‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 167 sur 723 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

La fleur et Télite de Rome , Des Grâces, des Véaus , avec an grand concoars

D'Amours , C*est4dire , en chrétien, beaucoup d'anges femelles : Sons leur voile brillaient des yeux pleins d'étincelles. Bénitiers , le lieu saint n'était pas sans cela : iXotrebonune en choisit un chanceux pour ce point-là; Â cbaque objet qui passe adoucit ses prunelles ; Révérences, le drôle en foisait des plus belles ,

Des plus dévotes : cependant 0 offrait Teau lustrale. Un ange, entre les autres, Eo prit de bonne grâce. Alors l'étudiant

Dit en son cœur : Elle est des nôtres. Q retoome au logis : Tîeille vient; rendez-vous : D'encooter le détail, vous vous en doutez tous.

D s y fit nombre de folies.

La dame était des plus jolies ;

Le passe-temps fut des plus doux, n le conte au docteur. Discrétion françoise Estdiose outre nature et d'un trop grand effort :

Dissimuler un tel transport ,

Cela sent son humeur bourgeoise.

Do (hât de ses conseils le docteur s'applaudit , Rit en jurisconsulte , et des maris se raille.

Pauvres gens qui n'ont pas l'esprit

De garder dlu loup leur ouaille !

Un berger en a cent ; des hommes ne sauront

Garder la seule qu'ils auront :

Bien loi semblait ce soin chose un peu malaisée , Mab non pas impossible ; et , sans qu'il eût cent yeux,

fl défiait, grâces aux deux ,

Sa renmie , encor que très-rusée.

A œ discours , ami lecteur, VoQs ne croiriez jamais , sans avoir quelque honte ,

Qoe rbér<^e de ce conte

Fût propre femme du docteur :

l^Ue Tétait pourtant. Le pis fut que mon homme , £q s'informant de tout , et des si , et des cas , Et comme elle était faite , et quels secrets appas ,

Vit que c'était sa femme en somme.

Un seul point l'arrêtait : c'était certain talent Qn a\-ait en sa moitié trouvé l'étudiant , £t qoe pour le mari n'avait pas la donzelle.

A ce signe, ce n'est pas elle ,

Disait en soi le pauvre époux :

Mais les autres points y sont tous ; Cest elle. Mais ma femme au logis est rêveuse ;

Et celles» parait causeuse

Et d'un agréable entretien ;

Assurément c'en est une antre :

Mais da reste il n'y manque rien; Taille, visage, traits, même poil; c^estla nôtre.

Après avoir bien dit tout bas,

Ce l'est, et puis , Ce ne Test pas ,

Force fut qu'au premier en demeurât le sire.

Je laisse à penser son courroux-,

Sa fureur, afin de mieux dire.

Vous vous êtes donné un second rendez-vous?

Poursuivit-il. Oui, reprit notre apôtre; Elle et moi n'avons eu garde de l'oublier ,

Nous trouvant trop bien du premiier

Pour n'en pas ménager un antre , Très-résolus tous deux de ne nous rien devoir. La résolution, dit le docteur, est belle. Je saurais volontiers quelle est cette donzelle. L'écolier repartit : Je ne l'ai pu savoir ; Mais qu'importe? il suffit que je sois content d'elle.

Dès à présent je vous réponds Que l'époux de la dame a toutes ses façons : Si quelqu'une manquait , nous la lui donnerons Demain , en tel endroit, à telle heure , sans foute.

On doit m'attendre entre deux draps , Champ de bataille propre à de pareils combats. Le rendez-vous n'est point dans une chambre haute :

Le logis est propre et paré.

On m'a fait à raÎM)rd traverser un passage

Où jamais le jour n'est entré ; Mais aussitôt après , la vieille du message M'a conduit en des lieux on loge , en bonne foi ,

Tout ce qu'amour a de délices ; y On peut s'en rapporter à moi.

A ce discours jugez quels étaient les supplices Qu'endurait le docteur. Il forme le dessein

De s'en aller le lendemain Au lieu de l'écolier, et , sous ce personnage , Convaincre sa moitié , lui faire un vasselage *

Dont il fût à jamais parlé.

N'en déplaise au nouveau confrère ,

Il n'était pas bien conseillé ;

Mieux valait pour le coup se taire ,

Sauf d'apporter en temps et lieu

Remède au cas , moyennant Dieu.

Quand les épouses font un récipiendaire

Au benoît état de cocu , S'il en peut sortir franc, c'est à lui beaucoup faire;

Mais , quand il est déjà reçu , Une façon de plus ne fait rien à l'affoire. Le docteur raisonna d'autre sorte , et fit tant Qu'il ne fit rien qui vaille. Il crut qu'en prévenant

Son parrain en cocuage ,

n ferait tour d'homme sage :

Son parrain , cela s'entend ,

Powvu que sous ce galant

n eôt fleiit apprentissage ; Chose dont , à bon droit , le lecteur peut douter. Quoi qu'il en soit, l'époux ne manque pas d'aller

* Gonection , réprimande.

CONTES ET NOUVELLES

An logis de rayenture ,

Croyant que Tallée obscoie , Son sUence , et le soin de se cacher le nez , Sans qu'il fût reconnu , le feraient introduire

En ces lieux si fortunés.

Mais y par malheur , la Tieille avait pocff se conduire Une lanterne sourde ; et , plus fine cent fois

Que le plus fin docteur en lois , Elle reconnut Thonune , et sans être surprise

Elle lui dit : Attendez là ;

Je vais trouver madame Élise. Il la faut avertir ; je n'ose sans cela Vous mener dans sa chambre; et puis vous devez 6tre

En autre habit pour l'aller voir, C'est-à-dire, en un mot , qu'il n'en ftiut point avoir. Madame attend au lit. A ces mots notre maître , Poussé dans quelque bouge, y voit d'abord paraître l^out un déshabillé , des mules, un peignoir , Bonnet, robe de cbambrC) avec chemise d'homme , Parfums sur la toilette , et des meilleurs de Rome. Le tout propre , arrangé, de même qu'on eût feit Si Ton e6ft attendu le caidinal-préfet.

Le docteur se dépouille ; et cette gouvernante Revient , et par la main le conduit en des lieux Où notre hcMmile, privé de Tusage des yeux ,

Va d'une feçon chancelante.

Après ces détours ténâoreux , La vieille ouvre une porte , et vous pousse le sire

En un fort mal plaisant endroit ,

Quoique ce fût son propre empire :

C'éUit en Técole de droit.

En l'école de droit 1 Là même. Le pauvre honune , Honteux , surpris, confus , non sans quelque raison,

Pensa tomber en pâmoison.

Le conte en courut par tout Rome.

Les écoliers alors attendaient leur régent : Cela seul acheva sa mauvaise fortune.

Grand éclat de risée et grand chuchillement ',

Universel étonnement.

EsUil fou? qu'est-ce là 1 vient-il de voir quelqu'une ? Ce ne fut pas le tout ; sa femme se plaignit. Procès. La parenté se joint en cause , et dit Que du docteor vendt tout le mauvais ménage ; Que cet homme était fou ; que sa femme était sage.

On fit casser le mariage;

Et puis la dame se rendit

Belle et bonne religieuse • A Saint-Croissant en Yavoureuse ;

Un prélat lui donna l'iiabit

* ChncfaôtameiiL

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