IL — POUR LA PAIX
IDILLR 1659.
Le noir démon des combats Va quitter cette contrée ; Nous reverrons ici-bas Régner la déesse Astrée.
La paix, sœur du doux repos, Et que Jules va conclure ' , Fait déjà refleurir Vaux ; Dont je tire un bon augure.
SMl tient ce qu*il a promis , Et qu'un heureux mariage Rende nos rois bons amis 9 Je ne i^ains pas son voyage.
Le plus grand de mes souhaits Est de voir, avant les roses , L'infiuite avecque la paix; Car ce sont deux belles dioses.
O paix I infente des cieux , Toi que tout heur ' accompagne , Viens vite embellir ces lieux Avec l'infante d'Espagne.
* Madeleine CastiOe de VOlemareall eat de Fpaqnet quatre enbnto s nue seule fiUe . mariée à Cnuiol d'Uzet . marquis de lioosaiès; trois fils. Nicolas Pouquet, comte de Vaux , mort en 170S; Armand Foaqaet, qui se fit oratorien; Loab Fooquet, maïqaisdeBeUe-Ue, qol fut le père du maréchal de BeUe- Ue.
* Sur la paix des Pyrénées, qui se négociait alors. Voyei VHitîoire deiaviêeldes ouffragu de la Fimtaine, troisième édition, IS2I, in-S», p. 63.
* La paix des Pyrénées , qui se traitait, et qui n'était point encore conclue.
* HeuTt bonne fortune, sort faTorabie. Ce mot, souvent enplofé par Comeaie et Molière, était déji tIcux de leur temps.
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ŒUVRES DIVERSES
Chasse des soldats glootons La troupe fière et hagarde , Qui mange tons mes moutons, Et bat celui qui les garde.
DéliTre ce beau séjour De leur brutale furie ^ Et ne permets qu*à TAmour D'entrer dans la bergerie.
Fais qu'avecque le berger On puisse voir la bergère , Qui coure d'un pied léger , Qui danse sur la fougère ,
Et qui, du berger tremblant Voyant le peu de courage , S*endorme ou fasse semblant De s'endormir à Tombrage.
Opaixl source de tout bien.
Viens enrichir cette terre , Et fiiis qoil n'y reste rien Des images de la guerre.
Accorde à nos longs désirs De plus douces destinées; Ramène-nous les plaisirs , Absents depuis tant d'années.
Etouffé tous ces traraux , Et leurs semences mortelles :
Que les plus grands de nos maux Soient les rigueurs de nos belles;
Et que nous passions les jours Étendus sur l'herbe tendre , Prêts à conter nos amours A qui Toudra les entendre.
Ml. — POUR MADAME «.
Pendant le cours des malheurs Qu'enfante une longue guerre , L'Olympe , ému de nos i^eurs , Voulut consoler la terre ; II lit naître la beauté
* Henriette d'AnsleCene.liUe deClories 1". roi d'Ai^eterre. BUe avait épouaë Philippe d'Oriéaps, frtrc de UwiaXIv, le 31 inan 1661. Voyci ci-aprèt U lettre que la Fontaine écrt- ▼it i Fouquet, en loi envorant cette odcr
Qui tient Philippe arrêté , Beauté sur toutes insigne :
D'un présent si précieux Si la terre était indigne, C'est un don digne des deux.
Des trésors du firmament Cette princesse se pare , Et les dieux, en la formant , N'ont rien produit que de rare ; Ils ont rendu ses appas L'ornement de nos climats , Et* la gloire de notre âge.
Le conseil des immortels Augmenta par cet ouvrage Les honneurs de ses autelfi.
Elle reçut la beauté De la reine de Cylhère, De Junon la majesté , Des Grâces le don de plaire ; L'éclat ftit pris du Soleil , Et l'Aurore an teint yermeil Donna les lèvres de roses :
Lorsque d'un mélange heureux Le del eut uni ces choses , n en devint amoureux.
