‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 31 sur 723 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

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DUdieàseganuiUri Dans les fortU il s^emporte :

Son bois , dommageable ornement , L'anéUnt à diaque moment , Naît à FolBoe qiie loi rendent Ses pieds, de qm ses joors dépendent.

t dédit alors, et mandit les présents Qœ le ciel lai ML tons les ans.

Noos bisons cas da bean, nous méprisons Tutile;

Et le beau souvent noos détroit.

Ce eerf blâme ses pieds qui le rendent agile;

n estime un bois qui lui nuit

FABLE X

Le lÀètrê e< 2a TorfM.

Rien ne sert de courir; Il fiiot partir à point : Le lièTre et la tortue en sont un témoignage. Gageons , dit œlle^i , que vous n'atteindrez point Sitôt que moi ce but Sitôtl étes-vous sage?

Repartit Tanimal léger :

Ma commère , il fout vous purger

Avec quatre grains d'ellébcre. •—

Sage ou non , je parie encore.

Ainsi fut U&i ; et de tous deux

On mit près du but les enjeux.

Savoir quoi , ce n*est pas Talhire^

Ni de quel juge Ton convint.

Noire lièvre n'avait que quatre pas à faire; Jatcndsdeoeuxqu'il foitlorsque, prêt d'être* atteint, Il s'éloigne des chiens ^ les renvoie aux calendes %

Et letîr bit arpenter les landes.

Ajant , dis-je , du temps de reste pour brouter,

Poin* dormir, et pour écouter D'où vient le vent % il laisse la tortue

Aller son train de sénateur.

Elle part , elle s'évertue ; ^ Elle se hâte avec lenteur \ Loi cependant méprise une telle victoire ,

Tient la gageure à peu de gloire ,

Croit qu'il y va de son honneur De partir tard. Il broute , il se repose:

n s'amuse à toute autre chose Qu'à la gageure. A la fin, quand il vit

«VofatanotodeUlidilexuda UvroUJUet oeUedeUbble radn livre IV.

* Aoi calendes grcoquei. Celaient les Romains . et non les Creet, qui avalent des ealendu dans lenr calendrier t et cette fiprarian les caiendes greequet . pour signifier on terme on tu temps Indéfini . qooiqnc empruntée à la langue de l'érodiiiue. est devenue populaire.

1 RspresMon vulgaire et proverbiale , pour mari|oer rinson*

< Ccsl ropiarion de l'empereur Auguste : Fettina Unie,

Que l'autre touchait presque aiv bout de U carrière , n partit comme un trait; mais les élans qu'il fit Furent vains : la tortue arriva la première. Eh bien I lui cria-t-dle , avaîs-je pas raison?

De quoi vous sert votre vitesse ?

Moi l'emporter 1 et que serait-ce

Si vous portiez une maison ?

FABLE XI

L'Ane et ses MMres.

L'âne d'un jardinier se plaignait an Destin De ce qu'on le fiiisait lever devant l'aurore. Les coqs , lui disait-il , ont beau chanter matin ,

Je suis plus matineux encore.

Et pourquoi? pour porter des herbes au marché. Belle nécessité d'interrompre mon somme 1

Le Sort, de sa plainte touché , Lui donne un autre maître ; et Fanimal de somme Passe du jardinier aux mains d'un corroyeur. La pesanteur des peaux et leur mauvaise odeur Eurent bientôt choqué l'impertinente bète. J'ai regret, disait-il , à mon premier seigneur.

Encor^ quand il tournait la tète ,

J'attrapais,, s'il m*en souvient bien, Quelque morceau de chou qui ne me coûtait rien : Mais ici point d'aubaine , ou , si j'en ai quelqu'une , C'est de coups. U obtint changement de fortune ;

Et sur l'état d'un charbonnier

U fut couché tout le dernier.

Autre plainte. Quoi donc 1 dît le Sort en colère ,

Ce baudet-ci m'occupe autant

Que cent monarques pourraient foire 1 Croit-il être le seul qui ne soit pas content?

N'ai-je en l'esprit que son afiDure?

Le Sort avait raison. Tous gens sont ainsi faits : Notre condition jamais ne nous contente ;

La pire «est toujours la présente.

Nous fetiguons le ciel à force de placets. Qu'à chacun Jupiter accorde sa requête ,

Nous lui romprons encor la tète.

FABLE Xn.

Le Soleil et les Grenouilles,

Aux noces d'un tyran tout le peuple en liesse

Noyait son souci dans les pots.

Ésope seul trouvait que les gens étaient sots

De témoigner tant d'allégresse.

