‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 559 sur 723 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Rendameillcarencor par le bon aliment, Remettaient le malade en aon train ordinaire. On se rétablissait , mais toujours lentement. Une eare plos prompte était une merveille. Cependant la longuair minait nos focoltés.

S'il restait des impuretés , Les remèdes alors de nouyeau répétés , Casse , rbnbarbe , enfin mainte chose pareille , Et surtout la diète , achevaient le surplus ,

Chassaient ces restes superflus , ReUebaieDt , renerraieot , flriaaieot un nouvel homme :

Un nouvel homme ! un homme usé.

Lorsqu^avec tant d^apprêts cet onivre se consomme , Le trésor de la vie est bientôt épuisé \ Je ne veux pour témoins de ces expériences Que les peuples sans Icms , sans arts, et sans sciences : Les remèdes fréquents n'abrègent pomt leurs jours , Rien n*en hâte le long et le paisible cours. Telle est des Iroquois la gent presque immortelle r La vie après cent ans chez eux est encor belle. Ds lavent leurs enfiuits aux ruisseaux les plus froids. La mère au tronc d'un arbre , avecqne son carquois , Attache la nouvelle et tendre créature ; Va sans art apprêter un mets non acheté. Os ne trafiquent point des dons de la nature ; Nous vendons cher les biens qui nous ont peu coûté. L*âge où nous sommes vieux est leur adolescence. Enfin il faut mourir , car sans ce commun sort Peut-être ils se mettraient à l*abri de la mort

Par le secours de Tignorance.

Pour nous y fils du savoir , ou , pour en parler mieux, Esclaves de ce don que nous ont fait les dieux , Nous nous sommes prescrit une étude infime. L'art est long, et trop courts les termes de la vie. Un seul point négligé fait errer aisément. Je prendrai de plus haut tout cet enchaînement , Matière non «loor par les Muses traitée , Route qu'aucun mortel en ses vers n'a tentée : Le dessein en est grand, le succès malaisé; Si je m'y perds , au moins j'aurai beaucoup osé. Deux portes sont au cœur ; chacune a sa valvule '. Le sang , aouroe de vie , est par Tune introduit ;

' Le tnÉtement des flèrres était tel qae la Fontaine l'indique ici , «Yant le chevalier Talbot , qui fit à cet égard une révolutioB en médedne, et qui défendit, comme clioses dangerewcs. la dièle, la saignée, et les pnrgatiom, pendant qn'on prenait aon remède. (Voyei Les admirahltâ qualUéi du kimkina, lecoode édition, 1684, in-ia^ p. 17 et 22. } La première édition de ce lirre parut en I6S9.

* Kotie poète décrit ici d'ime manière très-exacte la circula ttoo du sang découverte par le docteur Harvey, ce qui exclut la dœtrtae de la présence da gai ou des esprits dans les vaisseaux artériels, qu'il a eiposée plus haut, et à laquelle plumédecins de ce temps étaient encore attachés. ( Noltt r. du doeuur BreuheU )

L'autre huissière permet qn*il sorte et qu'il drcnle , Des veines sans cesser aux artères conduit. Quand le cœur Ta reçu , la chaleur naturelle En forme ces esprits qu'animaux on appelle. Amsi qu'en un creuset il est raréfié.

Le plus pur , le plus vif, le mieux qualifié , En atomes extrait quitte la masse entière , S'exhale , et sort enfin par le reste attiré. Ce reste rentre encore , est encore épuré ; Le chyle y joint toujours matière sur matière. Ces atomes font tout : par les uns nous croissons ; Les autres , des objets touchés en cent façons , YoQt porter an ceneaa les traits dont ils s'empreignent « Produisent la sensation.

Nulles prisons ne les contraignent :

Ils sont toujours en action.

Du cerveau dans les nerfis ils entrent , les renouent ; C'est Tétat de la veille ; et réciproquement , Sitôt que moins nombreux en force ils diminuent, Les fils des nerfs lâchés font ra<;soupissement. Le sang s'acquitte encor chez nous d'un autre office. En passant par le cœur il cause un battement ; C'est ce qu'on nomme pouls , sûr et fidèle indice Des degrés du fiévreux tourment.

Alitant de coups quil réitère , Autant et de pareils vont d'artère en artère Jusqu'aux extrémités porter ce sentiment. Notre santé n'a point de plos certaine marque

Qu'un pouls égal et modéré ; Le contraire foit voir que l'être est altéré ; Le foible et l'étoufPé confine avec la Parque , Et tout est alors déploré.

