U DUCHESSE ,DE BOUILLON
Madame ,
C'est ïïftc quelque aorte de confiance qne je vons Mie cet ooTrige, non qo'il n'ait assorément des
* Uarie-Amie Mancini , nièce du cardinal de Masarin , née te l« août lero, épousa le doc de Bounion le 20 aWil 1062 Elle w la contante amie et la protectrice de la Fontaine. Elle ""ont le ai juin 1714.
défauts, et que le présent que je vons fais soil d'un tel mérite qu'il ne me donne sujet de craindre \ mais comme Votre Altesse est équitable , elle a^'éera du moins mon intention. Ce qui doit toucher les grands , ce n'est pas le prix des dons qu'on leur fait, c'est le zèle qui accompagne ces mêmes dons, et qui, pour en mieux parler , fait leur véritable prix auprès d'une âme comme la vôtre. Mais , Madame , j'ai tort d'ap' peler présent ce qui n'est qu'une simple reconnais* sance.
Ily^ longtemps que monseigneur le duc de Bouillon me couple de grâbes , d'autant plus grandes que je les mérite moins. Je ne suis pas né pour le suivre dans les dangers ; cet honneur est réservé à des des-* tinées plus illustres que la mienne : ce que je puis est de faire des vœux pour sa gloire , et d'y prendre part en mon cabinet, pendant qu'il remplit les pro^ vinces les plus éloignées des témoignages de sa va« leur ' , et qu'il suit les traces de son onde' et de ses ancêtres sur ce théâtre où ils ont paru avec tant d'é* clat, et qui retentira longtemps de leur nom et de leurs exploits. Je me figiire riiéritier de tous ces héros, cherchant des périls dans le même temps que je jouis d'une oisiveté que les seules Mases interrompent. Certes , c'est un bonheur extraordinaire pour moi , qu'un prince qui a tant de passion pour la guerre , teilerocQt ennemi du repos et de la mollesse , me voie d'un œil aussi favorable ^ et me donne autant de marques de bienveillance que si j'avais exposé ma vie pour son service. J'avoue , Madame , que je suis sensible à ces choses * heureux que Sa Majesté m'ait doniié un maître qu'on ne saurait trop aimer! malheuraux de lui être si inutile! jai cru que Votre A^esse serait bien aise que je la fisse entrer en société de louanges avec un époux qui lui est si cher. L'imion vous rend vos avantages communs, et en multiplie la ^oire, pour ainsi dire. Pendant que vous écoutez avec transport le récit de ses belles actions , il n'a pas moins de ravissement d'entendre ce que toute la France publie de la beauté de votre âme , de la vivacité de votre esprit , de votre humear bienfaisante, de l'amitié que vous avez contractées avec les Grâces ; elle est telle , qu'on ne croit pas que vous puissiez Jamais vous séparer. Ce n'est là qu'une partie des louanges que l'on vous donne. Je voudrais avoir un amas de paroles assez précieuses pour ache-
* Godefroy-Maurtce de la Tour, dac de Bouillon , après avoir bit quelques campagnes en France , aUa joindre MoatecncuUl pour combattre les Turcs , et se trouvait présent à ia victoire qu'on remporta contre eux le f •* août 1064. Après son retour en France , le doc de Bouillon se trouva à la prise de Toumay, à celle de Douai , et à celle de Lille. Lorsque la Fontaine écrl« vait cette épftre, en less. le duc de Bouillon acoompagnaii le rul à la conquête de la Fra«dheKkmité. Il était né ie 21 juiu 1641 1 et mourut le 25 JuiUet 4721.
s Turenne.
404 l-ES AMOURS DE PSYCHÉ.
Ver cet éloge, et poar tous témoigner, plus parlkitement que je. n'ai foii jiisqo*ici, ayec combien de passion et de zèle Je sois,