‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 183 sur 723 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Homiiies et dieax , tout est sous sa tutelle',

Tool obéît , tout cède à cet enfont.

Tû désonnais besoin , en le chantant,

De traits moins forts et déguisant la chose ,.

Car , après tout, je ne veux être cause.

D'aocun abus : que plutôt mes écrits

Manquent de sel , et ne soient d^aucun prix !

Si , dans ces vers, j'introduis et je chante

Certain trompeur et certaine innocente ,

Cest dans la vue et dans l'intention

Qu'on se méfie en telle occasion.

J oa?re Tesprit , et rends le sexe habile

A se garder de ces pièges divers.

Sotte ignorance ^ fait trébucher mille ,

Contre une seule à qui nuiraient mes vers.

rai In qo'un orateur estimé dans la Grèce , D« beanx-arts autrefois souveraine maltresse , Binoi de son pays , voulut voir le séjour Où subsistaient encor les ruines de Troie ; Cimoo , son camarade, eut sa part de la joie. Dq débris d^Ilion s^était construit un bourg ^oble par ses malheurs : là Priam et sa cour TT^tûeiitplat que des noms dont le temps faitsa proie. HioD , ton nom seul a des charmes pour moi ; lien fécond en sujets propres à notre emploi , Ne Terrai-je jamais rien de toi, ni la place De ces murs élevés et détruits par des dieux , M ces champs où couraient la Fureur et TÂudace , Ni des temps feboleux enfin la moindre trace i pat me présenter Timage de ces lieux?

Pour revenir an Isùt et ne point trop m'étendre ,

Cimon , le héros de ces vers ,

Se promenait près du Scamandre.

Une jeone ingénue en ce lieu se vient rendre , EtgoAter la firalcheur sur ces bords toujours verts. Son voile an gré des vents va flottant dans les airs ; Sa parure est sans art; elle a Tair de bergère , Une beauté naive , une taille légère.

Cimon en est surpris, et Qroit que sur ces bords Vénos vient étaler ses plus rares trésors. Uo antre était auprès : Tinnocente pucelle Sans soupçon y descend, aussi simple que belle. I^ diaud, la solitude , et quelque dieu malin , l'ioTitèrent d'abord à prendre un demi-bain. Notre banni se cache ; il contemple , il admire ,

Il ne sait quels charmes élire ; n dévore des yeux et du cœur cent beautés. Comme on était rempli de ces divinités

Que la fable a dans son empire, n songe à profiter de Terreur de ces temps ; ^Koà IVir d'un dieu des eaux, mouille ses vêtements. Se conronne de joncs et d'herbe dégouttante,

Puis invoque Mercure et le dieu des amants. ^

Contre tant de trompeurs qu'eût foit une innocente? La belle enfin découvre un pied dont la blancheur Aurait fait honte à Galatée ; Puis le plonge en Tonde argentée.

Et regarde' ses lis , non sans quelque pudeur. Pendant qu'à cet objet sa vue est arrêtée , Cimon approche d'elle ; elle court se cacher

Dans le plus profond du rocher.

Je suis , dit-il , le dieu qui commande à celte onde ; Soyez-en la déesse , et régnez avec moi : Peu de fleuves pourraient dans leur grotte profonde Partager avec vous un aussi digne emploi. Mon cristal est très-pur ; mon cœur Test davantage : Je couvrirai pour vous de fleurs tout ce rivage: Trop heureux si vos pas le daignent honorer , Et qu'au fond de mes eaux vous daigniez vous mirer !

Je rendrai toutes vos compagnes

Nymphes aussi , soit aux montagnes, Soilaux eaux,soitaux bois ; carj^étendsmon pouvoir Surtout ce que votre œil à la ronde peut voir.

L'éloquence du dieu , la peur de lui déplaire , Malgré quelque pudeur qui gâtait le mystère ,

Conclurent tout en peu de temps.

La superstition cause mille accidents.

On dit même qu^Amour intervint à l'affaire. "* Tout fier de ce succès , le banni dit adieu.

Revenez , dit-il , en ce lieu ;

Vous garderez que Ton ne sache

Un hymen qu'U faut que je cache :

Nous le déclarerons quand j'en aurai parlé Au conseil qui sera dans TOlympe assemblé.

I^ nouvelle déesse à ces mots se retiro ; Contente? Amour le sait. Un mois se passe, et deux, Sans que pas un du bourg s'aperçût de leurs jeux. O mortels ! est-il dit qu^à force d'être heureux Vous ne le soyez plus ? Le banni , sans rien dire , Ne va plus visiter cet antre si souvent.

Une noce enfin arrivant , Tous ,pouc la voir passer, sous Torme se vont rendre; La belle aperçoit Thomme , et crie en ce moment :

Ah ! voilà le fleuve Scamandre 1 On s'étonne, on la presse; elle dit bonnement Que son hymen se va conduro au firmament. On en rit , car que faire ? Aucuns à coups de pierro Poursuivirent le dieu, qui s'enfuit à grand' ' erre ; D'autres rirent sans plus. Je crois qu'en ce temps-ci L'on ferait au Scamandre un très-méchant parti.

En ce temps^à semblables crimes S'exchsaient aisément tous temps, toutes maximes. L'épouse du Scamandre en fut quitte à la fin

* Grand train, promptement.

CONTES ET NOUVELLES

Pour qadqoes traite de raillerie :

Même un de ses amante Ten tronya pins jolie. C'est on goût : il s'offrit à lui donner la main. Les dieux ne gâtent rien : pnif , quand ils feraient cause Qu'une fille en Talât un peu moins, dotez-la ,

Vous trouverez qui la prendra :

L'argent répare toute chose.

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