LIVRE
Tant ftit , à ce que dit l'histoire ,
De part et d^autre soupiré ,
Qoe, leor fea dûment dédaré,
Les jeunes gens , comme on peut croire ,
Ne s'épargnèrent ni serments ,
^i d*aotres points bien plus charmants ,
Comme baisers à grosse usure * ;
Le tout sans compte et sans mesure :
Calculateur que fût Tamant ,
Brouiller fallait incessamment;
La diose était tant inGnie ,
Qoil y fiûsait toujours abus.
Somme toute, il n'y manquait plus Qu'une seule cérémonie.
Bon fiiit aux filles l'épargner.
Ce ne (ht pas sans témoigner Bien du regret , bien de TenTie.
Par TOUS , disait la belle amie , Je me la veux faire enseigner , Oo ne la savoir de ma vie.
Je la saurai , je vous promets ; Tenez-vous certain désormais De m'avoir pour votre apprentie.
Je ne puis pour vous que ce poin| :
Je suis Irandie : n'attendez point Que, par un langage ordinaire, Je vous |m>nieUe de me faire Rdigiense , à moins qu'un jour Lliymen ne suive notre amoor.
Cet hymen serait bien mon compte , If en doutez point ; mais le moyen?
VoQs m*aimez trop pour vouloir tien Qui me pût causer de la honte.
Tels et tels m'ont fait demander -, Mop père est prêt de m*acoorder :
ftioi , je vous permets d'espérer Qo'à qui que ce soit qu'on m'engage , Soit conseiller , soit président , Soit veille on jour de mariage , Je serai vûtre auparavant , Et TOUS aurez mon pucelage,.
Le gSKrçon la remercia
Comme il put. A huit jours de là ,
n s'offre un parti d'importance.
La belle dit à son ami:
Tenons-nous-en à celui-ci ;
Car il est homme , que je pense ,
A passer la chose au gros sas*.
' Oq avec aocmnolation de florts iolérèls, c'est-l-dire en ffiDde qnattté.
* An'j p«|tf«iiiiregafde, à le passer tous silence; expression proverbiale. Le i<u est un tamis poar faire passer le plâtre i la f elc
La belle en étant sur ce cas , On la promet ; on la commence :
Le jour des noces se tient prêt.
Entendez ceci , s'il vous plaît.
Je pense voir votre pensée Sur ce mot-là de commencée.
C'était alors , sans point d'abus , Fille promise , et rien de plus.
Huit jours donnés à la fiancée , Comme elle appréhendait encor Quelque rupture en cet accord, Elle diffère le négoce Jusqu'au propre jour de la noce, De peur de certain accident Qui les fillettes va perdant.
On mène au moutier ^ cependant Notre galande encor pucelle :
Le oui fut dit à la chandelle.
L'époux voulut avec la belle S'en aller coucher au retour.
Elle demande encor ce jour , Et ne Tobtient qu'avecque peine ; Il liBillut pourtant y passer.
Comme l'aurore était prochaine , L'époose , au lieu de se coucher , S'habille. On eût dit nne reine.
Rien ne manquait aux vêtements , Perles , joyaux , et diamants :
Son épousé la ûdsait dame.
Son ami , pour la faire femme , Prend heure avec elle au matin :
Ils devaient aller an jardin Dans un bois propre à telle affaire ; Uùe compagne y devait faire Le guet autour de nos amants , Compagne instruite du mystère.
La belle s'y rend la première , Sous le prétexte d'aller faire Un bouquet , dit-elle, à ses gens.
Nicaise , après quelques moments , La va trouver \ et le bon sire , Voyant le lieu , se met à dire :
Qu'il fait ici d^humidité!
Foin 1 votre habit sera gâté ; Il est beau , ce serait dommage :
Soufflez , sans tarder davantage , Que j'aille quérir un tapis.
Eh I mon Dieu I laissons les habits , Dit la belle toute piquée ; Je dirai que je suis tombée.
