III. — A M. FOUQUET
Dnssé-Je une fois vous dé(4aire, Seigneur, je ne me saurais taire.
Celui qui, plein d'affection-, Vous promet une pension.
Bien payable et bien assignée' A tous les quartiers de Tannée; Qui, pour tenir ce qu'il promet.
Va souvent au sacré sommet, Et , n'épai^nant aucune peine, Y dort après tout d'une haleine Huit ou dix heures règlement , Pomr Tamour de vous seulement , J^entends à la bonne mesure.
Et de cela je vous assure; Celui-là , dis-je , a contre tous Un juste sujet de courroux.
L^autrejour, étant en affaire, Et le jugeant peu nécessaire, Vous ne daignâtes recevoir Le tribut qu'il croit vous devoir D'une profonde révérence.
Il fallut prendre patience , Attendre une heure , et pais partir.
J'eus le cœur gros, sans vous mentir.
Un demi-jour, pas davantage ; Car enfin ce serait dommage Que , prenant trop mon intérêt, Vous en crussiez plus qu'U n'en est.
Comme on ne doit tromper personne , Et que votre âme est tendre et bonne.
Vous m'iriez plaindre un peu trop fort Si , vous mandant mon déconfort * , Je ne contais an vrai l'histoire ; Peut-être même iriez-vous croire Que je souhaite le trépas Cent fois le jour, ce qui n*est pas.
Je me console, et vous excuse :
> La Fontaine aUa un Jour à Satait4fandé pour voir FOaqnet; mais, n'ayant pu être admis , il envoya cette épitre. Voja Vautoire de la me et du outrage» de Jean de la Foeiaiu, troisième édition, 1824. in-S«. p. 59 à 63.
\ Je ne doute pas que, de même que dans l'épltre précédente, la Fontaine n*ait écrit astinée pour la riroe. etqo'aitignée ne soit ici une correction du copiste on de réditenri mais , comme Je n'ai point tu le manuscrit de Tauteur, J'ai dû laisser ce mot tel qu'il a été imprimé par le premier éditeur.
■ Affliction accompagnée de déconragemenL Mous arom la W perdre le mot confort , dont les Anglais font un si gnuid usage, et qu'on trouve fréquemment dans nos rieuz poètes et dam Montaigne; et nous avons cependant conservé les compoiéi de ce mol, tels qiie déeonfort et réeonforU
ÉPITRES
iiSS
Car, après tout, on en «buse; «.
On se bat à qui tous aura.
Je crois qu'il tous arrivera Choses dont aux courts jours se plaignent Moines d*Orbais * , et surtout craignent ', C'est qu*à la fin vous n'aurez pas Loisir de prendre vos repas.
Le roi , l'Eut, votre patrie, Partagent toute votre vie; Rien n'est pour vous, tout est pour eux. Bon Dieu 1 que Ton est malheureux Quand on est si grand personnage !
Seigneur, vous êtes bon et sage.
Et je serais trop toailier Si je foisais le conseiller.
A jouir pourtant de vous-même Vous auriez un plaisir extrême :
Renvoyez donc en certains temps Tous les traités, tous les traitants.
Les requêtes, les ordonnances, Le parlement et les finances , Le vain murmure des frondeurs, Mais plus que tous, les demandeurs, La conr, la paix, le mariage.
Et la dépense du voyage*, .
Qui rend nos coffres épuisés, Et nos guerriers les bras croisés.
Renvoyez, dis-je, cette troupe, Qu'on ne vit jamais sur la croupe Da mont où les savantes sœurs Tiennent boutique de douceurs.
Mais que pour les amants des Muses Votre Suisse n'ait point d'excuses.
Et moins pour moi que pour pas un.
Je ne serai pas importun :
Je prendrai votre heure et la mienne.
Si je vois qu'on vous entretienne, Tattendrai fort paisiblement En ce superbe appartement • Où l'on a lait d'étrange terre'.
