‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 563 sur 723 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

Font crcrftre en on momenl desfleurs et des ombrages, Et, sans l'aide dn lemps, composent leurs ouvrages.

Les vers suivants ne sont pas de la description de Vaux : je les envoyai à une personne qui en voulait voir de moi , et lui envoyai en même temps le fra{;ment qui suit. Comme ces vers y peuvent servir d'argument en quelque ïsiçon , j'ai cru qu'il ne serait pas hors de propos de les mettre en tête.

Ariste*, vous voulez voir des vers de ma main , Tous qui du chantre grec ainsi que du romain Pourriez nous étaler les beautés et les grâces , Et qui nous invitez à marcher sur leurs traces. Vous ne trouverez point chez moi cet heureux art Qui cache ce qu'il est , et ressemble au hasard * : Je n*ai point ce beau lour, ce charme inexprimable Qui rend le dieu des vers sur tous autres aimable : C'est ce qu'O faut avoir, si Ton veut être admis Pamû ceux qu*Apollon compte entre ses amis. Homère épand toujours ses dons avec largesse; Virgile à ses trésors sait joindre la sagesse : Mes vers vous pourraient-ils donner quelque plaisir, Lorsque l'antiquité vous en offre à choisir? Je ne Tespère pas; et cependant ma muse ^'aura jamais pour vous de secret ni d'excuse ; Ce que vous souhaitez , il faut vous l'accorder; C'est à moi d'obéir, à vous de commander. Je vous présente donc quelques traits de ma lyre : Elle les a dans Vaux répétés au Zéphyre. Ty fois parler quatre arts fameux dans l'imivers, Les palais , les tableaux , les jardins , et les vers. Ces arts vantent ici tour à tour leurs merveilles. Je soupire en songeant au sujet de mes veilles. Vous m'entendez , Ariste , et d'un cœur généreux Vous plaignez comme moi le sort d'un malheureux. Il déplut à son roi; ses amis disparurent ; Mille vceux contre lui dans l'abord concoururent. Malgré tout ce torrent , je lui donnai des pleurs ; J'accoutumai chacun à plaindre ses malheurs '.

* SoQs ce nom Je crob que la Foataine désigne PellinoOf qui bitatt ausal de trè^-bonsven.

* Ni&n'a aa eontnire mi^nx possédé cet art que la Fontaine . et œ vert exprime admiraUemeot bien le caracCére de notaient

* La Fontaine fait id allusion à Fonqnet et i l'élégie adres- ■ée aox nymphes de Vanx. Voyez VffUtoire de la vie et des euvragesde laFotUaHu^éààL ltt*IS, 1. 1, p.SSi édit. la-r, p. 51.

Jadis en sa fiiveur j^assemblai quatre fées ; Il voulut que ma main leur dressât des trophées : Œuvre long , et qu'alors jeune encor j'entrepris*. Ecoutez ces quatre arts , et décidez du prix.

L'Architecture, la Peinture, le Jardinage, et la Poésie , haranguent leurs juges , et conies- ' tent le prix proposé.

Un riche balustre faisait la séparation de la chambre d'avec l'alcôve ; l'estrade en était an moins élevée d'un pied , ce qui donnait encore plus d'éclat à cette action. Là, sur des tapis de Perse, on avait placé les sièges des demi-dieux ; ceux des juges y étaient aussi, mais à part, et un peu éloignés de la compagnie. Hors de l'alcôve étaient assises Tune près de l'autre les qua^ tre fées. Ariste, Gelaste, et moi, nous étions debout vis^-vis d elles. On tira au sort pour savoir en quel rang elles parleraient. Ce fut à Palatiane de haranguer la première : elle se leva donc; et après s'être approchée du balustre, elle se retourna à demi vers ses rivales, et leur adressant la voix , elle commença de cette sorte :

Quoi ! par vous ces honneurs sont aussi contestés I Vous prétendez le prix qu'on doit à mes beautés? Ingrates , deviez-vous en avoir la pensée ?

