SCÈNE II
CLÉOPÂTRE, GHÂRMION.
ciioPATaB , représêniie par Ragoiin.
>'oD , oon Je veux mourir ; ne m'en empêdie pas. àhtahl
eaïaniON , r^éseniée par le Décorateur.
Le vilain ton 1 prenez-le un peu plus bas. Cea'eitpoiotlà i^nrer, c'est miauler, princesse.
CLÉOPATJ^B.
Je veux miaoler, moi.
GHABMIOM. ^
D'où vient cette tristesse ?
Qoelle raison toiib fût négliger vos appas ? Ea qod eut ici paraissez-vous ? hélas 1 Tne reine d*Égypte en habit d'Espagnole 1 On va vous prendre ainsi pour Jeanneton la folle. AUex couvrir ce corps d'im autre accoutrement ; I>aQs votre garde-robe entrons vite un moment; Venez vermiUonner œ visage de plâtre.
CUBOPATRÈ.
Nourrice , an nom des dieux , laisse là Cléopâtre ; Elle ne pense plus qu'à mourir.
' Cette scène et tontes celles qai suivent , Jusqu'à la scène xi . tout une parodie très-pkisanle de la tragédie de Cléopâtre , de la ChapeUe, qui lot représentée ponr la premitoQ fois le tSmal tail, et qui eut nn trtefsrand succès. Les frères Parbit, dans l'Jïisfoire du ThédtrefiançiÀs, t XII. p. 286 à ZM . ont doimé des détails Intéressants sur la Chapelle et Mjr 3a pièce; mais ils n'ont point fiittce rapprochement
GHARMION.
A mourir 7
CLEOPATRE
De noirs pressentiments viennent m^en avertir. J'ai songé cette nuit un songe épouvantable : En tombant , mon miroir s'est cassé sur ma table ; Mon lacet s'est rompu , mon collier défilé ; Antoine , étant venu chez moi , s'en est allé ; Je me suis mise au bain , Teau paraissait bourbeuse; Le ciel brillait d'éclairs , la mer était grondeuse ; De funestes oiseaux frappaient Tair de leurs cris ; J'ai vu des loups-garoux , des hiboux , des esprits ; Octave s'est rendu maître d'Alexandrie ; Moi , pour me dérober à sa juste furie , J'ai couru me cacher dans ces fomeux tombeaux , Où de feu mes aïeux sont les tristes lambeaux... Tu me suivab partout , lorsque , las de combattre , Antoine m'a crié : Je me meurs , Cléopâtre 1 Et vite à moi , je suis vilainement blessé ; \ D'un grand coup de canon j'ai l'intestin percé : A séparer nos cœurs le sort têtu s'acliarne. J'ai mis , à ces grands cris , la tête à la lucarne : Charmion , qu'ai-je vu? j'ai vu ce conquérant , Ce héros , invalide, affireux , pâle , et mourant, Ranimer à mes yeux ses forces languissantes , Sangloter , et vers moi tendre ses mains sanglantes. Que te dirai-je enfin? tes soins ofRdeux Ont réduit en cordons nos voil^ précieux ; On l'en a garrotté : les chemises trempées , A le tirer à nous nous étions occuplées ; Courbant sous ce fardeau , les ampoules aux mains, Chacim , en maugréant , accusait les destins De voir en l'air pendu ce grand foudre de guerre, Quand la corde se rompt : crac, pouf, il tombe à terre. yoUà mon songe.
CHARMION
Ah, ciel! j'en frissonne pour vous; Mais rengainez vos pleurs , Antoine vient à nous.