' Église.
CONTES ET NOUVELLES
Pour la perte , n*y songez point :
Quand on a temps si fort à point ,
Il en faut user ; et périssent
Tous les vêtements du pays;
Que plutôt tous les beaux habits
Soient gâtés , et qu'ils se salissent ,
Que d'aller ainsi consumer
Un quart d'heure ! un quart d'heure est cher.
Tandis que tous les gens agissent
Pour ma noce , il ne tient qu'à tous
D'employer des moments si doux.
Ce que je dis ne me sied guère ;
Mais je vous chéris , et vous veux
Rendre honnête homme , si je peux.
En vérité , dit Tamoureux ,
Conserver étofie si chère
Ne sera point mal fait à nous.
Je cours : c*est fait; je suis à vous :
Deux minutes feront raffkire.
Là-dessus il part , sans laisser
Le temps de lui rien répliquer.
Sa sottise guérit la dame ;
Un tel dédain lui vint en Tâme ,
Qu'elle reprit dès ce moment
Son cœur, que trop mdignement
Elle avait placé. Quelle honte!
Prince des sots , dit-elle en soi ,
Va , je n'ai nul regret detoi :
Tout autre eût été mieux mon compte.
Mon bon ange a considéré
Que tu n'avais pas mérité
Une faveur si prédense :
Je ne veux plus être amoureuse
Que de mon mari : j'en fais vœu.
Et , de peur qu'un reste de fea
A le trahir ne me rengage,
Je vais , sans tarder davantage ,
Lui porter un bien qu'il aurait
Quand Nicaise en son lieu serait.
A ces mots la pauvre épousée Sort du bois, fort scandalisée.
L'autre revient , et son tapis :
Mais ce n'est plus comme jadis.
Amants , la bonne heure ne sonne A toutes les heures du jour.
Pai lu dans l'alphabet d'amour Qu'un galant près d'une personne N'a toujours le temps comme il veut .
Qu'il le prenne donc comme il peut.
Tous délais y font du dommage :
Nicaise*en est un témoignage.
Fort essoufOé d'avoir couru,
Et joyeux de telle prouesse , Il s'en revient , bien résolu D'employer tapis et maîtresse.
Mais quoi ! la dame au bel habit, Mordant ses lèvres de dépit , Betoumait vers la compagnie, Et , de sa flamme bien guérie , Possible allait dans ce moment , Pour se venger de son amant , Porter à son mari la diose Qui lui causait ce dépit-là.
Quelle chose ? C'est celle-là Que fille dit toujours qu'elle a.
Je le crois ; mais d'en mettre jà Mon doigt au feu , ma foi I je n'ose Ce que je sais , c'est qu'en tel cas Fille qui ment ne pèche pas.
Grâce à Nicaise , notre belle Ayant sa fleur en dépit d'elle, S'en retournait tout en grondant Quand Nicaise, la rencontrant , A quoi tient , dit-il à la dame , Que vous ne m'ayez attendu ?
Sur ce tapis bien étendu Vous seriez en peu d'heures femme.
Retournons dona sans consulter ; Venez cesser d'être puceile , Puisque je pub , sans rfen gâter , Vous témoigner quel est mon zèle.
Non pas cela , reprit la belle; Mon pucelage dit qu'il fiiut Remettre l'affaire à tantôt.
J'aûne votre santé , Nicaise , Et vous conseille auparavant De reprendre un peu votre vent :
Or respirez tout à votre aise.
Vous êtes apprenti marchand Faites-vous apprenti galant :
Vous n'y serez pas sitôt maître.
A mon égard , je ne puis être Votre maîtresse en ce métier.
Sire Nicaiise , il vous fout prendre Quelque servante du quartier.
Vous savejE des étoffes vendre, Et leur prix en perfection; Mats ce que vaut l'occasion, Vous l'ignorez , allez l'appnsndre.