A ces mots d'ingrates toutes se levèrent , et témoignèrent avoir quelque chose à dire ; mais les juges, pour éviter la confusion, ayant ordonné qu'dies ne s'interrompraient point, Palatiane continua en ces termes :

Juges , pardonnez-moi cette plainte forcée : Je sais qu^en suj)pliante il fallait commencer; C'est à vous que ma voix se devait adresser; Mais le dépit m'emporte , et puisqu'il faut tout dire, Enfin voilà le fruit , trop vaine Apellanire , Dont vous reconnaissez mes bienfoits aujourd'hui. Contre les aquilons mon art vous sert d'appui : N'en ayez point de honte ; en sauvant votre ouvrage, J'oblige aussi les dieux dont vous tracez Firoage. Hé bien ! vous la tracez , mais imparfaitement ;

* Les travaux qae Fouquet fit exécuter à Vanx-le-Vloomle n'ayant commencé qu'en 1653 , la Fontaine avait au moina trente-quatre ans lorsqu'il commença cet ouvrage i mais II s'était adonné tard à la poésie; et après la traduction de l'Eunaque de Térmoe , le Songe de Vaux fut le premier ouvrage qu'U entreprit.

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SONGE DE VAUX

Et moi je leur bâtis un second firmament. Ce que je dis pour vous, je le dis pour les autres ; Tout ce qu'ont fait dans Taux les le Bruns, les leNétres, Jets , cascades , canaux , et plafonds si cbarmants , Tout cela tient de moi ses plus beaux ornements. Contempler les efforts de quelque m^m savante, Juger d'une peinture , ou muette , ou parlante , Admirer d'Apollon les pinceaux ou la Toix, Errer dans un jardin , s'égarer dans un bois y Se coucher sur des fleurs, respirer leur haleine, Écouter en rêvant le bruit d'une fontaine , Ou celui d*un ruisseau roulant sur des cailloux , Tout cela , je l'avoue , a des charmes bien doux : Mais enfin on s'en passe , et je suis nécessaire. Ce fat le seul besoin qui d'abord me fit plaire. Les antres se trouvaient des humains habités ; Avec les animaux ils formaient des cités : Je bâtis des maisons , je composai des villes. On ne voulait alors que de simples asiles; Sur la nécessité se réglaient les souhaits : Aujourd'hui, que Ton veut de superbes palais , Je contente chacun en plus d'une manière : Des cinq ordres divers la grâce singulière Fait voir comme il me plaît Tédat , la majesté , Ou les charmes divins de la simplicité. Je ne doute donc point qu'en présence d'Oronte Je n'obtienne le prix , vous n'emportiez la honte : Confuses , vous allez recevoir cette loi', Si c'est honte pour vous d'être moindres que moi. Tant d œuvres, dont je rends les savants idolâtres , Colosses , monuments , cirques , amphithéâtres , Mille temples par moi bâtis en mille lieux , Les demeures des rois , celles mêmes des dieux , Rome , et tout Tanivers , pour mon art sollicite. Joges, accordez-moi le prix que je mérite ; Car on n'aurait pas droit d'y vouloir parvenir, Si de la faveur seule il fallait Tobteair.

Peu de temps après qu'elle eut cessé de parler, elle retourna s'asseoir. Sa fierté et le caractère de sa harangue n'avaient pas déplu : je le remarquai au visage des assistants. Les seules fées témoignaient beaucoup d'indignation , et secouaient la tête à chacune de ses raisons ; je vis même l'heure qu'Apellanire l'interromprait. Pour moi, ce qui me toucha le plus de tout son discours, ce fut l'épilogue. Apelianire, qui devait parler la seconde , prit la place que l'autre venait de quitter, et puis elle commença ainsi sa harangue :

Juges , si j'ai souffert des reproches frivoles ,

Ce n'est point pour manquer de droit ni de paroles : '