Depuis peu , venir à grand'erre * (Non sans travail et quelques frais) Des rois Céphrim et Kiopès Le cercueil , la tombe , ou la bière : Pour les rois, ils sont en poussière.
C'est là que j'en voulais venir.
* Abbaye qol était dans le voMnage de Châtean-Thienr.
* Cea Ten ont rapport aux évéoeineiils du temps; à la paix do Pyrénées, an mariage du roi, et au beaoin d'arjçent qu'éprocirait le gouTemement, qui forçait Mazarin à recourir k ôen emprunts.
* CtA'k-éin de terre étrangère.
* Promptement Cette eipremion à grand'erre se rencontre tpéqnemnient dana nos Tiens poètes , et la Fontaine s'en est NrripfaHietttlbis.
n me Ikllut entretenir Avec ces monuments antiques, Pendant qu*aux afi&îres publiques Vous donniez tout votre loisir. Certes j'y pris un grand plaisir.
Vous semble-t-il pas que l'image D'un assez galant personnage Sert à ces tombeaux d'ornement?
Pour vous en parler franchement.
Je ne puis m'empécher d'en rire.
Messire Orus, me mi»je à dire.
Vous nous rendez tous ébahis :
Les enfimis de votre pays Ont, ce me semble, des bavettes Que je trouve plaisamment foites.
On m'eût expliqué tout cela ; Mais il follut partir de là Sans entendre l'allégorie.
Je quittai donc la galerie.
Fort content, parmi mon chagrin, De Kiopès et de Céphrim , D'Onift, et de tout son lignage.
Et de maint autre personnage.
Puissent ceux d'Egypte en ces lieox , Fussent*ils rois , fussent-ils dieux , Sans violence et sans contrainte , Se reposer dessus leur plinthe Jusques au bout du genre humain!
Ils ont Tait assez de chemin i^our des personnes de leur taille.
Et vous, seigneur, pour qui travaille Le temps qui peut tout consumer, ' Vous que s'efTorcede charmer L^antiqnité qu'on idolâtre.
Pour qui le dieu de Cléopâtre , Sous nos murs enGn abordé , Vient de Memphis' à Saint-Mandé%
* La Fontaine parle Id, sdon Matthieu Marais, d'un tombeau de certains rois d'Égjpte. que l'on avait tait renir pours.itisfaire la curiosité de Fouquet. En 4 657. U fit venir de Lyon des statues et des figures ant:ques de marbre ^ Vaux . qui protenaient de la démolition d*une vieille masure de la ville de Lyon, qui lui avait été donnée par le Telller. Voyei heeueii des défenses de M, Fùuqwi , 1. 1» p. 389.
a Do des cheb d'accusation dirigés contre Fonqnet fût la somptuosité de sa maison de Saint-Mandé. La bibliothèque étail une des plus riches de l'Europe. Fouqnet» dans ses défenses» déclare qu'elle lui avait été donnée par son père» et que le reste provenait des livres de MM. deMorangis. le Bagois, Amonl. Cramoisy, et des dons des auteurs et des libraires. ( vc^ei La production de M. Fouquet contre celle de JM. Talon , I06S, in-18. t III. p. 439 du Recueil des déftnsfs.) Cette maison de Saint-Mandé se trouve décrite dans le tome I , p. 26 du même recueil. M. Titon l'acheta pour les hospitalières de Chantillrt ^ eUes s'y sont établies en 1705. MaroUes. dans ses Miémoirês,
ŒUVRES DIVERSES
Puissiez-vous voir ces belles choses Pendant mille jnoissons.de roses !
Mille moissons, c'est on peu trop; Car nos ans s'en vont au galop, Jamais à petites journées.
Hélas! les belles destinées Ne devraient aller que le pas.
Mais quoi ! le ciel ne le veut pas.
Toute âme illustre s'en console, Et, pendant que Tâge s'envole, Tâche d'acquérir un renom Qui fait encor vivre le nom Quand le héros n'est plus que cendre.
Témoin celui qu'eut Alexandre , Et ^Uii du fils d'Osiris, Qui va revivre dans Paris.