‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 577 sur 723 · IV. — AU ROI · texte numérisé non relu

IV. — AU ROI

POUa M. FODQUET *

Prince qui fois nos destinées , Digne monarque des François , Qui du Rhin jusqu'aux Pyrénées Portes la a*ainte de tes lois , Si le repentir de l'ofTense Sert aux coupables de défense

* La rigueur a?ec laquelle on traitait Fonqnet dans sa prison fit comprendre à ses amis qu'on ne pouvait espérer ponr lui de pardon du roi , et qu'on serait trop heureux si l'on parvenait à sauver ses Jours. C'est dans cet esprit que cette ode fut composée ; mais on verra ci-après , par une lettre de la Fontaine à Fouquet, qne celui-ci n'en était pas satisfait, parce que sa grande âme se révoltait à la seule idée d'avouer qu'il était coupable, et de demander pour lui la conservation de sa vie ooiimM une grâce.

OEUVRES DIVERSES

Près d*iiii ooarage généreux , Permets qa^Apollon tlmportane , Non pour les biens de la fortune , Mais poiu: les jours d'un malheureux.

Ce triste objet de ta colère N*a-t-il point encore effacé Ce qui jadis t*a pu déplaire Aux emplois où tu Tas placé? Depuis le moment qu'il soupire , Deux fois rhiver en ton empire A ramené les aquilons ; Et nos climats ont vu Tannée , ^

Deux fois de pampre couronnée , Enrichir coteaux et vallons.

Oronte seul, ta créature , Languit dans un profond ennui , Et les bienfaits de la nature Ne se répandent plus pour lui.

Tu peux d'un éclat de ta foudre Achever de le mettre en poudre :

Mais si les dieux à ton poavoir Aucunes bornes n'ont prescrites , Moins ta grandeur a de limites , Plus ton courroux en doit avoir.

Réserve-le pour des rebelles :

Ou, si ton peuple t'est soumis.

Fais-en voler les étincelles Chez tes superbes ennemis.

, Déjà Vienne est irritée De ta gloire aux astres montée >^ ; Ses monarques en sont jaloux :

Et Rome t'ouvre une carrière Où ton cœur trouvera matière D'exercer ce noble courroux ^

Va-i'en punir l'orgueil du Tibre; Qu'il se souvienne que ses lois N'ont jadis rien laissé de libre Que le courage des Gaulois ;

< Le tnlté eotre ta Fimce, l'Angleterre, et ta HoUande, dans le deHein d'abii«er tamaitond'AQtrIdie. ftit ooocla à ta fin de l'année fsea.

■ Le duc de Créqoi, ambanadenr de France , fiât inanité par Ica aardea du corpa dn pape , le 90 août 1682. Looia XIV le aaiait d'AvIsBoo , et força le aalnt-pére I lut envoyer aon neven te cardinal Chlsi poor hri fUra dea excnaea, I bannir lea gaidea dn coipa i perpétuité, et à élever à Rome, Tfa-à-viB de leor ancien ouipa de garde, nne pyramide, avec nne tnacription qui eontenait lei artldeade taaatiaCKtion exiisée. Voyei ta letation de tant oe qui aepaaaa entra le pape Alexandre Til et le rai de France, au M^et de llnsulte que lea papelins firent au duc de Gréqoi ran l ses . dana l'onvra^ intitulé i VOriqifit du cardinaux du sainUsiéffe -, Coloeae, 1670 , in-f fi , p. 303 à 437.

Mais parmi nous sois dâiomudre.

A cet empire si sévère Tu ne te peux accoutumer, Et ce serait trop te contraindre.

Les étrangers te doivent craindre, Tes sujets te veulent aimer.

L'amour est fils de la démence; La démence est fille des dieux :

Sans elle toute leur puissance Ne serait qu'un titre odieux.

Parmi les firuits de la victoire, César, environné de gloire , N'en trouva point dont la douceur A cdui-d pût être ^ale; Non pas même aux champs où Phanals Llionora du nom de vainqueur.

Je ne veux pas te mettre en compte Le zèle ardent ni les travaux En quoi tu te souviens qu'Oronte Ne cédait pomt è ses rivaux.

Sa passion pour ta personne , Pour ta grandeur , pour ta couroone, Quand le besoin s*est vu pressant , A toujours été remarquable:

Mais si tu crois qu'il c^ coupable, 11 ne veut point être innocent.

