DE LA SECONDE ÉDITION EN
Il y à longtemps que cet ouvrage est composé ; el peutêtre n'en est-il pas moins digne de voir la lomière. Quand j'en conçus le dessein, j'avais plus d'imagioalioa que je^ n'en ai aujourd'hui. Je m'étais toute ma vie exercé à oe genre de poésie que nous nommons héroïque : c'est assurément le plus beau de tous, le plus fleuri, le plus sosoeptibie d'omemenU, et de ces figures nobles et hardies qui foot une langue à part, une langue assex charmante pourroériter gu'on l'appelle la langue des dieux. Le fondsqoe j'en avais ftit, soit par la lecture des anciens, soit psr celle de quelques-nus de nos modernes, s'est presque eDtièr^ ment consumé dans l'embellissement de ce poème, bien que l'ouvrage soit court, et qu'à proprement psrierîl ne mérite que le nom d'idylle. Je l'avais Ait Bosrdier à la suite de Psyché, croyant qn'U était A propos de joindre aux amours du fils celles de la mère. Beanooop de personnes m'ont dit que je fiiisais tort « l'Adonis. Les ralsofls qu'ils en apportent sont bonnes ; mais je m'imagioe qœ le public se soucie très-peu d'en être informé; ainsi Je les laisse à part. On est ieUement rebuté des poèmes A présent, que j'ai toujours craint cfue celni-d ne reçût no msoras accueil, et ne tài enveloppé dans la commune diagHoe'i' est vrai qoe la matière n'y est pas sujette. Si don oMé le goût du temps m'est contraire, de l'auh* il m»» ft^"*; ble. Ck)mbien y a-t-il de gens aujourd'hui qui fermeni
ADONIS* POEME, v
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reotrée de leur cibiiMt aux dh inités que fal oootiune de célélirer? fl n'ett pas betolo que je les nomme, od sait saa qoe c'est l'Amour et Yéoiis; ces pnissançesont moins «TenDemis qu'elles n'en ont jamais ea. Noos sommes en on siide où on écoute asses fiiTorablement tout ce qui Tc^irde cette femille; pour mol, qui lui dois les plus doux nanents qoe j'aie passés jusqu'ici, j'ai cru nepouiroir moins fiire que de raconter ses aTentures de la fkiçon la plus «résMe qa'U m'est possible.
ADONIS
POKMB.
JeD*ai pas entrepris de chanter dans ces vers Rome ni ses enfents vainqueors de Punivers , M les fameuses tours qu'Hector ne put défendre , M les combats des dieux aux rives du Scamandre : Ces sujets sont trop hauts , et je manque de voix ; Je n'ai jamab chanté que Tombrage des bois , Flore , Echo , les Zéphyrs et leurs molles haleines , Le vert tapis des prés et l'argent des fontaines. Cest parmi les forêts qu'a vécu mon héros; Cest dans les bois qu'Amour a troublé son repos. Ma muse en sa foveur de myrte s'est parée; J'ai voulu câébrer l'amant de Cythérée , Adonis, dont la vie eut des termes si courts , Qui fut pleuré des Ris , qui fut plaint des Amours,
Aminte , c'est à vons que j'offre cet ouvrage ; Kcf cfaansoaset mes vœux, tout vous doit rendre hommage; Trop heureux si j*osais compter à l'univers Les toorments infinis qoe pour vons j^ai soufferts ! Quand voos me permettrez de chanter votre gloire , Quand vos yeux , renommés par plus d^une victoire , Me laisseront vanter le pouvoir de leurs traits , £t Tempire d* Amour accru par vos attraits , Je TOUS peindrai si belle et si pleine de charmes , Que clucan bénira le sujet de mes larmes. Voili Panique but où tendent mes souhaits. Cependant recevez le don que je vous fois ; Ne le dédaignez pas : lisez cette aventure , Dont , poor vons divertir, j'ai tracé la peinture.
^nx monts idaliens un bois délicieux ûe ses arbres chenus semble toucher les cieux. Sooa ces ombrages verts loge la Solitnde. Là le jeane Adonis , exempt d*inqniétnde , Loin dn brait des cUés, s'exerçait à chasser, Ne croyant pM qu'Amour pût jamais l'y blesser. A peine son menton d'un mol duvet s'ombrage , Qu'aux pins fiers animaux il montre son courage. Ce n*est pas le seul don qtfil ait reçu des cieux :
Il semble être fbrmé pour le plaisir des yenx.
Qu'on ne nons vante point le ravisseur dHélène,
NI celui qui jadis aimait une ombre vaine ,
Ni tant d*autres héros fiimeux par leurs appas :
Tous ont cédé le prix aux fils de Cyniras*.