Que l'on ait perdu la parole , Ce truchement pour nous dit assez notre mal , Af sez il fidt trembler pour le moment fiital :

Esculape en fait sa boussole.

Si toujours le pilote a l'œil sur son aimant , Toujours le médecin s'atuche au battement , C'est sa guide ; ce point l'assure et le console

En cette mer d^obscurités Que son art dans nos corps trouve de tous côtés.

Ayant parlé du pouls , le frisson se présente. Un froid avant-coureur s'en vient nous annoncer Que le chaud de la fièvre aux membres va passer. Le cœur le fomenUit , cest au cœur qu'il s'augmente. Et qu'enfin, parvenant jusqu'à certain excès> Il acquiert un degré qui forme les accès.

Si j'excellais en l'art où je m'api4|!i|ue , Et que l'on pût tout réduire à nos sons , J'expliquerais par raison mécanique Le mouvement convulsif des frissons :

Mais le talent des doctes nourrissons

4ea

LE QUINQUINA

Sur ce sajet yeut une aotre manière.

n semble alors qoe la machine entière Soit le jooetd'an démon furieux.

Mose , aide-moi ; viens sur cette matière Philosopher en langage des dieux.

Des portions d'humeur grossière ,

Quelquefois compagnes du sang , Le suivent dans le cœur, sans pouvoir, en passant.

Se subtiliser de manière Qu'il naisse des esprits en même quantité

Que dans le cours de la santé.

Un sang plus pur s^échauffe avec plus de vitesse : L'autre reçoit plus tard la chaleur pour hôtesse ; Le temps Ty sait aussi beaucoup mieux imprimer. Le bots vert , plein d'humeurs , est long à s'allumer : Quand il brûle, l'ardeur en est plus véhémente. Ainsi ce sang chargé repassant par le cœur S'embrase d'autant plus que c'est avec lenteur. Et regagne au degré ce qu'il perd par l'attente *m Ce degré , c'est la fièvre. A Tégard des retours

A certaine heure , en certains jours , C'est un point inscrutable , à moins qu'on ne le fonde Sur les moments prescrits à cuire ou consumer L'aliment ou l'humeur qui s'en est pu former.

Il n'est merveille qui confonde Notre raison aveugle en mille autres effets Gomme ces temps marqués où nos maux sont sujets. Vous qui cherchez dans tout une cause sensible ,

Dites-nous comme il est possible Qu'un corps dans le désordre amène règlement

L'accès , ou le redoublement.

Pour moi , je n'oserais entrer dans ce dédale ; Ainsi de ces retours je kisse l'intervalle : Je reviens au frisson , qui du défout d'esprits

Tient sans doute son origine.

Les mofcles moins tendos , oomnie étant moins remplis ,

Ne peuvent lors dans la machine Tirer leurs opposés de même qu'autrefois , Ni oeux-d succéder à de pareils emplois. Tout le peuple mutin , lég^r et téméraire , Des vaisseaux mal fermés en tumulte sortant ,

Cause chez nous dans cet instant

Un mouvement involontaire.

Le peu qui s'en produit sort du lien non gonflé ; Comme on voit l'air sortir d'un ballon mal enflé. La valvule en la veine , au ballon la languette , Geôlière peu soigneuse à fermer la prison ,

< Ceitb doctrine de Françob de Monginot, teUe cpi'O Texpoie dinsson tnit^intltixlé.l>e la guérison des fièvres par te quinquina, 16S8, in-12, p. S2-44. Je citerai Unyoan cette dernière édition do traité de Monginot , parce que c'est la seule (pue Je possède ; mais Q eu avait paru trois éditions ayant la Ikiblication du poème de la Fontaine , en 1682, et H Ait traduit en latin cette année même. ( v. d-devns l'aveitissemant. )

Laisse enfin échapper la matière inquiète: Aussitôt les esprits agitent sans raison i Deçà, delà, partout où le hasard les pousse , Notre corps, qui frémit à leur moindre secousse. Le malade ressemble alors à ces vaisseaux Que des vents opposés et de contraires eaoz Ont pour but du débris que leurs fureurs médilent : Les ministres d'Eole et les flots les agitent ; Maint oonp , maint tourbillon les pousse à iooê moments. Frêle et triste jouet de la vague et des vents. En tel et pire état le frisson vient réduire Ceux qu'un chaud véhément menace de détruire. Il n'est muscle ni membre en Tasseniblage entier Qui ne semble être prêt du naufhige dernier. De divers ennemis à l'envi nous traversent, Malheureuse carrière où ces démons s'exercent.