Laisse-lui donc pour tonte grâee Un bien qui ne lui peut durer , Après avoir perdu la place Que ton cœur lui fit espérer.

Accorde-nous les fiûbles testes De ses jours tristes et funestes, Jours qui se passent en soupirs.

Ainsi les tiens filés de soie Puissent se voir comblés de joie, Même au-delà de tes désirs!

y. — PARAPHRASE DU PSAUME XYD * :

Oà sont ces troupes anfÉnées ^ Où sont-ils ces fiers emiemis ?

< La Fontaine oompoaa cette pitoe i de Biknna, afin de l'iMécrr dana le Awnetf df pa*4M ekr^-

Ueune* et dioersu <|ni avait été eoapoié par oa àBnkt,wét qui parot en f 871 aona le nom de notre polla. vefea rAMrfrf

de la vie et des ouvrages de la Fomtaiiu, S* édition. iO*' in«>. p. 212 à 2IS.

ODES

Je les al vaîDcnseC soumis :

Gloire en soit au Dieu des années t

Par loi je me voi» triomphant ;

Il me protège, il me défend:

Je n'ai qu'à FinToquer, comme il n'a qu'à m'entendre. Que de Taimer toujours louable est le dessein ! Quelle place en mon ocmirne doit-il point prétendre , Après m'aToir offert un asile en son sein ?

De leur triste et sombre demeure

Les démons , esprits malheureux ,

Venaient d'un poison dangereux

Menacer mes jours à toute heure.

Us entraient jusqu^n mes sujets ,

Jusqu'en mon fils , dont les projets He fuit encor frémir de leur cruelle envie ; Jusqu'en moi-même enfin , par un secret effort : Et mon esprit , troublé des horreurs de ma vie , Ma plus causé de maux que l'enfer ni la mort.

Les méchants , enflés de leurs ligues ,

Contre moi couraient irrités ,

Comme torrents précipités

Dont les eaux emportent les digues ;

Lorsque Dieu , touché de mes pleurs ,

De mes soupirs , de mes douleurs , Arrêta cette troupe à me perdre obstinée. Ma prière parvint aux temples étoiles , hnx devant sa foœ , et fut entérinée ' D'on mot qui fit trembler les dtoy ens ailés.

Tout frémit : sa voix , qui balance

Les rochers sur leurs fondements ,

Alla troubler des monuments

Le profond et morne Silence.

Que d'éclairs, sortant de ses yeux,

Et sur la terre et dans les deux, Firent étinoeler le feu de sa colère ! Que son front en brillait ! qu'il en fut allumé 1 Et qu*avecque raison l'un et l'autre hémisphère Craignit devant les temps d'en être consumé !

N'approdie pas ; car notre vue

Ne peut souffrir tant de rayons :

Sans te voir , Seigneur , nous croyons

Que ta présence en est pourvue.

Quoi ! tu viens pour tes alliés !

Les deux s'abaissent sous tes pieds; Us venta , les chérubins , te portent sur leurs ailes : Et ce nuage épais qui couvre ta grandeur Vent rendre supportable à nos fiiibles prundles De ton trtae enflammé l'édatante splendeur.

«C-crt-l-dlKratiliée.

Tel , tu trompas la gent noirde

Dont le Nil arrose les champs ,

Quand la foule de ces méchants

Fut par les vagues édaircie ;

Tel , ton courroux suivi d'édairs

Fondit sur eux du haut des airs , Envoya dans leur camp la terreur et la foudre , Frappa leur appareil d'orages redoublés , Le brisa comme verre* , et fit mordre la pondre Aux tyrans d'Israël sous leurs chars accablés.

Que les tiens ont de privilèges I

La mer fit rempart aux Hébreux ,

Noyant les peuples ténébreux

De Tost * aux têtes sacrilèges.

On vit et furent découverts

Les fondements de l'univers , Du liquide élément les canaux et les sources, Le centre de la terre ; et l'enfer , obligé D'abandonner ces chars à leurs aveugles courses , Dans ses murs de métal craignit d'être assiégé.

Ainsi les torrents de l'envie

Croyaient m'arrêter en chemin ,

Quand tu m'as conduit par la main ^ En des lieux plus sûrs pour ma vie.

