LIVRE VI IL
JaiMter ' le Toolait ainsi.
QQ*esl-€e que Jupiter? on corps sans connaissance.
D*oà vient donc que son influence agit dUféremment sur ces deux iMmunes-cif Puis comment pénétrer josques à notre monde? Comment percer des airs la campagne profonde ? Peroer Mais , le Soleil , et des vides sans fin? Un atome la peut détourner en diemin : Où liront retrouver les /aisenrs d'horoscope? ^ L'état où nous voyons TEurope ' Mérite que du moins quelqu'un d'eux Tait prévu : Que ne Ta^t-il donc dit? Bfais nul d'eux ne Ta su. Llmmense éloignement , le point et sa vitesse ,
GeUe aussi de nos passions ,
Pennettent-iLs à leur faiblesse De suivre pas à pas toutes nos actions > Kotresort en dépend : sa course entre-suivie Neva, non plusque nous, jamais d'un même pas;
Et ces gens veulent au compas
Tracer le cours de notre vie I
n ne se font polot arrêter Aux deux faits ambigus que je viens de conter. Cefilspartrop chéri, ni le bonhomme Eschyle , ITy font rien : tout aveugle et menteur qu'est cet art , 0 peut frapper au but une fois entre mille;
Ce sont des effets du hasard.
FABLE XVIL
VAm et U Chie».
Q se font entr^aider; c*est la loi de nature. L'àne on jour pourtant s'en moqua :
Et ne sais comme il y manqua }
Car il est bonne créature.
Q allait par pays , accompagné do chien ,
Gravement , sans songer à rien ;
Tous deux suivis d'un commun maître.
Ce maître s'endormit. L'âne se mit à paître :
nétait alors dans un pré
Dontrberbe était fort à son gré.
Point de diardon pourtant ; il s'en passa pour l'heure : D ne ûnt pas toujours être si délicat; ^, faute de servir ce plat , Rarement un festin demeure.
Notre baudet s'en sut enfin pour cette fois. Le chien, mourant de faim , B dît : Cher compagnon , baisse-toi, je te prie : Je prendrai mon dîné dans le panier an pain.
«nqtldpUaêCe.
* Lonqne U Pontaioe composait cette table, praMioe loute rBBrope était CD guerre coolre U Fnuwe.
Point de réponse; mot' : leronsnn d'Aitadie
Craignit qu'en perdant un moment
Il ne perdit un coup de dent.
n fit longtemps la sourde oreille :
Enfin il répondit : Ami, je te conseille D'attendre que ton maître ait fini son sommeil ; Car il te donnera sans fiute, à son réveil ,
Ta portion accoutumée :
Il ne saurait tarder beaucoup.
Sur ces entrefaites un loup Sort du bois , et s'en vient : autre bête aftoiée. L'âne appelle aussitôt le chien à son secours. Le chien ne bouge, et dit : Ami , je te conseille De fuir en attendant que ton maître s'éveille ; Il ne saunât tarder : détale vite , et cours. Que si ce loup t'atteint , casse-lui la mâchoire : On t'a ferré de neuf; et , si tu veux m'en croire, Tu retendras tout plat. Pendant ce beau discours y Seigneur loup étrangla le baudet sans remède.
Je conclus qu'U faut qu'on s'entr'aide.
FABLE XVIII
Le Ba$$a et le âfarehand.
Un marchand grec en certaine contrée
Faisait trafic. Un bassa ' l'appuyait ;
De quoi le Grec en bassa le payait ,
Non en marchand : tant c'est chère denrée
Qu'un protecteor 1 Celutd coAtait tant ,
Que notre Grec s'alkût partout plaignant.
Trois autres Turcs , d'un rang moindre en puis<
Lui vont offrir leur support en commun, [sance ^
Eux trois voulaient moins de reconnaissance
Qu'à ce marchand il n'en coûtait pour un.
Le Grec écoute; avec eux il s'engage ;
Et le bassa do tout est averti :
Même on lui dit qu'il jouera , s'il est sage ^
A ces gens-là quelque méchant parti ,
Les prévenant , les chargeant d'un message
Pour Mahomet , droit en son paradis ,
Et sans tarder; sinon ces gens unis
Le préviendront , bien certains qu'à la ronde
n a des gens tout prêts pour le venger :
Quelque poison renverra protéger
Les trafiquants qui sont en l'autre monda.
Sur cet avis le Turc se comporta
Comme Alexandre ' ; et , plein de confiance ,
> Paa un mot BUIpae.
