LIVRE V
Engagea Tébunoa dansnndor exercice; n qmtu pour un temps l'amonreose milice. Chloris y consentit, mais non pas sans dcNileor. li Tonlot mériter son estime et son cœur. Pendant que ses exploits terminent la querelle , Un parent de Chloris meort, et laisse à la belle D'amples possessions et d'inmienses trésors. Il habitait les lieux où Mars régnait alors. U belle s'y transporte; et partout révérée I Pirtotit des deux partis Chloris considérée Voit de ses propres yenx les champs où Télamon Venait de consacra' un trophée à son nom. Lui de sa part accourt; et, tout couvert de gloire , Il offre à ses amours les fruits de sa victoire. Lear rencontre se fit non loin de Télément Qui doit être évité de tout heureux amant. Dès» jour Tâge d^or les eût joints sans mystère ; Lige de fer en tout a coutume d'en faire. Colons ne voulut donc couronner tous ces biens Qa au sein de sa patrie , et de Taveu des siens. ToQt chemin, hors la mer, allongeant leur souffrance, Us ooounetlent aux flots cette douce espérance. Zéphire les suivait, quand , presque en arrivant , Un pirate sorvient , prend le dessus du vent , Lei auaque , les bat. En vain , par sa vaillance , Télamon , jusqu'au bout , porte la résistance : Après DU long combat , /Son parti fût défoit , Loi pris ; et ses efforts n^eorent pour tout effet QQ'anesdavagetndigne. O dieux! qui Teût pu croire? Le Sort, sans respecter ni son sang, ni sa gloire , Ni son bonheur prochain, ni les voeux de Chloris, Le fit être Corçat aussitôt qu'il tôt pris.
Le Destin ne fht pas à Cliloris si contraire. In oâèbre marchand Tacheté do corsaire : Il remmène ; et bientôt la belle , malgré soi, ÂQ milieu de ses fers range tout sous sa loi. réponse du marchand la voit avec tendresse : Uses font leur compagne, et leur fils sa maîtresse. Chacnn veut cet hymen : Chloris à leurs désirs Répondait seulement par de profonds soupirs» Damoo (c'était ce fils) lui tiot ce doux langage : VoQs soopirez toujours ; toujours votre visage Baigné de pleurs nous mairqne un déplaisir secret : Qo'avez-vons? vos beaux yeux verraient-ils à regret Ce qoe peuvent leurs traits et Texoès de ma flamme? Aien ne vous force ici : découvrez-nous votre âme : Chloris, c'est moi qui suis Tesclave , et non pas vous. Ces lieux, à votre gré, n'ont-ils rien d'assez doux ? Parlez ; nons sommes prêts à changer de demeure : Mes parents m*ont promis de partir tout à l'heure. Regrettez-vous les biens que vous avez perdus? Toot le nôtre est à vous ; ne le dédaignez plus. Tta saisqoi l'agréeraient; j'ai su plaire à plus d*une :
Pour vous , Tons méritez tonte une antre fbrUme. Quelle que soit la nôtre , usez-en : vous voyez , Ce que nous possédons et nouMnéme à vos pieds. Ainsi parle Damon; et Chloris tout en larmes Lui répond en ces mots accompagnés de charmes : Vos moindres qualités et cet heureux séjour Même aux filles des dieux donneraient de l'amour ; Jugez donc si Chloris , esclave et malheureuse , Voit l'offre de ces biens d'une Ame dédaigneuse. Je sais quel est leur prix : mais de les accepter , Je ne puis ; et voudrais vous pouvmr écouter. Ce qui me le défend , ce n'est point l'esdavage : Si toujours la naissance éleva mon courage , Je me vois , grâce aux dieux , en des mains où je puis Garder ces sentiments , malgré tous mes ennuis; Je puis même avouer (hélas 1 fout-il le dire?) Qu'un autre a sur mon cœur conservé son empire. Je chéris un amant, ou mort , ou dans les fers; Je prétends le chérir encor dans les enfers. Pourriez- vous estimer le cœur d'une inconstante? Je ne suis d^ plus aimable ni charmante ; Chloris n'a plus ces traits que l'on trouvait si doux , £t , doublement esclave , est indigne de vous. Touché de ce discours , Damon prend congé d'elle. Fuyons , dit-il en soi ; j'oublierai cette belle : Tqpt passe , et même un jour ses larmes passeront ; Voyons ce que l'absence et le temps produiront. A ces mots il s'embarque \ et, quittant le rivage, n court de mer en mer , aborde en lieu sauvage, Trouve des malheureux de leurs fers échappés. Et sur le bord d*un bois à chasser occupés. Télamon , de ce nombre, avait brisé sa chaîne : Aux regards de Damon il se présente à peine , Que son air, sa fierté , son esprit, tout enfin Fait qu'à l'abord Damon admire son destin ; Puis le plaint, puis l'emmène et puis lui dit sa flamme. D'une esclave , dit-il , je n'ai pu toucher l'âme : Elle chérit un mort I Un mort , ce qui n'est plus , L'emporte dans son cœur I mes vœux sont superflus. Là-dessus , de Chloris il lui foit la peinture. Télamon dans son âme admire Taventure, Dissimule, et se laisse emmener au séjour Où Chloris lui conserve un si parfait amour. Comme il voulait cacher avec soin sa fortune. Nulle peine pour lui n'était vile et commune. On apprend leur retour et leur débarquement. Chloris, se présentant à l'un et l'autre amant , Reconnaît Télamon sous un laix qui l'accable. Ses chagrins le rendaient pourtant méconnaissable ; Un œil indifférent à le voir eût erré : Tant la peine et l'amour l'avaient défiguré ! Le fardeau qu'il portait ne fut qu'un vain obstaete; Chloris le reconnaît , et tombe à ce spectacle : Elle perd tous ses sens et de honte et d'amour.