Ainsi montraient leurs cœurs fêlons

Les Saûls et les Absalons , Quand tu lésas soumis à celui qui t*adore , Qui pèche quelquefois, mais se repent toujours , Et qui , pour te louer , n'attend pas que l'aurore Se lève par ton ordre , et commence les jours.

Oui, Seigneur, ta bonté divine

Est toujours présente à mes yeux ,

Soit que la nuit couvre les deux ,

Soit que le jour nous illumine :

Je ne sens d'amour que pour toi ;

Je crains ton nom, je suis ta loi, Ta loi pure , et contraire aox lois des infidèles ; Je fuis des voluptés le charme décevant , M'éloigne des méchants, prends lesbonsponr modèles, Sachantqu'ondevient telqoeeeuxqu'on voit sou vent.

Non que je veuille en tner gloire.

Par toi rhumble acquiert du renom , Et peut des temps et de ton nom Pénétrer Fombre la plus noire.

A leurs erreurs par toi rendus ,

Sages et forts sont confondus ,

< Vai. Dam les édittouniodenieiteoMiiM mi 9$rre. Malt ce n'est pM une farlante : et cette manvalae leQoa sit roa?n§e dci éditean modernei.

* De l'année.

ŒUVRES DIVERSES

S'ils n'ont mis à tes pieds leur force et leur sagesse . Ce que j*en pois avoir , je le sais rapporter Au don que m'en a fait ton immense largesse , * Par qui je vois le mal et peux lui résister.

P^r toi je vaincrai des obstacles

Dont d'autres rois sont arrêtais ;

Plus tard offerts que surmontés ,

Ils me seront jeux et spectacles.

Par loi j'ai déjà des mutins ,

Dont les cœurs étaient si hautains , Evité comme un cerf les dents pleines d*envie; Puis , retournant sur eux , frappé d*un bras d'airain Ceux qui , d'un œil cruel envisageant ma vie , Voyaient d'un œil jaloux mon pouvoir souverain.

Qu'ils soient jaloux, il ne m'importe :

D'entre leurs pièges échappé ,

J*ai des rebelles dissipé . L*union peu juste et peu forte.

Par mon bras vaincus et réduits ,

Un Dieu vengeur les a conduits Aux châtiments gardés pour les têtes impies. Leurs desseins XAt conçus se sont tôt avortés , Et n'ont beaucoup duré leurs sacrilèges vies Après les vains projets qu'ils avaient concertés.

Cette hydre aux têtes renaissantes ,

Prête à mourir de son poison ,

A vers le del hors de raison

Poussé des clameurs impuissantes ;

Ni Bélial , ni ses suppôts ,

N'ont su l'assurer du repos.

Aussi n'est-il de dieu que le Dieu que j'adore , Que le Dieu qui commande à Tune et l'autre gent , Depuis les peuples noirs jusqu'à ceux que l'Aurore Éveille les derniers par son cours diligent.

C'est lui qui par des soins propices

Au combat enseigne mes mains ,

Qui pour mes pieds fait des chemins

Sur le penchant des prédpioes ;

C'est lui qui comble avec honneur

Mes jours de gloire et de bonheur , Mon âme de vertus , mon esprit de lumières; n me dicte ses lois , me les fait observer; Jusqu'aux derniers secrets deleurs beautés premières Ses oracles divins ont daigné m'élever.

Dès qu'il m'aura prêté sa fondre , Les médiants pour lui sans respect S'écarteront à mon aspect , Comme au vent s'écarte la poudre.

Pour fuir ils n'auront qu'à me voir :

Déjà mon nom et mon pouvoir Sont connus des voisins du Gange et de l'Euphrate ; Israël , redouté de cent peuples divers , Me craint et m'obéit ; et , sans que l'on me flatte, On me peut appeler le diefde l'univers.

Rendons-en des grâces publiques

Au Dieu jaloux de son renom ;

Faisons , en Thonneur de son nom ,

Retentir l'aûr par nos cantiques :

Que ses bienfaits soient étalés.

Peuples voisins et reculés , Jusqu'aux voAtes du ciel portez-en les nouvelles ; Dites qu'il est un Dieu qui répond à mes vœux, Et que , m'ayant comblé de grâces immortelles , Il en réserve encor pour nos derniers neveux.

Page 1