ACHILLE , BRISÉIS
ACHILLE
Oui , madame , je prends tous les dieux pour témoins Que vous seule avez fait mes pensers et mes soins. Je sais mal employer Tordinaire langage Des douceurs qu'à l'amour on donne en apanage ; Mais croyez , au défaut d^un entretien flatteur , Que ma bouche en dit moins qu'il n*en est daos mon cœur.
BRISBIS. '
Vous en dites assez , seigneur ; je sub contente , Et n'osais me flatter d'une si douce attente. Car que suis-je ? les Grecs m'ont ravi mes états : Il ne m'est plus resté que mes foibles appas. Ai-je droit de prétendre, esclave et malheureuse , Que d'une ardeur constante , autant que généreuse, Un prince tel que vous daigne me consoler, Et qu'au titre d'épouse il veuille m'appeler? Vos promesses , seigneur , et cet excè» de gloire , Font que je n'oserais en donter , ni le croire.
ACHILLE
C'est me connaître mal , que d'en pouvoir douter. Vos traits n'ont plus besoin de me solliciter; Le seul devoir le faii. Je hais les cœurs fVivoles : Mes principales lois sont mes simples paroles. Vous vous dites esclave ; et de qui? d'un amant ? C'est moi qui suis lié par les nœuds du serment. Reposez-vous sur eux , attendez sans alarmes : J'aurai devant les yeux ces serments et vos diarmes. Mon choix sera sans doute approuvé par Thétis ; Mais son amour pour moi , l'honneur diêtre son fils , Mes états , vos conseils, votre intérêt , madame , Arrêtent de mon cœur l'impatiente flamme. J'ai voulu prévenir , par un hymen secret , Un doute et des soupçons que je souffre à regret. Vous avez refusé ces marques de mon zèle ; L'hymen vous est suspect sans poippe solennelle ; J'y consens ; nous verrons vos parents et les miens ; Je reprendrai des Grecs vos états et vos biens ; Ce fer m'en est garant.
BRISéiS.
Ah ! seigneur , que la Grèce Possède en paix mes biens, qu'elleen soit la maîtresse: Je n'en estime qu'un ; vous l'aliez hasard^ : Vous disposez de vous sans me le demander. Je vous plais sans éiats, qu'importe d'être reine?
ACHILLE
Vous l'êtes : plaire ainsi , c'est être souveraine. La beauté , dont les traifi même aux dieux sont li doux»