Si le mal continue, et que d'aucun repos La fièvre n'ait borné ses funestes complots , Dans les fébricitants il n'est rien qui ne pècbc : Le palais se noircit , et la langue se sèche; On respire avec peine , et d'un fréquent ellbrt : Tout s'altère , et bientôt la raison prend l'essor. Le médecin confus redouble les alarmes.

Une fiuniUe tout en larmes Consulte ses regards : il a beau déguiser, Aucun des assistants ne s'y laisse abuser. Le malade lui-même a l'œil sur leur visage. Tout ce qui l'environne est d'un triste présage ; Sa moitié , des enfants, l'un l'appui de ses jours, Un autre entre les bras de ses <Àastes amours , Une fille pleurante , et déjà destinée Aux prodiaines douceurs d'un heureux fayménée. Alors , alors , il fout oublier ces plaisirs. L'âme en soi se ramène , encor que nos désin i Renoncent à regret à des restes de vie. Douce lumière , hélas I me seras-tu ravie ? Ame , où t*envoles-tu sans espoir de retour? Le malade , arrivé près de son dernier jour , Rappelle ses moments où personne ne songe Aux remords trop tardifs où cet instant nous plonge. Sur ce qu*il a commis il tâche à repasser : En vain ; car le transport à ce feible penser Fait bientôt succéder les folles rêveries , Le délire , et souvent le poison des furies. On tente l'émétique alors infructueux , Puis l'art nous abandonne au remède des vœux .

Pandore , que ta bdtte en maux était féconde ! Que tu sus tempérer les douceurs de ce monde I A peine en sommes-nous devenus habitants, Qu'entourés d'ennemis dès les premiers instants, Il nous feut par des pleurs ouvrir notre carrière. On n'a pas le loisir de goûter la lumière.

CHANT SECOND

MliénMes humains , combien possédez-Yons

Cn présent si cher et si doux ?

Retnmchez-en le temps dont M orphêe est le maître ;

Retranchez ces jours superflus

Où notre âme ignorant son être Ke se sent pas encore , ou bien ne se sent [dus : Otez le temps des soins , celui des maladies , Intermède fotal qui partage nos vies.

La Gèvre quelquefois fkit que dans nos maisons Noos passons sans soleil trois retours de saisons.

Ce mal a le pouvoir d'étendre Autant et plus encor son long et triste cours;

Un de ces trois cercles de jours Se passe à le souffrir , deux autres à l'attendre. Hais c'est trop s*art^ter à des sujets de pleurs ; Allons quelques moments dormir sur le Parnasse ; Noos en célébrerons arecqoe plus de grâce Le présent qu'Apollon oppose à ces malheurs.

CHANT SECOND

Enfin, grftoe au démon' qd conduit mes oorrages, Je vais offrir aux yeux de moms tristes images ; Par lui j*ai pemt le mal , et j'ai lieu d'espérer Qa*en parlant du remède il Tiendra m'inspirer. On ne craint plus cette hydre aux têtes renaissantes , La fièvre exerce en vain ses fhreurs impuissantes : D^autres temps sont venus, Louis règne; et les dieux Réserraient à son siècle un bien si précieux ; A son siècle ils gardaient l'heureuse découverte D'an boit qoi touf les joan eanse an Styx quelque perte. Noos n*avons pas toujours triomidié de nos maux: Le del nous a souvent envoyé des travaux. D'autres temps sont venus : Louis règne ; et la Parque Sera lente à trancher nos jours sous ce monarque. Son mérite a gagné lek arbitres du sort ; Les destins avec lui semblent être d'accord. Dorez , bienheureux temps; et que sous ses auspices Nous portions chez les morts plus tard nos sacrilioes. J'en conjure le dieu qui m'inspire ces vers; Je t'en conjure aussi ^ père de l'univers. El vous , divinités aux hommes bienfeisantes , Qui tempérez les airs , qui régnez sur les plantes , Coneourez pour lui plaire , empêchez les humains D'avancer leur tribut au roi des peuples vains, renseigne lâ-dessus une nooveUe route :

C'est le bien des mortels : que tout mortel m^écoute.