* Un bâcha ou padia.
* Qui but la médecine que lof présenta son médecin Philippe au moment oii 11 Tenait de recevoir une lettre qui lui annonçait que celui-ci voulait l'empoisonner. ( Amiun.. I. Il, c. iivi Jua- TJir., I. XI, c luii Plutaiob., in Jlexandr., p. 9S .
FABLES
Chez lemardMmd toat droit il s^en alla , Se mit à table. On vit tant d'assurance En ses discours et dans tout son maintien , Qu'on ne crut point qu'il se doutât de rien. Ami , dit-il , je sais que tu me quittes ; Même Ton veut que j*en craigne les suites ; Mais je te crois un trop homme de bien ; Tu n'as point Tair d'un donneur de breuvage. Je n'en dis pas là-dessus davantage.
<^uant à ces gens qui pensent t appuyer, Ecoute-moi : sans tant de dialogue Et de raisons qui pourraient t'ennoyer, Je ne te veux conter qu'un apologue.
n était un berger, son chien , et son troupeau. Quelqu*un lui demanda ce qu'il prétendait faire
D'un dogue de qui Tordinaire Était un pain entier. Il fallait bien et beau Donner cet animal au seigneur du village.
Lui, berger, pour plus de ménage ,
Aurait deux ou trois mâtineaux , Qui, lui dépensant moins, veilleraient aux troupeaux
Bien mieux que cette béte seule.
n mangeait plus que trois ; mais on ne disait pas
Qu*i| avait aussi triple gueule
Quand les loups livraient des combats.
Le berger s'en défait ; il prend trois chiens de taille A lui dépenser moins , mais à fuir la bataille. Le troupeau s'en sentit > et tu te sentiras
Du choix de semblable canaille.
Situ fais bien, tureviendras à moi.
Le Grec Iç crut.
Ced montre aux provinces Que, tout compté , mieux vaut en bonne foi S'abandonner à quelque puissant roi , Que s'appuyer de plusieurs petits princes.
FABLE XIX
U Avantage de la Science.
Entre deux bourgeois d'une ville S'émut * jadis un différend :
L'un était pauvre , mais habile ; L'autre, riche, mais ignorant. Celui-ci sur son concurrent Voulait emporter l'avantage ; Prétendait que tout homme sage était tenu de l'honorer.
C'était tout homme sot : car pourquoi révérer Des biens dépourvus de mérite?
La raison m'en semble petite.
* Surriat s*éleva«
MOD ami , disait-iî souvent Au savant ,
Vous vous croyez considérable';
Mais , dites-moi , tenez-vous table ?
Que sert à vos pareils de lire incessamment * f Us sont toujours logés à la troisième chambre *, Vêtus au mob de juin comme an mois de décembre, Ayant pour tout laquais leur ombre seulement.
La république a bien affaire
De gens qui ne dépensent rien !
Je ne sais d'honune nécessaire Que celui dont le luxe épand beHucOop de bien. Nous en usons , Dieu sait I notre plaisir occupe L'artisan , le vendeur, celui qui fait la jupe , Et celle qui la porte , et vous , qui dédiez
A messieurs les gens de finance
De méchants livres bien payés.
Ces mots remplis d^impertinence
Eurent le sort qu'ils méritaient.
L'homme lettré se tut , il avait trop à dire, La guerre le vengea bien mieux qu'une satire. Mars détruisit le lieu que nos gens habitaient :
L'un et l'autre quitta sa ville.
L'ignorant resta sans asile;
Il reçut partout des mépris :
L'autre reçut partout quelque fiivenr nouvelle.
Cela décida leur querelle.
Laissez dire les sots : le savoir a son prix.
FABLE XX
Jvpiter et Ui Tonnerreg.
Jupiter, voyant nos foutes , Dit un jour, du haut des airs :
Remplissons de nouveaux hôtes Les cantons de l'univers Habités par cette race Qui m'importune et me lasse.
Va-t'en , Mercure , aux enfers ; Amène-moi la Furie La plus quelle des trois.
Race que j*ai trop chérie , Tu périras cette foisi Jupiter ne tarda guère A modérer son transport.
> Sam oene. Cestdans ce kds que BoUeaua dit :
UTMUeiNdiacrliMAi«w«MiflwiiiaiDtne. .
irt |M«4f«« , cb. III, T. an.
Mab le mot ineêstamnient aignifte plut ordinalrcmeolMM délai.
> C'est-à-dire au troisièioe étage.