‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 170 sur 723 · X. LA JUMENT DU COMPÈRE PIERRE · texte numérisé non relu

X. LA JUMENT DU COMPÈRE PIERRE

Messire Jean , c'était certain curé Qui prêchait peu , sinon sur la vendange ; Sur ce sujet , sans être préparé , U triomphait , vous eussiez dit un ange. Encore un point était touché de lui , Non si souvent qu'eût voulu le messire ; En ce point-là les enfants d'aujourd'hui Savent que c'est , besom n'ai de le dire. Messire Jean , tel que je le décris , Faisait si bien que femmes et maris / Le recherchaient , estimaient sa science ; Au demeurant , il n'était conscience Un peu jolie , et bonne à diriger , Qu'il ne voulût lui-même interroger , Ne s'en fiant aux soins de son vicaire^ Messire Jean aurait voulu tout faire , S'entremettait en zélé directeur , AUait partout , disant qu^un bon pastair Ne peut trop bien ses ouailles connaître , Dont par lui-même instruit en voulait être. Parmi les gens de lui les mieux venus , Il fréquentait chez le compère Pierre, Bon villageois , à qui pour toute terre , Pour tout domaine y et pour. tous revenus, Dieu ne donna que ses deux bras tout nus; Et son louchet , dont , pour tout ustensiile ' , Pierre faisait subsister sa famille, n avait fenune et jeune et belle enoor, Ferme surtout : le hâle avait fait tort A son visage , et non à sa personne.

Nous autres gens peut^tre aurions voulu Du délicat : ce rustic ne m'eût plu : Pour des curés la pâte en était bonne y Et convenait à semblables amours.

Messire Jean la regardait toujours Du coin de ToeU , toujours tournait la tète De son côté, comme un chien qui fiût fêle Aux os qu'il voit n'être par trop chéti£s. Que s'il en voit un de belle apparence , Non décharné , [riein encor de substance, n tient dessus ses regards attentif ; Il s'inquiète , il trépigne , il remue Ordlle et queue ; il a toujours la vue Dessus cet 08, et le ronge des yeux.

Vingt fois devant que son palais s'en sente. Messire Jean tout ainsi se tourmente A cet objet pour lui délicieux.

La villageoise était fort innocente ,

* Un éditions de fe75. IS76 et I6SS, portent fUtmttiU. Li FonUine a i^outéane/ au mot usUmile, poar mieiii rimer aTcc fomille; exemple singulier de Ucence poétiqne.

Page 1