LIVRE II
Quoi! yons m'amènerez ici une matrone qui sera neuf mois de Tannée à toujours se plaindre! je la traînerai au bal avec moi! Savezrvous ce qu'il y a? ou renoncez à Psyphé , ou je ne veoi plus que vous passiez pour mon fils. Vous croyez peut-^tre que je ne puis fiiii^ un autre Amour, et que j-ai oublié la manière dont on les £É:je veux bien que vous sachiez que j*en ferai un quand il me plaira. Oui , j*en ferai un , plus joli que vous mille fois, et lui remettrai eoire les mains votre empire. Qu on me donne toui à Theure cet arc et ces flèches , et tout l'attirail dont je vous ai équipé; aussi bien vous est<iliiiutile désormais :je vous le rendrai quand TOUS serez sage.
L'Amour se mit à pleurer ; et prenant les nains de sa mère, il les lui baisa. Ce n'était pas encore parler comme il faut. Elle fit tout son possible pour Tobliger à donner parole qu*il re- Doocerait à Psyché ; ce qu'il ne voulut jamais faire. Cythérée sortit en le menaçant.
Pour achever le chagrin de cette déesse, Psyché arriva avec un paquet de laine aussi pesant ((u elle. Les choses s'étaient passées de ce c6téb avec beaucoup de succès. Le cygne avait merveilleusement bien fait son devoir , et les deux sylvains le leur ;de voir, de courir, et rien danoitage; hormis qu'ils dansèrent quelques chansons avec la suivante, lui dérobèrent quelques baisers, lui donnèrent quelques brins de thym et denuujdaiiie, et peutrétre la cotte verte; le tûQt avec la plus grande honnêteté du monde. Psyché cependant faisait sa main. Pas un des moutons ne s'écarta du troupeau pour venir à die. Les ronces se laissèrent ôter leurs belles robes sans la piquer une seule fois. Psyché re- Piosa la première.
A son retour , Cythérée lui demanda comme die avait fait pour traverser la rivière. Psyché f^pondît qu'il n'en avait pas été besoin , et que lèvent avait envoyé des flocons de laine de son <^. Je necroyais pas , reprit Cythérée , que la diose fût si iadle : je me suis trompée dans mes ii^^res , je le vois bien ; la nuit nous suggérera ^pelque chose de meilleur.
Le fils de Vénus, qui ne songeait à autre <^bose qu'à tirer Psydié de tous ces dangers , ^ qai n'attendait peut-être pour se raocommo- ^l^r avec elle que sa guérison et le retour de ses
forces, avait' remandé premièrement le phyre, et fait venir dans le voisinage une fée qui faisait parler les pierres. Rien ne lui était impossible : elle se -moquait du destin , disposait des vents et des astres, et faisait aller le monde à sa fantaisie.
Cythérée ne savait pas qu'elle fût venue. Quant au Zéphyi:e , elle l'aperçut , et ne douta nullement que ce ne fût lui qui eût assisté Psyché. Mais, s'étant la nuit avisée d'un commandement qu'elle croyait hors de toute possibilité, elle dit le lendemain à son fils : L'agent général de vos affaires n'est pas loin de ce château; vous lui avez défendu de s'écarter : je vous défie tous tant que vous êtes. Vous serez habiles gens l'un et l'autre si vous empêchez que votre belle ne succombe au commandement que je lui ferai aujourd'hui.
En disant ces mots , elle fit venir Psyché , lui ordonna de la suivre , et la mena dans la bassecour du château. Là , sous une espèce de halle , étaient entassés pêle-mêle quatre différentes sortes de grains , lesquels on avait donnés à b déesse pour la nourriture de ses pigeons. Ce n'était pas proprement un tas , mais une montagne. Il occupait toute la largeur du magasin , et touchait le faite. Cythérée dit à Psyché : Je ne veux dorénavant nourrir mes pigeons que de mil ou de froment pur : c'est pourquoi sépare ces quatre sortes de grains; &is-en quatre tas aux quatre coins dumonceau , un tas de chaque espèce. Je m'en vais à Amathonte pour quelques affaires de plaisir : je reviendrai sur le soir. Si à mon retour je ne trouve b tâche faite, et qu'il y ait seulement un grain de mêlé, je t'abandonnerai aux ministres de ma vengeance. A ces mots elle monte sur son char , et laisse Psyché désespérée. En effet , ce commande* ment était un travail , non pas d'Hercule, mais de démon.
Sitôt que l'Amour le sut , il en envoya avertir la fiée , qui , par ses suffumigations , par ses cercles, par ses paroles, contraignit tout ce qu'il y avait de fourmis au monde d'accourir à l'entour du tas , autant celles qui habitaient aux extrémités de la terre que celles du voisinage. Il y eut telle fourmi qui fit ce jour-là quatre mille lieues. C'était un plaisir que d'en voir des hordes et des caravanes arriver de tous les côté s
LES AMOURS D€ PSYGHË.
n en Tieot an dimats où oommaiide l'Aorora ,
De cens qoe ceint Téthys, efc l'Ooéin encore;
L'Indien dégarnit toutes lei régions ;
Le Garamante enfoie aoni ses légions ;
Il en part dn oonchant des nations entières ;
Le nintl ni le midi n'ont plut de foormiUèraa ;
Il semble qu'on en ait épuisé l'onivers ;
Les chemins en sont noirs , les champs en sont cooTerla ;
Maint vieux cbéne en fournit des cohortes nombreuses ;
Il n'est arbre mangé qui sous ses ToAtes creusée
Souffre que de ce peuple il reste un seul enaim :
Tout déloge; et la terre en tire de son sein.