Tai eût voir ce que croit l'école et ses suppôts : On a laissé longtemps leur erreur en repos.

« Le mot «t ici prit dans lOQ anciemie aoceptioo , eCdgDifle legéoiedelapoéde.

Le quina l'a détruite , on suit des lois nomrelles. Arrière les humeurs ! qu'elles pèchent ou non, La fièvre est un levain qui subsiste sans elles :

Ce mal si craint n'a pour raison Qu'un sang qui se dilate , etbout dans sa prison'.

On s'est ibrmé jadis une semblable idée

Des eaux dont tous les ans Memphis est inondée.

Plus d'un naturaliste a cru Que les esprits nitreux d'un ferment prétendu Faisaient croître le Nil, quand toute eau se renferme,

Et n'ose outre-passer le terme Que d'invisibles mains sur ses bords ont écrit. Celle^â seule échappe , et dédaigne son lit : Les nymphes de ce fleuve errent dans les campagnes ^ous les signes brûlants , et pendant plusieurs jours. D'où vient, dit un auteur, qu'il enfle alors son cours f Le dhnat est sans pluie ; on n'entend aux montagnes

Bruire en ces lieux aucuns torrents:

En ces lieux nuls ruisseaux courants N'augmentent le tribut dont s'arrosent les plaines. Si l'on cn^t cet auteur , certain bouUlonoement Par le nitre causé (kit ce dâxNrdement. C'est ainsi que le sang fermente dans nos veines , Qu'il y bout , qu'il s'y meut , dilaté par le cœur.

Les esprits alors en fbrenr Tâchent par tous moyens d'ébranler la machine. On frissonne , on a chaud. J'ai déduit ces effets

Selon leur ordre et leur progrès.

Dès qu'on certain acide en notre corps domine % Tout fermente , tout bout , les esprits , les liqueurs ; Et la lièvre de là tire son origine ,

Sans antre vice des humeurs.

Que feisaient nos aïeux pour rendre plus tranquille Ce sang ainsi bouillant? ils saignaient , mais en vahi :

L'eau qui reste en l'éolipyle Ne se refroidit pas quand il devient moins plein. L'airain soufDant foit voir que la liqueur enclose Augmente de chaleur, déchue en quantité : Le souffle alors redouble , et cet air irrité Ne trouve du repos qu'en consumant sa cause. Du sentiment fiévreux on tranche ainsi le cours ; n cesse avec le sang , le sang avec nos jours

Tout mal a son remède au sein de la nature. Nous n'avons qu'à chercher : de là nous sont venus

« Cet lUnéa » et celai qol nilt, ne sont qae la doctrine de Vtmçoit Monsinot, mite en ▼en. ( Voyez De 'ta çuérUim des fièwret par U tguÂnqiiina, p. 32^. )

> Dans Monginot , Dt la guiri$on des fiéorei par le quUi* qiaina p. SS, on lit : • Ce (jne Je viens d'snrsnoer de ce ferment on leraln adde conune de la principale caose de la fièvre, etc. ; ■ et plus loin. p. 44 1 • Ajant supposé ce qoe Je viens de due, qne c'est on levain adde cpii est la principale caiise des nèvrcs* »

LE QUINQUINA

L'antimoine avec le mercure,

Trésors aiitrefiNS inoonnus.

Le quia ^ règne aujoardliiii : nos habiles t'en ferreot

Qaelqaea-nna encore conservent ,

Gomme un point de*religion , L'intérêt de Técole et leur opinion^ Ceax-là mémey Tiendront , et désormais ma veine Ne plaindra plosdes maoxdont l'art Dût son domaine. Pea de gens , je l'avone , ont part à ce discours : Ce pra , c'est encor trop. Je reviens à l'usage D'une éoorœ funeuse , et qui va tons les jours Rappeler des mortels jusqu'au sombre rivage. Un arbre en est couvert , plein d'esprits odorants , Bas de tige , étendu, protecteur de l'ombrage : ApoUona doué de cent dons différents

Son bois , son fruit, et son feuillage.

Le premier sert à maint ouvrage ; n est onde d'aurore; on en poumdt orner Les malsons où leluxeadroit de dominer.