Déjà la Renommée , en naissant indonnue ,
Nymphe qui cache enfin sa tête dans la nue ,
Par un charmant récit amusant Tunivers ,
Va parier d'Adonis à cent peuples divers ,
A ceux qui sont sous TOurse, aux voisins de TAurore,
Aux filles du Sarmate , aux pucelles du More.
Paphos sur ses autels le voit presque élever ,
Et le cœur de Vénus ne sait où se sauver.
L'image dn héros , qu'elle a toujours présente ,
Verse au Ibnd de son âme une ardeur violente:
Elle invoque son fils , die implore ses traits ,
Et tâdie d*assembler tout ce qu'elle a d'attraits.
Jamais on ne lui vit un tel dessein de plabre ;
Rien ne lui semble bien , les Grâces ont beau fUre.
Enfin , s'accompagnant des plus discrets Amours,
Aux monts idaliens elle dresse son cours.
Son ohar , qui traœ en Tair de longs traits de Inmi^ ,
A bientôt achevé l'amoureuse carrière.
Elle trouve Adonis près des bords d'un ruisseau;
Couché sur des gazons , il rêve, au bruit de Veau.
Il ne voit presque pas Tonde qu'il considère :
Mais l'édat des beaux yenx qu'on adore en Gythère
L'a bientôt retiré d'un penser si profond.
Cet objet le surprend , l'étonné , et le confond ;
Il admire les traits de la fille de Fonde.
Un long tissu de fleurs , ornant sa tresse blonde ,
Avait abandonné ses cheveux aux zéphyrs ;
Son édiarpe , qui vole au gré de leurs soupirs y
Laisse voir les trésors de sa gorge d'albfltre.
Jadis en cet état Mars en fût idolâtre ,
Quand aux diamps de l'Olympe on célébra des jeux
Pour les Titans déftuts par son bras valeureux.
Rien ne manque à Vénus , ni les lis , ni les roses >
Ni le mélange exquis des pins aimables choses ,
Ni ce charme secret dont 1 oril est enchanté ,
Ni la grâce , plus belle encor que la beauté.
Telle on vous voit , Aminte : une glace fidèle
Vous peut de tous ces traits présenter un modèle ;
Et , s'il fallait juger de Vabjet le plus doux.
Le sort serait douteux entre Vénus et vous.
* Selon la tradition la plus omnnrane. Adonis fàt If fknit dn oommeroe inoestiieoi de If yrifia avec aoo père Cynire. (Yoyet Orfcle, MiAmn,, Ht. X, lab.x. T. 503.) Hygin, bble uin. nomme Smyroe la fiUe de Cynfre , mère d'Adonis. Une antre tradition nommait Tbeios le père d'Adonis; mais toutes disent que ce père était roi d'Assyrie : ce qui prouve que cette fable a uneorisine orientale. ( Voyei ApollodoK, Ih. III. S ■▼ ; Antonlnus Liberalis,iVi(iiTal.34 ; Opgioa, Halieui, UU ▼. èOSt Lucien, de la Déesse de Syrie, oh. Ti; et Pindare. l'yU. il. T. 27 et 2S.
ADONIS
Tandis que le héros admire Cythérée , Elle rend par ces mots son âme rassurée : Trop aimable mortel , ne crains point mcm aspect ; Que de la part d*Amoar rien ne; te soit suspect : En ces lieux écartés c'est lui seul qui m'amène. Le ciel est ma patrie , et Paphos mon domaine. Je les quitte pour toi i vois si tu veux m'aimer. he transport d'Adonis ne se peut exprimer. O dieux I s'écria-t-il , n'est-ce point quelque songe ? Pais-je embrasser Terreur où ce discours me plonge? Charmante déité , vous dois-je ajouter foi? Quoi I vous quittez les cieux , et les quittez pour moi 1 Il me serait permis d'aimer une immortelle I Amour rend ses sujets tous égaux , lui dit-elle ; La beauté , dont les traits inème aux dieux sont si doux , Est quelque chose encor de plus divin que nous. Nous aimons , nous aimons , ainsi que toute chose : Le pouvoir de mon Gis de moi-même dispose : Tout est né pour aimer. Ainsi parle Vénus ; Et ses yeux éloquents en disent beaucoup plus , Ils persuadent mieux que ce qu'a dit sa bouche. Ses regards , truchements de Tardeur qui la touche, Sa beauté souveraine , et les traits de son fils , Ont contraint Mars d'aimer : que peut faire Adonis? Il aime , il sent couler un brasier dans ses veines ; Les plaisirs qu'il attend sont accrus par ses peines : Il désire, il espère, il craint , il sent un mal A qui les plus grands biens n'ont rien qui soit égal. Vénus s'en aperçoit , et fdnt qu'elle l'ignore : Tous deux de leur amour semblent douter encore ; Et , pour s en assurer y chacun de ces amants Mille fois en un jour fait les mêmes serments. Quelles sont les douceurs qu'en ces bois ils goûtèrent 1 O vous de qui les voix jusqu'aux astres montèrent. Lorsque par vos chansons tout Tunivers charmé Vous ouït célébrer ce couple bîen-aimé, Grands et nobles espiits , chantres inc(miparables , Mêlez parmi ces sons vos accords admirables. Écho , qui ne tait rien , vous conta ces amours ; Vous les vîtes gravés au fond des antres*60urds : Faites que j'en retrouve an temple de mémoire Les monuments sacrés , source de votre gloire , Et que , m'étant formé sur vos savantes mains , Ces vers puissent passer aux derniers des humains ! Tout ce qui naît de doux en Tamoiveux empire , Quand d'une égale ardeur l'un pour l'autre on soupire, Et que , de la contrainte ayant banni les lois , On se peut assurer au silence des bois , Jours devenus moments , moments filés de soie» Agréables soupirs , pleurs enfants de la joie, Vœux, serments et regards, transports , ravissements , Mélange dont se fait le bonheur des amants ; Tout par ce couple heureux fut lors mis en usage. Tantôt ils choisissaient l'épaisseur d'un ombrage :
Là, sous des chênes vieux oà leurs chiffres gravés Se sont avec les trancs accrus et conservés , Mollement étendus ils consumaient les heures , Sans avoir pour témoins , çn ces sombres demeures Que les chantres des bois , pour confidents qu'Amonr Qui seul guidait leurs pas en cet heureux séjour. Tantôt suc des tapis d'herbe tendre et sacrée Adonis s'endormait auprès de Cythérée , Dont les yeux , enivrés par des diarmes poissaots, Attachaient au héros leurs regards languissants. Bien Movent ils chantaient les douceurs de leon pdiiei ; Et quelqnef(NS assis sur le bord des fontaines , Tandis que cent cailloux , luttant à chaque bond, Suivaient les longs réplis du cristal vagabond : Voyez , disait Vénus , ces ruisseaux et leur course; Ainsi jamais le temps ne remonte à sa source : Vainement pour les dieux il fuit d'un pas léger; Mais vous autres mortels le devez ménager, Consacrant à l'Amour la saison la plus belle. Souvent, pour divertir leur ardeur mutuelle, Us dansaient aux chansons , de nymplies entourés. Combien de fois la lune a leurs pas éclairés, Et, couvrant de ses rais ' Témail d'une prairie, Lésa vus à l'envi fouler l'herbe fleurie! Combien de fois le jour a vu les antres creux Complices des larcms de ce couple amoureux I Mais n'entreprenons pas d'ôter le voile sombre De ces plaisirs amis du silence et de l'ombre.
n est temps de passer au funeste moment Où la triste Vénus doit quitter son amant Du bruit de ses amours Paphos est alarmée; On dit qu'au tond d'un bois la déesse cbannée, Inutile aux mortels, et sans soins de leurs vœux , Renonce au culte vain de ses temples fameux. Pour dissiper ce bruit, la reine de Cytbère Veut quitter pour un temps ce séjonr solitaire. Que ce cruel dessem lui causa de douleurs- Un jour que son amant la voyait tout en pleurs, Déesse , lui dit-il , qui causez mes alarmes , Quel ennui si profond vous oblige à ces larmes? ^ Vous aurais-je offensée, ou ne m' aimez-vous pi» Ah! dit-elle , quittez ces soupçons superaus; Adonis tâcherait en vain de me déplaire: Ces pleurs naissent d'amour , et non pas de colère. D'un déplaisir secret mon coeur se sent atteint: Il faut que je vous quitte , et le sort m'y conwn». Il le faut. Vous pleurez I Du moins, en mon aw^' Conservez-moi toujours uncœor plein de <*°^JjT ' Ne pensez qu'à moi seule , et qu'un »n*6"fT^
Ne vous atuche point aux nymphes de <^ J^^ Leurs fers après les miens ont pour TOUS de la nw
POÈME
Soctout de ToUre sang il me firat rendre compte. Ne chassez point aux ours, aux sangliers, aux lions ; Gardez-'voas d'irriter tous ces monstres félons 1 LaisseK les animaux qui , fiers et pleins de rage , !Ve cherchent leur salut qu^en montrant leur courage; Les daims et les chevreuils, en fuyant devant tous, DooneroDt à vos sens des plaisirs bien plus doux. Je TOUS aime , et ma crainte a d'assez justes causes. Il âed bien en amour de craindre toutes choses. Que deriendraifr-je , hélasj si le sort rigoureux Me privait pour jamais de Tobjet de mes vœux 1 . . . Là, se fondant en pleurs , on voit croître ses charmes. Adonis lui répond seulement par des larmes. Elle ne pent partir de ces aimables lieux ; Cent humides baisers achèvent ses adieux. 0 vous , tristes plaisirs où leur âme se nde, Vains et derniers efforts d'une imparbite joie , Moments pour qui le sort rend leurs vœux superflus, Dêlideaz moments, vous ne reviendrez plusl Adonis vent un char descendre de la nue : Crthérée y montant disparaît à sa vue.
