LIVRE n
Qodie dioie |Mr là Doai peut être eiifldgiiée? J*en Toîs deux , dont l'ane est qo*eiitre dm ennemis Les plus à cnîDdre sont sonrent les plus petits ; L'autre , qa'anx grands périls tel a pa se soostnire , Qid périt pour la moindre aHÛre.
FABLE X
VAne chargé d'épimges, et Xjim eharqé de tel.
Unânier, son sceptre à la main ,
Menait , en empereur romain ,
Deux ooorsiers à longues oreilles.
L'on , d'épongés diargé, mardiait comme on courrier;
Et Tantre, se faisant prier ,
Portait, comme on dit, les bonteiUes ' : Sa diarge était de sel. Nos gaillards pèlerins ,
Par monts, par vaux , et par chemins, Ao gaé d'une ririère à la fin arrivèrent ,
Et fort empêchés se trouvèrent.
L'ânier, qui tous les jours traversait ce gné4à ,
Sur Tâne à Téponge monta ,
Chassant devant lui Tautre béte,
Qui, voulant en faire à sa tète,
Dans un trou se précipita,
Rerint sur Teau , puis échappa :
Car, au bout de quelques nagées *,
Tout son sel se fondit si bien
Que le baudet ne sentit rien
Sur ses épaules soulagées.
Camarade épongler > prit exemple sur lui, Cooime un mouton qui va dessus la foi d^autrui. ToiU mon âne à Teau ; jusqu'au col il se plonge,
Lui, le conducteur, et Téponge.
Tous trois burent d'autant : Tânier et le grison
Firent à Téponge raison.
Celle-d devint si pesante,
Et de tant d'eau s'emplit d'abord , Que Fane succombant ne put gagner le bord.
L'ânier l'embrassait, dans l'attente
D'une prompte et certaine mort.
Qodqo'un vînt au secours : qui ce fot, il n'importe; Cest assez qu'oD ait vu par là qu'il ne faut point
Agir dûcon de-mème sorte.
J'en voulais venir à ce prâit.
* Mardiait leatemeiiL ExpreiiioD proTecMate.
'Ce mot appartieot au TOcabalaJre des mariotan et dei na- 9nn: qooliio'il n'ait point eooore été admis dans les diclkmaans de la langue, fl mérite d'y tiouTer place ; car il n'y en a pont d'aoCK pour eiprimer la même ftdéft : il est si clair et si hwmseuieut employé par notre poète, qp*on n'a pas même kenadarexpliqâer.
*llat créé par notre poêle.
FABLE XL
U £Àtm ei le Hat,
n font, autant qu'on peut, obliger tout le monde : (kl a souvent besoin d'un plus petit que soi. De cette vérité deux febles fenmt foi;
Tant la chose en preuves abonde.
Entre les pattes d'un lion Un rat sortit de terre assez à Tétourdle. Le roi des animaux , en cette occasion, Montra ce qu'il était , et lui donna la vie. '
Ce bienfait ne ftit pas perdu.
Quelqu'im anraiMl jamais cm
Qu'un lion d'un rat eût alfeire?
Cependant il avint qu'au sortir des IbréU
Ce lion fot pris dans des rets , Dont ses rugissements ne le purent défaire. Suie rat accourut, et fit tant par ses dents Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.
Patience et longueur de temps *■ Font plus que ftirce ni que rage.
FABLE XIL
La Colombe et ta Fourmi.
L'autre exem^de est tiré d'animaux plus petits.
Le long d'un dair ruisseau buvait une colombe ,
Quand sur l'eau se penchant une fourmis * y tombe
Et dans cet océan l'on edt vu la fourmis
S'efforcer , mais en vain , de regagner la rive. v
La colombe aussitôt usa de diarité :
Un brii^ d'heri>e dans l'eau par elle étant jeté ,
Ce fht un promontmre où la fourmis arrive.
Elle se sauve. Et là-dessus Passe un certam croquant qui mardiait les pieds nus : Ce croquant , par hasard , avait une arbalète.
Dès qu'U voit l'oiseau de Vénus , n le croit en son pot, et déjà lui Ikit fête. Tandis qu'à le tuer mon villageois s'apprête ,
La fourmi le pique au talon.
Le vilain retourne la tète :
La colomfte l'entend , part , et tire de long Le soupe du croquant avec elle s'envole :
Pdnt de pigeon pour une obole
■ Expression toute latine t IHMl est quod looginqultas tem* jptarkeffieerenon postiL Cicaao, de Divitmiione,
• AutreiolB on éerifait foonnisarec qq #» même an singulier : du temps de la Fontaine, oe mot , comme anioard'hui , ne prenait d'à qn'an pluriel { et notre auteur, dans la même fable, écrit oe mot an singulier arec ^ sans s, sek» le besoin de son vers. BKomple remarquable d'un genre deUcenoe qui se reproduit asseï fréquemment chei les poètes du sièGle de Louis XIT.
fXbles.