Le fruit a pour pépins une graine onctueuse ,

D'ample v^ume , et précieuse :

Elle a l'eliet du baume , et Ibumit aux humains , Sans le secours du temps, sans l'adresse des mains ,

Un remède à mainte blessure.

Sa feuille est semblable en figure Aux trésors toujours verts 'que mettent sur leur front Les héros de la Thraoe et ceux du double mont\

Cet arbre ainsi formé se couvre d'une écorce Qu'au dnnamome on peut comparer en couleur*. Quant à ses qualités principes de sa fbrce , C'est l'âpre , c'est Tamer , c'est aussi la chaleur. Celle-d ouit les sucs de qualité louable , Dissipe ce qui nuit ou n'est point fovorid>le ;

M aÎB la principale vertu Par qui soit ce ferment dans nos corps combattu , C'est cet amer , cet âpre , ennemi de l'acide * ,

<Prtcédamment a y aleWit. Cette variation «drtsaawldai» réditkm orisiiiale.

> Yofet raverUnement de réditeur en tête de ce poème. '

* C*eit4-dira aux feoflles de laurier.

* Cert-àHttre les gaerrfen et les poètei t ApoUon et le dien Mari étalent également oooronnéi de laurier.

* Ce n'est que depuis un peUt nombre d'années que les bot»* niâtes ont bien bit oonnattre les diverses espèces du genre des quinquinas ; et , malgré leurs travaiu , il existe encore une trèsgrande Incertiinde pour déterminer les espèces auxqneUes apparfimneni les nomsde cesplanten que Ton vend dans le com* meroe, et pour distinguer les meilleures. Voici les indications ^ne ilnnnaifnl à œ anJet les gens de l'art du temps de k Fontaine: I n but dioisir les écoroes noires par dehors, et de cou* c leur de cannelle par dedans. Le moins bon a Fécorce blan- « ebe par dehon et jaunâtre par dedans. Les petites écoroes, € particulièrement oeUes de la racine, sont les plus excellentes: « on les reconnaît par de peti'es lignes dont elles sont tra- < versées. > {Lu admirables qualité* du Mnkina, IS94, in-ia, p.».)

* I Son amertnnie combat et mortifie le levain des fièvres, Ta-

Double frein qui, domptant sa ftireor homicide , Apaise les esprits de colère agités.

Non qu'enfin toutes âpretés .

Causent le même effet, ni toutes amertumes : La nature , toujours diverse en ses coutumes , Ne foit point dans Fabslnthe un miracle psràl ; n n'est dû qu'à ce bois , digne fils du Soleil '.

De lut dépend tout l'efTet du remède : Seul il commande aux ferments ennemis , Bien que souvent on lui donne pour aide La centaurée , en qui le ciel a mis Quelque âpreté , quelque force astringente, Non d'un tel prix, ni ae l'autre approdiante, Mais quelquefois fébrifuge certain '.

C'est une fleur digne aussi qu'on la chante ; j'ai dit sa fbrce , et voici son deslin. Fille jadis , maintenant elle est plante. Aide-moi , Muse , à rappeler

Ces fastes qu'aux humains tu daignas révéler.

On dit , et je le crois , qu'une nymphe savante

L'eut du sage Chiron, et qu*i]s lui firent part Des plus beaux secrets de leur art.

Si quelque fièvre ardente attaquait ses compagnes, Si courant parmi les campagnes

Un levain trop bouiilanten voulait à leurs joan,

La belle à ses secrets avait alors recours. Il ne s'en trouva point qui pût guérir son âme Du fennent obstiné de l'amoureuse flamme. Elle aimait un berger qui causa son trépas, n la vit expirer, et ne la plaignit pas. Les dieux pour Je punir en marbre le diai^èrait L'ingrat devint statue ; elle fleur , et son sort Fut d'être bienfaisante encore après sa mort: Son talent et son nom toujours lui demeurèrent. Heureuse si quelque herbe eût su calmer ses feux i Car de forcer un cœur il est bien moins possible : Hélas I aucun secret ne peut rendre sensible, Nul simple n'adoucit un (^jet rigoureux ; n n'est bois , ni fleur , ni racine, Qui dans les tourments amoureux Puisse servir de médecine.

La base du remède étant ce divin bois ,

Outre la centaurée où y joint le genièvre';

I mer et raeMe ne pouvant compatir ensemble. Bnonsinol, De

la guérisom dêsfiém'ts par U quinquéma, p.Uk46,

* Monsinot . De la gtUrUon dtt fièvres par le ^« • p. 5S.

