XIII. LE CUVÏER
Soyez amant , vous serez inventif; Tour ni détour , ruse ni stratagème , Ne voos faudront * : le plus jeune apprentif Est vieux routier dès le moment qu'il aime : On ne vit onc que cette passion Demeurât court faute d'invention; Amour bit tant qu'enfin il a son compte. Certain cuvier , dont on a certain conte, En fera foi. Voici ce que j'en sais , Et qu'un quidam me dit ces jours passés.
Dedans un bourg ou ville de province (N'importe pas du titre ni du nom ). ^
« Ne vous manqueront pas.'
CONTES ET NOUVELLES
Un lonnelier et sa femme Namion
Eulretenaient an ménage asiez minée.
De Taller voir Amoor n'eat à mépris ,
Y conduisant on de ses bons amis,
C'est Cocnage; il Ait de la partie:
Dienx femiliers et sans cérémonie ,
Se trouYant bien dans tonte lidtellerie :
Tout est pour eux bon gîte et bon logis ,
Sans regarder si c*est loavre ou cabane.
Un drôle donc caressait madame Anne :
Ils en étaient sur nn point , snr un point...
C'est dire assez de ne le dke point ;
Lorsque Tépoux revient tout hors d^baleine
Du cabaret , justement , justement. . .
C'est dire encor ced bien clairement.
On le mandit; nos gens sont fort en peine.
Tout ce qu'on put ftat de cadier Tamant :
On TOUS le serre en hâte et promptement
Sons nn cuTier dans nne cour prodiaine.
Tout en entrant Tépoux dit : J'ai vendu
Notre cuvier. Comî>ien? dit madame Anne.
Quinze beaux francs. Va , tu n'es qu'un gros âne ,
Repartit-elle , et je t'ai d'un écu
Fait aujourd'hui profit par mon adresse,
L'ayant vendu six écus avant toi.
Le marchand voit s'il est de bon aloi ,
Et par dedans le tâte pièce à pièce ,
Examinant si tout est comme il ftiut.
Si quelque endroit n'a point quelque défont.
Que ferais-tu , malheureux , sans ta femme?
Monsieur s'en va chopiner , cependant
Qu'<m se tourmente id le corps et l'âme :
Il fout agir sans cesse en l'attendant.
Je n'ai goûté jusqn'id nulle jde :
J'en goûterai désormais , attends-t'y.
Voyez un peu : le galant a bon fde^ ;
Je suis d'avis qu'on laisse à td mari
Tdle moitié 1 Doucement , notre épouse ,
Dit le bonhomme. Or sus , monsieur, sortez ;
Çâ , que je rade un peu de tous côtés
Votre cuvier , et puis que je l'arrouse * :
Par ce moyen vous verrez s'il tient eau ;
Je vous réponds qu'il n'est moins bon que beau.
Le galant sort ; l'époux entre en sa place ,
Rade partout, la chandelle à la main,
Deçà , delà , sans qu'il se doute brin
* C«s(-k-4ire eit tnnqoiUe et confiant c Fous aoe% bon foie, « Dieu vous sauoe la rate , te dit quand un homme est pai- ■ slUe et Ta trop à la bonne foi , on quand on parle de lui arec • ironie. » Lnoux, Dkiionnaire eonUque, satirique el a'i' Hque f p. 82S.
> Four Je l'arroM , et aelon la prononciation de certains paysans qui ont consenré Tancien usage s car, dans notre yleux ianitage, on disait arrwuer pour arroser , et rousée pour rciMfir.
De ce qu'Amour en dehors VOUS lui brme : Rien n'en put voir; et pendant qu'il repuse Sur diaque endrdt , afÂiblé du cuvean , Les dieux susdits lui viennent de nouveto Rendre visite , imposant un ouvrage A nos amants bien différent du sien. ' 0 regratta, gratta, frotta si bien , Que notre couple , ayant repris courage , Reprit aussi le fil de l'entretien Qu'avait troublé le galant personnage.
Dire comment le tout se put- passer, Ami lecteur , tu dois m'en dispenser ; Suffit que j'ai très-bien prouvé ma thèse. Ce tour fripon du couple augmentait Taise ; Nul d'eux n'était à tds jeux apprentif. Soyez amant , vous serez inventif.