Le Soleil , disait-il , eut dessein autrefois * R^ionlssanoe, plaisir, Joie, contentement

Sfi

FABLES

De songer à rhyménée.

Aassitôt on ouït , d'une Gommnne voix , Se plaindre de leur destinée Les citoyennes des étangs.

Qae ferons-nom , s'il lui vient des enfiints? Dirent-elles au Sort : un seul Soleil à peine

Se peut sonflHr ; une demi-douzaine Mettra la mer à sec et tous ses habitants. Adieu ^ncs et marais : notre race est détruite ; Bientôt on la verra réduite A Teau du Styx. Pour un pauvre animal , Grenouilles , à mon sens , ne raisonnaient pas mal.

FABLE XIIL

Le Villageois et le Serpent

Esope conte qu'un manant ,

Charitable autant que peu sage ,

Un jour d'hiver se |M:omenant

A Tentour de son héritage , Aperçut un serpent sur la neige étendu , Transi , gelé , perclus , immobile rendu ,

IVayant pas à vivre un quart d'heure.

Le viUageots le prend, l'emporte en sa demeure ; Et , sans considérer quel sera le loyer *

D'une action de ce mérite ,

n retend le long du foyer,

Le réchauffe, le ressuscite.

L'animal engourdi sent à peine le diaud , Que Tâme lui revient avecque la cdère.

11 lève nn peu la tête , et puis siffle aussitôt ; Puis foit un long repli , puis tâche à fkire un'sant Contre son bienfaiteur, son sauveur, et son père. Ingrat, dit le manant, voilà donc mon salaire I Tu mourras I A ces mots, plein d'un juste courroux, D vous prend sa cognée, il vous tranche la béte ;

n fait trois serpents de deux coups ,

Un tronçon , la queue , et la tète.

L'insecte , sautillant , cherche à se réunir ;

Mais il ne peut y parvenir

U est bon d'être charitable :

Mais envers qui? c'est là le point.

Quant aux ingrats , il n'en est point Qui ne meure enfin misérable.

■ La récompoiM. Ce mot est enoore en usage eo poésie dans ce sens; el Voltaire a dit :

Trè»-p«a de sré, mille traiU de ittlre Sont le loyer de qoicooqac ose écrire.

épÊtt à ta duekg$tê du Jfo/M.

FABLE XIV

LeLiommeJeuUyeiU Regard.

De par le roi des animaux,

Qui dans s<ni antre était malade ,

Fut fait savoir à ses vassaux

Que chaque espèce en ambassade

envoyât gens le visiter ;

Sons promesse de bien traiter

Les députés ,-^ eux et leur suite ,

Foi de lion , trèftbien écrite :

Bon passe-port contre la dent,

Contre la griffe tout autant

L'édit du prince s'exécute :

De chaque espèce on lui députe.

Les renards gardant la maison ,

Un d'eux en dit cette raison :

Les pas empreints sur la poussière Par ceux qui s'en .vont foire au malade leur ooor, Tous , sans exception , regardent sa tanière;

Pas un ne marque de retour :

Cela nous met en méfiance.

Que sa majesté nous dispense :

Grand merci de son passe-port.

Je le crois bon : mais dans cet antre

Je vois fort bien comme l'on entre ,

Et ne vois pas comme on en sort.

FABLE XV

L'OUelewr^ VAiUimr, et PàhmeUe,

Les injustices des pervers Servent souvent d'excuse aux nôtres.

Telle est la loi de l'univers :

Si tu veux qu'on t'épargne^ épargne aussi les autres.

Un manant * au miroir prenait des oisillons. Le fantôme brillant attire ime alouette : Aussitôt an autour, planant sur les sillons.

Descend des airs , fond et se jette Sur celle qui chantait , quoique près du tombeau. Elle avait évité la perfide machme , Lorsque , se rencontrant sous la main de l'oiseau ,

Elle sent son ongle maline '.

* Ce mot est pris ici dans son ancien sens, et signifie an pay nUi un habitant des campagnes; il ne se prend plus qu'en mauTalis part.

• Vil. Dans toutes les éditions modernes on lit maligne, La Fontaine a mb an contraire mûline dans toutes les éditioDi qu'U a publiées et revues, et c'est son imprimevr qui, en réimprimant en 1093 ces six premiers liTres. sons la d«te de 1678 , a écrit tnaliffne. Ce n'est pas que ce mot s'écrivit de son temps différemment qu'on ne leraitanjourd'hui. nuis parce qu'il a usé du privilège qu'avaient les poètes d'altérer qudqnefois la

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