» t Onpeotdtre en quelqne façon la même chesc de U cm. I biurée que du quinquina; eUc est amere, apMtire, et kl^ ■ rement astringente. On a même vu plusieurs 9ûk la rii»|« I décocUon de la centaufée guérir des fièvres aisefoplBttlr» * Monginot, De la guérUon dès fièvres par le ftUngwt'»^ p.4Set49. .

• I De quelque manière qu'on donne le «fiioqaliu» s »

CHANT SECOND

Faible seooon , et Mcoon tootefois.

De prescrire à chacun le mélange et le i^v»», Un plos savant Ta &it^ : examinez la fièvre ,

Regardez le tempérament; Doublez , s'il est besoin , Tiisage de l'écorce; Selon que le malade a pins on moins de force * , n demande on qnina pins on moins véhément. Laissez nn pende temps agir la maladie'; Cda ftût, tranchez court; quelquefois nn moment

Est maître de tonle nne vie ^ »

Ce délai! est écrit ; il en court on traité.

Je louerais Tautenr et Tonvrage * :

L*amiUé le défend, et retient mon snifrage; Cest assez à Tauteur de Tavoir mérité.

Je lui dois seulement rendre cette justice , Qa*en nous découvrant Tart il laisse Tartiflce ,

Le mydère* , et tous ces chemins Qœ sûvent aujourd'hui la plupart des humains.

NnOe liqueur au quina n'est contraire : L'onde insipide et la cervoise nmère' , Tout s*en imbibe ; il rfous permet d'user D'une boisscm en tisane apprêtée V Diverses gens l'ayant su déguiser , Leur intérêt en a feit un Protée.

Même on pouiraitne le pas infuser, L'extrait suffit* : préférez Tautre voie ,

• Un^oan la prindptifl dioM à lac|aelle est due laguérlMNi. » iloQSJÉioC, Dt ta gmérittm du fÛorei par U qmtnqmima, puis.

< Le dieralier Talbot » soit poar dégaber le secret de son remède . toit pour en augmenter l'etHcacUé, mêlait au quinquina la fleur» de la petile oentaurée, et on sel extnil de cette pianle ; il 7 mêlait eiioore de U graine de genièTre , et beaucoup danires médicaments dont on trouvera l'énumératlon dans Iwvrage indtulé : Lts admirable$ qualilés du kinkina, p. m à IS7; et dans Mongfnot , De la guérison des fièvres par le qmkiqu4ma, p.^*

* Monginoti De la ^méritcmdésfU^respar lagutwgtiiiio, p.68à7a.

< iWtf., p. sa

* ihid., p. 77.

* François de Mon^inot, dont le TraUé êur la guérûon des filtres par le gtOaquina avait paru en ISTB^ l'année même que UnbXlV avait acheté ce remède au chevalier Talbot, et qui oit un td succès qu'on le réimprimait tous les ans.

* < €Mi doit être persuadé que les prépdratioos les plus sfanples

■ ne sont pas moins sfiras que les antres, et que les mystères f sont plus utiles à ceux qui distribuent les remèdes qu'à oeui < qui s'en servent. > Monginot , Avertissement du IraUé sur ta çuérittm des fiênres par le quinquina,

' i On peot aussi composer une Mère avec le même remède s

■ eOeanra les mêmes vertus que le via. » Mooginoi, Ile la guériêoa des fiéorts par U quinquina , p. 9S»

* ■ On peut (aire enfin l'infusion avec des tisanes oommui nés. ■Monginot, p. 29 et 44; età la page 27 et 2S se trouve la oomposilioo de cette tisane.

* Monginot, p. 1S , De /a guéristm des fiévrês par le quinquina , donne la préparatioa de oeteitrait..

C'est la plus sûre^ ; et Baochus vous envoie De pleins vaisseaux d'un jus délicieux , Autre antidote , autre bienfoit des deux. Le moût surtout', lorsque le bon Silène , Bouillant encor , le puise à tasse pleine. Sait an remède ajouter quelque prix ; Soit qu'étant plein de dialenr et d'esprits Il le sublime , et donne à sa nature D'antres degrés qu'une simple teinture ; Soit que le vin par ce chaud véhément S'imprègne alors beaucoup plus aisément , Ou que bouillant il rejette avec force Tout l'inutile et Timpur de l'écorce :

Ce Jus enfin , pour [Âus d'une raison, Partagera les honneurs d'Apollon.