La Tamise sur ses bords Vit briller et disparaître Le ridie amas des trésors Qu'à peine elle avait vus nattre ; Elle eut honte qu'un objet , De tant de vobux le sujet , Cherdiât une. autre demeure :
Heureuse , si pour toujours Le del eût à la même heure Cessé d'éclairer son cours I
I^es Anglais virent partir
La princesse et tous ses diarmes ,
Sans qu'elle pût consentir
Qu'on la rendit à leurs larmes :
Ces peuples avant ce jour ,
Glorieux de son séjour ,
Se croyaient seuls dignes d'elle ;
Ils le croyaient vainement ,
Car la France est d'une bdle * Le véritable élément.
Bientôt , selon nos désirs , Nous en devînmes les bûtes ' ;
« Henriette naquit le lejoin 1641. à RseCer en Anglelafv. auniiliead(tgoerrMci?aea.Dli-#eptjonn«pf«ifa '
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Une troupe de Zéphyrs L'accompagna dans nos côtes :
G*est ainsi que vers Pa|^08 On Tit jadis sur les flots Voguer la fille de Tonde; Et les Amours et les Ris , Comme gens d'un autre monde Etonnèrent les esprits.
Telle vint en ce séjour La merveille que je chante :
Elle cn\t, et notre cour Rqirit sa fiice riante :
Autant que Mars florissait, Amour alors languissait , Levant à peine les ailes ; L'astre né chez les Anglois , A la honte de nos belles , Le rétablit dans ses droits.
Qne de princes amoureux Ont brigué son hyménée !
Elle a rerosé leurs vœux ; Pour Philippe elle était'née :
Pour lui seul elle a quitté Le Portugais indompté , Roi des terres inconnues , Le voisin du fier croissant, Et de nos Alpes chenues Le monarque florissant '.
Philippe est un bien si doux , Qne c'est le seul qui Tenflamme :
Sous les deux que voyons-nous Qui soit du prix de son âme ?
Les héritières des rois Ont souhaité mille fois D'en feire la destinée; C'est un plus glorieux sort Qne de se voir couronnée Reine des sources de Tor *.
amère, fille de Henri IV, fut obligée de chercher un aiUe en France : elle m retira dans le monastère de la Vislution de Chaillot. où Henriette fut élevée.
* 11 parait , d'après cette strophe , qne la main d'Henriette fat demandée par Alphonse-Henri , roi de Portugal , qui approchait de ta majorité; par l'empereur d'Autriche, alors âgé de Tingtm ans. et par Charles-Emmanuel, duc de Savoie, qui arait viD((t-<ix ans. Madame de k Fayette , dans sa vie d'Henriette d'Angleterre , ne fait aucune mention de ces particularités . qui peut-être seraient ignorées sans cette ode de la Fontaine. On sait senlement qu'Anne d'Autriche parut désirer pendant quel- 91e temps qne Louis XlV^épousât la princesse d'Angleterre; Bais a parait qn'ii la trouva trop Jeune. S'il la refusa pour kmme, dlejui plnt beanooop comme belle-scrar.
*Cest-èHilfe duBiésU, d'où les Portugais tfrent beanooup iTor.
Mais si son cœur est d'un prix Pour qui la terre est petite , L'objet dont il est épris N'est pas d'un moindre mérite ; Si sa beauté le surprit , Des grâces de son esprit De jour en jour il s'enflamme ; La princesse tient des deux Du moins autant par son âme Que par l'éclat de ses yeux.
Us sont joints ces jeunes cœurs Qui du del tirent leur race :
Puissent-ils être vainqueurs Des ans par qui tout s'efface !
Que de leurs désirs constanis Dure À jamais le printemps Rempli de jours agréables 1 O couple aussi beau qu'heureux!
Vous serez toujours aimables :
Soyez toujours amoureux.
Que de vous naisse un héros Dont les palmes immortelles Ne donnent aucun repos Aux nations infidèles :
<^ue ce fruit de vos amours Egale aux herbes leurs tours , Mette leurs villes en cendre ; Et puisse un jour l'univers Devoir un autre Alexandre Au Philippe de mes vers !