FRAGMENTS
DD
SONGE DE VAUX
AVERTISSEMENT
DU RICUKL INTITULB FABLES NOUVELLES ET AUTRES POisiESL
Parmi les ourrages dont ce rccoell ' est oompoaë, le lecteur Terra trois fragments d'une description de Vaux laquelle j'entrepris de Aiire il y a euTiron douse ans. J'y wnsumai prè« de trois années, n est depuis arrivé des cboMs . qm* m'ont empêché de continuer. Je reprendrais ce dessem si j'avais quelque espérance qu'il réussit , et qu'un tel ouvrage pût plaire aux gens d'aujourd'hui : car la poésie lyrique ni l'héroïque , qui doivent y régner, ne sont plus eu vogue comme elles étaient alors. J'expose donc au public trois morceaux de cette description : ce •ont des échantillons de l'un et de l'autre style. Que J'aie bien Mt on non de les employer tons deux dans un même pofaie . je m'en dois remettre an goât du lecteur, plutdt quaux raisons que j'en pourrais dire. Selon le jugement qu on fera de ces trois morceaux , je me résoudrai. Si la ehose plait , j'ai dessein de conHnoer ; sinon , je n'y perdrai pas de temps davantage. Le temps est ehose de peu de prix, quand on ne s'en sert pas mieux que je faismais, puisque j'ai résolu de m'cu servn- , je dois reconnaître qu'à mon égard la saison de le ménager est tantôt venue.
•J ai fait connaître en détail le contenu de ce lecuell dans rHUtoiredelavUetdetouvragMdeJeande la Fontaine U» pièces qui s'y trouvent sont réparties , dans la pnîseote édittcn . dans les bble» et dans les œuvres dl venes j mais cet averttaiement. qui concerne presque en entier les (rasments do songe de Vaux, a dâ être placé Ici.
• Ces choses étaient l'arrestaiion et la condamnation de Fouqnet, pour qui la Fontaine a composé cet ouvrage, et qui lui avait bit remettre, pour cet effet, des mémoires descripUrs par les différeou artistes qu'A avait employés à lembeUlwement de V«ix. ycytt IBistoire dé la vie Udu ouvrages de laFon^ tainc.
Paamos à ce qu'il est nécessaire qu'on tadie pour l'iotelligence de cet fragments. Je ne la saurais donner lo lecteur sans exposer à ses yeux presque toot le plands l'ouvrage. C'est ce que je m'en vas ftiire, moii» snodiuy tement à la vérité que je ne voudrais, mais ntileiuenl pour moi ; car par ce moyen j'apprendrai le sentimentda public, aussi bien sur l'invention et sur la conduite de mon poème en gros, que sur l'exécotioa de chaque endroit en détail , et sur l'effet que le tout ensemble poum produire.
Gomme les jardins de Vaux étalent tout nouveau plaih tés *, je ne les pouvais décrire en cet état , à moins que je n'en donnasse une idée peu agréable , et qui , au bout de vingt ans , aurait été sans doute peu ressemblante. U fallait donc prévenir le temps : cela ne se pouvait faire que par trois moyens: l'enchantement, la prophétie, et le looge. Les deux premiers ne me plaisaient pas; car, pour les amener avec quelque grâce , je me serais engagé dans un dessein de trop d'étendue : l'accessoire aurait été plus considérable que le principal. D'aUleurs il ne but avoir recours au miracle que quand la nature est impuissante pour nous servir. Ce n'est pas qu'un songe soit si suivi , ni même si long que le mien sera ; miais il est permis de passer le cours ordinaire dans ces reucontres; et j'avais pour me défendre , outre le Roman de la Rose, le Songe de Polyphlle , et celui même de Scipion.
Je feins donc qu'en une nuit du printemps m'étaol endormi , je m'imagine que je vas troQver le Sommeil , et ie prie que par son moyen je puisse voh- Vaux en songe: Il commande aussitôt à ses ministres de me le montrer. VoiU le sujet du premier fragment
A peme les Songes ont commencé de me représenter Vaux, que tout ce qui s'offre à mes sens me semble réel: j'oublie le dieu du Sonuneil, et les démons qui l'entourent;
* Ceci nous donne i peu près la date de cette compontioD; car l'on sait que Fooquet lit commencer en f6S3 les tnvaai du palais et des Jardins de Vaux-ie-Vleomte. pr«s de Melon, et sur les bords de U Seine. Ils coûtèrent dix-huit millioiH. qui valent près de trente-six ndlUorn de notre monnaie ac* tuelle.
