‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 306 sur 723 · DAPHNÉ, ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

DAPHNÉ, ACTE V, SCÈNE I

Que ce mot est fiicîie à dire ! .

Et que lamour possède avecque peu d'empire Un cœur que la contrainte a sitôt entraîné 1

DAPHNÉ

Quoi ! faut-il que mon cœur soit par vous* soupçonné? Cruel! n*avais-je pas encore assez de peine ?

LECTCIPPE.

Enfin donc le destin me déclare sa haine ; Vous serez à Tbarsis ; et moi , par mes soupirs , J'augmenterai ses plaisirs.

DAPHNÉ

Plût au ciel que Tbarsis causât seul vos alarmes , Et qu'un père...

LEUGIPPE.

Achevez.

DAPHNÉ

Eh ! que sert d'achever Un souhait qu on sait bien qui ne peut arriver ? '

LEUGIPPE.

Il nimporte, mon âme y trouvera des charmes.

DAPHNÉ

Tfe m'aimez plus.

LEUGIPPE.

Le puis-je? et le souhaitez-vous?

DAPHNÉ

Vos tourments ont pour moi quelque chose de doux, Il est vrai ; mais cessez.

LEUGIPPE.

Hélas I cesser de vivre

Est le seul remède à mon mal :

Voilà le parti qu'il faut suivre ; Mais avec moi je veux perdre aussi mon rival. Vous ne me serez pas impunément ravie : Non, Daphné. Vous pleurez ? Ah I princesse I je dois

Mourir pour vos yeux mille fois.

Avant qu'avoir Daphné , Tbarsis aura ma vie.

Je ne puis voir tant de biens

En d'autres bras que les miens :

Que mon rival me les cède ,

Et renonce à votre amour,

Ou qu'il m'ôte aussi le jour ,

Si Ton veut qu'il vous possède.

DAPHNÉ

Leucippe, si je vous perds,

n faut que dans nos déserts [

La solitude me donne

Un sort plus calme et plus doux ;

Et ne pouvant être à vous ,

Je ne veux être à personne.

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