‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 524 sur 723 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

éaigme qu'elle leur exjdiquerait quelque jour, qiaiid les af&ires de son époux te lui permet* iraient. •

Les deux sœurs écoutaient ces choses avec uQchsgrmquiallaitjusqu au désespoir. Il fallut pourtant se ocmtraiûdre pour leur honneur, et aussi poorse conserver quelque créance en l'esprit de leur cadette : cda leur était nécessaire àos le dessein qu'elles avaient. Les maudites femmess'élaient proposéde tenter toutes sortes demoyenspouraigager leur sœur à se perdre , soit en lui donnant de mauvaises impressions de son mari , soit en renouvelant dans son âme le souvenir d'un de ses amants.

Huit jours se passèrent en divertissements coDlinaeis, à toujours changer : nos envieuses segard^ent bien de demander deux fois une iDàne chose; c'eût été faire plaisir à leur sœur, qui, de son c6té, les accablait de caresses. Moins elles avaient lieu de s'ennuyer, et plus eDes s'ennuyaient. Elles auraient pris congé dès ksecond jour, sans la curiosité de voir ce mari, qa'des ne croyaient ni si beau ni si aimable que disait Psyché. Beaucoup de raisons le leur faisaient juger de la sorte : premièrement les paroles de Torade; cette prétendue absence, qui se rencontrait justement dans le temps de br visite; cette province dont Psyché avait oublié le nom; Tembarras où elle était en parlant de son mari : elle n'en parlait qu'en hésitât, étant trop bien née et trop jeune pour pouvoir mentir avec assurance. Ses sœurs faisaient leur profit de tout. L'envie leur ouvrait Ittyeux: c'est un démon qui ne laisse rien ^dapper, et qui tire conséquence de toutes ^fcoses, aussi bien que la jalousie.

Au bout des huit jours , Psyché congédia ses Muées, avec force dons et prières de revenir : q^'oD ne les ferait plus attendre commeon avait fait; qu'elle tâcherait d'obtenir de son mari qoe les dragons fussent enchainés ; qu'aussitôt qu'elles seraient arrivées au pied du rocher on fe enlèverait au sommet, soit le Zéphyre en personne, soit son haleine : elles n'auraient qu'à s abandonner dans les* airs. Les présents que TO fit Psyché furent des essences et des pierfenes , force raretés à leurs maris, toutes ^rtes ^e jouets à leurs enfants: quant aux personnes ooni la beDe tenait le jour, deux fioles d'un

élixir capable de rajeunir la vieiliesse même.

Les deux sœurs parties, et le mari revenu , Psyché lui conta tout ce qui s'était passé, et le ^ reçut avec les caresses que l'absence a coutume de produire entre nouveaux mariés ; si bien que )e monstre, ne trouvant point l'amour de sa femme diminué ni sa curiosité accrue, se mit en l'esprit qu'en vain il craignait ses sœurs, et se laissa tellement persuader, qu'il agréa leurs visites, et donna les mains à tout ce que voulut sa femme sur ce sujet.

Les sœurs ne trouvèrent pas à propos de révéler ces merveilles : c'eût été contribuer ellesmêmes à la gloire de leur cadette. Elles dirent que leur voyage avait été inutile, qu'elles n'avaient point vu Psyché; mais qu'elles espéraient la voir par le moyen d'un jeune homme appelé Zéphyre, qui tournait sans cesse à l'entour du roc, et quelles gagneraient infailliblement, pourvu qu'elles s'en voulussent donner la peine.

Quand elles étaient seules, et qu'on ne pouvait les entendre, elles se plaignaient l'une à l'autre de la félicité de leur sœur. Si son mari, disait l'une, est aussi bien fait qu'il est riche, notre cadette se peut vanter que l'épouse de Jupiter n'est pas si heureuse qu'elle. Pourquoi le sort lui a-t-il donné tant d'avantages sur nous? Mëritions-nous moins que cette jeune étourdie? et n'avionspuous pas autant de beauté et plus d'esprit qu'elle? Je voudrais que vous sussiez, disait l'autre, quelle sorte de mari j'ai épousé: il a toujours une douzaine de médecins à l'entour de sa personne. Je ne sais comme il ne les fait point coucher avec lui : car, pour me faire cet honneur, cela ne lui arrive que rarement, et par des considérations d'état; encore faut-il qu'Esculape le lui conseille. Ma condition, continuait h première, est pire que tout cela ; car non-seulement mon mari me prive des caresses qui me sont dues, mais il en feit part à d'autres personnes. Si votre époux a une douzaine de médecins à l'entour de lui , je puis dire que le mien a deux fois autant de maîtresses, qui toutes, grâces à Lucine, ont le don de fécondité. La famille royale est tantôt si ample, qu'il y aurait de quoi faire une colonie très-oonsidérable. C'est ainsi que nos envieuses se confirmaient dans leur mécontentement et dans leur dessein. Un mois était à peine écoulé, qu'elles

LES AMOURS DE PSYCHÉ

proposèrenl un second voyage. Les parents l'approuvèrent fort ; les maris ne les désapprouvèrent pas : c'était autant de temps passé sans leurs femmes. Elles partent donc, laissent leur train à l'entrée du bois, arrivent au pied du rocher sans obstacle et sans dragons. Le Zéphyre ne parut point , et ne laissa pas de les enlever,

Ge jnéchant ooaple amenait aree lui La curieiue et misérable EoTie »

PAle démon , que le bonheur d'antmi Nourrit de flél et de mâaneoUe.

