‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 169 sur 723 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Dit k^rfaBlard; je TOUS parle en and. )

La sainteté n'est diose si commune

Que le jeûner saflise pour Favoir .

Dieo gard ' de mal fille et femme qui jeune

Sans pour cela guère mieux en Taîoir I

D bot encor pratiquer d'autres choses ,

D antres vertus , qui me sont lettres closes*,

£tqu*un ermite habitant de ces bois

VoQs apprendra mieux que moi mille fois.

Allez le Yoir , ne tardez davantage -,

Je ne retiens tels oiseaux dans ma cage.

Disant ces mots , le vieillard la quitta ,

Fera» sa porte , et se barricada.

Très-sage fiot d^agir ainsi , sans doute ,

Ne se fiant i vieillesse , ni goutte ,

Jeâoe , ni haire , enfin à rien qui soit.

NoD loin de là notre sainte aperçoit

Celoi de qui ce bon vieillard parloit ,

Homme ayant Tâme en Dieu tout occupée ,

Et se folsani tout blanc de son épée *.

Céuit Rustk , jeune saint très-fervent :

Ces ]eiines-4à s*y trompent bien souvent.

£d peu de mots , Tappétit d'être sainte ^

Lu fut d'abord par la belle expliqué ;

Appétit tel qu* Alibedi avait crainte

Que quelque jour son fruit n'en fût marqué.

Rostic sourit d^une telle innocence .

Je D*ai , dit-il , que peu de connaissance

En ce métier ; mais ce peu-là que j'ai

Bien volontiers vous sera partagé ;

Nous vous rendrons la chose famUière.

Maître Rustic edt dû doi^ier congé

Tout dès l'abord à semblable écolière.

n ne le fit ren voici les effets.

Gomme il voulait être des plus parfaits ,

Q dit en soi : Rustic , que sais-tu faire?

Veiller , prier , jeâner , porter la haûre.

Qa*est-oe cda? moins que rien , tous le font.

Mais d*étre setd auprès de quelque belle ,

Sanslatoodier , 0 n^estrictoire telle ;

Triomphes grands chez les anges en sont :

Méritoos-les ; retenons cette fille :

Si je résiste à.chose si gentille ,

J'atteins le eomble , et me (ire du pair.

n la retint , et fut si téméraire ,

Qn'ootre Satan fi défia la chair ,

I)nx emieinis toujours prêts à mal faire.

Or sont nos saints logés sous même tdt : Hustic apprête, en nn petit endroit ,

' Gord pour garde : fleox mot.

* C'ot^^iicqiii me aont inooDOoei.

' CXtdlre,pidn de conihmce eu lof-même t phraie pro-

mtiale.

Un petit lit de jonc pour la novice ; Car, de coucher sur la dure d'abord , Quelle apparence ! elle n'était encor Accoutumée à si rude exercice.

Quant au souper, elle eut pour tout service Un peu de firuit , dn pain non pas trop beau. Faites état que la magnificence De ce repas ne consista qu'en Peau , Claire, d'argent , belle par exceUence.

Rustic jeûna : la fille eut appétit.

Couchés à part, Alibech s'endormit; L'ermite non. Une certaine l)ête.

Diable nommée, un vrai serpent maudit, N'eut point de paix qu'il ne fût de la f^te. On l'y reçoit. Rustic roule en sa tête , Tantôt les traits de la jeune beauté , Tantôt sa grâce , et sa naïveté , Et ses façons , et sa manière douce , L'âge, la taille, et surtout l'embonpoint. Et certain sein ne se reposant point.

Allant , venant ; sein qui pousse et repousse Certain corset en dépit d'Alibech , Qui tâche en vain de lui clpre le bec : Car toujours parle; il va, vient, et respire .* C'est son patois ; Dieu sait ce qu'il veut dire. Le pauvre ermite , ému de passion , Fit de ce point sa méditation.

Adieu la haire , adieu la discipline.

Et puis voilà de ma dévotion !

Voilà mes saints ! Celui-ci s'achemine Vers Alibech , et l'éveille en sursaut : Ce n'est bien fait que de dormir sitôt , Dit le frater ; il faut au préalable *

Qu'on fasse une œuvre à Dieu fort agréable, Emprisonnant en enfer le malin; Créé ne fut pour aucune autre fiii :

Procédons-y. Tout à Fheure il se glisse Dedans le lit. Alil)ech , sans malice , rTentendait rien à ce mystère-là ; Et , ne sacliant ni ceci ni cela , Moitié forcée, et moitié consentante, Moitié voulant combattre ce désir , Moitié n'osant, moitié peine et plaisir , Elle crut faire acte de repentante ; Bien humblement rendit grâce au firater ; Sut ce que c'est que le diable en enfer.

Désormais faut qu' Alibech se contente D'être martyre , en cas que sainte soit. Frère Rustic peu de vierges faisoit Cette leçon ne fut la plus aisée , Dont Alibech , non encor déniaisée , Dit : 11 faut bien que le diable en effet Soit une chose étrange et bien mauvaise ;

CONTES ET NOUVELLES

n brise toat; xùjez le mal qn'il fait

A sa pdson : non pas qu'il m'en déplaise ;

Hais il mérite , en bonne vérité ,

D'y retonraer. Soit fait , ce dit le frère.

Tant s'appliqua Rastic à ce mystère , ,

Tant prit de soin , tant eat de charité ,

Qu'enfin Fenfer s'aocoutumant au diable

Eût eu toujours sa présence agréable ,

Si Tautre eût pu toujours en faire essai.

Sur quoi la belle : On dit encor bien vrai

Qu'il n'est prison si douce , que son hôte

En peu de temps ne s'y lasse sans faute.

Bientôt nos gens ont noise sur ce point.

En vain l'enfer son prisonnier rappelle;

Le diable est sourd , le diable n'entend point.

L'enfer s'ennuie , autant en fait la belle ;

Ce grand désir d'élre sainte s'en va.

Rustic voudrait être dépêtré d'elle ;

Elle pourvoit d'elle-même à cela.

Furtivement elle quitte le sire ,

Par le plus court s'en retourne chez soi.

Je suis en soin de ce qu'elle put dire

A ses parents ; c'est ce qu'en bonne foi

Jusqu'à présent je n'ai bien su comprendre.

Apparemment elle leur fit entendre

Que son cœur , mû d'un appétit d'enfant ,

L'avait portée à lâcher d'être sainte :

Ou l'on la crut, ou Ton en fit semblant.

Sa parenté prit pour argent comptant

Un tel motif : non que de quelque atteinte

A son enfer on n'eût quelque soupçon ;

Mais cette chartre est faite de façon

Qu'on n'y voit goutte , et maint geôlier s'y trompe.

Alibech fut festinée en grand'pompe.

L'histoire dît que par simplicité

Elle compta la chose à ses compagnes.

Besoin n'était que votre sainteté ,

Ce lui ditron , traversât ces campagnes ;

On vous aurait , sans bouger du logis ,

Même leçod , même secret appris.

Je vous aurais , dit l'une , offert mon frère :

Vous auriez eu , dit Tautre , mon cousin.

Et Néhert)al , notre proehaki voisin ,

N'est pas non plus novice en ce mystère :

U vous redierche ; acceptez ce parti ,

Devant qu'on soit d'un tel cas averti.

Elle le fit. Néherfoal n'était homme

A cela près. On donna telle somme ,

<}u'avec les traits de la jeune Alibech

Il prit pour bon un enfer très-suspect ,

Usant des biens que l'hymen nous envde.

A tous époux Dieu doint ■ pareille joie I

■ Donne. Doint vient du verbe doigner.

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