LIVRE II
Eh 1 ne Yorez-yons pas , dit-elle ,
Que la fin de -cette querelle Scn Tcxil de Tan; que Taotre, le diassant, Le fera renoncer aux campagnes flf^uries? n M régnera plus sur Therbe ^es prairies , Viendra dans nos marais régner sur les roseaux ; Et, nous fbulant aux pieds jusques au fond des eaux, Tantôt Fnne, et puis Fautre , il faudra qu'on pâtisse Da combat qu'a causé madame la gékiisse.
Cette crainte était de bon sens.
L'un des taureaux en leur demeure
S'alla cadier à leurs dépens :
n en écrasait vingt par heure.
Hélas I on Toit que de tout temps Les petits ont pâti des sottises des grands.
FABLE V
La Chawe-Souris et les deux Belettes.
Une diaore^ouris donna tète baissée
Dans un lit de belette; et, sitôt qu'elle y Ait,
L'autre , envers les souris de longtemps courroucée ,
Pour la dévorer accourut.
Quoil vous osez, dit-elle , à mes yeux vous produire , Après que votre race a tâché de me nuire ! FTétes-vons pas souris? Pariez sans fiction. Oui y vous Tètes ; ou bien je ne suis pas belette.
Pardonnez^moi , dit la pauvrette ,
Ce n'est pas ma profession.
Moi , souris ! des médiants vous ont dit ces nouvelles.
Grâce à l'auteur de l'univers ,
Je suis oiseau ; voyez mes ailes :
Vive la gent qui fend les airs !
Sa raison plut , et sembla bonne.
EHe&it si bien qu'on lui d'<ume
Liberté de se retirer.
Deux jours après , notre étourdie
▲veu^moit se va fourrer Chez une autre belette aux oiseaux ennemie La voilà deredief en danger de sa vie. La dame du logb avec son long museau S'en allait la croquer en qualité d'oiseau , Quand die protesta qu'on lui foisait outrage : Moi y pour telle passer ! Vous n y regardez pas.
Qui feit l'oiseau? c'est le plumage.
Ui coi'beau eroasêtnl . les grenonilles coassent, Uo dea deriiOB conmentatean de notre poCte prétend que cette distinettoo n'était pai oowrae au siècle de Louis XIV. C'est une erreur : «n n*a qn'& oonanUer le dictionnaire de 1* Académie Ihuiçaiae, poUiéenlSM^et ledictkMinaIre de Nioot» Imprimé en 1606, et l'on se oomraincn que cette distinction est trétnandennedans BoIre lai^ne, et qw le Teriie coasser a tonjours étéleseni que foa ait caipioyé pour exprimer le orl des grenouiUea»
Je suis souris : vivent les rats !
Jupiter confonde les chats f Par cette adroite repartie Elle sauva deux fois sa vie.
Plusieurs se sont trouvés qui , d'écharpe changeants , Aux dangers, ainsi qu'elle , ont souvent fait la Qgue '•
Le sage dit , selon les gens :
Vive le roi I vive la ligue I
FABLE yi. L'oiseau blessé d'une fliehe.
Mortellement atteint d'une flèche empennée, Un oiseau déplorait sa triste destinée , Et disait , en souffrant un surcroît de douleur : Faut41 contribuer à son propre malheur?
Cruels humains ! vous tirez de nos ailes De quoi faire voler ces machines mortelles f Mais ne vous moquez point , engeance sans pitié : Souvent il vous arrive un sort comme le nètre. Des enfants de Japet toujours une moitié Fournira des armes à l'autre.
FABLE VU
La Lice et sa Compagne.
Uoe lice étant sur son terme , Et ne sachant où mettre un fardeau si pressant, Fait si.bi^n qu'à la fin sa compagne consent De lui prêter sa hutte, où la lice s'enferme. Au bout de quelque temps sa compagne revient. , La lice lui demande encore une quinzaine; Ses petits ne marchaient, disait-elle, qu'à peine.
Pour faire court, elle l'obtient.
Ce second terme échu, l'autre lui redemande
Sa maison , sa chambre , son lit.
La lice cette fois montre les dents , et dit : Je suis prête à sortir avec toute ma bande
Si vous pouvez nous mettre hors..
Ses enfants étaient déjà forts.
Ce qu'on donne aux méchants toujours on le re- Pour tirer d'eux ce qu'on leur prête [ grette , Il ftiut que l'on en vienne aux coups; Il faut plaider; il faut combattre.
Laissez-leur prendre un pied chez vous : Us en auront bientôt pris quatre.
■ 5^9 sont moqués. Expression tort ancienne • puisqu'on la retrouvedansla langue romane, et dans le roman de Jauffire, composé . selon H. Raynouard, au plus tard, au commencement du treidème siècle.
FABLES
FABLE VIIL
UAigU et VEscaHtpî.
L^igle donnait la chasse à maître Jean lapin , Qui droit à son terrier s'enfhyait au {^us yite. Le troa de Tescarbot se rencontre en chemin.
