‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 13 sur 723 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

FABLE XV

. £e Coq eî le Renard.

Sor la btinche d'un arbre était en sentinelle

Un TÎeox ooq adroit et matois.

Frère , dit on renard , adoacissant sa voix ,

Ptoos ne sommes pins en querelle :

Paix générale cette fois.

Je Tiens te Fannoncer ; descends, que je t'embrasse :

Ne me retarde point , de grâce ; Jedoiç Cure aajoard*biii vingt postes sans manquer.

Les tiens et toi pouvez vaquer,

Sans nulle crainte , à vos affaires ;

Noos vous y servirons en frères.

Faites^n les feux ' dès ce soir,

Et cependant viens recevoir

Le baiser d'amour fraternelle.

Ami , reprit le coq , je ne pouvais jamais Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle Que celle De cette paix;

Et ce m'est une double joie De la tenir de toi. Je vois deux lévriers ,

Qui , je m'assure , sont courriers

Qoe pour ce sujet on envoie :

Ils vont vite , et seront dans un moment à nous. Je descends : nous pourrons nous entre-baiser tous. kdkn , dit le renard , ma traite est longue à faire : Nous nous réjouirons du succès de l'affaire Une antre fois. Le galant aussitôt

Tire ses grègnes *, gagne au haut,

Mal content de son stratagème.

Et notre vieux coq en soi-même

Se mit à rire de sa peur; • ^

Car c*est double plaisir de tromper le trompeur.

FABLE XVL Le Coibeau voulant imiter V Aigle.

Uoisean de Jupiter enlevant un mouton ,

Un corbeau , témoin de l'affkire , Et plus fiable de reins , mais non pas moins glouton ,

En voolatsur.rbenre autant fiiire,

n tourne à Tentour du troupeau , Marque entre cent montons le plus gras, le plus beau,

Un vrai mouton de sacrifice :

On l'avait réservé pour la bouche des dieux. Gaillard corbeau disait , en le couvant des yeux ;

Je ne sais qui fut ta nourrice ;

■ Failei detfeox de Joie , réJouiasei-TOiis. * Set dkoaicfef. Quand on veut eoarlr, 011 oonmieiiGe parrelever le Tftement d'en bai.

Mais ton corps me parait en merveilleux état :

Tu me serviras de pâture. '

Sur l'animal bêlant à ces mots il s'abat.

La moutonnière ' créature Pesait plus qu'un fromage; outre que sa toison

Était d'une épaisseur extrême, Et mêlée à peu près de la même façon

Que la barbe de Polyphême.

Elle empêtra si bien les serres do corbeau , Que le pauvre animal ne put faire retraite. Le berger vient , le prend, rinçage bien et beau , Le donne à ses enfants pour servir d'amusette.

Il fout se mesurer; la conséquence est nette : Mal prend aux volereaux * de foire les voleurs.

L>xemple est un dangereux leurre : [ gneurs , Tous les mangeurs de gens ne sont pas grands sei- Où la guêpe a passé, le moucheron demeure.

FABLE XVIL

Le Paon se plaignant à Junon,

Le paon se plaignait à Junon.

Déesse , disait-il , ce n'est pas sans raison

Que je me plains, que je murmure :

Le cliant dont vous m'avez foit don

Déplaît à toute la nature ; Au lieu qu'on rossignol , chétive créature , Forme des sons aussi doux qu'éclatants ,

Est lui seul l'honneur du printemps. «

Junon répondit en colère :

Oiseau jaloux , et qufdevrais te taire , Est-ce à toi d'envier la voix du rossignol , Toi que Ton voit porter à l'entour de ton col Un arc-en-cid nué de cent sortes de soies ;

Qui te panades , qui déploies Une si riche queue, et qui semble à nos yeux

La boutique d'un lapidaire?

Est*il quelque oiseau sous les cieux

Plus que toi capable de plaire?

Tout animal n'a pas toutes propriétés.

Nous vous avons donné diverses qualités : Les uns ont la grandeur et la force en partage; Le faucon est léger, l'aigle plein de courage;

Le corbeau sert pour le présage ; La corneille avertit des malheurs à venir;

Tous sont contents de leiu- ramage.

Cesse donc de te plaindre; ou bien, pour te pnnir, Je t'ôterai ton plumage.

> Adjectif de la création de notre poflte.

