‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 549 sur 723 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

rOlympe. Vous verrez que sa beauté ne sera pas un petit ornement pour votre cour. Ne craignez point que les autres lui portent envie : il y a trop d'inégalité entre ses charmes et les leurs. La plus intéressée c'est ma mère, qui y consent.

Jupiter se rendit à ces raisons, et accorda à rAroour ce qu'il demandait. Il témoi{jna qu'il apportait son consentement à l'apothéose, par uoe petite inclination de télé qui ébranla légèrement l'univers, et le fit trembler seulement une demi-heure.

Aussitôt l'Amour fit mettre les cygnes à son char, descendit en terre, et trouva samère,qui elle-même faisait office de Grâce autour de Psyché, non sans lui donner mille louanges et presque autant de baisers. Toute cette cour prit le chemin de l'Olympe, les Grâces se promettant bien de danser aux noces.

Je n'en décrirai point la cérémonie, non plus que celle de l'apothéose : je décrirai encore moins les plaisirs de noséi)Oux; il n'y a qu'eux seubqui pussentétrecapablesde les exprimer. Ces plaisirs leur eurent bientôt donné un doux gage de leur amour, une fille qui attira les dieux et les hommes dès qu'on la vit. On lui a bâti des temples, sous le nom de la Volupté.

0 doQoe Yolapté, mus qui, dèi notre enfiiDGe , Le mre et le mourir nous deviendraleot égaux; Aimaot nnifend de tous les animaux , Que tu sais attirer aveoque fiolenoe l

Par toi tout se meut ici-)jas.

C'ert pour toi, c'est pour tes appas.

Que nous courons après la peine :

11 n'est soldat, ni capitaine, Ni ministre d'état, ni prince, ni sujet.

Qui na t'ait pour unique objet.

Nous autres nourrissons, si , pour fruit de nos Teilles, Un bruit délicieux ne charmait nos oreilles ; Si nous ne nous sentions chatouillés de ce son,

Fei-ions-nous un mot de chanson ? Ce qu'on appelle gloire en termes magnifiques. Ce qui serrait de prix dans les jeux olympiques , K'cst que toi proprement, divine Volupté. Et le plaisir des sens n'est-U de rien compté f

Pourquoi sont faits les dons de Flore ,

Le Soleil couchant et l'Aurore ,

Pomooe et ses mets délicats ,

* Baechus, l'Ame des bons repas ,

Les forMs, les eaux, les prairies ,

Hères des douces réTcries t

Pourquoi tant de beaux-arts, qui tous sont tes enfants? Mais pourquoi les Cbloris aux appas triomphants.

Que pour maintenir ton commerce?

J'entends innocemment : sur son propre désir

Quelque rigueur que l'on exerce.

Encore y prend-on du plaisir.

Volupté, Volupté, qui fus jadis maîtresse

Du plus bel esprit de la Grèce , Ne me dédaigne pas, yiens-t'en loger cbes moi ;

Tu n'y seras pas sans emploi; J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique, La ville et la campagne , enfin tout; il n'est rien

Qui ne me soit souverain bien , Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique. Viens donc; et de ce bien, à douce Volupté, Veux-tu savoir au vrai la mesure certaine? Il m'en faut tout au moins un siècle bien compté.

Car trente ans ce n'est pas la peine.

Polyphile cessa de lire, il n'avait pas cru pouvoir mieux finir que par l'hymne de la Volupté, dont le dessein ne déplut pas tout à fait à ses trois amis.

Après quelques courtes réflexions sur les principaux endroits de l'ouvrage : Ne voyezvous pas, dit Ariste , que ce qui vous a donné le plus de plaisir, ce sont les endroits où Polyphile a tâché d'exciter en vous la compassion?

Ce que vous dites est fort vrai, repartit Acanthe; mais je vous prie déconsidérer ce gris de lin, ce couleur d'aurore, cet orangé, et surtout ce pourpre , qui environnent le roi des astres. En efFet, il y avait très-longtemps que le soir ne s'était trouvé si beau. Le soleil avait pris son char le plus éclatant et ses habits les plus magnifiques.

n semblait qu'il se fût paré Pour plaire aux filles de Nérée; Dans un nuage bigarré 11 se coucha cette soirée.

L'air était peint de cent couleurs.

Jamais parterre plein de fleurs T^'eut tant de sortes de nuances.

Aucune vapeur ne gelait , Par ses malignes influences, Le plaisir qu'Acanthe goAtait

On lui donna le loisir de considérer les dernières beautés du jour : puis la Tune étant en son plein , nos voyageurs et le cocher qui les conduisait la voulurent bien pour leur guide.

FIN DES AMOURS DE PSYCHÉ

ADONIS

POEME. — ^669

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