‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 12 sur 723 · LIVRE n · texte numérisé non relu

LIVRE n

Qodie dioie |Mr là Doai peut être eiifldgiiée? J*en Toîs deux , dont l'ane est qo*eiitre dm ennemis Les plus à cnîDdre sont sonrent les plus petits ; L'autre , qa'anx grands périls tel a pa se soostnire , Qid périt pour la moindre aHÛre.

FABLE X

VAne chargé d'épimges, et Xjim eharqé de tel.

Unânier, son sceptre à la main ,

Menait , en empereur romain ,

Deux ooorsiers à longues oreilles.

L'on , d'épongés diargé, mardiait comme on courrier;

Et Tantre, se faisant prier ,

Portait, comme on dit, les bonteiUes ' : Sa diarge était de sel. Nos gaillards pèlerins ,

Par monts, par vaux , et par chemins, Ao gaé d'une ririère à la fin arrivèrent ,

Et fort empêchés se trouvèrent.

L'ânier, qui tous les jours traversait ce gné4à ,

Sur Tâne à Téponge monta ,

Chassant devant lui Tautre béte,

Qui, voulant en faire à sa tète,

Dans un trou se précipita,

Rerint sur Teau , puis échappa :

Car, au bout de quelques nagées *,

Tout son sel se fondit si bien

Que le baudet ne sentit rien

Sur ses épaules soulagées.

Camarade épongler > prit exemple sur lui, Cooime un mouton qui va dessus la foi d^autrui. ToiU mon âne à Teau ; jusqu'au col il se plonge,

Lui, le conducteur, et Téponge.

Tous trois burent d'autant : Tânier et le grison

Firent à Téponge raison.

Celle-d devint si pesante,

Et de tant d'eau s'emplit d'abord , Que Fane succombant ne put gagner le bord.

L'ânier l'embrassait, dans l'attente

D'une prompte et certaine mort.

Qodqo'un vînt au secours : qui ce fot, il n'importe; Cest assez qu'oD ait vu par là qu'il ne faut point

Agir dûcon de-mème sorte.

J'en voulais venir à ce prâit.

* Mardiait leatemeiiL ExpreiiioD proTecMate.

'Ce mot appartieot au TOcabalaJre des mariotan et dei na- 9nn: qooliio'il n'ait point eooore été admis dans les diclkmaans de la langue, fl mérite d'y tiouTer place ; car il n'y en a pont d'aoCK pour eiprimer la même ftdéft : il est si clair et si hwmseuieut employé par notre poète, qp*on n'a pas même kenadarexpliqâer.

*llat créé par notre poêle.

FABLE XL

U £Àtm ei le Hat,

n font, autant qu'on peut, obliger tout le monde : (kl a souvent besoin d'un plus petit que soi. De cette vérité deux febles fenmt foi;

Tant la chose en preuves abonde.

Entre les pattes d'un lion Un rat sortit de terre assez à Tétourdle. Le roi des animaux , en cette occasion, Montra ce qu'il était , et lui donna la vie. '

Ce bienfait ne ftit pas perdu.

Quelqu'im anraiMl jamais cm

Qu'un lion d'un rat eût alfeire?

Cependant il avint qu'au sortir des IbréU

Ce lion fot pris dans des rets , Dont ses rugissements ne le purent défaire. Suie rat accourut, et fit tant par ses dents Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.

Patience et longueur de temps *■ Font plus que ftirce ni que rage.

FABLE XIL

La Colombe et ta Fourmi.

L'autre exem^de est tiré d'animaux plus petits.

Le long d'un dair ruisseau buvait une colombe ,

Quand sur l'eau se penchant une fourmis * y tombe

Et dans cet océan l'on edt vu la fourmis

S'efforcer , mais en vain , de regagner la rive. v

La colombe aussitôt usa de diarité :

Un brii^ d'heri>e dans l'eau par elle étant jeté ,

Ce fht un promontmre où la fourmis arrive.

Elle se sauve. Et là-dessus Passe un certam croquant qui mardiait les pieds nus : Ce croquant , par hasard , avait une arbalète.

Dès qu'U voit l'oiseau de Vénus , n le croit en son pot, et déjà lui Ikit fête. Tandis qu'à le tuer mon villageois s'apprête ,

La fourmi le pique au talon.

Le vilain retourne la tète :

La colomfte l'entend , part , et tire de long Le soupe du croquant avec elle s'envole :

Pdnt de pigeon pour une obole

■ Expression toute latine t IHMl est quod looginqultas tem* jptarkeffieerenon postiL Cicaao, de Divitmiione,

• AutreiolB on éerifait foonnisarec qq #» même an singulier : du temps de la Fontaine, oe mot , comme anioard'hui , ne prenait d'à qn'an pluriel { et notre auteur, dans la même fable, écrit oe mot an singulier arec ^ sans s, sek» le besoin de son vers. BKomple remarquable d'un genre deUcenoe qui se reproduit asseï fréquemment chei les poètes du sièGle de Louis XIT.

fXbles.