Le respect seulement a retenu ma voix* Palatiane veut votis imposer des lois : Les honneurs ne sont faits qu'e pour ses mains sivantei; Ce serait trop pour nous que d*ètre ses suivantes : Elle m*appelle ingrate , et pense m'âiranler ; Mais qui Test de nous deux, puisqu'fl en faut parler? Sans tous ses ornements , serais-je pas la même? Et quant à sa beauté , qui lui semble sopréme , Bien souvent sans la mienne on'n'y penserait pas; Seule je sais donner du lustre à ses appas. Contre les aquilons elle m'est nécessaire ; Il n'est point de couvert qui n'en pût autant faire. Où va-t-elle chercher le premier des humains ? Quels chefii>d'œuvres alors sont sortis de sesmaios? Qu'importe qu'elle serve aux dieux mêmes d'aale? Car il ne s'agit pas d'être la plus utile; C'est assez de causer le plaisir seulement , Pour satisfaire aux lois de cet enchantement; En termes assez clairs la chose est exprimée : Soit donné , dit le mage , à la plus grande fée. En est-il de plus grande , ayant tout bien pesé , Que celle par qui l'œil est sans cesse abusé ? A de simples couleurs mon art plein de magie Sait donner du relief, de l'âme, et de la vie : Ce n'est rien qu'une toile , on pense voir des corps : J'évoque , quand je veux, les absents et les morts ; Quand je veux , avec art je confonds la nature. De deux peintres fameux qui ne sait l'imposture? Pour preuve du savoir dont se vantaient leurs mains, L'un trompa les oiseaux , et l'autre les humains. Je transporte les yeux aux confina de la terre : U n'est événement ni d'amour , ni de guerre , Qae mon art n'ait enfin appris à tous les yeux. Les mystères profonds des enfers et des deux Sont par moi révélés , par moi Toeil les découvre : Que la porte du jour se ferme , ou qu'elle s'ouvre ,' Que le soleil nous quitte, ou qu'il vienne nous Toir, Qu'il forme on beau matin, qu'il nous montre on bean soir, J'en sais repré^nter les images brillantes. Mon art s'étend sur tout ; c'est par mes mains savantes Que les chants , les déserts , les bois , et les cités , Vont en d'autres climats étaler leurs beautés. Je fais qu'avec plaisir on peut voir des naufrages , Et les malheurs de Troie ont plu dansmes ouvrages : Tout y rit , tout y charme; on y voit sans horreur Le pâle désespoir, la sanglante fureur, L'inhumaine Clothon qui mardie sur leurs traces: Jugez avec quels traits je sais peindre les Grâces. Dans les maux de l'absence on cherche mon secours : Je console un amant privé de ses amours, Chacun par mon moyen possède sa cruelle. Si vous avez jamais adoré quelque belle ( Et je n'en doute point , les sages ont aimé) , Vous savez ce que peut on portrait animé :

SONGE DE VAUX

Dauslesoœiinles plus froidsil entretient des flammes. Je poorrab tous prier. par celai dé tos dames; En bTear de ses traits , qui n'obtiendrait le prix ? Mais c*est assez de Vao^E pour toucher vos esprits : Vojez, et puis jugez; je ne veux autre grâce.

Les raisons de cette seconde me semblèrent encore plus pressantes que celles de la première; surtout ce qu'elle dit de Tlntention du mage fit beaucoup d*effet. U s'éleva là-dessus un secret murmure, qui lui donna quelque espéranee de la victoire ; et le chagrin qu'en ce momentlà témoignèrent les autres fées Ht une partie de sa joie, aussi bien que la satisfisiction qui parut sur le visage des écoutants. Palatiane, ne jugeant pas à proposde laisser plus longtemps dans les esprits une impression si fevorable pour sa rivale» se leva encore une fois , et , de b place où elle était, elle représenta aux juges que si l'art de la peinture trompait les yeux , celui de l'architecture leur faisait voir des merveilles bien plus étonnantes. Tel pouvait-on appeler le puissant effort des machines qu'elle inventait; telle, la pesanteur des colosses élevés comme par enchantement; tels,, tous ces ouvrages hardis dont l'imagination se trouve effrayée; tels, enfin , ces amas de pierres qui font croire que TÉgypte a été peuplée de géants, et qui ont épuisé les forces de plusieurs millions d'hommes , aussi bien que les trésors d'une longue suite de rois. Palatiane ayant ainsi répliqué, ces deux fées reprirent leur place ; et incontinent après, Hortésie , dont le tour était venu, approcha des juges, mais avec un abord si doux, qu'auparavant qu'elle ouvrit la bouche ils demeurèrent plus d'à demi persuades, et ils eurent beaucoupde peine à ne se pas hisser corrompre aux charmes mômes de son silence. Voici tes propres paroles desa harangue :

J'ignore Fart de bien parler , Et n*emploîerai pour tout langage Que ces moments qn^on Voit couler Parmi des fleurs et de Tombrage.