CONTES ET NOUVELLES
Télamon , d*autre part, tombe presque à son toiir.
On demande à Chloris la cause de sa peine :
Elle la dit; ce fdt sans s'attirer de haine.
Son récit ingénu redoubla la pitié
Dans les coeurs prévenus d'une juste amitié.
Damon dit que son zèle avait changé de face :
On le ortit. Cependant, quoiqu'on dise et qu'on fosse,
D'un triomphe si doux l'honneur et le {Saisir
Ne se perd qu^en laissant des restes de désir.
On crut pourtant Damon. Il restreignit son zèle
A sceller de lliymen une union si belle ;
Et, par un sentiment à qui rien n'est 4gal,
n pria ses parents de doter son rival.
n l'obtint, renonçant dès lors à Thyménée.
Le soir étant venu de Fheureuse journée ,
Les noces se faisaient à lombre d'un ormeau;
L'enfant d'un voisin vit s'y percher un corbeau ;
n fiiit partir de l'arc une flèche maudite ,
Perce les dkux époux d'une atteinte subite.
Chloris mourut du coup , non sans que son amant
Attirât ses regards en ce dernier moment.
U s*écrie , en voyant finir ses destinées :
Quoi ! la Parque a tranché le cours de ses années I
Dieux , qui l'avez voulu , ne su£Bsait-il pas
Que la haine du Sort avançât mon trépas?
En achevant ces mots , il acheva de vivre : *
Son amour, non le coup, l'obligea de la suivre;
Blessé légèrement , il passa chez les morts :
Le Styx vit nos époux accourir sur ses bords.
Même accident finit leurs précieuses trames ;
Même tombe eut leurs corps, même séjour leurs âmes.
Quelques-uns ont écrit (mais ce feit est peu sûr)
Que chacun d'eux devint statue et marbre dur.
Le couple infortuné face à foce repose :
Je ne garantis point cette métamorphose :
On en doute. On le croit plus que vous ne pensez.
Dit Clymène; et, cherchant dans les siècles passés
Quelque exemple d'amour et de vertu parfaite ,
Tout ceci me fut dit par le sage interprète.
J'admirai , je plaignis ces amants malheureux :
On les allait unir, tout concourait pour eux ;
Ils touchaient au moment; Tattente en était sûre :
Hélas 1 il n'en est point de telle en la nature ;
Sur le point de jouir, tout s'enftiit de nos mains :
Les dieux se font un jeu de Tespoir des humains.
Laissons , reprit Iris , cette triste pensée. La fête est vers sa fin , grâce au ciel, ayancée; Et nous ayons passé tout ce temps en récits Capables d'affliger les moins sonÂ>res esprits : Effoçons, s'il se peut, leur image funeste. Je prétends de ce jour mieux employer le reste , Et dire un changement, non de corps, mais de cœur. Le miracle en est grand; Amonr en fbt l'anteor;
Il en fidt tous les jours de diverse manière. Je changerai de style en diangeant de matière.
Zoon (faisait aux yeux; mais ce n^est pas assez :
Son peu d'esprit , son humeur sombre ,
Rendaient ces talents mal placés.
Il fuyait les cités , il ne cherduit que l'ombre , Vivait parmi les bois , concitoyen des ours , Et passait , sans aimer , les plus beaux de ses joun. Nous avons condanmé l'amour , m'aliez-voos dire. J'en blâme en nous l'excès ; mais je n'appraave pu
Qu'insensible aux [dus doux appas ,
Jamais un homme ne soupire.
Hé quoi I ce long repos est-il d'un si grand prix? Les morts sont donc heureux? Ce n'est pas mon avis : Je veux des passions ; et si l'état le pire
Est le néant , je ne sais pomt ' De néant plus complet qu'un cœur flroid à ce point Zoon n'aimant donc rien, ne s'aimant pas lui-même, Vit lole endormie , et le voilà frappé :
Voilà son cœur développé.
Amour, par son savoir suprême.
Ne. l'eut pas Êdt amant qu'il en fit un héros. Zoon rend grâce an dieu qui troublait son repos : n regarde en tremblant cette jeune merveille.
A la fin lole s'éveille.
Surprise et dans l'étonnement ,
Elle veut fuir ; mais son amant
L'arrête , et lui tient ce langage :
Rare et charmant objet , pourquoi me (tayez-voas? Je ne suis plus celui qu'on trouvait si sauvage: C'est l'effet de vos traits , aussi puissants que doux! Ils m'ont l'àme et l'esprit et la raison donnée.
Souffrez que , vivant sous vos lois , J'emploie à vous servir des biens que je voos dois, lole, à ce discours, encor plus étonnée, Rougit, et sans répondre elle court au hameau, Et raconte à chacun ce mirade nouveau.
Ses compagnes d'abord s'assemblent autour d'elle : Zoon suit en triomphe , et diacun applaudit. Je ne vous dirai point , mes sœurs , tout œ qa1l fH,
Ni ses seins pour plaire à la belle : Leur hymen se condut. Un satrape voisin ,
Le propre jour de celte fête ,
Enlève à Zoon sa conquête :
On ne soupçonnait point qu'il eût un td dessein. Zoon accourt au bruit, recouvre ce cher gage. Poursuit le ravisseur , et le joint , et l'engage
En un combat de main à main, lole en est le prix aussi bien que le juge. Le satrape , vaincu , trouve encor du refuge
En la bonté de son rival.
Hélas I cette bonté lui devint inntile ; Il mourut du regret de cet hymœ fotal :