C'est en vain que des yeux il la suit dans les airs : Rien ne 8*offre à ses sens que l'horreur des déserts. Les vents , sourds à ses cris, renforcent leur haleine : Toot ee qo'il vient de voir lui semble nue ombre faine. Il appelle Vénus , feit retentir les bois , Et n'entend qu'un écho qui répond à sa voix. C*est lors que , repassant dans sa triste mémoire Ce qœ naguère il eut de plaisir et de gloire , Il tâche à rappeler ce bonheur sans pareil : Semblable à ces amants trompés par le sommeil , Qui rappellent en vain pendant la nuit obscure Le souvenir conftis d'ime douce imposture. Tel Adonis repense à Theur qu'il a perdu ; Il le conte aux forêts , et n'est point entendu : Tout ce qui l'environne est privé de tendresse ; Et , soit que des douleurs la nuit enchanteresse Plonge les malheureux au suc de ses pavots , Soit que l'astre do jour ramène leurs travaux , Adonis sans relâche aux plaintes s'abandonne , De sanglots redoublés sa demeure résonne. Cet amant toujours pleure , et toujours les zéphyrs En volant vers Paphos sont chargés de soupirs. La molle oisiveté , la triste solitude , Poisons dont il nourrit sa noire inquiétude , Le livrent tout entier au vain ressouvenir Qui le vient malgré lui sans cesse entretenir. Enfin , pour divertir l'ennui qui le possède , On loi dit que la chasse est un puissant remède. Dans ces lieux pleins de paix , seul aveoque l'amour. Ce plaisir occupait les héros d'alentour. Adonis les assemble, et se plaint de l'outrage Que ces champs ont reçu d'un sanglier plein de rage.
Ce tyran des forêts porte partout reffiroi; Il ne peut rien souffrir de sdr autour de soi : L'avare laboureur se plaint à sa fomille Que sa dent a détruit l'espoir de la faucille : L'un craint pour ses vergers, l'autre pour ces guérets; Il foule aux pieds les dons de Flore et de Cérès : Monstre énorme et cruel , qui souille les fontaines. Qui fait bruire les monts , qui désole les plaines , Et , sans craindre l'effort des voiâns alarmés , S'apprête à recueillir les grains qu'ils ont semés. Tâcher de le surprendre est tenter l'impossible ; Il habite en un fort épais, inaccessible. Tel on voit qu'un brigand fameux et redouté Se cache après ses vols en un antre écarté , Fait des champs d'alentour de vastes cimetières , Ravage impunément des provinces entières , Laisse gronder les lois , se rit de leur courroux , Et ne craint point la mort , qn'il porte an sein de tous : L'épaisseur des forêts le dérobe aux supplices. C'est ainsi que le monstre a ces bois pour complices Mais le moment fatal est enfin arrivé Où , malgré sa fureur , en sou sang abreuvé , Des dégâts qu'il a foits il va payer l\isure. Hélas ! qu'il vendra cher sa mortelle blessure t
Un matin que l'Aurore au teint frais et riant A peine avait ouvert les portes d'orient , La jeunesse voisine autour du bois s'assemble ; Jamais tant de héros ne s'étaient vus ensemble. Anténor le premier sort des bras du sommeil , Et vient au rendez*vous attendre le soleil ; La déesse des bois n'est point si matinale : Cent fois il a surpris l'amante de Céphale ; Et sa plaintive épouse a maudit mille fois Les veneurs et les chiens , le gibier et les bois. Il est bientôt suivi du satrape Alcamène , Dont le long attirail couvre toute la plaine. C'est en vain que ses gens se sont chargés de rets ; Leur nombre est assez grand pour ceindre les forêts. On y voit arriver Bronte au cœur indomptable, Et le vieillard Capys , chasseur