Là luit on soleil tout nouveau; L'air est plus pur, le jour plus beau , Les nuits sont douces et tranquilles ; Et ces agréables séjours Chassent le soin hôte des villes , Et la crainte hôtesse des cours.

Mes appas sont les alcyons Par qui Ton voit cesser Torage Que le souffle des passions A fUt naître dans un courage : * Seule, j'arrête ses transports ; La raison fait de vains efforts Pour en calmer la violence :

Et si rien s'oppose à leur cours, C'est la douceur de mon silence, Plus que la force du discours.

Mes dons ont occupé les mains D'un empereur * sur tous habile, Et le plus sage des humains Vint diez md cherdier un asile :

Charles ' , d*un semblable dessein Se venant jeter dans mon sein, Fit voir qu'il était plus qu'un homme : L'on d'eux pour mes ombrages verts A quitté l'empire de Rome, L'autre celui de l'univers.

Ils étaient las des vains projets De conquérir d'antres provinces Que s'ils se firent mes sujets, De mes sujets je fais des princes. Tel, égalant le sort des rois , Aristée errait autrefbis Dans les vallons de Thessalie; Et tel, de mets non achetés , Vivait sous les murs d'OEballe ' Un amateur de mes beautés.

Libre de soins, exempt d*ennuis , Il ne manquait d'aueunes choses ; n détachait les prenùers fruits, U cueillait les premières roses; Et quand le ciel armé de vents Arrêtait le cours des torrents Et leur donnait un firein de glace , Ses jardins remplis d'arbres verts Conservaient encore leur grâce , Malgré la rigueur des hivers.

Je promets un bonheur pareil A qui voudra suivre mes charmes; Leur douceiff lui garde un sonmieil Qui ne craindra point les alarmes :

U bornera tous ses désirs Dans le seul retour des zéphyrs ; Et, fuyant la ibule importune, Il verra du fond de ses bois

* Dioclétien. > Cbarles^ink

*NamquetubOEbaliœ.,.\itia., Georg., if.

SONGE DE VAUX

Les OBortisaiis de la fortnne DpTcniu esdarcs det rois.

Tembdlis les frmU et les fleiin ; Je sais parer PomoDe et Flore ; C'esl pour moi que coulent les pleurs Qii*en se levant verse TAiirore :

Les vergere, les parcs, les jardins, De mon savoir et de mes maint , Tiennent leurs grâees noupareillea; Là j*ai des prés, là j'ai des bois ; Et j*ai partout tant de merveilles , Que Ton s^égave dans leur dioîx.

Je donne an liquide oristal Plus de cent formes dilltérentes, Et le mets tantôt en canal , Tantôt en béantes jaillissantes; On le voit souvent par degrés .

Tomber à flots précipités :

Sur des glacis je ftûs qn*il roule , Et qu*il bouillonne en d'autres lieux -^ Parfois il dort, parfois il coule , Et toujours il charme les yeux.

Je ne finirais de longtemps Si j*exprimais toutes ces choses :

On aurait plus tôt au printemps Compté les collets et les roses.

Sans m'écarter loin de ces bois, Souvenez-vous combien de fois Vous avez cherdié leurs ombragea :

Pourriez-vous bien m'ôter le prix , Après avoir par mes ouvrages Si souvent charmé vos esprits?

Le discours d'Hortésie acheva de gagner tons les assistants : Oronte et les demi-dieux se regardèrent comme ravis; les juges n*en firent pas moms. Hortësie oonsidérait tous oes signes extérieurs avec la joie que l'on peut penser, quand Apellanire, ayant parlé tout bas quelque peu de temps aax deux fëes qui étaient près d'elle , déploya une toile que les plis de sa robe tenaient cach^ , et , la montrant de la main aux joges, elle s'écria du lieu où elle était :

Juges, attendez un moment, Et voyez quelle est cette liée Qui de son visage charmant Devant Oronte fait tioiOiée ; En voilà les traits éclatante; Elle était telle avant que le printemps

Loi rendit ses dieveux avec ses Lonque les joun sont Elle n'est janak sans alarmes.