SONGE DE VAUX
j'ooUie enfin qne je longe. Les cours da diâleaade Vaux ne paraifseot jonebées de fleurs : je découvre de tous les côtés TappareÛ d'une grande cérémonie : j'en demande la nison à deux guides qui me oondoisent. L'un d'eux me dit qu'en creusant les fondements de cette maison oiy avait trooTé, soos des Toutes fort anciennes , une table de porphyre , et SOT cette table nn écrin plein de pierreries, qu'un «rtain sage , nommé Zinimir » flis du sondan Zanaflel, STsit autrefois laissé à un druide de nos prorioces. Au miliea de ces pierreries, un diamant d'une beauté extraordinaire, et taillé en cœur, se faisait d'abord remarquer; et, nr les bords d'un -compartiment qui le séparait d'aTCC la antres joyaux , se lisait en lettres d'or cette devise , que l'on n'avait p9 entendre :
Je suis constant , quoique j'en aime deux.
Op avait porté à Oronte • l'écrin ouvert , et au même état qu'il s'était trouvé. Il l'avait laissé fermer en le maaiant, sans que depuis il eût été possible de le rouvrir^ tsot la force de renchantement était grande. Sur le couvercle de cet écrin , se voyait le portrait du roi , et autour était écrit : soit non ai k la plus savants des riis. Sous récrin celtf prophétie était gravée :
Quand celle-là qui plus vaut qu'on la prisé En fait decbaime, et plus a de pouvoir* Aux aMistants . dans Taux en mainte guise De ioa bel art aura fait apparoir, hon s'ouvrira l'écrin de forme exquise Que ZlRtmif forgea par grand savoir, Kt l'on verra le sens de la devise Qu'aucun mortel n'aura jamais su voir.
Pour satlafllire à l'intention du mage , et pour l'acoomptiflement de la prophétie , mais plus encore pour attirer les maitresaes de tons les arts , et leur donner par ce auyen l'oecasion d'embellir la maison de Vaux , Oronte ivslt Uùi poblierqne tout ce qn'il y avait de savantes fées dsDs le monde pouvaient venir contester le prix propoaé ; et ce prix était le portrait dn roi , qui serait donné par des juges, sur les raisons que chacune apporterait pour prouver les charmes et l'excellence de son ari. Plusieurs étaient accourues; mais, la plupart ne pouvant contribuer aux tieautés de Yaui , et , par cons(k|nent , le prix n'éfantpaaponr elles apparemment; la plupart , dis-je , penuadées que la prophétie ne les regardait en aucune sorte, s'étaient retirées. Il n'en était demeuré que quatre, r Architecture , la Peinture , l'Intendante dn jardinage, et U Poésie : je les appelle Palatiane, Apellanire , Hortélie , et Cairiopée. Le lendemain, ce grand idifTérend se devait joger en la présence d'Oronte et de force demidieox. Voilà ce que 1 un de mes deux guides me dit , et le SDjet du second fragment : il contient les harangues des quatre fiées.
Et pour égayer mon poème , et le rendre plus agréable (cv une longue suite de descriptions historiques serait nue cbose fort ennuyeuse), je les voulais entremêler d'épisodes d'un caractère galant, n y en a trois d'achevés : l'avcnlore d'un écureuil , celle d'un cygne près de mourir, celle d*tttt saumon et d'un esturgeon qui avaient été présentés
'Fouqnet
vifs à Oronte. Cette dernière aventore fait le siqet de mon troisième friigment.
Le reste de ce recueil ' contient des ouvrages que j'ai composés en divers temps sur divers sujets. S'ils ne plaisent par leur bonté , leur variété suppléera peut-être à ce qui leur manque d'ailleurs.
AVERTISSEMENT