‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 20 sur 723 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

FABLE PREMIÈRE

Le Lion amoureux.

•A MADSlfOISBLLB US SÉVIOlVé '.

Sévigné , de qui les attraits Servent aux Grâces de modèle , Et qui naquîtes toute belle , A votre indifférence près , PonrrieB-vons être ikvorable Anx jeux innocents d'une foble , Et voir, sans vous épouvanter, Un Ikm qu'Amour sut don^pter?

Amour est un étrange maltrel Heureux qui peut ne le connaître Que par récit, lui ni ses coups I Quand on en parle devant vous , Si la vérité vous offense , La fiable au moins se peut souffrir :

GeUe-d prend bien l'assurance De venir à vos pieds s^offrir, Par zèle et par reconnaissance.

Du temps que les bêtes parlaient f Les lions entre autres voulaient Êtreadmis dans notre alliance.

Pourqaoi non? puisque leur engeance Valait la nôtre en ce temps-là,

' ftaupiii I Mijiim Un de Séflané, fille de h cflèhro madame deSévtsDé. Oie avait à peu pr^i vinstiaiis locaqu'eo IS8S, la VoaMnitpanltie cette hUeqa*fi loi avait dédiée. Ce ftit no m jprti, le » janvieriaoa, qu'elle époiiat M. de Grisnan.

Ayant coora^ , intelUgence , Et belle bure outre cela.

Voici comment il en alla :

Un lion de haut parentage , En passant par un certain pré, Rencontra bergère à son gré :

Il la demande en mariage.

Le père aurait fort souhaité Quelque gendre un peu moins terrible.

La donner lui semblait bien dur :

La refuser n'était pas sûr ; Même un refbs eût fait , possible , Qu'on eût vu quelque beau matin Un mariage clandestin :

Car, outre qu'en toute manière La belle était pour les gens fiers , Fille se coiffe volontiers D*amoureux à longue crinière.

Le.père donc ouvertement N'osant renvoyer notre amant , Lui dit : Ma fille est délicate; Vos griffes la pourront blesser Quand vous voudrez la caresser.

Permettez donc qu'à chaque patte On vous les rogne; et pour les dents, Qu'on vous les lime en même temps :

Vos baisers en seront moins rudes, Et pour vous plus délicieux; Car ma fille y répondra mieux , étant sans ces inquiétudes.

Le lion consent à cela, Tant son flme était aveuglée !

Sans dents ni griffes le voilà , Comme place démantelée.

On lâcha sur lui quelques chiens :

Il fit fort peu de résistance.

Amour I Amour I quand tu nous tiens On peut bien dire : Adieu prudence 1

FABLE H

Le Berger et la Mer.

Do rapport d'un troupeau , dont il vivait sans soins , Se contenta long-temps un voisin d'Amphitrite :

Si sa fortune était petite,

Elle était sûre tout au moins.

A la fin, les trésors déchargés sur la plage Le tentèrent si bien qu'il vendit son troupeau. Trafiqua de l'argent , le mit entier sur l'eau.

Cet argent périt par naufrage.

Son maître fût réduit à garder leS'brd>is , Non plus berger en chef comme il était jadis ,

se

FABLES

Quand ses propres moutons paissaient sur le rirage : Celui qui s'était tu Corydon ou Tirds

Fut Pierrot , et rien davantage.

An bout de quelque temps il fit quelques profits,

Racheta des bétes à laine ; Et comme un jour les vents , retenant leur haleine , Laissaient paisiblement aborder les vaisseaux : Vous voulez de l'argent , ô mesdames les Eaux! Dit-il ; adressez-vous, je vous prie, à quelque autre :

Ma fbi ! vous n'aurez pas le nôtre.

Ceci n'est pas un conte à plaisir inventé.

Je me sers de la vérité

Pour montrer, par expérience.

Qu'un sou , quand il est assuré ,

Vaut mieux que cinq en espérance; Qn'il se fkut contenter de sa condition ; Qu'aux conseils de la mer et de l'ambition

Nous devons fermer les oreilles.

Pour un qui s'en louera, dix mille s'en plaindront.

