‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 161 sur 723 · V. LE DIABLE DE PAPEFIGUIÈRE · texte numérisé non relu

V. LE DIABLE DE PAPEFIGUIÈRE

Ihltre François * dit que Papûnanie

Est on pays où les gens sont heureux ;

Le trai dormir ne fut fait que pour eux :

Noos n en avons id que la copie.

Et, par saint Jean, si Dieu me prête vie ,

h le verrai ce pays ou Ton dort.

On 7 6dt plus , on n'y fait nulle chose :

Cest onem|doi que je recherche encor.

Ajoutez-y quelque petite dose

D'amour honnête , et pois me voilà fort.

Tout an reboors , il est une province

Où les gens sont hab, maudits de Dieu :

' Cert no Jour où tel curéf da dlooèse s'assemblent, pour Porter des «fHyres cominniies • cImi quelqu'un d'eux . qui leur éme à dloer pcdinairemeDt ; et cela se fait tous les mois.

{NàUde la Fontaine.) * nu(ois Babdato.

On les connaît k leur visage mince ; Le long dormir est exdu de ce lien.

Partant , lecteurs, si quelqu'un se présente A vos regards ayant face riante , Couleur vermeille , et visage replet.

Taille non pas de quelque mingrelet% Dire pourrez , sans que Ton vous condamne : Gettui ' me semble , à le voir , Papimane. Si , d'autre part , celui que vous verrez N*a l'œil riant , le corps rond , le teint frais , Sans hésiter , qualifiez cel homme PapeQguier. Papefigue se nomme L'Ile et province où les gens autrefois Firent la figue * au portrait du saint-père. Punis eu sont , rien chez eux ne prospère : Ainsi nous Ta conté maître François.

L'Ile fut lors donnée en apanage A Lucifer ; c'est sa maison des champs. On voit courir par tout cet héritage Ses commensaux , rudes à pauvres gens , Peuple ayant queue , ayant cornes ^ griffes , Si maints tableaux ne sont point apocryphes. Avint un jour qu'un de ces beaux messieurs Vit un manant rusé , des plus trompeurs , Verser^ un champ , dans TUe dessus dite. Bien paraissait la terre être maudite , Car le manant avec peine et sueur La retournait, et faisait son labeur.

Survient un diable à titre de seigneur; Ce diable était des gens de l'Évangile , Simple , ignorant , à tromper très-facile Bon gentilhomme , et qui , dans son courroux , N'avait encor tonné que sur les choux : Plus ne savait apporter de dommage.

Vilain, dit-il', vaquer à nul ouvrage N'est mon talent ; je suis im diable issu De noble race , et qui n'a jamais su ■ Se tourmenter ainsi que font les autres.

Tif sais , vilain , que tous ces chanips sont nOtres ; Ils sont à nous dévolus par Pédit Qui mit jadis cette lie en interdit.

Vous y vivez dessous notre police :

Partant , vilain , je puis avec justice M'attribner tout le fruit de ce champ ; Mais je suis bon , et veux que dans un an

'Dans toutes lesédlUoQsdutamps. 1875. fers et fSiB. on Ut mingrelu ; c'est donc une faute d'avoir rob maigrelet dans les éditions modernes.

> Celui-ci.

s C*est-^-diR»firentlasriuiaoe au portrait du saint-pere , dans le dessein de s'en moquer.

4 Verser est id employé dans le sens latin dt tênare , r^ tourner, labourer.

CONTES ET NOUVELLES

Noos parUigi<ms sans noise et sans querelle. Quel grain veux-tu ré{Muidre dans ces lieux?

Le manant dit : Monseigneur , pour le mieux ,

Je crois qu'il faut les couvrir de touzelle %

Car c'est un grain qui vient fort aisément.

Je ne connais ce grain-là nullement ,

Dit le lutin. Comment dis-tu ?... Touzelle?...

Mémoire n*ai d'aucun grain qui s^appelie

De cette sorte : or , emplis-en ce lieu :

Touzelle soit , touzelle , de par Dieu !

J'en suis content. Fais donc vite, et travaille;

Manant , travaille ; et travaille , vilain :

Travailler est le fait de la canaille.

