LIVRE II
un die?al , un bœof , le monstre k ramenait eo plusieurs retours, et en entortillait les jambes de l'animal avec taut de soudaineté * et de force, qu*0 le faisait trébucher, se jetait dessus , puis s'en repaissait. Peu de voyageurs s'y trouvaient surpris : l*endroit éiait plus connu et plus dif- Eunë que le voisinage de Scylla et Charybde. Lorsque Psyché alla à cette fontaine, le monstre se réjouissait au soleil , qui tantôt dorait ses écailles, tantôt les faisait paraître de cent couleurs.
Psyché , qui savait quelle distance il Saillait laisser entre lui et elle, car il ne pouvait s'étoidre fort loin , le Sort Tayant attaché avec des chaînes de diamant ; Psyché , dis-je , ne s'effraya pas beaucoup : elle était accoutumée à voir des dragons. Elle cacha le mieux qu'il lui fiit possible sa cruche, et commença mélodieusement ce récit:
Dnfoo, gentil dragon, è la gorge béante.
Je niis messagère des dienx :
Ds m'ont envoyée en oea Keixz Taimoocer qne bientôt nne jeune serpente , El qm change au soidi de couleur comme toi ,
Tiendra partager ton emploi ; TVi le dois enauyer à fiiire cette Tie ;
Amour t'euTcrra compagnie, nragno, gentil dragon, qne te diraiie enoor
Qui te cbatonille et qui te plaise?
ToD dos reluit comme fin or :
Tes yeux sont flambants comme braise.
1^ te peux rajeunir sans dépouiller ta peau. Quelle tétidté d'avoir obez toi cette eau! S ta vcnx fenricbir, permets qne Ton y puise; Quelque tribut qu'il foille, U te sera porté : J'en sais qni, pour avoir cette commodité ,
Donneront jusqu'à leur chemise.
Psydié chanta beaucoup d'autres choses qui n'aifaienl aucune suite , et que les oiseaux de ces lieux ne purent par conséquent retenir, ni ooos les apprendre. Le dragon Técouta d'abord avec on trè&grand plaisir. A la fin il commença à bàiUer, et puis s'endormit. Psyché prend vite roocasion. Il fallait passer entre le dragon et Fun des bords de l'entrée: à peine y avait-il assez de place pour une personne. Peu s'en fallut que la belle , de frayeur qu'elleeut , ne laissât tomber sa cruche ; ce qui eût été pire que b goutte d'huile. Ce dormeur-ci n'était pas fsài
'Voyetd dessus, p. 4S6.
comme l'autre : son courroux et ses remontrances, c'était de mettre les gens en pièces. Notre héroïne vint à bout de son entreprise * par un grand bonheur. Elle emplit sa cruche, et s'en retourne triomphante.
Vénus se douta que quelque puissance divine l'avait pistée. De savoir laquelle , c'était le point. Son fils ne bougeait du lit. Jupiter ni aucun des dieux n'auraient laissé Psyché dans cet esclavage : les déesses seraient les dernières à la secourir. Ne t'imagine pas en être quitte., lui dit Vénus : je te ferai des commandements si difficiles, que tu manqueras à quelqu'un ; et pour châtiment tu endureras la mort. Va me quérir de la laine de ces moutons qui paissent au delà du fleuve; je m'en veux iiaiire Caire un habit. C'étaient les moutons du Soleil; tous avaient des cornes, furieux au dernier point ,• et qui poursuivaient les loups. Leur laine était d'une couleur de feu si vif qu'il éblouissait la vue. Ils paissaient alors de l'autre côté d'une rivière extrêmement large et profonde , qui traversait le vallon à mille pas ou peu plus de ce château.-
De bonne fortune pour notre belle, Junon et Cérès Wnrent voir Vénua dans le moment qu'elle venait de donner cet ordre. Elles lui avaient déjà rendu deux autres visites depuis la maladie de son fils , et avaient aussi vu l'Amour. Cette dernière visite empêcha Vénus de prendre garde à ce qui se passerait , et donna une facilité à noire héroïne d'exécuter ce commandement. Sanscela il auraitété impossible, n'y ayant ni pont , ni bateau , ni gondole sur la rivière.
Celte suivante qui était de l'intelligence dit à Psyché : Nous avons ici des cygnes que les Amoui*s ont dressés à nous servir de gondoles : j'en prendrai un; nous traverserons la rivière par ce moyen. Il faut que je vous tienne compagnie , pour une raison que je vas vous dire : c'est que ces moutons sont gardéspar deux jeunes enfonts sylvains qui commencent déjà a courir après les nymphes. Je passerai la première , et amuserai les deux jeunes faunes, qui ne manqueront pas de me poursuivre sans autre dessein que de folâtrer; car ils me connaissent, et savent que j'appartiens à Vénus : au pis aller j'en serai quitte pour deux baisers; vous passerez cependant. Jusque4à voilà qui va bien , repartit Psy-
4flS
chë; mais comment approcheraî-Je des mou- , tons ? me oonnaissent-iis aussi f savent-ils que '.j'appartiens à Vénus? Vous prendrez de leur laine parmi les ronces , répliqua cette suivante : ils y en laissent quand elle est niûre et qu'elle commence à tomber : tout ce canton-là en est plein. Comme la chose avait été concertée, elle réussit. Seulement , au lieu de deux baisers que Ton avait dit , il en coûta quatre.
