , Eut une nuit qui rie lui coîîta rien.