Ne t'attends pas que je t'aide un seul brin*,

Ni que par moi ton labeur se consomme :

Je t'ai jà dit que j'étais gentilhomme ,

Né pour chômer , et pour ne rien savoir.

Voici comment ira notre partage :

Deux lots seront, dont l'un , c'est à savoir

Ce qui hors terre et dessus l'héritage

Aura poussé , demeurera pour toi ;

L'autre dans terre est réservé pour moi.

L'août * arrivé , la touzelle est sciée ,

Et tout d'un temps sa racine arrachée ,

Pour satisfaire au lot du diableteau.

Il Y croyait la semence attachée ,

Et que l'épi , non plus que le tuyau ,

N'était qu'une herbe inutile et séchée.

Le laboureur vous la serra très-bien.

L'autre au marché porta son chaume vendre.

On le hua , pas un n'en offrit rien :

Le pauvre diable était prêt à se pendre.

Il s'en alla chez son copartageant :

Le drôle avait la touzelle vendue ,

Pour le plus sûr , en gerbe , et non battue ,

Ne manquant pas de bien cacher l'argent.

Bien le cacha ; le diable en fut la dupe.

Coquin , dit-il , tu m'as joué d'un tour } C'est ton métier : je suis diable de cour , Qui , comme vous, à tromper ne m'occupe. Quel grain veux-Xn semer pour l'an prochain? Le manant dit : Je crois qu'au lien de grain Planter me faut ou navets ou carottes : Vous en aurez , monseigneur , pleines hottes , Si mieux n'aimez raves dans la saison, Raves , navets , carottes , tout est bon , Dit le lutin : mon lot sera hors terre ; Le tien dedans. Je ne veux point de guerre

■ 8oit6 de froinaiL • D'aucmie manière,

'▼a. LetéditioQsde ie78 et de lOTi ont oiMt , teloo t'incieiuie orthognplie. L'août signifie Ici la moftwm.

Aveoque toi , si tu ne m*y contrains.

Je vais tenter quelques jeunes aonnains. L'auteur ne dit ce que 6rent les nonnes.

Le temps venu de recneill ir encor , Le manant prend raves belles et bimnes ; Feuilles sans plus tombjent pour tout trésor Au diableteau, qui, l'iule chargée , Court au mardié. Grande fût la risée j Chacun lui dit son mot cette foi»4à :

Monsieur le diable, où croit cette déniée ? Où mettrez-vons œ qu'on en donnera?

Plein de courroux, et vide de pécune, Léger d'argent, et chargé de rancune.

Il va trouver le manant, qm riait Avec sa femme , et se 80laciait\

Ah! par la mort I par la sang I par la tète! Dit le démon , U le paiera, parftneu I Vous voici donc , Phlipot , la bonne béte I Çà , çà, galons4e'en enfont de bon lieu. Mais il vaut mieux remettre la partie; J'ai sur les bras une dame jolie A qui je dois foire franchir le pas; Elle le veut, et puis ne le veut pas. L'époux n'aura dedans la confrérie , Sitôt un pied , qu'à vous je reviendrai , Maître Phlipot , et tant voua galerai* Que ne jouerez ces tours de votre rie. A coups de griffe il faut que nous voyions Lequel aura de nous deux belle amie , Et jouira du fruit de ces sillons.

Prendre pourrais d'autorité snpitee Touzelle et grain , champ et rave , enfin toot; Mais je les veux avoir par le bon bout. N'espérez plus user de stratagème.

Dans huit jours d'hui ' je suis à vous, Phlipot ; Et touchez là , ceci sera mon arme.

Le villageois , étourdi du vicaime , Au farfadet ne put répondre un mot Perrette en rît : c'était sa ménagère; Bonne galande en toutes les façons , Et qui sut plus que garder les moutons, Tant qu'elle Ait en âge de bergère.

Elle lui dit : Plilipot , ne pleure point; Je veux d'ici renvoyer de tout point Ce diableteau^ c'est un jeune norioe Qui n'a rien vu , je t'en tirerai hors :

■ Se divertiMait , se consolait

• ^triUoDs^e, roaMos-Ie . Gakmê-U est idan figuré* et pv irtmie: au simple , il signifieniit aa oootnire r^ooÉMW-ie* amusoiu-le.

s Bt TOUS rosserai. Voyez la note préoédeale. 4 A compter de ce Joar.

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