‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 144 sur 723 · CONSTANCE · texte numérisé non relu

CONSTANCE

Délaoez-mol , de grâce.

CAMILLE

Je ne saurais, il feit ftxHd : je suis nu : Dâacez-vous.

Notre amante ayant vu , Près do chevet , un poignard dans sa gaine , Le prend , le tire , et coupe ses habits, Corps piqué d*or, garnitures de prix , Ajustement de princesse et de reine.

Ce que les gens en deux mois à grand'peine Avaient brodé périt en un moment ; Sans regretter ni plaindre aucunement Ce que le sexe aime plus que sa vie.

Femmes de France , en feriez-vous autant ? Je crois que non ; j'en suis sâr ; et partant Cela fut beau sans doute en Italie.

La pauvre amante approche en tapinois ,

Croyant tout fait , et que pour cette fois

Aucun bizarre et nouveau stratagème

Ne viendrait plus son aise recnler.

Camille dit : C'est trop dissimuler ;

Femme qui vient se produire elle-même

Ifaura jamais de place à mes côtés ;

Si bon vous semble , allez vous mettre aux pieds.

Ce Ibt bien là qu'une douleur extrême

Saisit la belle; et si lors , par hasard , Elle avait eu dans ses mains le poignard , C'en était fait , elle eût de part en part Percé son cœur. Toutefois l'espérance Ne mourut pas encor dans son esprit.

Camille était trop connu de Constance : Et que ce fût tout de bon qu'il eût dit Chose si dure , et pleine d'insolence , Lui qui s^était jusque-là comporté En homme doux , civil , et sans fierté , Gela semblait contre toute apparence.

Elle va donc en travers se placer Aux pieds du sire , et d'abord les lui baise , Mais point trop fort , de peur de le blesser. On peut juger si Camille était aise.

Quelle victoire 1 Avoir mis à ce point Une beauté si superbe et si fière t Une beauté!... Je ne la décris point ,

n me faudrait une semaine entière':

On ne pouvait reprocher seulement Que la pAleur à cet objet charmant , Pâleur encor dont la câuse> était telle Qu'elle donnait du lustre à notre belle.

Camille donc s'étend , et sur un sein

Pour qui Tivoire aurait eu de l'envie

Pose ses pieds , et , sans cérémonie ,

n s'accommode et se fait un coussin ,

Puis feint qu'il cède aux charmes de Morphée.

Par les sanglots notre amante étouCTée

Lâche la bonde aux pleurs cette fois-là.

Ce fut la fin. Camille l'appela

D'un ton ^e voix qui plut fort à la belle.

Je suis content , dit-il , de votre amour :

Venez , venez , Constance \ c*est mon tour.

Elle se glisse. Et lui , s'approchant d elle :

M*avez-vous cru si dur et si brutal ,

Que d'avoir fait tout de bon le sévère?

Dit-il d'abord ; vous me connaissez mal :

Je vous voulais donner lieu de me plaire.

Or bien je sais le fond de votre cœur ;

Je suis content , satisfait, plein de joie,

Comblé d'amour : et que votre rigueur,

Si bon lui semble ,. à son tour se déploie :

Elle le peut ; usez-en librement.

Je me déclare aujourd'hui votre amant ,

Et votre époux ; et ne sais nulle dame ,

De quelque rtng et beauté que ce soit >

Qui vous valût pour maltresse et pour femme ;

Car le passé rappeler ne se doit

Entre nous deux. Une chose ai-je à dire

C'est qu'en secret il nous faut marier.

n n'est besoin de vous spécifier'

Pour quel sujet : cela vous doit suffire.

im

CONTES ET NOUVELLES

Même il est mieux de celle façon-là ; Un tel hymen à des amoars ressemble :

Ou est époux et galant tout ensemble.

L'histoire dit que le drôle ajouta :

Voulez-vous pas , en attendant le prêtre , A votre amant vous lier aujourd'hui ?

Vous le pouvez , je vous réponds de lui ; Son cœur n'est pas d'un perfide et d'un traître. A tout cela Constance ne dit rien :

C'était tout dire ; il le reconnut bien , N'étant novice en semblables affaires.

Quant au surplus, ce sont de tels mystères Qu'il n'est besoin d'en faire le récit. Voilà comment Constance réussit.

Or faites-en , nymphes , votre profit.

Amour en a dai6 son académie , Si l'on voulait venir à Texamen , Que j'aimerais pour un pareil hymen , Mieux que mainte^autre à qui l'on se marie. Femme qui n'a filé toute sa vie Tâche à passer bien des choses sans bruit : Témoin Constance , et tout ce qui s'ensuit. Noviciat d'épreuves un peu dures ; Elle en reçut abondamment le fruit.

Nonnes je sais qui voudraient, chaque nuit, En faire un tel , à toutes aventures.

Ce que possible on ne croira pas vrai, C'est que Camille, en caressant la belle. Des dons d'amour lui fit goûter l'essai. L'essai? je faux * : Constance en étalt-ille Aux éléments? Oui, ConsUnoe en éuit Aux éléments. Ce que la belle avait Pris et donné de plaisirs en sa vie Compter pour rien jusqu'alors se devait. Pourquoi cela? Quiconque aime le dîe.

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