Cela ne les rendit pas plus pesantes ; au contraire, la maigreur étant mséparable de l'envie, la charge n'en fut que moindre, et elles se trouvèrent en peu d'heures dans le palais de ieur sœur. On les y reçut si bien , que leur déplaisir en augmenta de moitié.

Psyché , s'entretenant avec elles , ne se souvint pas de la manière dont die leur avait peint son mari la première fois ; et, par un début de mémoireo&tombentordinatrementceux qui ne disent pas la vérité , elle le fit de moitié plus jeune, d'une beauté délicate, et non plus un Mars, mais im Adonis qui ne ferait que sortir de page.

Les sœurs, étonnées de ces contradictions, ne surent d'abord qu'en juger. Tantôt eOes soupçonnaient leur sœur de se railler d'elles , tantôt de leur déguiserles défauts de son mari. A la fin elles la tournèrent de tant décotes, que la pauvre épouse avoua la chose comme elle était. Ce fut aussitôt de lui glisser leur venin, mais d'une maiûère que Psyché ne s'en pût ;ipercevoir. Toute honnête femme, luidirent^ dles , se doit contenter du mari que les dieux lui ont donné, quel qu il puisse être, et ne pas pénétrer plus avant qu'il ne plaît à ce mari. Si c'était toutefois un monstre que vous eussiez épousé, nous vous plaindrions; d'autant plus que vous pouvez en devenir grosse : et quel déplaisir de mettre au jour des enfonis que le jour n'éclaire qu'avec horreur, et qui vous font Vougir vous et la nature! Hélas! dit la belle avec un soupir , je n'avais pas encore fait deréflexion là-dessus. Ses sœurs lui ayant allégué de méchantes raisons pour ne s'en pas soucier, se séparèrent un peu d'elle, afin de hisser agir leur venin.

Quand die fut seule, toutes ses cramtes, ttHi$ ses soupçons lui revinrent dans la pensée. Ahl mes sœurs , s'écria-t-elle , en quelle peine tobs m'avez mise! Les personnes ridbes souhaiteDt d'avoir des enfimts: md qui ne suis entouree que de pierreries, il fiiut que je fasse des ?œux au contraire. Cest être bien malhenrense que de posséder tant de trésors, et apprâiender la fécondité! Elle demeura quelque temps comme ensevdie dans cette pensée, puis recommença avec [dus de véhémence qu'auparavant. Quoi! Psyché peuplera de monstres tout roniren! Psyché, à qui l'on a dit tant de fois qu'elle k peuplerait d'Amours et de Grâces! Non, non; je mourrai plutôt que de m'exposer davantage à un tel hasard. En arrive ce qui pourra, je veux m'édairdr; et ai je trouve que nx>n mari soit tel que je l'appréhende, il peut bien se pourvohr de femme ; je ne voudrais pas l'être un seul moment du jdus riche monstre de h nature.

Nos deux furies, qui ne s'étaient pas tant âoignées qu'elles ne pussent voir l'effet do poi* son, entendirent |dus d'à demi ces paroles, ei se rapprochèrent. Psyché leur déclara m^ ment la résolution qu'elle avait [Hise. Pour (n^ tifier ce sentiment, les deux sœurs le combattirent; et non contentes de le comhaitre,dies firent encore mille façons propres à augmenter la curiosité et l'inquiétude : elles se pariaient à l'oreille, haussaient les épaules, jetaientdes regards de pitié sur leur sœur.

La pauvre épousç ne put résister à tout cela. Elle les pressa à la fin d'une telle sorte, qu'après un nombre infini de précautions, elles lai dirent tout bas : Nous voulons bien vous aYe^ tir que nous avons vu sur le point du jour ud dragon dans l'air. Il volait avec assez dç peine, appuyésurIeZéphyre,qui Tolaitaussiàcôtéde lui. Le Zéphyre l'a soutenu jusqu'à l'entrée d'une caverne effroyable; là ledraigonracon* gédié, et s'est étendu sur le sable. Commenous n'étions pas loin, nous l'avons vu se repaître de toutes sortes d'insectes : vous savez que les a>^ nues de ce palais en fourfgillent. Après ce repas et un sifflement, il s'est traîné sur le ventre dans la caverne. Nous, 'qui étions étonnées et toutes tremblantes, nous nous sommcséloignées de cet endroit avec le moia« de bruit que nous

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