infatigable , Qui , depuis son jeune âge ayant aimé les bois , Rend et chiens et veneurs attentifs à sa voix. Si le jeune Adonis l'eiH aussi voulu croire , Il n'aurait pas sitôt traversé l'onde noire. Comment l'aurait-il cru , puisqn'en vain ses amours L'avaient sollicité d'avoir soin de ses jours? . Par le beau Caillou la troupe est augmentée. Gilippe vient après , fils du riche Acantée. Le premier, pour tousbiens, n'a que les dons du corps; L'autre , pour tous appas , possède les trésors. Tous deux aiment Chloris, et Chloris n'aime qu'elle : Ils sont pourtant parés des faveurs de la belle. Phlègre accourt et Himas , Palmyre aux blonds chereuiL,
ADONIS
Le robuste Grantor aux bras durs et nenreux ,. Le Lycien Télame , Agénor de Carie , Le vaillant Triptolème » honneur de la Syrie , Paphe expert à lutter , Mopse à lancer le dard , Lycaste , Palémon , Glauque , Hiliis , Àmilcar ; Gent autres que je tais, troupe épaisse et confuse : Mais peut-on oublier la charmante Aréthuse , Aréthuse au teint Tif , aux yeux doux et perçants , Qui pour le blond Palmire a des feux innocents? On ne Tinstruisit point à manier la laine ; Courir dans les forêts , suivre un cerf dans la plaine, Ce sont tous ses plaisirs : heureuse si son cœur Eût pu se garantir d'amour comme de peur I On la Yoit arriver sur un cheval superbe Dont à peine les pas sont imprimés sur Therbe ', D'une charge si belle il semble glorieux : Et , comme elle. Adonis attire tous les yeux : D'une fatale ardeur déjà son front s'allume ; Il marche avec un air plus fier que de coutume. Tel Apollon marchait quand Ténorme Python L'obligea de quitter Tombre de THélicon. Par Tordre de Capys la tixiupe se partage. De tant de gens épars le nombreux équipage , Leurs cris, Taboi des chiens, les cors mêlés de voix, Annoncent l'épouvante aux hôtes de ces bois. Le del en retentit , les échos se confondent. De leurs palais voûtés tous ensemble ils répondent. Les oerft , au moindre bruit à se sauver si prompts , Les timides troupeaux des daims aux larges fronts , Sont contraints de quitter leurs demeures secrètes : Le bois n'a plus pour eux d'assez sombres retraites. On court dans les sentiers , on traverse les forts ; Chacun , pour les percer, redouble ses efforts.
Au (bnd du bois croupit une eau dormante et sale : Là le monstre se plaît aux vapeurs qu'elle exhale ; Il s'y vautre sans cesse , et chérit un séjour Jusqu'alors ignoré des mortels et du jour. On ne l'en peut chasser : du souci de sa vie Bien plus à sa valeur qu'à sa fuite il se fie. Les cors ont beau sonner , Tair a beau retentir ; Rien ne saurait encor l'obliger à partir. Cependant les destins hâtent sa dernière heure. Dryope la première évente sa demeure :' Les autres chiens , par elle aussitôt avertis , Répondent à sa voix , fhippent l'air de leurs cris , Entraînent les chasseurs , abandonnent leur quête ; Toute la meute accourt , et vient lancer la béte , S'anime en la voyant , redouble son ardeur : Mais le fier animal n'a point encor de peur.
Le coursier d'Adonis , né sur les bords du Xanthe , Ne peut plus retenir son ardeur violente : Une Jument d'Ida l'engendra d'im des Vents ;
Les flbrèts Tonl noorri pendant ses pcenuers ans. Il ne craint point des monts les puissantes barrièrei, Ni l'aspect étonnant des profondes rivières, Ni le penchant affreux des rocs et des vallons; D'haleine en le suivant manquent les aquilons. Adonis le retient pour mieux suivre la chasse.