Après ces paroles, elle allajusqae dansTalcôve présenter aux juges latoQe qu'elle tenait déployée, et leur dit que c'était le portrait d'Hortésie, qu'elle avait Eût depuis quelques mois. Os en demeurèrent étonnés ; et jetant la vue sur Hortësie, ik Utonroèrent ensuite sur sa peinture. La meilleore partie de ses grlces y semblait éteinte» il n'y avait ni roses, ni lis sur son teint ; tout y était languissant et à deaii mort; on ne voyait que de la neige et des glaçons oii on avait vn les fins florissantes marques de la jeunesse. Les juges auraient soupçonné la fidâité du portrait, s'ils ne se fussent souvenus d'avoir vu Hortësie en cet état-U. Chacun commença de douter qu'on vouiât accorder le prix à une beauté si frfle et si jour nalière : dle*méme abandonna sa propre défense , et ne sut que répondre sur ce reproche. Si bien qn' Apellanire s'en retournait toate triomphante» lorsque Palatiane lui dit: K'inmitez point à une b^ulé qui craint tout, à ce que vous dites: si elle languit ions les ans, elle reprend aussi tous les ans de nouvelles forces; quant à vous , qu'est-U demeuré de œ qu'ont Eût autrefois vos ApeUes et vos Zenxis, que le nom de leurs ouvrages , et les dioses incroya-* blés que l'on en dit ? Les miens vivent plus de siècles que les vôtres ne sauraient vivre d'années. Apellanire ne s'étonna point, etse douta bien que Palatiane eDe-méme se verrait bien* tAt confondue. Cela ne manqua pas d'arriver.

Ce fut par Callîopée.

Montrez-moi, dit cette fée, Quelque chose de plus vieux Que la chronique immortelle De ces mon pour qui les dieux Eurent dix ans de qqereUe.

Bien que par les flots amers

On aille au delà desiners

Voir encor vos pyramides,

J'ai laissé des m<munients Et plus beaux et |dus solides

Que ces vastes bâtiments.

Mes mamsoDt iktt des ouvnges Qui verront les demicfs âges

SONGE DE VAUX

Su» jtniiis le ruiner ; Le tempsabeau les combattre ^; L Van ne 1^ saurait miner , Le Tent ne peut les abattre.

Sans moi tant d'œuvres fomeux , Ignorés de nos neveux , Périraient sous La poussière :

Au Parnasse seulement On emploie une matière Qui dure éternellement.

Si Ton conserve les noms, Ce doit être par mes sons, Et non point par vos machines :

Un jour, un jour Tunivers Cherchera sous vos ruines Ceux qui vivront dans mes vers.

Aussitôt elle s'approcha du balustre ; et laissant Palatiane toute confuse , elle adoucit quelque peu sa voiXy et parla ainsi :

loges, vous le savez, et dans tout cet empire

Mon charme est plus connu que Pair qu'on j respire ;

C'est le seul entretien que Ton prise aujourd'hui ;

Pour eomble de bonheur, Alcandre * en est Tappui.

Je n'en dirai pas plus, de peur que sa puissance

N'<^lige vos esprits à quelque déférence.

Vous jugez bien pourtant quelle est une beauté

Qui possède son cœur, et qui Ta mérité ;

Mais, sans vous prévenir par les traits du bien dire ,

Je répondrai par ordre, et cela doit suffire.

On dirait que ces arts méritent tous le prix.

Chaque fée a sans doute ébranlé les esprits :

Toutes semblent d'abord terminer la querelle.

La première a fait voir le besoin qu'on a d'elle.

Si j*ai de son discours marqué les plus beaux traits ,

Elle loge les dieux, et moi je les ai faits.

Ce mot est un peu vain , et pourtant véritable :

Ceux qui se font servir le nectar à leur table >

Sous le nom de héros ont mérité mes vers ;

Je les ai déclarés maîtres de l'univers.

