NOUVEAUX TOURMENTS D' AMOUR
Me voici rembarqué sur la mer amoureuse , Moi pour qui tant de fois elle fut malheureuse , Qui ne suis pas encor du naufrage essuyé , Quitte à peine d'un vœu nouvellement payé.
ŒUVRES DIVERSES
Que faire? mon destin est tel qu'il font que faime '. On m'a pourvu d'un cœur peu content de lui-même, Inquiet , et fécond en nouvelles amours : Il aime à s'^gager, mais non pas pour toujours. Si faut-il * une fois brâler d'un feu durable : Que le succès en soit funeste ou favorable , Qu'on me donne sujet de craindre ou d'espérer , Perte ou gain , je me veux encore aventurer. Si Ton ne suit l'Amour , il n'est douceur aucune. Ce n'est point près des rois que l'on fait sa fortune : Quelque ingrate beauté qui nous donne des lois, Encore en tire-t-on un souris quelquefois ; Et, pour me rendre heureux , un souris peut suffire.
Clymène, vous pouvez me donner un empire , Sans que vous m'accordiez qu'un regard d'un instant : Tiendra-t-ll à vos yeux que je ne sois content ? Hélas 1 qu'il est aisé de se flatter soi-même I Je me propose an bien dont le prix est extrême , Et ne sais seulement s'il m'est permis d'aimer. Pourquoi non , s'il vous est permis de me charmer ? Je verrai les plaisirs suivre en foule vos traces , Votre bouche sera la demeure des Grâces , Mille dons près de vous me viendront partager ; Et mille feux chez moi ne viendront pas loger ! Et je ne mourrai pas I Non y Cl}7nène , vos charmes Ne paraîtront jamais sans me donner d'alarmes; Rien ne peut empêcher que je n'aime aussitôt. Je veux briller , languir , et mourir s'il le faut : Votre aveu là-dessus ne m'est pas nécessaire. Si pourtant vous aimer, Clymène, était vous plaire , Que je serais heureux ! quelle gloire I quel bien ! Hors l'honneur d'être à vous , je ne demande rien. Consentez seulement de' vous voir adorée ; Il n'est condition des mortels révérée Qui ne me soit alors un objet de mépris. Jupiter, s'il quittait le céleste pourpris , Ne m'obligerait pas à lui céder ma peine.
I Uniculque dedlt Titlam naturarreato : m nature allquld temper aoiare dcdll.
Six. PBOPeiT., £^«^.11. zxtii, t7.
* SI faut-il, c'est-i-dire pourtant faut-iL Cette toamure se trouve fréquemment dans la FonUine. Si . dans ces sortes de phrasfs, n*e4 pas une conjonction dubitaUve, mais le mot si de notre anden langage, qui au contraire s'emploie dans les phrases où il faut affirmer : on en a un exemple remarquable dans ces vers du Tariufe (|ue nous avons explkjués le premier :
Eoror I Diantre «oit hil de Toni t SI , Je le Tcnz, Cerna ce badlnage; et Tenet çft tous deux .
Dans ces vers, tlje le veux, signifie oui, je le veux, vous disje. C'est le mot si placé devant le verbe pour lui donner plus de force, et le rendre, non pas seulement l'expression de la volonté de eelui qui parle, mais aussi celle de l'autorité et du commandement.
' Dam les éditions nouveUes : â vous.
Je suis plus satisfait de ma nouvelle chaîne Qu'il ne l'est de sa foudre. Il peut régner là-haat : Vous servir ic»-bas c'est tout ce qu'il me faut. Pour me récompenser , avouez-moi pour vôtre; Et , si le sort voulait me donner à quelque autre , Dites : Je le réclame ; il vit dessous ma loi : Je vous en avertis , cet esclave est à moi ; Du pouvoir de mes traits son cœur porte la maïqae, N'y toucbez point. Alors je me croirai monarque. J'en sais de bien traités ; d'autres il en est pea. Je serais plus roi qu'eux après un tel aven. Daignez donc approuver les transports de mon zèle; Il vous sera permis après d'être cruelle. De ma part , le respect et les soumissions , Les soins, toujours enfonts des fortes passions, Les craintes, les soucis , les firéquentes alaraies, L'ordinaire tribut des soupirs et des larmes, Et , si vous le voulez , mes langueurs , mon trépas , Clymène , tons ces biens ne vous manqneront pas.