EbAo le monstre est joiotpar deux cUeosdoot la race Vient du vite Lélaps, qui fut l'unique prix Des larmes dont Géphale apaisa sa Procris : Ces denx chiens sont Mélampe et l'ardente Sylvage. Leur sort lui différent , mais non pas leur coange; Par rhomidde dent MéUunpe est mis à nmt; Sylvage au poil de tigre attendait même sort, LiMrsque Tun des chassenrs se présente à labète, Sur lui tonme aussitôt reffort de la tempête: Il connaît , mais trop tard , qu'il s'est trop avaooé; Son visage pâlit , son sang devient glacé; L'image du trépas en ses yeux est empreinte : Sur les traits des mourants la mort n'eitpia onanpeiBte. Sa peur est pourtant vaine, et, sans être blessé, Du monstre qui le heurte il se sent terrassé. Nisus, ayiEint cherdié son salut sur an arbre, Rit de voir ce diasseur plus froid que n'est onmarbcc: Mais lui-même a sujet de trembler à son tour. Le sanglier coupe l'arbre , et les lieux d'alenlonr Résoiment du fracas dont sa chute est suivie : Nisus encore en Vak fait des vœux pour sa vie. Conterai-je en détail tant de poissants efibris , Des chiens et des chasseurs les différentes morts , Leurs exploits avec eux cachés sous l'ombre noire ? Seules vous les savez , ô fiUes de Mémoire : Venez donc m'inspirer , et , condnisaDt ma voix , Faites-moi dignement célébrer ces exploits. Deux lices d'Anténor , Lycoris et Niphak, Veulent qu'aux yeux de tous leur ardeur se signale- Le vieux Capys lui-même eut soin de les dresser : Au sanglier Tune et l'antre est* prête à se lancer. Un matin les devance , et se jette en leur place; C'est Phlégon, qui souventaux loopsdonnela éxst Armé d'un fort collier qu'on a semé de clow , A l'oreille du monstre il s'attache en conrroax : Mais il sent ans^tôt le redoutable ivoire ; Ses flancs sont décousus ; et , pour comble de ^oire, Il combat en mourant , et ne vent point lâcher L'endroit où sur le moutre il vient de s'attacher.
Cependant le sanglier passe à d'antres trophées : Combien voitHm sous lui de trames étouffées 1 Combien en coupe-t-il ! Que d'honmies tenrassésl Que de chiens abattus , nnourants , morts, et blessés' Chevaux , arbres , chasseurs, tout épitNive sa «ê^
«Solécinneqne la Fontaiiie auraM pu fwHeiBMt éTHcr.
POËME
Te! pisse on tombillon , messager de Forage ; Tdle descend la foadre , et d^an soudain fracas Brise , bnîle , détmit , met les rochers à bas. Cnntor d*im bras nerveai lance un dard à la béte : Elle en frémit de rage , écume , et tourne tête , Et son poil hérissé sentie de toutes parts Présenter an chasseur une forêt de dards. n n*en a point pourtant le cœur touché de crainte. Par deux fois du sanglier il évite Tatteinte ; Deox fois le monstre passe , et ne brise en passant Qoe répieu dont Crantor se couvre en cet instant. 11 reîient au chasseur : la fuite est inutile ; Craotor aux environs n'aperçoit point d*asile : En nin du coup fatal il veut se détourner ; Ne pouvant que mourir, il meurt sans s*étonner. Pour punir son vainqnenr tonte la troupe approche ; L'unlui présente un dard, Tautre un trait lui décoche: LeISer oQse rebondie ', ou ne fait qu'entamer Sa peau , que d'un poil dur le ciel voulut armer. H se lance aux épieuz , il prévient leur atteinte ; PIds le péril est grand , moins il montre de crainte. Cest ainsi qu^un guerrier pressé de toutes parts Ne songe qu*à périr an milieu des hasards : De sol(fats entassés son bras jonche la terre ; D semble qu'en loi seul se termine la guerre : Certain de succomber, il bit pourtant effort , Non pour ne point mourir, mais pouir venger sa mort. Tel et plus valeureux le monstre se présente. Plus le nombre s'accroît, plus sa fureur s'augmente : L'on a les flancs ouverts, l'autre les reins rom'pus ; Il mâche et fimie aux pieds ceux qui sont abattus. La troupe des chasseurs en devient moins hardie ; L'ardeur qu'ils témoignaient est bientôt refiroidie.
Palniire toutefois s'avance malgré tons ; Cen^estpas dnsanglîer que son cœur craint les coups , Aréthuse lui toi jadis plus redoutable ; Jadis sourde à ses vœux , mais alors favorable , SUe voit son amant poussé d'im beau désir. Et le voit avec crainte autant qu'avec plaisir. Qooilmesbras, lui dît-il, sont conduits parles vôtres, Et vous me verriez fuir aussi bien que les autres ! Non , non ; pour redouter le monstre et son effort , Vos yeux m'ont trop appris à mépriser la mort, n dit, et ce fut tout : Teffet suit la parole ; Que va pas an monstre, ilyooort, il y vole, Toarne de tous côtés , esquive en l'approchant. Hausse le bras vengeur, et d'un glaive trandiant S'efforce de punir le monstre de ses crimes. Sa dent allait d'un coup s'immoler deux victimes :
* Oa t'émouise. Le mot nboacher a actneUenenC une tout iite iiSDHicatioo ; mais celle que lui donne kH la Pootaine ^ bsenle qui se trûave indiquée dans la première édIUon du 'liflQinaire de l'Académie.