• PetiU voleurs» dimioatif dont notre poétè parait a?oir enrichi la langae t du moins ii ne se trouvait pas dans le dictkmnaire de l'Académie de son temps . -et il s'y trouve aiUoonfhnt

FABLES

FABLE XYIIL

Lu Chatte métomorpAot^e en Pewmt.

Un homme chérissait éperdnmait sa chatte ; II la trouvait mignomie , et belle , et délicate ,

Qai miaulait d'un ton fort doux :

n était plus fou que les fous.

Cet homme donc , par prières , par larmes ,

Par sortilèges et par charmes ,

Fait tant qu'il obtient du Destin

Que sa chatte , en un beau matin ,

Devient femme; et, le matin même,

Maître sot en fait sa moitié.

Le voilà fou d'amour extrême,

De fou qu'il était d'amitié.

Jamais la dame la plus belle

Ne charma tant son favori

Que £adt cette épouse nouvelle

Son hypocondre de mari.

n l'amadoue; elle le flatte

n n'y trouve plus rien de chatte;

Et , poussant Terreur jusqu'au bout ,

La croit femme en tout et partout :

Lorsque quelques souris qui rongeaient de la natte Troublèrent le plaisir des nouveaux mariés.

Aussitôt la femme est sur pieds.

Elle manqua son aventure. Souris de revenir, femme d'être en posture : Pour cette fois elle accourut à point;

Car, ayant changé de figure ,

Les souris ne la craignaient point.

Ce lui Ait toujours une amorce :

Tant le naturel a de force 1 n se moque de tout : certain âge accompli , Le vase est hnbibé , l'étoffe a pris son pli.

En vain de son train ordinaux

On le veut désaccoutumer ;

Quelque chose qu'on puisse fidre,

On ne saurait le réformer.

Coups de fourche ' ni d etrivières

Ne lui font changer de manières ;

Et fussiez-vous embâtonnés ',

Jamais vous n'en serez les midtres.

Qu'on lui ferme la porte au nez ,

n reviendra par les fenêtres.

■ Tai. ^\mreAe«, dans les éditions de Didot etdeBaitoas mais c'est à tort : la première, comme la dernière édition donnée |wr la Fontaine , met ce mot an sinsiilier.

■ Armés de bâtons.

FABLE XIX

Le lÀwi el VAnt d^sianlf .

Le roi des animaux se mit un jour en tête

De giboyer : il célébrait sa fête.

Le gibier du lion , ce ne sont pas moineaux, Biais beaux et bons san^ers', daims et cerfs bons et

Pour réussir dans cette affaire, [ beanx.

n se servit du ministère

De Tâne à la voix de Stentor.

L'âne à messer lion fit.ofiice de cor.

Le lion le posta , le couvrit de ramée , Lui commanda de braire , assuré qu'à ce son Les moins intimidés fuiraient de leur maiscm. Leur troupe n'était pas encore accoutumée

A la tempête de sa voix ; L*air en retentissait d*un bruit épouvantable : La frayeur saisissait les hôtes de ces bois ; Tous fuyaient , tous tombaient au piège inévitable

Où les attendait le lion.

N'ai-je pas bien servi dans cette occasion? Dit Tâne en se donnant tout Thonnenr de la diaase Oui , reprit le lion , c'est bravement crié : Si je ne connaissais ta personne et ta race ,

Ten serais moi-même effiayé.

L'âne , s'il eiH osé , se fût mis en colère , Encor qu'on le raillât avec juste raison; Car qui pourrait souffrir un âne fanforon

Ce n'est pas là leur caractère.

FABLE XX

Testament «arpfi^ué pax Ésope,

Si ce qu'on dit d'Ésope est vrai , C'était l'oracle de la Grèce :

Lui seul avait plus de sagesse Que tout l'aréopage. En voici pour essai Une histoire des plus gentilles , Et qui pourra plaire au lecteur.

Un certain homme avait trois filles ,

Tontes trois de contraire humeur :

Une buveuse; une coquette;

La troisième , avare parfaite.

Cet homme . par son testament ,

Selon les lois municipales.

Leur laissa tout son bien par portions égales,

En donnant à leur mère tant,

Payable quand chacune d'elles Ne posséderait plus sa contingente part.

> ce moteatid de deox syllabes, eeionl'asase le pla«lréi|Mnl deoetemps.

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