La mer promet monts et merveilles :

Fiex-voas-y ; les vents et les voleurs viendront.

FABLE IIL Lu Mfntchê et la Fourmi.

La mouche et la fourmi contestaient de leur prix.

O Jupiter 1 dit la première.

Faut-il qhe l'amour-propre avenue les esprits

D'une si terrible manière I

Qu'un vil et rampant animal A la fille de Fair ose se dbe égal I Je hante les palais , je m'assieds à ta table : Si l'on t'immole un bceuf , j'en goâie devant toi; Pendant que celle-ci , chétive et misérable. Vit trois jours d'un fétu qu'elle a traîné chez soi.

Mais, ma mignonne, dites-moi, Vous campez-vous jamais sur la tête d'un roi,

D'un empereur , ou d'une belle?

Je le fais; et je baise un beau sein quand le veux;

Je me joue entre des cheveux; Je rehausse d'un teint la blancheur naturelle ; Et la dernière main que met à sa beauté

Une femme allant en conquête, €'est un ajustement des mouches emprunté '.

Puis allez-moi rompre la tête

De vos greniers ! — Avez- vous dit?

Lu^répliqua la ménagère.

Vous hantez les palais ; mais on vous y maudit.

■ L'usage qqe les dames avaient de ooUer sur leurs visages de petits moroeaux do taffetas noir découpés en rond, pouf rehausser la blancheur de leur teint . ou pour déguiser les Inégalités dt la peau, était commun du temps de la Fontaine, et s'est prolongéiuaqn'ii la An dn dix-huitième riteie.

Et quant à goûter la premièra

De ce qu'on sert devant les dieaxy

Croyez-vous qu'il en vaille mieux?

Si vous entrez partout, aussi font les profones. Sur la tête des rois et sur celle des ânes Vous allez vous planter, je n'en disconviens pas ;

Et je sais que d'un prompt trépas Cette importunité bien souvent ^t punie. Certain ajustement , dites-vous , rend jolie ; J'en conviens : il est noir ainsi que vous et mot Je veux qu'il ait nom mouche : est-ce un siqet pour-

Vous fassiez sonner vos mérites? (quoi

Nomme-t-on pas aussi mouches les parasites? Cessez donc de tenir un langage si vain :

N'ayez plus ces hautes pensées.

Les mouches de cour sont chassées ; Les mouchards sont pendus : et vous mourrez de fUm,

De froid , de langueur, de misère , Quand Phébus régnera sur un autre hémisphère. Alors je jouirai du fruit de mes travaux :

Je n'irai , par monts ni par vaux ,

M'exposer au vent, à la pluie;

Je vivrai sans mélancolie :

Le soin que j'aurai pris de soin m'exemptera.

Je vous enseignerai par là Ce que c'est qu'une fausse ou véritable gloire. Adieu; je perds le temps : laissez-moi travailler ;

Ni mon grenier, ni mon armoire

Ne se remplit H babiller.

FABLE IV

Le Jardinier et so» Seignmar

Un amateur du jardinage ,

Demi-bourgeois , demi-manant ,

Possédait en certain village Un jardin assez propre, et le dos attenam. U avait de plant vif fermé cette étendue : Là croissait ' à plaisir l'osdlle et la laitue , De quoi foire à Margot pour sa fête un bouquet, Peu de jasmin d^Espagne , et force serpolet. Cette félicité par un lièvre troublée Fit qu'an seigneur du bourg notre homme se plaignit. Ce maudit animal vient prendre sa goulée Soir et matin, dit-il, et des pièges se rit ; Les pierres, les bâtons , y perdent leur crédit Il est sorcier, je crois. Sorcier I je l'en défie, Repartit le seigneur : ftU-il diable, Miraut *, En dépit de ses tours , l'attrapera bientôt.

' Vai. Croissaient dans quelques éditions modernes , mab I tort. Toutes tes éditionsorigtnales portent le siii^nUer, en dans ces sortesde phrases du temps de U Footataie.

> Nom de cUeo, dérivé du rrébe m^w/termedB qui st^nifle Tiwr. examiner ifec attention.

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