0 vous qui m'écoutez, troupe noble et choisie ,

Ainsi qu'eux quelque jour vous vivrez d'ambrosie;

Hais Alcandre lui-même aurait beau l'espérer ,

S'il n'implorait mon art pour la lui préparer.

Ce point tout seul devrait mè donner gain de cause :

Rendre on homme immortel, sans doute eit quelque chose :

Apellanire peut par ses savantes mains

L'exposer pour un temps aux regards des humains :

HoiAT., Carm. IV, od. xxz.

•Louis XIV.

Pour moi, je lui bâtis un temple en leur mémoire ; Mais un temple plus beau, sans marbre et sans ivoire, Que ceux où d'autres arts, avec tous leurs efforts , De l'univers entier épuisent les trésors. . Par le secoii4 discours on voit que la peinture Se vante de tenir école d'imposture , Comme si de cet art les prestiges puissants Pouvaient seuls rappeler les morts et les absents I Ce sont pour moi des jeux : on ne lit point Homère, Sans que tantôt Achille à l'âme si co'.ère , Tantôt Agamemnon au firont majestueux , Le bien-disant Ulysse, Ajax Fimpétueux , Et maint autre hâros offre aux yeux son image s Je les fais tous parler, c'est enoor davantage. La peinture après tout n'a droit que sur les corps; Il n'appartient qu'à moi de montrer les ressorts Qui font mouvoir une âme, et la rendent visible : Seule j'expose aux sens ce qui n'est pas sensible, Et, des mêmes couleurs qu'on peint la vérité , Je leur expose encor ce qui n*a point été. Si pour foire un portrait Apellanire excelle , On m'y trouve du moins aussi savante qu'elle; Mais je fais plus encore, et j'enBoigne aux amants A fléchir leurs amours en peignant leurs tourments. Les charmes qu'Hortéâe épand sons ses ombrages Sont plus beaux dans mes Tenqu'en ses propres ouvrages ; Elle embellit les fleurs de traits moins éclatants : C'est chez moi qu'il faut voir les trésors du printemps. Enfin, j'imite tout par mon savoir suprême ; Je peins , quand il meplait, la peinture elle-même. Oui, beaux-arts, quand je veux, j'étale vos atUraits : Pouvez-vous exprimer le moindre de mes traits ? Si donc j'ai mis les dieux au-dessus de l'envie ; Si je donne aux mortels une seconde vie ; Si maint œuvre de moi , solide autant que beau , Peut tirer un héros de la nuit du tombeau, Si, mort en ses neveux, dans mes vers il respire; Si je le rends présent bien mieux qu'Apellanire; Si de Palatiane , au prix de mes efforts , Les monuments ne sont ni durables ni forts; Si souvent Hortésie est peinte en mes ouvrages , Et si je fois parler ses fleurs et ses ondlirages , Juges , qu'attendez vous ? et pourquoi consulter? Quel art peut mieux que moi cet écrin mériter? Ce n'est point sa valeur où j*ai voulu prétendre : Je n'ai considéré que le, portrait d'AIcandre On sait que les trésors me touchent rarement 1 Mes veilles n'ont pour but que l'honneur seulement. Gardez ce diamant dont le prix est extrême ! Je serai riche assez pourvu qu' Alcandre m'aime *,

> Il faut se rapp<>ler ici ce que la Footaine a dit dans son avei^ tissement. que IVcrin qui devait être donné en prix à l'une des fées renfermait un diamant d'une beauté extraordinaire, et sur le ooaTercie le portrait du roi.

SONGE DE VAUX

La harangue de Calliopée produisit uo mer- | veilleux changemeat dans les esprits. Les autres fées rayaient bien prévu ; car, auparavant que Ton s'assemblât , elles demandèrent qu'il fût défendu de se servir des traits de la rhétorique; que cela n'était pas sans exemple; qu'une pareille défense s'était observée longtemps dans Athènes , parceque les orateurs faisaient prendre de telles résolutions que bon leur semblait ; et qu'enfin le métier de leur rivale étant de séduire , il n'était pas juste qu'elle eût cet avantage sur elles. Mais comme il était question de charmes , oes juges leur représentèrent qu'ils ne voyaient pas pourquoi ceux de l'éloquence dussent être exclus; et que leur propre requête leur faisait tort , parce qu'il semblait qii'elles donnassent déjà gain de cause à leur concurrente. Ainsi chacune employa tous les artifices dont elle se put aviser.