L'une eût senti le mal que l'autre en eût reçn , Si son cruel espoir n'eût point été déçn. Entre Palmire et lui l'amazone se lance ; Palmire craint pour elle , et court à sa défense. » Le sanglier ne sait plus sur qui d'eux se venger : Toutefois à Palmire il porte un coup léger ; Léger pour le héros , profond pour son amante. On l'emporte ; elle suit , inquiète et tremblante : Le coup est sans danger; cependant les esprits. En foule avec le sang de leurs prisons sortis, Laissent foire à Palmire un effort inutile. U devient aussitôt pâle , froid, immobile ; Sa raison n'agit plus , son œil se sent voiler : Heureux s'il pouvait voir les pleurs qu'il fait couler 1 La moitié des chasseurs , à le plaindre employée , Suit la triste Aréthuse en ses larmes noyée.
Non loin de cet endroit un ruisseau fait son ooars : Adonis s'y repose après mille détours.
Les nymphes , de qui l'œil voit les choses futures , L'avaient fait égarer en des routes obscures. Le son des cors se perd par un charme inconnu ; C'est en vain que leur bniit à ses sens est venu. Ne sachant où porter sa course vagabonde , 11 s'arrête en passant au cristal de cette onde. Mais les nymphes ont beau s'opposer aux destins , Contre un ordre fatal tous leurs charmes sont vains. Adonis en ce lieu voit apporter Palmire ; Ce spectacle l'émeut , et redouble son ire. A tarder plus longtemps on ne peut l'obliger ; Il regarde la gloire , et non pas le danger. U part , se fait guider, rencontre le carnage. Cependant le sanglier s'était fait un passage ; Et, courant vers son fort, il se lançait parfois Aux chiens, qui dans le ciel poussaient de vains abois. On ne l'ose approcher; tous les traits qu'on lui lance, Étant poossés de loin , perdent lenr violence. Le héros seul s'avance, et craint peti son conrronx ; Mais Capys l'arrêtant s'écrie : Où courez-vousf Quelle bouillante ardeur au péril vous engage f n est besoin de ruse , et non pas de courage. N'avancez pas , ftiyez ; il vient à vous , ô dieux \ Adonis , sansjrépondre , an del lève les yeux. Déesse , ce dit- il , qu'adore ma pensée , Si je cours au péril , n'en sois point offensée ; Guide plutôt mon bras , redouble son effort ; Fais que ce trait lancé donne au monstre la mort. A ces mots, dans les airs le trait se fait entendre : A l'endroit où le monstre a la peau le plus tendre Il en reçoit le coup, se sent ouvrir les flancs , De rage et de douleur frémit , grince les dents, Rappelle sa fureur, et court à la vengeance. Plein d'ardeur et léger, Adonis le devance. On craint pour le héros ; mais il sait éviter
ADONIS
Les cbaps qa'à cet abord la dent lai veat porter. Tout ce que peut Tadresse étant jointe au courage , Ce que pour se yenger tente Taveugle rage , Se fit .lors remarquer par les chasseurs épars. Tooe ensemble aa sanglier Tondraient lancer leorsdards. Mais peut-être Adonis en recevrait l'atteinte. Du cruel anbnal ayant chassé la crainte , En foule ils courent tous droit aux fiers assaillants. Gourez, courez, chasseurs un peu trop tard vaillants; Détournez de vos noms un étemel reprodie : Vos efforts sont trop lents, déjà le coup approche. Que n^en aî-je oublié les funestes moments ! Pourquoi n'ont pas péri ces tristes monuments I Faut-il qu'à nos neveux j'en raconte Thisloire !
Enfin de ces forêts Tolmement et la gloire, Le plus beau des mortels, Tamour de tous les yeux , Par le vouloir du sort ensanglante ces lieux. Le cruel animal s'enferre dans ses armes , Et d'un coup ausâtôt il détruit mille charmes. Ses derniers attentats ne sont pas impunis; Il sent son cœur percé de Tépieu d'Adonis , Et, lui poussant au flanc sa défense cruelle , Meurt , et porte en mourant une atteinte mortelle. D'un sang impur et noir il purge Tunivers : Ses yeux d'un somme dur sont pressés et couverts : Il demeure plongé dans la nuit la plus noire ; Et le vainqueur à peine a connu sa victoire , Joui de la vengeance et goûté ses transports. Qu'il sent un froid démon s*emparer de son corps. De ses yeux si brillants la lumière est éteinte; On ne Toit plus l'éclat dont sa bouche était peinte , On n'en voit que les traits ; et l'aveugle trépas Parcourt tous les endroits où régnaient tant d'appas. Ainsi rhonneurdes prés, les fleurs, présentsde Flore, Filles du blond Soleil et des pleurs de l'Aurore, Si là faux les atteint , perdent en un moment De leurs vives couleurs le plus rare ornement.