FABLE XIII

L Astrologue qui u ImUse iomher dans %n puiU.

Un astrologue un jour se laissa choir Au fond d*un puits. On lui dit : Pauvre bête , Tandis qu'à peine à tes pieds tu peux voir , Penses-tu lire au-dessus de ta tête ?

Cette aventure en soi , sans aller plus avant, Peut servir de leçon à la plupart des hommes. Parmi ce que de gens sur la terre nous sommes ,

n en est peu qui foit souvent

Ne se plidsent d'entendre dire Qu'an livre du Destin les mortels peuvent lire. Mais ce livre , qu'Homère et les siens ' ont chanté , Qu'est-ce, que le Hasard parmi Fantiquité,

Et parmi nous , la Providence ?

Or , du hasard il n'est point de science:

S'il en était , on aurait tort De rappeler hasard , m fortune , ni sort -,

Toutes choses très-incertaines.

Quant aux volontés souveraines De celui qui fait tout , et rien qu'avec dessein , Qui fts sait , que lui seul? Comment lire en son sein? Aurait-il imprimé sur le front des étoiles Ce que là nuit des temps enferme dans ses voiles? A quelle utilité? Pour exercer l'esprit De ceux qui de la sphère et du globe ont écrit? Pour nous foire éviter des maux inévitables ? Noos rendre , dans les biens , de plaisirs incapables 7 Et, causant du dégoût pour ces biens prévenus , Les convertir en maux devant qu'ils soient venus? C'est erreur , ou plutôt c'est crime de le croire. Le firmament se meut , les astres font leur cours ,

Le soleil nous luit tous les jours.

Tons les jours sa clarté succède à l'ombre noire. Sans qne nous en puissions autre chose inférer Que la nécessité de luire et d'éclairer , D'amener les saisons , de mûrir les semences , De verser sur les corps certaines influences. Du reste , en qnm répond au sort toujours divers Ce train toujours égal dont marche Tunivers?

Charlatans , feiseurs d'horoscope , Quittez les cours des princes de l'Europe : Emmenez avec vous les souffleurs * tout d'un temps ; Vous ne méritez pas plus de foi que ces gens.

Je m'emporte un peu trop : revenons à l'histoire

*C'e>t4-dire les pofltesancieii», qoe la Fontaine oonaklére comme apluirtemmt à Homftre « parce qo'ils ont écrit aoos Tinaplratlon de ce grand poète.

• C*ept-^-dlre les aldiimlateB, oeiiy qui diercbent la pierre pttiloaophale. Le mot iouffleur était tràs^osité , dans cette ac» erption , dtt temps de la Fontaine^

De ce spéculateur qui ftit oonmint de boire Outre la vanité de son art mensonger, C'est l'image de ceux qui bâillent ■ aux Cependant ' qu'ils sont en danger , Soit pour eux , soit pour leurs affaiies.

FABLE XIV

Le Lièvre et les Grenouilles.

Un lièvre en son 0te songeait, ( Car que faire en un gîte , à moins que l'on ne songe? ) Dans un profond ennui ce lièvre se plongeait : Cet animal est triste , et la crainte le ronge.

Les gens de naturel peureux

Sont , disait-il , bien malheureux f Us ne sauraient manger morceau qui leur profite ; Jamais un plaisir pur; toujours assauts divers. Voilà comme je vis : cette crainte maudite M'empêche de dormir sinon les yeux ouverts. Corrigez-vous , dira quelque sage cervelle.

Eh ! la peur se corrige-t-elle ?

Je crois même qu'en bonne foi

Les hommes ont peur comme moi.

Ainsi raisonnait notre lièvre ,

Et cependant feisait le guet.

Il était douteux , inquiet :

Un souffle , une ombre , un rien j tout lui donnait la

Le mélancolique animal , [ fièvre.

En rêvant à cette matière, Entend un léger bniit : ce lui fut un signal

Pour s^enfîiir devers sa tanière.

Il s'en alla passer sur le bord d'un étang. Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes ; Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes.

Oh ( dit-il , j'en fais faire autant

Qu'on m'en fait fairet Ma présence Efflraie aussi les gens 1 je mets l'alarme au camp I

Et d'où me vient cette vaillance?

Comment ! des animaux qui tremblent devant moi I

Je suis donc un fondre de guerre !

n n'est , je le vois bien , si poltron sur la terre Qui ne puisse trouver un [rfus poltron que soi.

• La Fontaine, dans lontes les éditioni qu'il a publiées, a écrit baaUlent , selon l'ortltograplie de«on temps ; depuis , on a rem* placé les deux a par facoent circonflexe, ce qu'il ne but pas oublier ponrdirtinguer ce verbe d'avec celui de ftiH/l^r, sans accent sur l'a, qui veut dire donner. Dans l'édition des Ftibie* de la Fontaine donnée par M. Didot aîné en ISIS, on a subite tué, à tort, au mot bdUtent celui de bayenL

* Cependant eiAmh ici pom pendant ,

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