‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 562 sur 723 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

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SONGE DE VAUX

Acanthe s*étaiit endormi une nuit dn printemps , son{;ea qu'il était allé trouver le Sommeil, pour le prier que, par son moyeUy il pût voir le palais de Vaux avec ses jardins : ce quo

< 11 y avait en effet beaucoup de variété dans ce recueil, puisque, outre ces tragments du Songe de Vaux , il contenait des fables, des épitres, des odes . des épigrammes* des madrigaux, une ballade, un rondeau . des élégies, et enfin le poème d'Adonis.

> La Footataie, dans son recueil de 1671, a mis en tête de ce fragment chapitre premier; mais comme dans les fragmenta qui suivent il ne bit plus mention de chapitre , nous avons sop^ primé ce titre.

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SONGE DE VAUX

le Sommeil lui accorda , commandant aux Songes de les lui montrer.

Lorsque Tan se renouvelle,

JSn celte aimable saison «

Où Flore amène avec elle

Les Zéphyrs sur Thorizon -,

Une nuit que le silence

Charmait tout par sa présence ,

Je conjurai le Sommeil

De suspendre mon réveil

Bien loin par delà Taurore.

Le Sommeil n'y manqua pas :

Et je dormirais encore ,

Sans Aminle et ses appas.

Cette fière beauté , qui s'érige un trophée Du cruel souvenir de mes vœux impuissants, Souffrit que cette nuit les charmes de Morphée Aussi bien que les siens régnassent sur mes sens. II me fit voir «n songe un palais magnifique , Des grottes , des canaux , un superbe portique,

Des lieux que ppur leurs beautés

J'aurais pu croire gichantés ,

Si Vaux n'était point au monde :

Ils étaient tels , qu'au soleil

Ne s'offre au sortir de Tonde

Rien que Vaux qui soit pareil.

C'était aussi celte maison magnifique , avec ses accompagnements et ses jardins, lesquels Sylvestre m'avait montrés, et que ma mémoire conservait avec un grand soin , comme étant les plus précieuses pièces de son trésor. Ce fut sur ce fondement que le Songe éleva son frêle édifice, et tâcha de me faire voir les choses en leur plus grande perfection. II choisit pour cela tout ce qu'il y avait de plus beau dans ses magasins ; et, afin que mon plaisir dunit davantage, il voulut que cette apparition fut mêlée d'aventures très-remarquables. Je vis des plantes, je vis des marbres, je vis des cristaux liquides , je vis des animaux , et des hommes. Au commencement démon songe il m'arrivaune chose qui m'était arrivée plusieurs autres fois, et qui arrive souvent à chacun; c'est qu'une partie des objets sur la pensée desquels je venais de m'endormir me repassa d'abord en l'esprit. Je m'imaginai que j'étais alië trouver le Sommeil, pour le prier de me montrer Vaux , dont on m avait dit des choses presque incroya-

bles. Le logis du dieu est au fond d'un bois où le silence et la solitude font leur séjour : c'est un antre que la nature a taillé de ses propres mains, et dont elle a fortifie toutes les avenues contre la clarté et le bruit.

Sous les lambris moussus de ce sondire palais, Écho ne répond point , et semble être assoupie : La molle Oisiveté , sur le seuil accroupie , N'en bouge nuit et jour, et fait qu'aux environs Jamais le chant des coqs, ni le bruit des clairons,. Ne viennent au travail inviter la nature; Un ruisseau coule auprès, etforme un douxmnnnaîe. Les simples dédiés au dieu de ce séjour Sont les seules moissons qu'on cultive i FenUKir: De leurs fleurs en tout temps sa demeure est semée. Il a presque toiyours la paupière fermée. Je le Ut>uvai dormant sur un Ht de pavoU: Les Songes 1 entouraient sans titnibler son repos; De fantômes divers une cour mensongère , Vains et frôles enfants d'une vapeur légère , Troupe qui sait charmer le plus profond eonni , Prête aux ordres du dieu , volait autour de lui. Là , cent figures d'air en leurs moules gardées, Là , des biens et des maux les l^res idées, Prévenant nos destins , trompant nou-e désir, Formaient des magasms de peine ou de plaisir. Je regardais sortir et rentrer ces merveilles : Telles vont au butin les nombreuses abeilles; Et tel, dans un éUt de fourmis composé , Le peuple rentre et sort, en cent parts divisé. Confus , je m*écriai : Toi que chacun rédame, Sommeil, je ne viens pas l'implorer dans ma flamm^ Conte à d'autres que moi ces mensonges clwnnanls Dont tu flattes les vœux des crédules amants ; Les merveilles de Vaux me Uendront lieu d'Aminle : Fais que par ces démons ' leur beauté me soit peinle. Tu sais que j'ai toujours honorê tes autels; Je t'offre plus d'encens que pas un des mortels : Doux Sommeil , rends-toi donc à ma juste prière. A ces mots , je loi vis entr'oovrir la paupière ; Et , refermant les yeux presque au même moment: Contentez ce mortel , dit41 languissanunent Tout ce peuple obéit sans tarder davanuge: Des merveilles de Vaux ils m'offrirent limage ; Conune marbres taillés leur troupe s'entassa ; En colonne aussitôt celui-ci se plaça ; Celui-là chapiteau vint s'offrir à ma vue ; L'un se fit piédestal , l'autre se fit statue ; Artisans qui peu chers , mais qui, prompts et subtils, N'ont besoin pour bâtir de marbre ni d'outils ,

* Par ces géniet. Le mot démons est pris id dans l'acoeptiM que les anciens donnaient à ce mot

SONGE DE VAUX

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