Nés l'un pour l'autre , ils joindront leur puissance : Entre Bacchus et le sacré vallon Toujours on vit une étroite alliance.

Mais , comme il faut au quina quelcpie choix , Le vin eniveut aussi bien que ce bois : Le plus léger convient mieux au remède * » Il porte an sang un baume prédeux , C'est le nectar que verse Ganymède Dans le festin du monarque de^ dieux.

Ne nous engageons point dans un détail immense; Les longs travaux pour mm ne sont plus de saison ; n me suffit ici de joindre à la raison

Les succès de l'expérience.

Je ne m'arrête point à chercher dans ces vers Qui des deux amena les arts dans Tunivers : Nos besoins proprement en font leur apanage : Les arts sont les enfants de la nécessité ; Elle aiguise le soin , qui , par elle exdté, Met aussitôt tout en usage.

Et qui sait si dans maint ouvrage L'instinct des animaux , précepteurs des humains , N'a point d'abord guidé notre esprit et nos mains? Rendons grâce au hasard. Cent lùachines sur l'onde Promenaient l'avarice en tous les coins du monde : L'or entouré d'écneils avait des poursuivants ; Nos mains l'allaient diercher au sein de sa patrie : Le quina vint s'offrir à nous en même temps ,

* Cest-k^re en boisson. Monginot, p. 106 de son Traité, dit : « Quand les accès sont longs et violents , la boisson doit étro I préférée aux bols. >'

> t Cette même préparation sera encore meilleure et moins I désagréable, si on la fait daa^ le temps des vendanges, mêlant I les mêmes choses avec le vin lorsqu'à ouvenu • Monginot, Da la guérison des fièvres par le quinquina , p. 26.

■ Monginot est le seul qui conseille cela, et qui recommande de prendre le remède dans le temps des vendanges. C'est tou( le contraire dans les traités de ce temps que J'ai consultés : dans tous on recommande de préparer le quinquina avec du bon via de Bourgogne . et même du vin d'Espaiçne. Cette dernière méthode est celle que Ton suit encore aujourd'hui, (voyci lea admirables qualitéi du kinMna, p. 424 à 137.)

LE QUINQUINA

Plus digne mille fois de notre idolâtrie. Cependant^près d*un siècle * on Ta vn sans honneors. Depais qitdqaes étés qu'on brigae ses liGiveurs , Quelbniitn'a-t-ilpointfoit! de quoi fument nos tem[de8 Que de Tenœns promis au succès de ses dons? Sans me charger ici d'une fouie d'exemples , Je me yeux seulement attacher aux grands noms. Combien a-t-il sauvé de précieuses tètes I Nous lui devons Condé , prince dont les travaux, L'esprit , le profond sens , la valeur , les conquêtes , Serviraient de matière à former cent héros. Le quin fera longtemps durer ses destinées. Son fils , digne héritier d'un nom si glorieux , Eût aussi sans ce bois langui maintes journées

J'ai pour garants deux demi-dieux :

Arbitres de nos jours , prolongez* les années De ce couple vaillant et né pour les hasards , De ces chers nourrissons de Bfinerve et de Mars.

Puisse mon ouvrage leur plaire 1 Je toucherai du front les bords du firmament'. Et toi que le quma guérit si promptement ,

Golbert , je ne dois point te taire ; Je laisse tes travaux , ta prudence , et le choix D'un prince que le del prendra pour exemplaire Quand il voudra former de grands et sages rois. D'antres que moi dhront ton zèle et ta conduite , Monument étemel aux ministres suivants ; Ce sujet est trop vaste , et ma Muse est réduite A dire les feveurs que tu fais aux savants. Un jour j'entreprendrai cette digne matière ; Car pour fournir encoreune telle carrière Il faut reprendre haleine : aussi bien aujourd'hui Dans nos chants les plusoourts on trouvennlongennni. J'ajouterai sans plus que le quina dispense De ce régime exact dont on suivait la loi : Sa chaleur contre nous agit foute d'emploi ; Non qu'il foille trop loin porter cette indulgence *. Si le quina servait à nourrir nos défauts , Je tiendrais un tel bien pour le plus grand des maux.