Je laisse à penser si ce gite Était sâr : mais où mieux? Jean lapin s'y blottit. L'aigle fondant sur lui nonobstant cet asile ,
L'escarbot intercède, et dit :
Princesse des oiseaux, il vous est fort fedle D'enlever malgré mm ce pauvre malheureux : Mais ne me faites pas cet affront , je vous prie ; Et puisque Jean lapin vous demande la vie , Donnez-la-lui , de grâce, ou Tôtez à tous deux :
C'est mon voisin, c'est mon compère.
L'cHseau de Jupiter, sans répondre un seul mot,
Choque de Taile Tescarbot ,
L'étourdit , l'oblige à se taire , Enlève Jean lapin. L'escarbot indigné , Vole au nid de l'oiseau , fracasse , en son absence , ^ ( Ses œufis , ses tendres œufs , sa plu»ck>uce espérance :
Pas un seul ne fut épargné.
L'aigle étant de retour , et voyant ce ménage , Remplit le ciel de cris ; et , pour comble de rage , Ne sait sur qui venger le tort qu'elle a souffert. Elle gémit en vain ; sa plainte au vent se perd.. Il fallut pour cet an vivre en mère affligée. L'an suivant, elle mit son nid en lieu j^us haut. L'escarbot prend son temps, fait Ikire auxoeufe le saut : La mort de Jean lapin derechef est vengée. Ce second deuil fut tel , que l'écho de ces bois
PTen dormit de plus de six mois.
L'oiseau qui porte Ganymède Du monarque des dieux enfin implore l'aide, Dépose en son giron ses œufs, et croit qu'en paix Bs seront dans ce lieu -, que , pour ses intéréU , Jupiter se veiTa contraint de les défendre :
Hardi qui les irait là prendre.
Aussi ne les y prit-on pas.
Leur ennemi changea de note , Sur la robe du dieu fit tomber une crotte : Le dieu la secouant jeta les œu& à bas.
Quand l'aigle sut Tinadvertance ,
Elle menaça Jupiter D'abandonner sa cour , d'aller vivre au désert ;
Avec mainte autre extravagance.
Le pauvre Jupiter se tut :
Devant son tribunal Tescarbot comparut.
Fit sa plainte, et conu Taflaire.
On fit entendre à i'aigle, enfin, qu'elle avait tort. Mais, les deux ennemis ne voulant point d'accord, Le monarque des dieux s'avisa , pour bien faire ,
De transporter le temps où Faille frit ramonr En une autre saison, quand la race eseaibote Est en quartier dliivar , et, comme la marmotte^ Se cache et ne voit point le jour.
FABLE IX
Le Lion et le Moucheron.
Va-t'en , chétif insecte , excrément de la terre I
C'est en ces mots que le lion
Parlait un jour au moucheron.
L'autre lui déclara la guerre.
Penses4u , lui dit-il , que ton titre de roi
Me fesse peur ni me soude?
Un bœuf est plus puissant que toi ;
Je le mène à ma fontaisie.
A peine il adievait ces mots
Que lui-même il sonna la cliarge ,
Fut le trompette et le héros.
Dans l'abord il se met au large ^
Puis prend son temps , fond sur le coo
Du lion , qu'il rend presque fou.
Le quadrupède écume , et son œil étincelle ; Il rugit. On se cache , on tremble à lenviron ^
Et cette alarme universelle
Est l'ouvrage d'un moucheron.
Un avorton de mouche en cent lieux le harcelle ; Tantôt pique féchine , et tantôt le museau,
Tantôt entre au fond du naseau.
La rage alors se trouve à son faite montée. L'invisible ennemi triomphe , et rit de voir - Qu'il n'est griffé ni dent en la béte irritée Qui de la mettre en sang ne fiitsse son devoir. Le malheureux lion se déchire lui-même , Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs , Bat l'air, qui n'en peut mais '; et sa foreurextréme Le fetigue , l'abat : le voilà sur les dents. L*insecte, du combat se retire avec gloire : Comme il sonna la charge , il sonne la victoire, Va partout l'annoncer, et rencontre en diemin
L'embuscade d'une araignée ;
Il y rencontre aussi sa fin.
^' 3/aif Tient do mot latin maçi$, et signifie davanlagei c'est an idiotisme bien ancien , et qu'on troave dans la langue romane. (Voyez Raynooard , Élémentt de la grammaire de la langue romane avant Van 1000, p. S38.) Ménage, dans la première édition de ses Observations sur la langue françoise, publiées en 1673 (ch. LXi» p. 109). considère cette façon de parler comme très-natnrelle et très-française. Vaagelas remarque qoe de son temps elle était commune à la coor, mab que cependant elle était du style funiiier. (Taugelas, Remarqués sur la langue françoise, ÎWT» t I , p. 218. ) On trouve de fréquents exemples de cette iocntlon dans Malherbe , dans Molière, et dans les auteurs du siècle de Louis XIV. Plusieurs auteurs de nos jours même l'ont employée.