Après que l'applaudissement qu'on donna à la harangue de Calliopée fut un peu cessé , Apellanire , comme la seule qui pouvait avoir quelque chose de commun avec elle , et comme celle aussi qui jusque-là croyait avoir la meilleure part à l'écrin , prit la parole , et avoua que les charmes de sa rivale étaient à la vérité fort puissants; mais en quoi cela pouvait-il regarder la maison de Vaux? au L'eu que tout y brillait des enrichissements qu'elle avait trouvés. Combien de plafonds qui surpassaient non-» seulement tout ce qu'on avait jamais fait en ce genre, mais aussi l'imagination même des regardants ! combien d'ornements judicieux , agréables, et bien inventés! Était-il possible qu'en la présence de ces merveilles on adjugeât le prix à quelque autre qu'elle? Quand eHe eut fini, Calliopée tomba d'accord de ce dernier poioC , et rendit un pareil témoignage à la vérité. Mais se peut-il faire que vous ignoriez, ajouta-t-elle en s'adressant à Apellanire, ce que mon art a de commun avec Vaux? La dernière main n'y sera que quand mes louanjes l'y auront mise ; et vous-même ne devriezvous pas consentir que j'eusse Tècrin, comme le plus digne prix de la gloire que mes ouvrages vous ont donnée ? Je demandai tout bas à Gelaste ce que cela voulait dire. Il me répondit que plusieurs personnes avaient déjà fait la description de quelques endroits de ce beau sé-

jour ; surtout qu'il m'en voulait montrer une du salon , laquelle on ne pouvait assez estimer. Cette contestation des deux fées, et le souvenir de ce que les autres avaient dit , embarrassèrent les juges de telle sorte , qu'ils se pa^ lèrent près d'un quart d'heure sans rien résoudre. Cependant le reste de la compagnie s'entretenait aussi de cette action , au moins il me le sembla ; car les uns et les autres parlaient trop bas, et nous étions trop éloig^nés pour en rien entendre. Enfin les juges ordonnèrent pour tout résultat que, puisque les choses étaient tellement égales, ces quatre fiées feraient paraître sur-le-champ quelque échantillon de leur art , afin qu'on sût laquelle de toutes était la plus savante dans la magie. Cela fut prononcé par l'un des trois juges: chacun témoigna en être content. Aussi était-ce une nouvelle occasion de plaisir. Oronte luHnéffle sembla l'approuver par un léger mouTement de tête. Il se fit ensuite un fort grand silence, les esprits étant demeurés comme ^uspeadus, dans l'attente d'autres merveilles^

ni.

AVERTISSEMENT

C'est assez de ces deux écbantiOoiis poor consnller le public sur oe qu'il y a de sérieux daas mou soDge; il faut maioteoant que je te consulte sur ce qu'il y « «^ galant j et , selon le jugement qu'il fera de l'un et de l'io- Ire , je me réglerai si je continue cet ourrage. Le ledeor saura, pour l'intelligenoe du fragment qui sait, qu'on saumon et un esturgeon , qui apparemment «oiTaient m bateau de sel , furent pris dans la riTÎère de Seine. On les présenta îift à M. Fouqnel , qui tes fit mettre en m fort grand carré d'eau, où je les trouwi plcios désisté et de vie quand je commençai ma description. Je w ""■' gine donc , dans mon «ongtf , que ce sont deux ambasssdeurs envoyés à M. Fouqnet par te dieu Neptune, pour lui offrir de sa part tous les trésors de l'empire manlipe, des morceaux pétrifiés , du corail de toutes sortes , d» conqnes , afin que M. Fouquel pût faire embellir cerUi» rochers qui sont dans un avant-corps d'archlte^rtore, ^ à-vis de la cascade de Vanx. Je feins aussi qn un de <» poissons (c eat l'esturgeon) me parie per ^^='^'' me conte sonaventm^ et cette de son camarade . Torigiiie et le moUf de teur dépatatioa.

SONGE DE VAUX

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