‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 581 sur 723 · II. — A M. PELLISSON · texte numérisé non relu

II. — A M. PELLISSON

AfBIL 1659.

Je vous Tavoue, et c'est la vérité, Que monseigneur n'a que trop mérité La pension qu^il veut que je lui donne. En bonne foi, je ne sache personne A qui Phébus s'engageât, aujourd'hui , De la donner plus volontiers qu'à lui.

Son souvenir, qui me comble de joie, Sera payé tout en belle monnoie De madrigaux, d'ouvrages ayant cours.

(Cela s'entend sans manquer de deux jours Aux termes pris, ainsi que je l'espère.) Cette monnaie est sans doute légère.

Et maintenant peu la savent priser; Mais c'est un fonds qu'on ne peut épuiser. Plût aux destins, amis de cet empire, Que de l'épargne ' on en piU autant dire ! J'offre ce fonds avec affection; Car, après tout, quelle autre pension Aux demi-dieux pourrait être assinée' ?

Pour acquitter celle-ci chaque année , Il me faudra quatre termes égaux.

A la Saint- Jean ^ je promets madrigaux, Courts et troussés , et de taille mignonne : Longue lecture en été n'est pas bonne.

Le chef d'octobre* aura son tour après ; Ma muse alors prétend se mettre en frais : Notre héros, si le beau temps ne change, De menus vers aura pleine vendange.

Ne dites point que c'est menu présent , Car menus vers sont en vogue à présent. Vienne l'an neuf, ballade est destinée : Qui rit ce jour, il rit toute l'année. Or la ballade a cela , ce dit-on , Qu'elle fait rire, ou ne vaut un bouton \ Pâques, jour saint , veut autre poésie :

* Cette pièce ftit ^vhWe avec ce titre : LeUre à M„. et précédée d'une note aliisi conçue : « M... ayant dit qne Je lui devais « donner pension pour le soin qu'il prenait de faire valoir mes t vers. J'envoyai quelque temps après cette letlre à u... >

Matthieu llarais et tous les éditeurs se sont trompés sur l'intttulé de cette épitre; eUe est adressée I Pellisson . et non pas à Fouquet ni à » lèmme.

t C'est ainsi qu'on appelait le trésor public ou royal.

* Vil. jisHgnée, dans les éditions modernes; mais la Foi^ tainea mis as«/n^e n dessein* par licence poétiqoeet pour la rime.

* C'est-à-dire au terme qui échoit le 1" JnUlet , selon l'usage des baux , plaoé à la Samt-Jean ou au 24 Juin, et, conformément k une locution vulgaire , nommé le terme de la Saint-Jean.

* C'est-à-dire au terme qui échofara le !«' octobre.

* L'an neuf, c'est-à-dire le nouvel an on le l** Janvier. Voyet V Histoire de la vie et des ouvrages de la FonMnet troisièîne édition, p a6et47à54.

V Vaut peu de chose. Expression proverbiale.

ŒUVRES DIVERSES

renverrai lors, si Diea me prèle vie, Pour achever toute la pension \ Quelque sonnet plein de dévotion.

Ce terme-là pourrait être le pire.

On me voit peu sur tels sujets écrirç ; Mais tout au moins je serai diligent ; Et si j'y manque, envoyez un sergent; Faites saisir, sans aucune remise.

Stances, rondeaux, et vers de toute guise : Ce sont nos biens : les doctes nourrissons N'amassent rien, si ce n'est des chansons.

Ne pouvant donc présenter autre chose, Qu'à son plaisir le héros en dispose.

Vous lui direz ' qu'un peu de son esprit Me viendrait bien pour polir chaque écrit. Quoi qu'il en soit , je me fais fort de quatre; Et je {MTétends, sans un seul en rabattre, Qu*au bout de Fan le compte y soit entier : Deux en six mois, un par chaque quartier. Pour sûreté, j'oblige par promesse Le bien que j'ai sur le bord du Permesse ; Même au besoin notre ami Pellisson Me pleigera* d'un couplet de chanson.

Chanson de lui tient lieu de longue épttre ; Car il en est sur un autre chapitre \ Bien nous en prend ; nul de nous n'est fiftché Qu'il soit ailleurs jour et nuit empêché.

A mon égard je juge nécessaire

De n'avoir plus sur les bras qu'une affaire;

C'est celle-ci. J'ai donc intention

De retrancher toute autre pension ;

Celle d'Iris même : c'est tout vous dire.

Elle aura beau me conjurer d'écrire;

En lui payant, pour ses menus plaisirs,

Par an trois cent soixante et cinq soupirs

( C'est un par jour, la somme est assez grande).

Je n'entends point après qu'elle demande

Lettre ni vers, protestant de bon cœur

Que tout sera gardé pour monseigneur *.

* Donc rengisemeDi da poite eoTen Fouquet ne oominen- {att à courir que depuis Pâques, poiiqa'à Pâques suivant l'année se troufait révolue.

> Ces mou seuls suffisent pour prouver que cette épitre n'a pas été adressée à Fouqnet

" Sera ma caution, s'engagera pour mol. Nous n'avons plus ce BOC, qui éudt commode et expressif; ou si on l'emploie encore , c'est en terme de pratique. Les Anglais l'ont conservé , et leor verbe to pledge est d'un usage fréquent.

* Le surintendant avait nommé Pellisson son premier commis en I6S7, et 0 fût reçu maître des comptes k MontpeUler en

NIV.

* Cest-à-dire Fouquet . qui est monseigneor le surinteDdant dans tons les Uvras imprimésde ce temps.

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