FABLE XIII
L Astrologue qui u ImUse iomher dans %n puiU.
Un astrologue un jour se laissa choir Au fond d*un puits. On lui dit : Pauvre bête , Tandis qu'à peine à tes pieds tu peux voir , Penses-tu lire au-dessus de ta tête ?
Cette aventure en soi , sans aller plus avant, Peut servir de leçon à la plupart des hommes. Parmi ce que de gens sur la terre nous sommes ,
n en est peu qui foit souvent
Ne se plidsent d'entendre dire Qu'an livre du Destin les mortels peuvent lire. Mais ce livre , qu'Homère et les siens ' ont chanté , Qu'est-ce, que le Hasard parmi Fantiquité,
Et parmi nous , la Providence ?
Or , du hasard il n'est point de science:
S'il en était , on aurait tort De rappeler hasard , m fortune , ni sort -,
Toutes choses très-incertaines.
Quant aux volontés souveraines De celui qui fait tout , et rien qu'avec dessein , Qui fts sait , que lui seul? Comment lire en son sein? Aurait-il imprimé sur le front des étoiles Ce que là nuit des temps enferme dans ses voiles? A quelle utilité? Pour exercer l'esprit De ceux qui de la sphère et du globe ont écrit? Pour nous foire éviter des maux inévitables ? Noos rendre , dans les biens , de plaisirs incapables 7 Et, causant du dégoût pour ces biens prévenus , Les convertir en maux devant qu'ils soient venus? C'est erreur , ou plutôt c'est crime de le croire. Le firmament se meut , les astres font leur cours ,
Le soleil nous luit tous les jours.
Tons les jours sa clarté succède à l'ombre noire. Sans qne nous en puissions autre chose inférer Que la nécessité de luire et d'éclairer , D'amener les saisons , de mûrir les semences , De verser sur les corps certaines influences. Du reste , en qnm répond au sort toujours divers Ce train toujours égal dont marche Tunivers?
Charlatans , feiseurs d'horoscope , Quittez les cours des princes de l'Europe : Emmenez avec vous les souffleurs * tout d'un temps ; Vous ne méritez pas plus de foi que ces gens.
Je m'emporte un peu trop : revenons à l'histoire
*C'e>t4-dire les pofltesancieii», qoe la Fontaine oonaklére comme apluirtemmt à Homftre « parce qo'ils ont écrit aoos Tinaplratlon de ce grand poète.
• C*ept-^-dlre les aldiimlateB, oeiiy qui diercbent la pierre pttiloaophale. Le mot iouffleur était tràs^osité , dans cette ac» erption , dtt temps de la Fontaine^
De ce spéculateur qui ftit oonmint de boire Outre la vanité de son art mensonger, C'est l'image de ceux qui bâillent ■ aux Cependant ' qu'ils sont en danger , Soit pour eux , soit pour leurs affaiies.
FABLE XIV
Le Lièvre et les Grenouilles.
Un lièvre en son 0te songeait, ( Car que faire en un gîte , à moins que l'on ne songe? ) Dans un profond ennui ce lièvre se plongeait : Cet animal est triste , et la crainte le ronge.
Les gens de naturel peureux
Sont , disait-il , bien malheureux f Us ne sauraient manger morceau qui leur profite ; Jamais un plaisir pur; toujours assauts divers. Voilà comme je vis : cette crainte maudite M'empêche de dormir sinon les yeux ouverts. Corrigez-vous , dira quelque sage cervelle.
Eh ! la peur se corrige-t-elle ?
Je crois même qu'en bonne foi
Les hommes ont peur comme moi.
Ainsi raisonnait notre lièvre ,
Et cependant feisait le guet.
Il était douteux , inquiet :
Un souffle , une ombre , un rien j tout lui donnait la
Le mélancolique animal , [ fièvre.
En rêvant à cette matière, Entend un léger bniit : ce lui fut un signal
Pour s^enfîiir devers sa tanière.
Il s'en alla passer sur le bord d'un étang. Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes ; Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes.
Oh ( dit-il , j'en fais faire autant
Qu'on m'en fait fairet Ma présence Efflraie aussi les gens 1 je mets l'alarme au camp I
Et d'où me vient cette vaillance?
Comment ! des animaux qui tremblent devant moi I
Je suis donc un fondre de guerre !
n n'est , je le vois bien , si poltron sur la terre Qui ne puisse trouver un [rfus poltron que soi.
• La Fontaine, dans lontes les éditioni qu'il a publiées, a écrit baaUlent , selon l'ortltograplie de«on temps ; depuis , on a rem* placé les deux a par facoent circonflexe, ce qu'il ne but pas oublier ponrdirtinguer ce verbe d'avec celui de ftiH/l^r, sans accent sur l'a, qui veut dire donner. Dans l'édition des Ftibie* de la Fontaine donnée par M. Didot aîné en ISIS, on a subite tué, à tort, au mot bdUtent celui de bayenL
* Cependant eiAmh ici pom pendant ,