‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 567 sur 723 · NEPTUNE A SE · texte numérisé non relu

NEPTUNE A SE

I Vous savez tous l'alliance qui est entre Oronte et voire monarque : aussi ne sui&je point fâché qiied*autres diviniléscontribuent au plaisir d'un héros si chéri du ciel. Je considère sans jalousie toutes les statues que Minerve luia données. Apollon, qui s'est fait architecte, aussi bien que moi , pour un roi avaricieux et ingrat , n'a pas eu mauvaise raison de se foire peintre pour un héros très-reconnaissant et tr^libcral. Je ne lui envie pas sa fortune; et c'est la seule émulation qui est cause que je vous assemble.

II ne fout pa» que vous souffriez que le palais où noua sommes donne moins de plaisir aux yeux que cet autre qui le regarde. On peut dire, à la vérité, que les avenues de celui-d sont si belles, qull serait bien malaisé d'y rien ajouter; on peut dire aussi que sa foce a je ne sais quoi de grand et de noble : mais les niches qu'on y a foites n'étant encore remplies que par des rochers tout secs, je crois que s'il en

sortait de l'eau , ceb serait un grand ornement. Que quelqu'un de vous y travaille ; et s'il réus^ sit, je lui donnerai pour récompense la plus belle des Néréides. •

Grand roi , dit un Triton , qui par droit d'héritage Avez de TOcéan les plaines en partage , Et qui voulez dans Vaux un empire fonder , C'est à nous d'obéir, à vous de commander. Rien ne sembleimpossiblealors qu'on véutvons plaire: Pour moi je vous dirai ce que Tart me suggère. A garder vos trésors des monstres destinés , Et par les mains du Sort sons ce mont enchaînés, Veillent sur le cristal en de^ grottes profondes : Lâchons ces animaux venns de divers mondes ; Je les dompterai tons, et de nuire empêchés Par des liens de bronze ils seront att»diés; Mon art en ornera ces rochers etces niches Pour qui vous réservez les trésors les plus riches.

Le conseil plut an dieu du liquide univers. D'unseulcoup de trident cent cachots sont ouverts : On voit sortir en foule un amas de reptiles , Dragons , monstres marins , lézards et crocodiles, Hydres à sept gosiers , escadrons de serpents , La gent aux ailes d'or , et les peuples rampants , Lunas aux dos armés, écrevisses cornues , Des formes d'animaux aux mortels inconnues. A peine ib sont sortis de leurs antres obscurs , Qu'ils font bruire le mont, se lancent à ces murs; Et remettrnent partout le chaos en peu d*heures , Sans la fiitale main qui règle leurs demeures. Sous un roc, par son ordre, un limas s'établit, Et de son vaste corps tout un antre remplit.

Quand le sage Triton les vît tous en leur place , Avec jus de corail , quintessence de glace , Et Gorgone dissoute en cristal de Maincy , Il arrosa ce peu|de aussitôt endorci.

Chacun d'eux toutefois conserve sa figure ; Chacun , s*en s'émouvoir , siffle , gronde , murmure, Fait que de son fracas tout le mont retentit, Et pense avoir encor le gosier trop petit. On dirait que parfois l'escadron se mutine , Enivré du nectar d'une source divine ; n pousse Tonde au ciel , il la darde aux passants, Semble garder ces lieux en charmes si poissants , Et défendre l'accès des beautés qu^il nous montre : L'eau se croise , se joint , s'écarte , se rencontre , Se rompt , se précipite au travers des rochers, Et fiiit comme aland)ics distiller leurs planchers.

ftl«

SONGE DE VAUX

Page 1