Pendant que notre bergère et sa compagne exécutent leur entreprise , Vénus prie les deux déesses de sonder les sentiments de son fils. II semble, à l'entendre, leur dit-elle, qu'il soit fort en cdière contre Psyché; cependant il ne laisse pas sous main de lui donner assistance : au moins y a-t-il lieu de le croire. Vous m'êtes amies toutes deux , détournez-le de cet amour: *reprësentez-lui le devoir d'un fils ; dites-lui qu'il se fait tort. Il s'ouvrira bien plutôt ù vou^ qu'il ne ferait à sa mère.
Junon et Gérés promirent de s'y employer. Elles allèrent voir le malade. Il ne les satisfit point , et leur cacha le plus qu'il put sa pensée. Toutefois , autant qu'elles purent conjecturer, cette passion lui tenait encore au cœur. Même il se plaignit de ce qu'on prétendait le gouverner ainsi qu'un enfont. Lui un enfant! on ne considérait donc pas qu'il terrassait les Hercules , et qu'il n'avait jamais en d'autres toupies que leurs cœurs. Après cela, disait-il, on me tiendra encore en tutelle ! on croira me contenter de moulinets et de papillons, moi qui suis le dispensateur d'un bien près de qui la gloire et les richesses sont des poupées ! C'est bien le moins que je puisse faire que de retenir ma part de cette félicité-là. Je ne me marierai pas, moi qui en marie tant d'autres !
Les déesses entrèrent en ses sentiments , et retournèrent dire à Vénus comme leur légation s'était passée. Nous vous conseillons en amies, ajoutèrent-elles , de laisser agir votre fils comme il lui plaira : il est désormais en âge de se conduire. Qu'il épouse Hébé, repartit Vénus : qu'il choisisse parmi les Muses , parmi les Grâces , parmi les Heures; je le veux bien. Vous moquez-vous? dit Junon. Voudriez-vous donner à votre fils une de vos suivantes pour femme? et encore Hébé,qui nous sert à boire? Pour les Muses, ce n'est pas le foit de FAmour qu'une
précieuse ; elle le ferait enrager. La beauté des Heures est fort journalière : il ne s'en accommodera pas non plus. Mais enfin , répliqua Vénus, toutes ces personnes sont des déesses , et Psyché est simple mortelle. N'est-ce pas un parti bien avantageux pour mon fils que la cadette d'un roi de qui les ^tats tourneraient dans la bàisse-oour de ce château? Ne méprisez pas tant Psyché , dit Cérès : vous pourriez pis foire que de la prendre pour votre bru. La beauté est rare parmi les dieux; les richesses et la puissance ne le sont pas. J'ai bien voyagé , comme vous save2; mais je n'ai point vu de personne si accomplie. Junon fut contrainte d'avouer qu'elle avait raison ; et toutes deux conseillèrent Cythérée de pourvoir son fils. Quel plaisir quand elle tiendrait entre les bras un petit Amour qui ressemblerait à son père ! Vénus demeura piquée de ce propos-là : le rouge lui monta au front. Cela vous siérait mieux qu'à moi , reprit-elle brusquement. Je me suis regardée tout ce matin ; mais il ne m'a point semblé que j'eusse encore l'air d'une aïeule. Ces mots ne demeurèrent pas sans réponse; et les trois amies se séparèrent en se querellant.
Cérès et Junon étant montées sur leurs chars, Vénus alla foire des remontrances à son fils; et le regardant avec un air dédaigneux :
Il vous sied bien , lui dit-elle , de vouloir vous marier, vous qui ne cherchez que le plaisir! Depuis quand vous est venue , dites-moi , une si sage pensée? Voyez, je vous prie, l'homme de bien et le personnage grave et retiré que voilà ! Sans mentir, je voudrais vous avoir vu père de famille pour un peu de temps : comment vous y prendriez-vous? Songez, songez à vous acquitter de votre emploi, et soyez le dieu des amants : la qualité d'époux ne vous convient pas. Vous êtes accablé d'affoires de tons côtés; l'empire d'Amour va en décadence; tout languit; rien ne se conclut : et vous consumez le temps en des propositions inutiles de mariage! Il y a tantôt trois mois que vous êtes au lit, plus malade de fontaisie que d'une brûlure. Certes, vous avez été blessé dans une occasion bien glorieuse pour vous! Le bel honneur, lorsque Ton dira que votre femme aura été cause de cet accident ! Si c'était une maîtresse , je ne dis pas