Les Muses m'ont appris que l'enfonce du monde', Simple , sans passions , en désirs inféconde ,

* Tont M plm près d'un demi-aiècle, puisqne les indigènes d'Amériqoe ne révélèrent aux Espagnols le secret de ce remède qu'en I6SS : il ne lût apporté en Barope par les Jésuites qu'en 1649.

> êftUimi f§Ham aUèra vetUoê.

(HORAT.,Od.I,l.)

* Le cheralier Talbot permettait bien, quand il administrait son remède, une nourriture légère, et même du poulet«et des perdrix; mais U défendait le laitage, les fruits crus, les viandes salées et épicées, et les pâtisseries. (Toyex Le$ admirables qua- IHéê du kinkina . p. 4S.)

4 L'apologue qui suit a été inséré, d'après notre Indication , dans plusieurs éditions récentes des fables de notre poète.

Vivant de peu, sans luxe, évitait les douleun : Nous n'avions pas en nous la source des malhean

Qui nous font aujourd'hui la guerre :

Le ciel n'exigeait lors nuls tributs de la terre : L'homme ignorait les dieux , qu'il n'apprend qu'au bmiii. De nous les enseigner Pandore prit le soin : Sa boite se trouva de poisons trop remplie. Pour dispenser les biens et les maux de la vie , En deqx tonneaux à part l'un et l'autre fot mis. Ceux de nous que Jupin regarde comme amis Puisent à leur naissance en ces tonnes fotales Un mélange des deux, par portions égales : Le reste des humains abonde dans les maux. Au seuil de son palais Jupin mit ces tonneaux. Ce ne fut ici-bas que plainte et que murmure; On accusa des maux l'excessive mesure.

Fatigué de nos cris , le monarque des dieux . Vint lui-même édaircir la chose en ces bas lieux. La Renommée en fit aussitôt le message. Pour lui représenter nos maux et nos langoenn,

On députa deux harangueurs , De tout le genre humain le conple le moins sige,

Avec un discours ampoulé

Exagérant nos maladies ;

Jupiter en fot ébranlé :

Us firent un portrait si hideux de nos vies, Qu'il inclina d'abord à réfonner le tout. Momus alors présent reprit de bout en bout De nos deux envoyés les harangues friroles : N'écoutez point , dit-il , ces diseurs de piioles; Qn ils imputent leurs maux à leur dér^lement, Et non point aux auteurs de leur tempérament ; Cette race pourrait avec qaelque sagesse Se foire de nos biens à sol-m^ne largesse. Jupiter crut Momus ; il fronça les sourdls : Tout roiympe en trembla sur ses pdles assis. Il dit aux orateurs : Ya , malheureuse engeauoe, C'est toi seule qui rends ce partage inégal; En'abusant du bien, tu fois qu'il devient mal, Et ce mal est accru par ton impatience.

Jupiter eut raison ; nous nous plaignons à tort : La foute vient de nous aussi bien que du sort. Les dieux nous ont jadis deux vertus députées, La constance aux douleurs, et la sd»riété : C'était rectifier cette inégalité.

Comment les avons-nous traitées?

Loin de loger en nos maisons Ces deux filles du ciel , ces si^es conseillères, Nous foyons leur commerce ; elles n'habitent goèRt

Qu'en des lieux que nous méprisons.

L'homme se porte en tout aveoque vidence,

A l'exemple des animaux , Aveugle jusqu'au point de mettre entre ksmiax

CHANT SECONa

Les eomeils de la tempérance.

Corrigez-voDS , humains; que le firuit de mes Vers Soit l^usage réglé des dons de la nature. Que si Teicès toqs jette en ces fermenta divers , Né TOUS figurez pas que quelque humeur * impiure Se dÛTe avec le sang épuiser dans nos corps.

iTa.Fbiiiiiie.

(^ttenriante ne m tKm?e que dam lei dditioos modemet. L'édUon^origiBato el celle de 1739 portent la lefioo que noua moi ailoptée.

Le qnina s'offre à vous, usez de ses trésors. Éternisez mon nom; qu'un jour on puisse dire Le chantre de ce bois sut choisir ses sujets ;

Phébos , ami des grands projets, Lui prêta son savoir aussi bien que sa lyre. J*accepte cet augure à mes vers glorieux : Tout concourt à flatter là-dessus mon génie ; Je les ai mis an jour sons Louis , et les dieux rfoseraient s'opposer au voulob: d'Uranie.

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