L'éthiopiqne gent arrive, et se partage.
On crée en chaque troupe un maître de l'oarrage.
Il a l'œil sur sa bande ; aucun n'ose ftdllir.
On entend un bruit sourd ; le mont semble booilUr.
Déjà son tour décroît; sa hauteur diminue
A la soudaineté * l'ordre aussi contribue.
Gbaonn a son emploi parmi les tniTaillenrs :
L'un sépare le grain que l'antre emporte ailleim.
Le monceau disparait ainsi que par machine.
Quatre tas difTérents réparent sa ruioe :
De blé, riche présent qu'à l'homme ont Mi les deox ;
De mil, pour les pigeons manger délideai ;
De seigle, an goût aigret: d'orge rathddiisBante .
Qui donne aux gens du nord la cerroise engraissante.
Telles l'on démolit les maisons quelquefois :
La pierre est mise à part; à part se met le bois;
On Toét comme fourmis gens autoor de l'ouTrage.
En son être premier retourne l'assemblage :
Là sont des tas conftis de marbres non gravés,
£t là les ornements qui se sont conservés.
Lesfounniss'en retournèrent aussi vite qu'elles étaient venues , et n'attendirent pas le remerdment. Vivez heureuses , leur dit Psyché: Je vous souhaite des magasins qui ne désem^ plissent jamais. Si c'est un plaisir de se tourmenter pour les biens du monde , tourmentezvous , et vivez heureuses.
Quand Vénus fut de retour, et qu'elle aperçut les quatre monceaux , son éionnement ne fut pas petit; son chagrin fut encore plus grand. On n'osait approcher d'eUe , ni seulement la regarder. 11 n'y eut ni Amours ni Grâces qui ne s'enfuissent. Quoi! dit Cythérée en elie-méme une esclave me résisterai je lui fournirai tous les jours une nouvelle matière de triompher! Et qui craindra désormais Vénus ? qui adorera sa puissance? car pour la I)eauié , je n'en parle plus; c'est Psyché qui en est déesse. 0 destins que vous ai-je fait ? Junon s'est vengée dlo et de beaucoup d'autres; U n'est femme qui ne se
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venge : Cythérée seule se vwt privée de ce doux plaisir! si ^ fiiut-il que j'en vienne à bout. Vous n'êtes pas encore à la fin , Psyché; moo fib vous lait tort ; fins il s'opiniâtre à vous protéger, plus je m'opiniétrerai à vous perdre.
Cette résolution n'eut pas tout l'effet qae Vénus s'était promis. A deux jours de là die fit appeler Psyché; et, dissimulant son dépit: Puisque rien ne vous est impossible, lai ditelle , vous irez bien au royaume de Proseipine. Et n'espérez pas m'échapper quand vous serez hors d'ici : en quelque lieu de la terre que vous soyez, je vous trouverai. Si vous voulez toutefois ne point revenir des enfers , j'en suis trèscontente. Vous ferez mes complimentsà la reine de ces lieux-là , et tous lui direz que je la prie de me donner une boîte de son fard ; j'en ai besoin , comme vous le voyez : la maladie de mon fils pi'a toute changée. Rapportez-moi, sans tarder, ce que l'on vous aura donné, et n'y touchez point.
Psydié partit tout à Theure. On ne la laissa parler à qui que ce soit. Elle alla trouver la «e que son mari avait fait vem'r : cette fee éuit dans le voisinage, sans que personne en sût rien. De peur de soupçon , elle ne tint pas long discours à notre héroïne. Seulement elle lui dit: Vous voyez d'ici une vieille tour ; allez-y lont droit , et entrez dedans , vous y apprendrez ce qu'il vous feut feire. N'appréhendez point les ronces qui bouchent b porte; elles se détourneront d'elles-mêmes.
Psyché remercie la fiée , et s'en va an vieux bâtiment. Entrée qu'elle fut, la tour lui parb. Bonjour, Psyché , lui dit-elle; que votre voyage vous soit heureux I Ce m'est un très-grand booncur de vous recevoir en mes murs : jamais rien de si charmant n'y était entré. Je sais le sujet qui vous amène. Plusieurs chemins conduisent aux enfers; n'en prenez aucun de ceux qu'on prend d'ordinaire. Descendez dans cette cave que vous voyez, et garnissez-vous aupara>Mt de ce qui est à vos pieds : ce panier à anse vous aidera à le porter.
Psyché baissa aussitôt la vue ; et , comme le faite de la tour était dàx>uvert , elle vit à terre une lampe , six boules de cire , un gros pa-
> Awrfann/,AHif, etc. Cet emploi de ta particole tf «t tria fréquent (tam U Fontaiiie.