‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 572 sur 723 · IG7I · texte numérisé non relu

IG7I

Ah I Clymène , j'ai cru vos yeux trop de léger; Un seul mot les a fait de langage changer. Mon amour vous déplaît ; je vous nuis , je vous gtae: Que ne me laissiez-vous dissimuler ma peine? Ne pouvais-je mourir sans que Ton si^t pourquoi? Vouliez-vous qu'un rival piH triompher de moi? Tandis qu'en vous voyant il goûte des délie», Vous le rendez heureux encor par mes supplices : Il en jouit , Clymène , et vous y consentez! Vos regards et mes jours par lui seront comptés! J'ose à peine vous voir ; il vous parle à tonle heure I Honte , dépit , Amour , quand fent-il que je meure? Hélas ! étais-je né pour un si triste sort? Sont-ce là les plaisirs qui m'attendaient encor? Vous me deviez , Clymène , une autre destinée. Mais , puisque mon ardeur est par vous condamnée, Le jour m'est ennuyeux ; le jour ne m'est plus nen. Qui me consolera ? je fuis tout entretien ; Mon cœur veut s'occuper sans relâche à sa flamme. Voilà comme on vous sert; ou n'a que vons danslâme. Devant que sur vos traits j'eusse porté les yeux , Je puis dire que tout me riait sons les cieux. Je n'importunais pas au moms par mes services; Pour moi le monde entier éUit plein de délices: J'étais touché dei fleurs, des doux loo», des beaux j«n»: Mes amis me cherchaient , et parfois mes amours. Que si j'eusse voulu leur donner dé la gloire,

ÉLÉGIES

PbêlNis m*aiiiiait assez pour avdr lien de croire Qu il neût en ce moment osé se démentir. Je ne Tinvoqae plus que pour vous divertir. Tous ces bieiM que j'ai dits n'ont plus pour moi de diannes : Vous ne m'avez laissé que Tusage des larmes ; Eocor me prive-t-on du triste réconfort D*en arroser les mains qui me donnent la mort. Adieu plaisirs , honneurs y louange bien-aimée; Qne me sert le vain bruit d'un peu de renommée ? Jy renonce à présent; ces biens ne m'étaient doux Qa'antant qu'ils me pouvaient rendre digne de vous. Je respire à regret; Tâme m'est inutile. J'aimerais autant être une cendre infertile Que d'enfermer un coeur par vos traits méprisé : dymène , il m'est nouveau de le voir refusé. Hier encor , ne pouvant maîtriser mon courage , Je dis sans y penser : Tout changement soulage ; Amour, viens me guérir par un autre tourment. Non , ne viens pas, Amour, di»-je au même moment; Ha craelle me plaît. Vois ses yeux et sa bouche. Odieux ! qn^ellead'appasl qu'elle plait ! qu'elle toocbe! Dis-moi s^il fut jamais rien d'égal dans ta cour. Ha cruelle me plaît ; non , ne viens pas , Amour. Ainsi je m' abandonne au charme qui me lie : Les nœads n'en finiront qn'avec ceux de ma vie. Poissent tous les malheurs s'assembler contre moi , Plutôt que je vous manque un seul moment de foi ! Comme ai-je pu tomber dans une autre pensée? Un premier mouvement vous a donc offensée? Ponissez-moi , Clymène , et vengez vos appas ; Avancez , s'il se peut , l'heure de mon trépas. Lorsque je vous rendis ma dernière visite , Votre accueil parut froid , vous fûtes interdite. Clyméne , assurément mon amour vous déplaît : Pourquoi donc de ma mort retardez-vous l'arrêt? Faut-il longtemps souffrir pour l'honneor de vos charmes? Et bien * ! j'en suis content ; baignes-vous dans mes larmes ; Je suis à vous , Clymène : heureux si quelque jour Je vous pkils par ma mort plus que par mon amour I

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