La troupe des chasseurs , au héros accourue , Par des cris redoublés lui fait ouvrir la vue : Il cherche encore un coup la lumière des deux , n pousse un long soupir, il referme les yeux , Et le dernier moment qui retient sa belle âme S'emploie an souvenir de l'objet qui Tenflamme. On fait pour l'arrêter des effoats superflus; Elle s'envole aux airs , le corps ne la sent plus.
Prètez-moi des soupirs , ô Vents , qui sur vos ailes Portâtes à Vénus de si tristes nouvelles. Elle accourt aussitôt, et, voyant son amant , Remplit les environs d'un vain gémissement. Telle sur un ormeau se plaint la tourterelle. Quand Tadroit giboyeur a, d'une main cruelle , |
Fait mourir à ses yeux l'objet de ses amours ; Elle passe à gémir et les nuits et les jours, De moment en moment renouvelant sa plainte , Sans que d'aucun remords la Parque soit atteinte. Tout ce bruit , quoique juste , au vent est répanda ; L'enfer ne lui rend point le bien qu'elle a perdn : On ne le peut fléchir ; les cris dont il est cause Ne f(mt point qu'à nos vœux il rende quelque diose. Vénus l'implore en vain par de tristes accents ; Son désespoir éclate en remets impuissants ; Ses cheveux sont é|(ars, ses yeux noyés de larmes; Sous d'humides torrents ils resserrent leurs cbannes, Ck>nune on voit au printemps les beautés du soleil Cacher sous des vapeurs leur édat sans pareil. Après mille sanglots enfin elle s'écrie : Mon amour n'a donc pu te faire aimer la vie I Tu me quittes , cruel 1 au moins ouvre les yeux , Montre-toi plus sensible à mes tristes adieux; Vois de quelles douleurs ton amante est atteinte! Hélas I j'ai beau crier, il est sourd à ma plainte : Une étemelle nuit Toblige à me quitter; Mes pleurs ni mes soupirs ne peuvent Tarréler. Encor si je pouvais le suivre en ces lieux sombres I Que ne m'est-il permis d'errer parmi les ombres! Destins , si vous vouliez le voir sitôt périr, Fallait-il m'obliger à ne jamais mourir ? Malheureuse Vénus, que te servent ces larmes? Vante-toi maintenant du pouvoir de tes cbannes : Us n'ont pu du trépas exempter tes amours ; Tu vois qu'ils n'ont pu même en prolonger les jours. Je ne demandais pas que la Parque cruelle Prit à filer leur trame une peine étemelle ; Bien loin que mon pouvoir Tempèchât de finir, Je demande un moment , et ne pois l'obtenir. Noires divinités du ténébreux empire , Dont le pouvoir s'étend sur tout ce qai respire « Roi des peuples légers, souffrez que mon amant De son triste départ me console un moment. Vous ne le perdrez point ; le trésor que je pleure Ornera tôt ou tard votre sombre demeure *. Quoi ! vous me refusez un présent si léger ! Cruels , souvenez-vous qu'Amour m'en peut venger. Et vous , antres cachés , favorables retraites ,
* Ceci est imité dOt ide , dans le dîscoun que « pofte ^ I Orphée, lorsqu'à supplie les divinités de feoler de loi rendre son épouse, Méiam., 1. X , vers 29.
Fer ego tuée loea pltha Umorlf , Fer clMos boc Ingem, vuUqae silealU rcgnl , Ei»7<UoM, oro, properata reteilta fila.
Oaulla debesBur YObIs : paalmDqoe aiorali, SeriotaDtdliasfedeoi properamoB adaoain TmdlmiM bae omnea, Iudc est donna alitsat : Hamaal gencrla loaglailBia ngna tanella. Bac qooqiw, cum Jditos matara psrtierU anooi Jurta erll rastrl.
POEME
Où nos OQNm ont goâtë des dooœiin si seciètei ; Grottes, qui tint de fois ayez to mon amant Me raconter des yeox son fidèle tounnent , Ueoz amis da repos , demeures solitaires, Qui d'an trésor si rare étiez dépositaires, Déserts , rendez-le-moi : deviez-yoos ayec Im Nourrir chez voos le monstre aatenr de mon ennni? YoQs ne répondez prâit Adieu donc, 6 belle âmel
En^Niite diez les morts ce baiser tout de flamme : Je ne te yerrai plus ; adieu, cher Adonis 1
Ainsi Vénus cessa. Les rochers, à ses cris, Quittant leur dureté , répandirent des larmes : Zéphyre en soupira : le jour yoila ses charmes; D'un pas précipité sous les eaux il s'enfuit , Et laissa dans ces lieux une profonde nuit.
UN DU POIMB D'ADOIQS.